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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

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Texte de Dominique Greve lors de la cérémonie religieuse des obsèques de son fils, le Chef d'escadron Sébastien Greve

ALAT LTN GREVETexte prononcé par Monsieur Dominique Greve le jour des obsèques de son fils le Chef d'escadron Sébastien Greve, pilote d'hélicoptère au sein des forces spéciales, lors de la célébration religieuse qui s'est déroulée au Luc le mercredi 7 février 2018.

« Chères familles, chère famille militaire et chère nation,

Pardonnez-moi ces quelques mots, mais Sébastien m'accorde de vous souffler quelques lignes.

C'est un humble paysan qui vient avec son petit caillou dans la poche à l'exemple du roi David pour consoler vos peines, souffrances, angoisses ou révoltes.

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Concert du Gouverneur militaire de Paris

concert gmp 19octobre 2011Le traditionnel concert du Gouverneur militaire de Paris au profit des blessés en opérations et des familles des soldats morts au combat aura lieu le mercredi 19 octobre 2011 à 20 heures en la cathédrale des soldats Saint-Louis des Invalides.

A ne pas manquer : encore quelques places disponibles (règlement sur place possible).

Inscription préalable obligatoire : Capitaine Tarin au 06 65 39 15 91.

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Les origines de l'aumônerie militaire catholique

Université de Strasbourg

Faculté de théologie catholique
Institut de droit canonique

Licence théologie et sciences des religions mention droit canonique

UE3         Histoire du droit de l’Eglise

 

 


Les origines de l’aumônerie militaire catholique

préparé par Alexandre PAGES

sous la direction de Madame Marie-Jeanne TUFFERY-ANDRIEUX

 

 

 

 

 

Année universitaire 2009/2010

 
Introduction

Abba in castris. Tel semble être le plus ancien nom officiel des aumôniers militaires[1] .En effet, Clotaire appela Sulpice à sa cour de Chalon-sur-Saône pour « remplir dans les camps du roi la fonction d’abbé pour le salut de sa personne et celui de son armée »[2] . Dans ses attributions, Sulpice avait la garde des reliques formant le trésor sacré des rois. Byzance connaissait l’usage de faire porter devant les grands chefs de guerre les reliques des saints. Les Francs reprirent cet usage : pour mettre le Seigneur avec eux, ils conduisaient sur les champs de bataille de pieuses reliques et des ossements sacrés. Plus particulièrement, Sulpice avait mission de garder et de faire porter devant les troupes une cape merveilleuse, le manteau de saint Martin. Sa cape ou capella fut le palladium de nos armées sous les Mérovingiens puis les Capétiens. Cette cape ou chape fut dès lors gardée par des chapelains dans des chapelles et déposée enfin par Charlemagne à Aix-la-Chapelle. De là vient que les chapelains, s’ils sont aujourd’hui des prêtres officiant dans des chapelles, étaient autrefois des prêtres aux Armées, pieux gardien dans les camps et au combat de la chape de saint Martin. Sulpice reçut aussi la charge et le nom même d’un aumônier.
En effet, l’abbé des camps avait à Chalon, parmi ses fonctions, celle de distribuer les aumônes du roi. Peu à peu, cette occupation incomba après Sulpice à ses seuls successeurs

L’assistance spirituelle auprès des soldats prit des traits assez divers selon les époques. Mais très tôt les autorités tant religieuses que politiques s’en préoccupèrent et légiférèrent en la matière. La première aumônerie militaire apparut en France sous Carloman au terme du concile de Ratisbonne réuni en 742 conjointement par ce dernier et Boniface II.
Son Premier Capitulaire précisait : « Pour toute circonstance, nous interdisons absolument à tous les serviteurs de Dieu de porter armure ou de combattre ou même de se rendre à l’ost ; sauf toutefois ceux qui, pour les besoins du ministère divin - à savoir l’accomplissement des solennités des messes et le port des reliques des saints - auront été choisis pour cela. C’est-à-dire que le prince aura avec lui un ou deux évêques assistés de chapelains-prêtres et chaque préfet un des prêtres capables de juger des péchés pour les hommes qui se confessent et d’en indiquer la pénitence ».

A partir du début du IXe siècle, l’ensemble du clergé se trouva attiré ou poussé dans les troupes combattantes. Si l’aumônerie conçue par les premiers Carolingiens disparut dans son autonomie, tel ne fut pas le cas de l’action sacerdotale auprès des soldats. A partir du XVIe siècle, se développa la pratique des « cartels » ou « capitulations », sortes de conventions passées entre chefs militaires, qui assurèrent déjà une protection spéciale aux ministres du culte et agents sanitaires[3] . Dans le même temps, François Ier institua la dignité de Grand Aumônier et donna les pouvoirs religieux aux chapelains des armées. Henri II décida en 1555 que chaque régiment devait avoir un prêtre pour le service religieux.
En 1645, le pape Innocent X, par le bref apostolique « Cum sit majestatis » prévoyait qu’un prélat pouvait-être spécialement désigné pour le soin des troupes. Cependant le premier statut détaillé pour l’aumônerie de l’armée de terre française ne vit le jour qu’avec l’Ordonnance royale du 24 juillet 1816.

La question centrale, et récurrente au cours des siècles, était donc de savoir si les prêtres qui exerçaient un ministère auprès des soldats tenaient leur pouvoir canonique de l’évêque du lieu où ils passaient et séjournaient ou bien si en vertu d’un privilège accordé par le Siège apostolique, il leur suffisait de l’avoir reçu du Grand Aumônier. La réponse à cette question a évolué dans le temps notamment en passant du Grand Aumônier à l’Evêque aux Armées.

I – Du Grand Aumônier

Le statut tout à fait particulier de la Chapelle royale résultait tant du caractère sacré lié au souverain que d’un certain nombre de privilèges pontificaux accordés depuis les XIIIe et XIVe siècles. Les trente et une bulles délivrées le 20 avril 1351 par Clément VI donnèrent ainsi de manière définitive une consécration juridique au « diocèse personnel » du Roi de France[4] . Malgré la conception territoriale de la juridiction qui domina l’Eglise de la période classique, une juridiction personnelle fut progressivement mise en place autour du roi et de sa Chapelle, et dont l’actuel diocèse aux Armées françaises hérita plusieurs caractéistiques juridiques.

Au terme d’une lente évolution amorcée dès la fin du XVe siècle, le Grand Aumônier supplanta le confesseur dans la direction de la Chapelle royale. Cependant le sort du Grand Aumônier se désolidarisa de celui de la Chapelle royale notamment sous l’Ancien Régime et la Révolution puis de manière plus flagrante sous l’Empire et la Restauration.

A – L’Ancien Régime et la Révolution

La Chapelle du roi était partagée en trois services : l’Aumônerie, l’Oratoire et la Musique. Les privilèges octroyés au confesseur, c’est-à-dire en fait à la Chapelle et au Roi, furent considérés comme propres au Grand Aumônier. Présenté comme le successeur de l’archichapelain des rois de la deuxième dynastie, il avait pour tâche essentielle, comme son nom l’indique, de veiller à la bonne répartition des aumônes du Roi. Par ailleurs, tous les hôpitaux et maladreries relevaient de son autorité. Sa juridiction en matière hospitalière était exempte de l’ordinaire. Il était en mesure d’exercer une autorité de même nature à la tête de la Chapelle. Une véritable difficulté canonique était posée quant à la portée de cette juridiction face aux prétentions de l’ordinaire. Cette difficulté fut accrue par la coutume de ne nommer qu’un évêque comme Grand Aumônier.
La Chapelle royale semblait de prime abord n’être l’objet d’aucune contestation quant à l’étendue de sa juridiction. Cependant en dehors des sources officielles, quelques traités ou mémoires, restés souvent à l’état de manuscrit, abordent sur un ton volontiers polémique l’épineuse question des privilèges de la Chapelle royale et de ses rapports avec l’ordinaire du lieu. La plupart des textes conservés furent rédigés à l’occasion de l’affaire de la confession et de la confirmation de Louis XV en 1722[5] .

A diverses époques, le Grand Aumônier se vit attribuer d’autres fonctions dont la responsabilité de tous les aumôniers militaires. La difficulté canonique citée supra se retrouvait en la matière. Le pouvoir sur l’aumônerie des armées, originellement annexe et non essentiel à la charge, comportait-il les prérogatives et pouvoirs d’un ordinaire ?
La réponse à cette question divergeait entre Rome et les évêques français. Quand bien même le Grand Aumônier était considéré par Pie VI, en 1775, comme le seul ordinaire, il n’en restait pas moins sans pouvoir réel sur les aumôniers militaires. Il abandonna ainsi, dans les faits, aux évêques diocésains et provinciaux d’ordre religieux le soin de s’en occuper[6] . Le Grand Aumônier devait ainsi en principe couvrir le choix qui se faisait des aumôniers militaires qui échappaient ainsi au contrôle de l’ordinaire sans plus relever de son contrôle. Pour remédier aux conséquences problématique de cette difficulté, le comte de Saint Germain avait, en qualité de ministre de la Guerre, préconisé la création d’un « aumônier supérieur, homme respectable, qui eût autorité et inspection sur les aumôniers particuliers des corps, qui eût soin de les contenir et de leur faire remplir leurs devoirs. Il est inutile que je m’étende sur l’importance de cet emploi. Les hommes qui pensent et qui ont vu ce qui se passe conviendront de sa nécessité[7] » .
Sous l’Ancien Régime, à chaque régiment était affecté, théoriquement, un aumônier. Dans la mesure où la charge de recruter l’aumônier incombait au colonel commandant le régiment, certains pouvaient s’en dispenser. Les motivations pour ne pas recruter d’aumônier étaient nombreuses : négligence, manque de conviction religieuse voire fausse déclaration (pour toucher eux-mêmes les fonds destinés au payement d’un aumônier qu’ils se gardaient de nommer dans leur régiment).

Les aumôniers militaires d’Ancien Régime étaient très majoritairement des religieux, principalement des Récollets. Le clergé séculier se montrait plus réticent à l’égard de la troupe perçue comme un monde si perverti qu’on redoutât d’y exposer des prêtres. La mission des aumôniers militaires étaient mal définie puisqu’elle dépendait largement de la nature des relations entretenues avec les officiers. Dans le cadre de ces relations, il leur était surtout demandé de stimuler tant les ardeurs que la moralité de la troupe : il existait même des sermons tout imprimés qui devaient servir de modèles. Les aumôniers pouvaient devenir des alliés précieux pour faire respecter une certaine discipline et protéger les soldats de certaines tentations comme l’alcool ou les prostituées. Le lieutenant-colonel Guignard du régiment d’infanterie du Thil en résuma ainsi les principales caractéristiques : «  L’aumônier doit dire la messe, faire la prière, prêcher ou exhorter tous les jours, à l’heure qui lui est marquée par le mestre de camp ou autre commandant du régiment. Il doit, pour cet effet, prendre l’ordre de lui tous les soirs, à moins qu’il ne lui ait donné une fois pour toujours. C’est lui qui doit baptiser, marier, administrer les sacrements, enterrer et faire toutes les fonctions curiales dans le régiment [8]» .

A la veille de la Révolution, l’aumônerie militaire connut une crise sans pour autant être contestée puisqu’elle était considérée comme indispensable au moral de la troupe.
Les ministres de la guerre successifs de Louis XVI entendirent ainsi se servir des aumôniers pour lutter contre l’irréligion en expansion dans les armées. Le malaise provenait surtout, faute de cadre bien défini, des manifestations de volonté jalouse des autorités tant religieuses que militaires d’exercer leurs prérogatives sur des sujets leur semblant leur relever principalement.

Au cours des premières années de la Révolution, aucun bouleversement important ne fut observé. La Constituante et la Législative, loin d’envisager une séparation de l’Eglise et de l’Etat, mirent au contraire, par la Constitution civile du clergé, des prêtres au service de tous les citoyens et donc des citoyens-soldats[9] . La liberté d’action des aumôniers militaires fut peut-être plus grande dans la mesure où ils furent soulagés des différentes tutelles qui pesaient sur eux : celle de la Grande-Aumônerie supprimée en 1790 (tutelle pesante en théorie mais souvent fantomatique dans les faits) et des évêques diocésains méprisant l’aumônerie militaire considérée  comme le refuge des pêcheurs. Cette mise en place sans heurt profond se traduisit par un déclin de l’aumônerie militaire, certainement favorisé par la crise traversée à la veille de la Révolution. La déchristianisation entamée à l’automne de l’an II asséna le coup fatal à l’aumônerie déjà moribonde. Cependant les Annales de la Religion, organe de l’Eglise « grégorienne » ainsi que les actes du Concile de 1797 firent quelques mentions des ci-devants aumôniers militaires. L’arrivée de Bonaparte au pouvoir ne rendit pas aux troupes leurs aumôniers.

B – L’Empire et la Restauration

La disparition des aumôniers militaires fut souvent ressentie sous l’Empire comme une perte que certains, de leur propre initiative et à la mesure de leurs moyens, tentèrent de combler. S’il exista bien une aumônerie impériale, celle-ci donna trop souvent l’impression d’avoir été motivée principalement par une double politique d’urgence et d’ostentation. Dès le Consulat, puis sous l’Empire, quelques aumôniers furent dénombrés dans les Ecoles, les prisons, les ports et principalement aux Invalides. Avec l’Empire, Napoléon rétablit la charge de Grand Aumônier en la personne de son oncle, le Cardinal Fesch. Il lui donna autorités sur les aumôniers de toutes les forces armées, y compris donc sur les aumôniers de la Marine. L’Etiquette du Palais Impérial de 1806 énumérant les fonctions et attributions du Grand Aumôniers disposait : « XXI (…) nomme les aumôniers de l’armée de terre et de mer, des Invalides et de toute autre maison militaire et règle tout ce qui concerne les services et le culte dans ces établissements et aux armées ».
Ce texte ne resta pas lettre morte puisqu’il fut l’occasion de conflit entre le Cardinal Fesch et certains évêques. Cependant la présence de prêtres à la Grande Armée ne fut pas très significative. Une politique au coup par coup, sans règle générale, accordant ici et refusant ailleurs, parait avoir été appliquées dans les hôpitaux, citadelles et prisons militaires. Les fonctions d’un prêtre ne furent pas systématiquement refusées, mais on se garda de les rémunérer, allant même jusqu’à faire supporter à l’impétrant les frais de son installation et de son ministère. Les Invalides apparurent comme l’unique exemple d’une aumônerie impériale à la fois légale, organisée mais aussi surveillée[10] . En outre, alors que le recrutement fut pratiquement tari jusqu’après le Concordat, les évêques diocésains étaient aux prises avec une très grande pénurie de prêtres. Quant aux ordres religieux, ils n’existaient plus en France. Dans ces conditions, les autorités religieuses n’étaient pas prêtes à consentir de lourds sacrifices pour fournir les armées en prêtres[11] . Cependant les réticences personnelles de l’Empereur, vraisemblablement entretenues par son entourage militaire, fournirent les raisons essentielles de l’absence d’aumônier dans les régiments français de la Grande Armée. L’Empire permit cependant de jeter les bases d’une résurrection de l’institution qui aidèrent certainement au rétablissement survenu à sous la Restauration.

Le rétablissement des aumôniers militaires catholiques sous Louis XVIII et Charles X fut une période originale et inédite. La référence de la Restauration fut l’Ancien Régime, on calqua ainsi l’organisation de l’aumônerie militaire sur un schéma pré-révolutionnaire teinté de gallicanisme. Ainsi dès la première Restauration, sous l’inspiration du Conseil en charge des affaires ecclésiastiques, une ordonnance du 1er octobre 1814, complétée définitivement le 24 juillet 1816, constituait une Grande Aumônerie des Armées[12] .
Tous les régiments, et légions, se virent attachés un aumônier (art. 1) relevant de la juridiction ecclésiastique du Grand Aumônier (art. 3). Le Roi conféra la dignité de Grand Aumônier au Cardinal de Talleyrand-Pérgord en 1814. Succédant au Cardinal Fesch, il eut la sagesse de ne pas tout bouleverser et, notamment, de garder auprès de lui l’abbé de Quelen dont il fit bientôt son principal collaborateur.
Le rattachement des aumôniers aux unités et non aux garnisons continuait la tradition de l’Ancien Régime : les aumôniers devaient être les «curés des hommes » et les suivre plutôt que des administrateurs des territoires où se succédaient des unités. Cependant contrairement à l’Ancien Régime, le choix des aumôniers n’était plus du ressort des colonels. Un des plus graves inconvénients du statut de référence en fut ainsi résolu.
Mais faute d’échelons intermédiaires, les liens de chacun avec le Grand Aumônier demeurèrent fort lâches. La situation était plus grave canoniquement : la juridiction « ecclésiastique » n’était pas reconnue par ses confrères dans l’épiscopat. Ainsi lorsque Monseigneur de Quelen devint archevêque de Paris, il assurait que de son temps à la Grande Aumônerie, il avait toujours demandé les pouvoirs à l’archevêque de Paris et entendait que l’on continuât ainsi.

Comme le nota F. Roques, « le rétablissement de la charge de Grand Aumônier sous l’Empire et son maintien sous la Restauration n’allaient pas non plus apporter une solution satisfaisante. Un cardinal Fesch et surtout un cardinal prince de Croÿ imbus de leurs prérogatives en se heurtant aussi bien aux évêques diocésains qu’au ministre de la guerre, allaient, malgré la précision des textes (ordonnances des 1er octobre 1814 et 24 juillet 1816) rendre la situation des aumôniers tout aussi instable que sous l’Ancien Régime[13] » . Paradoxalement, il fallut attendre la disparition du Grand Aumônier de France puis le régime de la séparation des Eglises et de l’Etat pour voir un véritable statut intégrant les aumôniers dans les cadres de l’armée française.

II – A l’Evêque aux Armées françaises

Par ordonnance royale du 10 novembre 1830, Louis-Philippe supprima les aumôniers militaires. Le texte admettait pourtant qu’un prêtre fût attaché aux garnisons, places fortes et hôpitaux militaires lorsque le clergé paroissial serait reconnu insuffisant pour y assurer le service divin. Commença alors une période plus longue mais moins originale que les quinze années de la Restauration. Cette période se caractérisa essentiellement par l’instabilité du statut de l’aumônerie militaire. Celle-ci devint, après l’échec de l’alliance du Trône et de l’Autel, un des enjeux de la compétition politique voire un thème de propagande électorale.  Le Trône, puis ses succédanées, et l’Autel alors développèrent respectivement, et sans concertation, l’organisation juridique de l’aumônerie et les pouvoirs de juridiction des aumôniers.

A – L’organisation juridique de l’aumônerie

La mise en perspective des différentes formes d’organisation de l’aumônerie est loin de tracer une suite linéaire. De ce schéma, n’émerge qu’une seule constante : l’aumônier qui survit parfois paradoxalement à la disparition de tout cadre législatif. Ce cadre s’est vu borné par la matérialisation de deux tendances organisationnelles : l’absence d’institution structurée et permanente et la militarisation des aumôniers.

1) L’absence d’institution structurée et permanente
Cette absence ne fut pas une constante mais le terme d’une série d’étapes de rétablissement, de suppressions et de brimades. Ainsi en septembre 1914, l’aumônerie n’existait guère qu’en théorie. En 1872, paraissait un Mémoire présenté à MM. les députés du Corps législatif sur la constitution de l’aumônerie de l’armée, par un ancien aumônier de l’armée d’Orient. Le document rédigé par le père de Damas servit de base aux discussions de l’Assemblée nationale. Ces discussions aboutirent deux ans plus tard à une loi qui rétablissait l’aumônerie en temps de paix. Alors qu’aux termes de la loi du 20 mai 1874, le ministre de la guerre nommait, et soldait, les aumôniers titulaires[14] ,  le service des hôpitaux conservait l’organisation du Second Empire.
En 1876, les aumôniers virent leur solde supprimée ; prélude à la suppression de toute aumônerie du temps de paix par décret du 27 avril 1881. Ce décret avait été pris pour l’exécution de la loi du 8 juillet 1880. Cette loi très courte, puisque composée de trois articles, abrogeait la loi de 1874. Dorénavant des ministres des cultes étaient attachés à certaines garnisons[15]  en temps de paix et aux grandes unités en temps de guerre. Le décret du 25 novembre 1889 autorisait les prêtres à pénétrer dans les hôpitaux militaires pour le service du culte strictement défini en son article 175 : « l’aumônier dit la messe tous les matins, autant que possible dans l’intervalle qui sépare la visite de la distribution ».
Ce décret fut remis en cause par une circulaire du 15 octobre 1905 interdisant l’exercice du culte dans les hôpitaux militaires. La dernière salve de la législation antireligieuse atteignit l’aumônerie de la Marine. Ainsi le décret du 6 février 1907  porta suppression du Corps des Aumôniers de la Flotte avec licenciement du personnel présent « par suppression d’emploi ».  Etape culminante mais non irréversible…

L’article 31 du décret du 26 avril 1910 relatif au Service de santé en campagne rétablit l’aumônerie aux armées. Le décret du 5 mai 1913 affecta les aumôniers militaires aux groupes de brancardiers « afin de les placer le plus près possible des troupes combattantes ».  Cependant l’augmentation de la portée des armes obligea à situer hors des zones de feu les positions des ambulances et donc à reléguer à vingt ou trente kilomètres du front les aumôniers. Par ailleurs ledit décret accordait quatre prêtres pour quarante mille combattants, alors que les Etats-Unis, par exemple, en prévoyaient un pour mille hommes. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’impréparation de l’aumônerie était similaire.

2) La militarisation des aumôniers
Depuis le XVIIe siècle, la tradition distinguait l’aumônerie des armées en campagne et celle de la Marine. Elle fut reprise par les décrets du 9 novembre 1935 et de 1936 qui consacraient la spécificité des missions et de l’organisation de chaque armée. Une circulaire de l’Etat-major de l’armée de l’Air du 8 janvier 1940 permit le détachement d’aumôniers mobilisés dans l’armée de terre dans l’aviation. A la fin de la campagne de France, les trois armées disposaient ainsi pour les soldats mobilisés de services d’aumôneries similaires mais spécialisés. Ce dispositif, aménagé par l’Etat français puis à la Libération, perdura jusqu’en 1964.
Le décret n°64-498 du 8 juin 1964 abrogea une dizaine de textes antérieurs et fixa des règles d’ensemble sur l’aumônerie militaire. Aux termes de ce décret, l’aumônerie catholique ne comprenait plus trois directions mais une seule ; son directeur prenant le titre d’aumônier catholique des Armées. Très soucieux de respecter la laïcité, la nouvelle réglementation opéra une séparation très nette entre les plans militaire et religieux.
Les aumôniers n’avaient ni grade ni rang la hiérarchie militaire. Soumis aux obligations de la discipline et subordonnés aux commandants des formations auxquelles ils étaient rattachés, ils conservaient leur liberté pour l’exercice de leur mission cultuelle.

Ce décret fut modifié par le décret n°2008-1524 du 30 décembre 2008. Ce texte fut particulièrement innovant puisque pour la première fois les aumôniers militaires furent définis comme « des militaires servant en vertu d’un contrat » (art. 1er) et non plus comme des ministres des cultes attachés aux forces armées. L’article 4 dudit décret ne remit pas en cause la double hiérarchie cultuelle et militaire. Cependant, l’article 3 limita les prérogatives de l’aumônier en chef à « la coordination de l’activité des aumôniers de son culte » alors que l’article 4 précisa que les aumôniers « ne peuvent recevoir d’ordres que des commandants de formation administrative ».  La militarisation des aumôniers et la prévalence du commandement sur l’autorité  cultuelle semble conduire à la militarisation de l’aumônerie.

B – Les pouvoirs de juridiction des aumôniers

Parallèlement aux vicissitudes de l’organisation de l’aumônerie par le pouvoir politique, les pouvoirs de juridiction de l’aumônier firent également l’objet d’une lente évolution, cependant nettement plus linéaire, qui survécut à la disparition du Grand Aumônier et à ses conflits avec ses confrères dans l’épiscopat français.

Le texte de référence en la matière fut le bref « Quae catholico nomini [16]»  du 6 juillet 1875, par lequel Pie IX détermina les pouvoirs des aumôniers militaires français suite à la loi de 1874. Ce texte demeura en vigueur lors de la Grande Guerre voire jusqu’à la création du Vicariat aux Armées françaises en 1952. Il insista principalement sur les pouvoirs et privilèges canoniques en temps de conflit. Dans le cas de desserte religieuse d’une garnison, le prêtre qui en avait la charge dépendait de l’ordinaire du lieu. En revanche pour pallier les difficultés rencontrées lors de la guerre de 1870, l’aumônier mobilisé ou en campagne pouvait user des pouvoirs dont il jouissait dans son diocèse d’origine avant son départ pour l’armée. Il n’avait donc pas, pour exercer son ministère, à demander d’autorisation aux évêques des diocèses où les troupes séjournaient. En revanche, à l’instar de la loi civile, « Quae catholico nomini » ne détermina aucune organisation d’ensemble de l’aumônerie, aucune hiérarchie ni subordination institutionnelle.

Ainsi à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, l’aumônerie souffrait toujours d’une absence de hiérarchie véritable, de coordination et de liaison. Certes depuis 1937,
Monseigneur Sudour exerçait la charge de directeur général de l’aumônerie, mais vicaire général de Paris et archidiacre de Saint-Denis il devait se partager entre ses importantes responsabilités. En décembre 1939, l’archevêque de Paris reçut du Saint-Siège la charge de Vicaire aux Armées mais sans en porter le titre « qui ne convenait pas à la dignité cardinalice ». Sa juridiction comprenait non seulement les aumôniers mais également tous les prêtres et tous les hommes. D’un point de vu canonique, le Pape se considérait comme le seul ordinaire militaire mais il déléguait ses pouvoirs à un vicaire. La direction de l’aumônerie s’en trouva donc bicéphale. Monseigneur Sudour en assurait l’administration et donc les nominations, révocations et mutations d’aumôniers alors que Monseigneur Audrain, désigné comme visiteur ecclésiastique par le cardinal Verdier, exerçait la direction spirituelle des ecclésiastiques mobilisés. Pour faciliter le fonctionnement de l’aumônerie, ces derniers continuaient à dépendre de leurs évêques ou supérieurs religieux.

En 1944, l’archevêque de Paris retrouva le titre de vicaire aux Armées reçu en 1939.
Le Saint-Siège le lui confirma le 13 août 1947 alors que cette charge exceptionnelle n’avait été prévue à l’origine que pour le temps de guerre. En 1949, l’aumônerie fut rattachée à la commission du secrétariat de l’épiscopat pour le règlement de toutes les affaires courantes.

Le 23 avril 1951, la Congrégation consistoriale publia une instruction générale sur les vicariats aux Armées « Solemne semper ». Cette instruction décréta une situation canonique commune à tous les organismes érigés pour subvenir aux besoins spirituels des militaires. Si la juridiction personnelle cumulative fut alors officialisée, on ne parla pas encore pour les aumôneries de « portion du peuple de Dieu ». Le Pape était le seul évêque aux Armées. Il déléguait ses pouvoirs à un vicaire dans chaque pays intéressé. Les pays concordataires comme l’Espagne ou l’Italie n’adoptèrent pas cette organisation car ils disposaient de régimes spécifiques d’aumônerie. Dans ce cadre, le vicaire aux Armées « jouit d’une juridiction ordinaire mais spéciale » et « personnelle, dans ce sens qu’elle s’étend exclusivement aux sujets mentionnés dans le décret ». Pie XII se soucia à plusieurs reprises d’organisations « chargées de subvenir aux besoins spirituels des fidèles placés dans des conditions particulières ou difficiles ». Sa connaissance de la question des juridictions personnelles résultait non seulement de sa thèse de doctorat mais encore de son expérience de secrétaire d’Etat puisqu’il avait alors contribué à la création d’exarchats.

Au cours de l’année 1951, plusieurs vicariats furent ainsi érigés dans des Etats d’Amérique du sud ou aux Philippines. L’archevêque de Paris, maintenu comme ordinaire des militaires français depuis 1947 écrivit à Pie XII pour obtenir un vicariat. Au début de l’année 1952, Monseigneur Feltin donna procuration à MM. les abbés de Cambourg et Huet pour traiter cette question à Rome en veillant « à ce que les catholiques de l’armée française ne soient pas en situation inférieure à celle des autres armées », américaine en particulier. Ils eurent surtout « à résoudre les problèmes posés sur le plan canonique par le fonctionnement des aumôneries d’Allemagne et d’Indochine ».

Par le décret « Obsecundare votis » du 26 juillet 1952, la Congrégation consistoriale organisa l’aumônerie française selon les principes de l’instruction de 1951. Elle désigna l’archevêque de Paris comme « vicarius castrensis » avec juridiction personnelle sur tous les sujets du vicariat. Il cumula cette charge avec la juridiction territoriale sur l’archidiocèse de Paris et s’appuya sur trois vicaires généraux qui le représentèrent au plan ecclésiastique dans chacune des trois Armées : terre, air et marine. Au plan militaire, ces derniers étaient directeurs des Services des Aumôneries catholiques de la terre, de l’air et de la marine. La jonction des pouvoirs laïcs - en l’occurrence militaire - et des pouvoirs ecclésiastiques s’opéra donc sur des personnes. C’était là une solution tant au séculaire problème des pouvoirs ecclésiastiques des aumôniers militaires qu’au délicat agencement des disciplines ecclésiastique et militaire en régime de séparation. Ainsi constitué le Vicariat fonctionna comme un véritable diocèse avec un tribunal, une chancellerie ou encore une direction des œuvres.
En 1964 l’archevêque de Paris se déchargea de l’aumônerie militaire sur un évêque axillaire, en l’occurrence Monseigneur Badré. En 1967 celui-ci devint vicaire aux Armées, Monseigneur Veuillot, successeur de Monseigneur Feltin, ne souhaitant pas conserver cette fonction. Le Vicariat prit alors réellement son autonomie en se détachant de l’archevêché de Paris. Le processus s’acheva avec la constitution apostolique « Spirituali militum curae » promulguée par Jean-Paul II le 21 avril 1986. Ce changement de statuts sanctionna la réussite de l’expérience lancée par Pie XII.

Aux termes de la constitution « Spirituali militum curae », le Vicariat aux Armées devint le diocèse aux Armées françaises. La constitution « Spirituali militum curae » se présente comme liée au Concile Vatican II qui ouvrit la voie à une pastorale plus adaptée aux besoins particuliers. La forme canonique de l’aumônerie militaire en France découle du premier paragraphe de la constitution : « les Ordinariats aux armées qui sont assimilés au plan juridique à des diocèses, sont des circonscriptions ecclésiastiques particulières, régies par des statuts qui leur sont propres et promulgués par le Siège Apostolique, dans lesquels seront précisées plus en détail les prescriptions de cette Constitution, restant sauves, là où elles existent, les Conventions stipulées entre le Saint-Siège et les Etats signataires ».
Les statuts diocésains[17]  reprennent les termes mêmes de la constitution en leur article 1er : « l’Ordinariat aux armées françaises est assimilé à la figure juridique du diocèse ».
Le même article précise que « dans l’usage courant de la langue française, le terme « Diocèse aux armées » sera adopté de même que celui d’évêque aux armées pour traduire « Ordinarius militaris ».


Conclusion

La conclusion pourrait se résumer à l’apophtegme posé par Lampedusa dans Le Guépard : « il faut que tout change pour que rien ne change ». Quelque soit le régime ou la forme canonique, l’assistance spirituelle au combattant fut toujours reconnue voire tolérée.
La double hiérarchie sur le plan militaire et la juridiction cumulative sur le plan canonique sont par nature source de frictions plus ou moins atténuées selon les époques. Par delà ces tensions, s’impose la nécessité d’assurer le soutien de ceux qui ont consenti à l’éventualité du sacrifice suprême.

Il est à noter que le terme d’aumônier s’est échappé du vocabulaire canonique pour s’émanciper dans le langage administratif. Ainsi l’Etat français accorde désormais le statut d’aumônier non seulement aux prêtres mais aussi aux diacres et laïcs et même aux ministres des autres cultes reconnus : israélite, musulman et protestant.  

  
Annexes
Bibliographie

La Bible, traduction française et adaptation des textes de la bible de Crampon, commentaires réalisés par les professeurs de la Faculté de Théologie de l’Université de Navarre.

Constitution apostolique « Spirituali militum curae » du 25 avril 1986.

Statuts canoniques du diocèse aux Armées françaises promulgués le 16 mai 1988.

Collectif « Liberté religieuse et régimes des cultes », CERF, Paris, 2005.
Collectif « Aumônerie militaire », numéro spécial de la Revue « Croix de guerre », Paris, 1960.
Antoine REDIER et abbé HENOCQUE « Les aumôniers militaires français », Flammarion, Paris, 1940

Alexandre MARAL « Le grand aumônier de France et le diocèse de la Chapelle royale sous Louis XIV », Bibliothèque de l’Ecole des chartes, t 158, 2000, p. 475-506.

Xavier BONIFACE « L’aumônerie militaire française 1814-1962 », thèse de doctorat en histoire, Université de Lille III, 1997.

Arnault BERRONE « Les aumôniers militaires catholiques de la Restauration à la fin du Second Empire : vecteur d’un idéal du soldat chrétien ? », Université de Paris X, Département d’histoire, 1998.

Catherine EPAULARD « L’aumônerie militaire de la Révolution à la Restauration », mémoire de maîtrise, Université de Paris I, UFR d’histoire, 1987.
Table des matières

Introduction  page 2

I – Du Grand Aumônier  page 4

A – L’Ancien Régime et la Révolution   page 4

B – L’Empire et la Restauration   page 7

II – A l’Evêque aux Armées françaises   page 10

A – L’organisation juridique de l’aumônerie   page 10

1) L’absence d’institution structurée et permanente  page 10

2) La militarisation des aumôniers  page 11

B – Les pouvoirs de juridiction des aumôniers   page 12

Conclusion   page 16

Annexes   page 17

Bibliographie   page 26


[1] A. REDIER et abbé HENOCQUE « Les aumôniers militaires français », Paris, Flammarion, 1940, p. 14.
[2]  Abbé FERRE « Vie de saint Sulpice le Bon », Paris, Gabalda, 1919, p. 73.
[3] Cf. le traité de L’Ecluse entre la France et l’Angleterre, du 6 fév. 1759, et la Convention de Brandebourg du 7 sept. 1759 entre l France et la Prusse.
[4] Abbé L. Moreau « Recherches sur l’origine et la formation du diocèse royal en France : un exemple de diocèse personnel à l’époque du droit classique de l’Eglise » thèse de doctorat en droit canonique, Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg, 1975.
[5] Cette affaire opposa violemment le cardinal de Noailles aux Jésuites : au père de Linières nommé confesseur du Roi en mars 1722 par le Régent, l’archevêque de Paris déclara ne pas donner les pouvoirs pour confesser le Roi. Bien qu’un bref pontifical du 19 mai permît au Roi de choisir le père de Linières comme confesseur et à celui-ci d’absoudre le Roi indépendamment de l’approbation de l’ordinaire, Louis XV fut confessé le 29 juin 1722 à Saint-Cyr, sur le territoire et avec les pouvoirs de l’évêque de Chartres. Quant à la confirmation du Roi, l’archevêque de Paris prévint l’issue de la querelle en accordant au Grand Aumônier le pouvoir de confirmer le Roi ; ce qui fut fait à Versailles le 9 août 1722.
[6] Philippe GUYARD « Les aumôniers de troupe de la Régence à la chute de la monarchie » thèse de troisième cycle, Paris IV, 1982, p. 27 et 35. Cite un bref de pie VI au Grand Aumônier, le cardinal de la Roche-Guyon, en 1775.
[7]  Mémoires de M. le comte de Saint Germain, écrits par lui-même, rédigés par l’abbé de la Montagne, Amsterdam, 1779.
[8] Guignard, L’Ecole de Mars ou Mémoires instructifs, t. I, p. 696.
[9] A cet égard, l’art. 8 de la loi du 26 décembre 1792 dispose que « les officiers sans troupes, les commissaires des guerres, aumôniers et officiers de santé, étant assimilés aux officiers des corps, tout ce qui est dit précédemment leur est applicable ».
[10] Une autre exception notable est à signaler : les régiments étrangers. L’Empereur qui recommanda à ses soldats le « respect pour les coutumes et les préjugés des pays qu’ils traversent » , se garda lui-même de déroger aux habitudes religieuses de militaires étrangers dont la participation à la Grande Armée lui fut précieuse (Cf. lettre à Leclerc, général en chef de l’armée de Portugal citée par J. Morvan in Le soldat impérial (1800-1814), 2 vol., Plon, Paris, 1914, p. 506-508).
[11] Sur 31 870 prêtres français recensés en 1809, seuls 933 avaient moins de 40 ans.
[12] Il fallut attendre 1823 pour que l’aumônerie de la Marine reçût un statut analogue.
[13] F. ROQUE « Le statut des aumôniers militaires aux XVIIe et XVIIIe  siècles » Paris, Librairie Sirey, 1967.
[14] Les aumôniers titulaires étaient affectés aux rassemblements de troupes supérieurs à 2 000 hommes alors que des aumôniers auxiliaires étaient prévus pour des groupements moindres.  Sans grade ni rang dans la hiérarchie, les aumôniers étaient attachés aux garnisons et placés sous la juridiction des évêques.
[15] Ces garnisons devaient comprendre au minimum  2 000 hommes et être distante de plus de 5 km des églises paroissiales (art. 2).
[16] Cf. Annexe I.
[17] Cf. Annexe II.

 

 

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Perspectives de travail pour les aumôniers en Opex

Conférence de Mgr Le Gal aux aumôniers de la KFOR en juillet 2008.
Quelques perspectives de travail inter ou multinational pour les aumôniers en opex.

 

Français    -     Anglais

 

 

 Quelques perspectives de travail inter ou multinational
pour les aumôniers Opex.

 

 

Rencontre avec les aumôniers de la KFor (juillet 2008)

 

Après dix visites sur le théâtre de la Kfor, c’est la première fois que m’est offerte la possibilité de participer à une rencontre de l’ensemble des aumôniers du théâtre et j’en suis très heureux. Habituellement, je ne rencontrais que les aumôniers français et le chief chaplain. Puisque j’y ai été invité par l’aumônier Dominique Thépaut, je me permets de vous faire partager quelques réflexions et perspectives concernant notre ministère d’aumônier en opération.

 

1 -    Collaboration entre aumôniers

 

Je constate que la quasi-totalité des opérations aujourd’hui –et cela depuis plus de 10 ans- se déroule dans un cadre multinational (ONU, OTAN, Europe). Malgré cela, le soutien spirituel des forces projetées par les aumôneries reste officiellement toujours national.

 

Il n’y a que dans le cadre de la Kfor qu’existe à ma connaissance un chief chaplain en mesure d’assurer une certaine coordination entre les aumôniers des différentes nations et d’exercer un rôle de conseiller auprès du Comkfor, avec un regard supranational et interconfessionnel (ou inter-culte).

 

En Afghanistan, j’ai bien rencontré un chief chaplain du théâtre sur le grand camp U.S. de Bagram au Nord de la Vallée de Chamali, mais il n’exerçait sa mission qu’auprès des aumôniers U.S. et du commandement U.S. (J’ignore comment sont organisés les aumôniers en Irak).

 

L’organisation qui prévaut ici au Kosovo m’apparaît donc comme très intéressante dans la perspective d’une collaboration plus institutionnelle et/ou une mutualisation de nos forces au niveau des aumôneries.

 

Je vois bien cependant plusieurs difficultés dans cette direction : l’obstacle de la langue, mais aussi les différences notables dans nos pratiques pastorales et nos statuts respectifs selon nos pays d’origine (différence de positionnement hiérarchique (grades), degrés différents d’intégration dans la dimension militaire …)

 

Le fait de se réunir ensemble comme vous le faites ici au Kosovo permet de mesurer ces difficultés, d’envisager d’y répondre progressivement et aussi de discerner des points concrets d’entraide ou de collaboration qui pourraient nous permettre d’assurer un meilleur service et un accompagnement plus suivi auprès des militaires de nos unités.

 

Je crois que la multiplication des crises et des interventions et les limites capacitaires de nos armées et de nos aumôneries -du moins pour ce qui est de la France- milite fortement dans le sens d’un développement de telles collaborations. A défaut de mutualisation ou de collaboration institutionnalisée, il existe certes de multiples exemples de collaboration plus ponctuelle. Je cite quelques exemples que j’ai pu observer et qui me paraissent dignes d’être encouragés :

 

Durant le 1er mandat de l’Eufor au Tchad début 2006, la force de 1700 hommes était composée principalement d’unités irlandaises, italiennes et françaises dispersées sur des sites distants les uns des autres. Seule la France qui assure le soutien de la Force a envoyé un aumônier. Celui-ci a mis en œuvre des liturgies dominicales trilingues avec un fort soutien italien. Quant l’aumônier était en visite dans les sites périphériques, il faisait appel au curé d’Abéché un missionnaire jésuite.

 

A Kaboul, au camp Warehouse et Phoenix, j’ai pu observer aussi une entraide très vivante entre l’aumônier français et l’aumônier portugais, voire italien, qui se remplaçaient mutuellement, quand le portugais allait à Mazar-e-Charif ou le français à Dushambé (Tadjikistan).

 

Le Père Dominique Thépaut pourrait aussi relater ce qu’il a vécu à cet égard en R.D.C. à Kinshasa.

 

 

Ici, au Kosovo, les possibilités de collaboration sont plus aisées du fait des moindres distances et des facilités de circulation. Il me paraît d’autant plus utile de tisser des liens et d’envisager concrètement d’apprendre à travailler davantage ensemble, du moins à pouvoir s’entraider -se remplacer dans des situations précises-. Cela demande sûrement des efforts, de l’imagination et de la patience ; on est sûrement très loin encore d’une armée européenne intégrée et donc d’une aumônerie militaire européenne intégrée elle aussi !

 

Il ne faudrait cependant pas que nous soyons le dernier service dans les armées à envisager cette dimension.

 

2 -   Mieux vivre en opération

 

Dans les théâtres que j’ai visités et où sont présentes les armées françaises, les phases combattantes très actives et éventuellement de haute intensité sont rares (sauf peut-être à l’ouverture du théâtre). Simultanément, je constate que, sauf exception, nos forces doivent durer longtemps, des années sur le même théâtre. Ainsi, les soldats sont soumis à de longues périodes d’une présence qui requiert plus de vigilance que d’action, où le sens de la mission peut se perdre, où peut s’installer la routine jusqu’au moment où revient, sans qu’on l’attende, une reprise de la violence.

 

La vie dans les camps risque alors de devenir une vie de garnison à l’étranger, relativement confortable (selon ce que je vois à Novo Selo ou à Belvedère, ou à Warehouse (Kaboul). En même temps, cette vie ne me paraît pas très enthousiasmante, ni très saine. Loin de chez eux, les militaires n’ont plus leurs repères affectifs et familiaux, leurs intérêts associatifs … Facilement, les plus fragiles d’entre eux sombrent dans une vie personnelle médiocre, très individualiste, spirituellement appauvrissante. Les quelques moments de loisirs témoignent souvent de cette pauvreté. D’autres ne vivent que pour le travail qui est souvent très administratif.

 

Ce tableau est peut-être quelque peu pessimiste ! Je n’en suis pas sûr. Il me semble que les aumôniers sans que ce soit sans doute le cœur de leur mission, peuvent jouer un rôle significatif pour proposer quelques pistes concrètes pour échapper à ce marasme. Je pense à quelques temps forts qui peuvent être organisés comme la participation au P.M.I. (à Lourdes), à une délégation issue de tous les contingents des nations présentes dans la Kfor (c’est le cas depuis 5 ans et cela me semble très heureux même si c’est ponctuel). Dans le même ordre d’idée, la marche du 15 août à Letniça qui permet de rejoindre le pèlerinage local des Kosovars me semble très positive.

 

D’autres initiatives pourraient être envisagées et le sont sans doute, auquel cas il est souhaitable qu’elles soient connues et partagées pour pouvoir être reprises par d’autres aux mandats suivants. Toutes les idées ne sont d’ailleurs pas à vivre au niveau multinational, mais peuvent inspirer ou être reprises sur un plan binational selon les opportunités. A cette fin, je crois très utiles et fécondes les rencontres que vous pouvez avoir entre aumôniers du même théâtre.

 

Bien sûr -je le comprends bien- ces réunions ont d’abord l’intérêt de permettre de créer des liens amicaux et de se rassembler pour une prière commune. Cela n’exclut pas, cependant d’échanger des idées, des projets, voire de les mettre en œuvre ensemble.

 

3 – A propos de l’éthique militaire

 

Je souhaite aussi attirer votre attention sur la réflexion concernant l’éthique militaire. Je pense que les aumôniers ont une responsabilité particulière par rapport à la réflexion en ce domaine et par rapport à la formation de la conscience morale des militaires. Il ne s’agit pas seulement de connaître et de faire respecter le Droit International Humanitaire et le droit des conflits. L’éthique a un champ distinct qui est essentiel au bien vivre du militaire en opération.

 

Les grands principes éthiques sont connus, mais posent de multiples questions auxquelles l’aumônier doit se donner les moyens d’apporter des éléments de réponse et de clarification. Il y a un travail fondamental à ce sujet que les Armées et les aumôniers, à leur place, opèrent dans les écoles, dans des colloques -à l’arrière-, mais la présence en opération vient souvent soulever de façon plus aiguë certaines questions, parfois de manière nouvelle.

 

Je crois que les échanges à ce sujet entre aumôniers, croisant des points de vue différents, souvent complémentaires, sont utiles sinon nécessaires pour apporter un conseil ou un éclairage pertinent.

 

On observe ici ou là des dérives dans les comportements et les usages des militaires en opération qui, parfois, aboutissent à des attitudes inacceptables. Il ne s’agit pas seulement d’aider les uns et les autres après un drame éventuel, mais de chercher à prévenir d’éventuels dérapages. A cet égard, l’isolement est toujours néfaste, le dialogue avec d’autres permet par contre de rester lucide, de mieux discerner les situations, d’être encouragé, le cas échéant, à agir de façon discrète et adéquate.

 

L’expérience et la réflexion pratique des aumôniers en Opex sur ces questions éthiques me semblent très importantes. Je crois qu’elles peuvent et doivent contribuer de façon importante (par des comptes-rendus de mission) à l’actualisation des positions des responsables des aumôneries, souvent sollicités sur ce sujet par le commandement (du moins en France).

 

Au total, je crois que les aumôniers en opération assument avec patience et courage un ministère précieux et souvent délicat. La bonne entente entre les aumôniers et leur collaboration chaque fois que possible me semble être un plus. Je ne peux que vous encourager à travailler en ce sens.

 

 

Patrick Le Gal

 

Evêque aux Armées

 

 

 

 

 

 

A few perspectives in multinational work for chaplains in operations

 

A conference given to KFOR Chaplains in July 2008,

by His Excellency Mgr LE GAL, Catholic Bishop of the French Forces.

 

After ten pastoral visits in the Kosovo Theater, since the year 2000, this is however the first time that I have been given the opportunity and the honor to attend a meeting with all the KFOR Chaplains. I usually had just encounters with the French Chaplains and with the Chief Chaplain. Since I have been invited by Chaplain Dominique THEPAUT, I would like to share with you some part of my considerations and views relating to our ministry as Chaplains posted overseas.

1 - When chaplains collaborate.

In most of the current operations nowadays, we have been in a multinational frame (UN, NATO, Europe) for more than 10 years. However, this situation doesn’t prevent the religious support provided by our chaplaincies to our deployed Forces to remain officially a strictly national responsibility.

As far as I know a Chief Chaplain only exists in KFOR; he is in charge of coordination with the other Chaplains from different nations; he is the COMKFOR adviser on religious matters and is expected to have a multinational and inter-religious (or intercultural) wide view.

In Afghanistan, I remember having met a Theater Chief Chaplain in the US camp of Bagram, north of Chamali valley, but actually he was only working with the US Chaplains and the US command. (I have no idea of how the chaplaincies are displayed in Iraq.)

From that point of view, I find the situation that prevails here in Kosovo rather interesting and I dream of some more official collaborations among our chaplaincies.

Nevertheless, I note many difficulties in this way : our languages are different as well as our religious and ministry practices ; the status of a Chaplain relating to our national regulations is far less common:  we are in different positions in the Chain of Command (ranks, for instance), and we are less or more integrated into the military organization.

Chaplains’ meetings like you have here in Kosovo give a lot of indications to be aware of these difficulties. So we can try to progress in solving them and we can discern some agreement in multilateral help and collaboration in order to provide a better way to minister and care for all the troops.  

I can say the increasing number of crises and operations linked to the limited capacities of our national armies and chaplaincies – It’s obvious for France – will bring to a similar increasing in development of such collaborations. Where full integrated chaplaincy team or official collaboration is at present impossible still exists many other forms of day after day mutual help. I keep in mind what I experienced and should be encouraged:

  • Recently, during the first EUFOR mandate in Chad in 2007, the 1700 soldiers of the Force were mainly from the following contributing nations: Ireland, Italy and France, displayed on camps far from one another. Only France, who was the support leading nation of EUFOR, had sent a Chaplain. This Chaplain performed Sunday multilingual religious services (in French, English and Italian). When this Chaplain was to be out of the main camp to pay a visit to other distant camps, he asked the priest of Abeche, a Jesuit missionary, to come and say the mass to the soldiers.
  • In Kabul Warehouse and Phoenix camps, I could see how the French and the Portuguese Chaplains were collaborating (sometimes the Italian chaplain too): they were able to replace each other in the ministry, when the Portuguese Chaplain was out to go to Mazar-e-Charif or equally when the French one had to go to Dushambe, Tadjikistan.
  • Father Dominique THEPAUT could also easily report what happened in Kinshasa, Democratic Republic of Congo, when he was posted there for another EUFOR mission in 2006.

In Kosovo, the small extension of the Theater and the good roads conditions make easier work in common. That’s why I consider all the more useful to strengthen our relationships and to really improve our common work in ministry, I would say first, to give a hand to others (for instance to permute when needed in some situations). Imagination and patience and some effort may be asked to achieve such collaboration.

A fully integrated European Army is not for tomorrow, and therefore we are far from a fully integrated European Army chaplaincy ! Anyway, we can’t agree to be the very last Army service to plan this future !

 

2  –  Better personal life when deployed.

The engagement of French troops in many theatres I visited is seldom of high intensity, except perhaps at the very beginning of the deployment. In the same way I know that, except in some cases (today in Afghanistan for instance), our Forces have to stay a long time in the same theater. The result is that our soldiers know long periods in which vigilance is more requested than action, long periods which may waste for them the sense of the mission, long periods of daily routine till the day when violence comes back without any notice.

Life in camps may often turn to a simple rather comfortable garrison’s life abroad (As far as I can see in Novo Selo or in Belvedere camp or in Warehouse camp, Kabul.) This kind of life doesn’t although seems very fascinating nor good. Far from home, military people are in lack of affection and family links, out of their social activities… All that can easily bring the weakest of them to a personnel, individualist, and spiritual poor life. The few entertainments available bring some evidence to this narrow personal life. Among them, some are “killing” time by involving themselves in a heavy administrative work.

This description could appear somewhat pessimistic! I don’t think so. And I can imagine that Chaplains, besides their sacred mission, could really be of help in finding actual solutions to avoid this stagnation. I keep in mind some events that can be organized, like taking part to the International Military Pilgrimage in Lourdes: for the sixth year now, a delegation of KFOR members with soldiers from all the contributing nations has been attending this event; it is really a good thing even if it only lasts a short time and concerns few soldiers. In the same way, the 15th of August walk in Letnica joining local population in the celebration of the Assumption is a great thing. I do think that.

Lot of other initiatives could be found and I am sure they will be found in the future; In that case we need to make them known so that they will be organized again mandate after mandate. The multinational level is not always the good scale for all initiatives; many ideas can be easily brought up as opportunities at a national or binational level. In order to achieve this, I can say that the meetings and encounters Chaplains have in a Theater could already be useful as well as fruitful.

 

3 -  A few words about military ethics (or morals)

Now I would like to say a word about military ethics issues. My opinion is that Chaplains have a high responsibility in these matters regarding consideration and counseling soldiers to a better conscience on morals. The point is not only to make known the International Humanitarian Right and the war rules. Ethics is a distinct field at the very heart of the well being of deployed militaries.

The main principles of ethics are well known; Chaplains however are facing a lot of questions and have to find by themselves the way to answer or to clarify them. In schools or in conferences and talks, Forces and chaplains, at both sides, are studying the fundamentals of military ethics; at many times incoming new questions from overseas experienced situations are feeding this process to an acute level.

So I think that talks and sharing of experiences on these matters are useful and necessary between Chaplains and will bring each of them to a more comprehensive overview and to a pertinent response.

In some cases, losses of behavior and misuses in daily life may lead deployed soldiers to unacceptable attitudes. Chaplains have to care all when dramatic accidents happen, but they have first to find a way to prevent such misbehaviors. I note that an isolated person is always in danger: dialog with others is a better way to stay clear in confused situations, as well as to be encouraged to act in a convenient and discreet way.

Posted overseas Chaplains have a large experience and a pretty good practical thinking on this ethics issues. All this material, related in mission reports, may and must help the military chaplaincies leaders -I speak for myself first- to widely update their assessments. So, as we try to do in France, we can help the command who is often willing to know the chaplaincies point of view on these issues.  

As a conclusion, I must say that Chaplains in operations perform with patience and courage a precious and often difficult ministry. A good understanding and a collaboration as often as possible appears to be a good extra. I just encourage you to work like this.

 

Patrick LE GAL, Bishop

Paris, France. July 2008.

 

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Homélie prononcée - obsèques de Lazare Ponticelli

HOMELIE PRONONCÉE
A L’OCCASION DES OBSEQUES DE LAZARE PONTICELLI,
le dernier « poilu »

1ère lecture : Job 19, 1.23 - 27 a
Evangile : Jn 14, 1 - 6

 

Les lectures que nous venons d’entendre ont été choisies avec la famille de Lazare Ponticelli. Elles peuvent guider notre prière et nourrir notre méditation, en ce moment solennel et plein d'émotion, en ce moment extrêmement significatif, compte tenu tant de la portée symbolique du départ du dernier « poilu », que de la richesse du témoignage de la vie de cet homme lui-même, et de la force d’âme qui s’exprime dans les épreuves qu’il a traversées comme dans ses engagements. 

« Je pars vous préparer une place », dit Jésus

Jean, dans l’Evangile, nous rapporte cette parole de Jésus peu de temps avant sa Passion. Il dit à ses disciples : "Je pars vous préparer une place…". C’est une parole de réconfort pour ses disciples. Ils étaient attachés à ce maître, ils le voient partir, ils savent que son heure est venue, et Jésus leur dit : "Je pars vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi » (cf. Jn 14, 2-3). Les disciples savent qu’ils ne seront pas oubliés, qu’ils seront encore moins abandonnés, qu’ils seront accueillis et même … attendus au terme de leur voyage d’ici-bas vers le Royaume.

Quand on pense à cet enfant de neuf ou dix ans, qui arrive seul sur les quais de la gare de Lyon en 1906, -je crois, pas franchement accueilli, ni attendu-, on ne peut s’empêcher de trouver extraordinaire qu’au bout d’un voyage surprenant, étonnant (plus encore qu’arriver à Paris depuis l’Italie quand on a neuf ou dix ans), au bout de ce voyage qui nous conduit vers l’autre monde, nous serons accueillis et attendus, et par Dieu lui-même.

Mais il me semble que cette phrase de Jésus « Je pars vous préparer une place » a une signification plus profonde encore : Jésus veut tout disposer pour que, une fois arrivés, nous puissions, au-delà de toute espérance humaine, vivre et déployer tout ce qui est en nous, tout ce qui est « pierre d’attente », tout ce à quoi -légitimement-, nous avons pu aspirer et qui peut-être n’a pas pu être pleinement vécu, même dans une vie aussi remplie que celle de notre ami Lazare Ponticelli. Jésus veut tout disposer afin que chacun puisse être, définitivement, pleinement, ce qu’il est en lui-même, et laisser fleurir magnifiquement tous les dons qui sont en lui.

Quand Jésus dit qu’il va nous préparer une place, c’est aussi faire en sorte que nous échappions à la frustration. La frustration qui vient d’une vie brisée avant l’heure : Lazare Ponticelli nous quitte à 110 ans, mais combien nous ont quittés à vingt ans, dix-huit ans, sur ces champs de batailles où lui-même a combattu. La frustration de ceux qui voient leur vie abîmée, cassée, ou bien la frustration de ceux qui en sont les témoins : parents, amis, conjoints …

Jésus nous prépare une place afin que chacun puisse se dire : certes dans ma vie terrestre, il y a des choses douloureuses, des choses non achevées, des injustices même, mais dans ce nouveau déploiement de mon être, dans le Royaume, dans le Paradis, aura lieu comme la revanche de Dieu et la mienne sur le mal, sur l’absurde.

Le paradis, c'est une création nouvelle. Chaque personne humaine est une créature unique, remarquable, d'une haute dignité, mais comme recréée dans le ciel pour pouvoir s'épanouir plus largement encore. Chacun y a sa place et cette place est heureuse. C'est ce que nous croyons et c'est aussi en cela réconfort et source d'Espérance.

Heureux sommes-nous puisque, au-delà de toutes les tribulations terrestres, chacun a une place qui lui est préparée. Aidons-nous les uns et les autres à en prendre conscience, et à accueillir cette place le moment venu, à l’attendre ici-bas dans l’espérance …  

Job : l’homme qui a traversé l’épreuve

Je voudrais également dire un mot sur le livre de Job, dont nous avons entendu quelques versets dans la première lecture (Job 19 1, 23 - 27a). Cette lecture est encore plus saisissante alors que nous prions aujourd’hui pour Lazare Ponticelli et pour tous ses compagnons d’armes, de combat, de la grande guerre.

En effet, Job, c'est l'homme qui a traversé l'épreuve, une grande épreuve, une lourde épreuve, une épreuve que l'on ne souhaite à personne. Il l’a traversée, mais il en sort fortifié, meurtri peut-être, mais non pas brisé ; il en sort affiné, enrichi ; il y a trouvé une vraie sagesse.

Nous pouvons imaginer, même si nous n’avons pas tous vécu d’épreuves aussi lourdes, ce qu’a pu représenter pour Lazare Ponticelli quatre ans de guerre mondiale et encore deux années sous les armes, et bien d’autres misères (le deuil : la perte d’un père tout jeune, de Jean, son unique fils -là aussi parti trop tôt- ; la faim, l’extrême pauvreté de sa jeunesse ...)

Job est l'homme qui a traversé l'épreuve, qui en sort fortifié, comme enrichi et qui, par là, est celui que l'on respecte, que l'on admire en raison de son courage, de sa sagesse acquise dans l’épreuve ; une vraie sagesse parce qu'éprouvée au feu en toute vérité ! Le discours c'est une chose, mais la vérité de la vie à travers l'épreuve dont on sort transformé, en est une autre.

Job, c'est l'homme qui ne s'appartient plus tout à fait car son exemple est un soutien, un repère pour beaucoup, et il est devenu un témoin. Et je pense que nous pouvons être reconnaissants à Lazare Ponticelli d'avoir accepté, ainsi que sa famille, cet hommage national, cette célébration élargie, justement à cause du fait que le sage qui a traversé l'épreuve ne s'appartient plus tout à fait et que le témoignage de sa vie doit être connu.

 Je me tiendrai debout devant Dieu

L’histoire de Job nous est racontée dans la Bible, pour nous, et pour tous les hommes, de tous les siècles. Job devient un soutien, un repère pour beaucoup. Job nous dit avec beaucoup d’audace, dans ce bref passage de son livre -à peu près au milieu de son itinéraire- : « Je me tiendrai debout » debout devant Dieu ; « je verrai Dieu face à face » (Job 19, 25), et je me tiendrai debout devant Lui. Ce n’est pas de l’orgueil, c’est correspondre à ce que Dieu attend de nous. Dieu n’attend pas que nous soyons des esclaves résignés, mais que nous soyons debout, relevés, ressuscités ! Dieu aime l'homme debout. Etre debout, c'est une attitude du cœur, de la volonté, c’est une qualification de notre liberté qui sans cesse renaît, qui ne se laisse pas comme écraser par une défaite, un échec, une souffrance -même une souffrance trop lourde-. Un homme debout, c'est un homme libre, entreprenant, qui renaît, qui fait face, qui est fidèle dans la durée…

De tout ce que j'ai lu sur Lazare Ponticelli, il y a une chose que j'ai retenue entre toutes : il a été marié pendant soixante et onze ans ! C’est extraordinaire, cette aptitude à inscrire ses engagements dans la durée, à être fidèle non pas par obligation mais par une conviction vivante et libre.

Je me tiendrai debout devant Dieu ! Et Dieu est heureux, car c'est ce qu'il attend de nous tous : que nous nous relevions, avec sa grâce, pour pouvoir vivre et faire vivre.

Et Dieu ne se détournera pas de moi

Je voudrais encore souligner une autre parole de Job : « Dieu ne se détournera pas » (Job 19,27), il ne détournera pas sa face quand on paraîtra, il n'aura pas l'air comme indifférent : "tiens, quelqu'un de plus qui arrive … » (Il y en a des milliers qui arrivent chaque jour au paradis). Dieu ne détournera pas sa face, il ne me traitera pas comme un étranger mais comme un proche et cette proximité sera vraie et nous en serons étonnés et touchés à la fois. Certes, nous ne sommes pas tous des mystiques consacrant toute notre vie à la recherche de Dieu seul. Si Job ose dire « Dieu ne se détournera pas » c’est qu’il a acquis une profonde certitude de cette proximité, née de sa rencontre avec Dieu à travers son épreuve ; à travers ce dialogue exigeant, cette quête de sens, Job a rencontré Dieu de façon intime : « Je ne te connaissais que par ouï-dire mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Job 42,5).

Dieu ne se détournera pas de Job qui l'a rencontré, Dieu ne se détournera pas d’aucun homme qui l’aura rencontré : dans la consécration et la prière, dans le dialogue en quête de sens comme Job, mais aussi dans l’action et le quotidien de la vie, parfois de façon explicite, parfois sans en avoir vraiment conscience. Dieu ne se détournera pas de celui qui a fait même de petites choses « au plus petit d'entre les miens » comme le souligne Jésus (Mt 25, 40), même donner un simple verre d’eau à son frère. C’est rencontrer le Christ que de s’efforcer de donner un emploi à un homme qui veut légitimement nourrir sa famille. Lazare Ponticelli a eu faim, a cherché du travail, a voulu donner du travail ; pendant la guerre, il ne supportait pas qu'un frère d'armes puisse mourir père de famille en laissant sa famille sans moyen de subsistance. C'est rencontrer le Christ que de porter secours à un soldat blessé, à un père de famille -quatre enfants- un ennemi pourtant ou à un français blessé gravement, père de famille lui aussi … Lazare en arrivant au paradis va les rencontrer, sans doute ne les a-t-il jamais revus … il les rencontrera.

C'est rencontrer le Christ que de garder fidèlement la mémoire de ses compagnons de combat, année après année, durant plus de quatre-vingts ans, -compagnons auxquels on a promis de ne jamais les oublier-. Et c'était une consolation pour eux, peut-être au moment de la mort, de la blessure grave, du plus dur du combat, de savoir qu'il y avait cette fraternité, cette communion, cette mémoire fidèle.

Dans cette quête de sens à la manière de Job, dans l'action et parfois l'action la plus simple et restée cachée à travers le quotidien de notre vie, nous rencontrons le Christ. Et le Christ que nous avons rencontré ne se détournera pas de nous, il nous reconnaîtra.

Il y a un autre homme dont la famille était originaire de la vallée du Pô, qui a longuement voyagé dans toute l’Europe, qui était aussi un militaire à son heure : Martin -nous disons Saint Martin-. A Amiens, un soir d’hiver, il a donné la moitié de son manteau à un pauvre, et la nuit suivante, Jésus lui apparaissait portant son demi-manteau. C’est bien le Christ que nous pouvons rencontrer à travers ces gestes fraternels et charitables, même les plus simples.

Lazare Ponticelli, lui qui avait connu la grande pauvreté et la détresse ne s’est pas dérobé à l’égard de ceux qui criaient misère. Il a agi et réagi et, ce faisant, il a rencontré le Christ. Le Christ le reconnaît à son arrivée au paradis et ne se détourne pas : il l’accueille.  

Il y a un hommage national et c'est une bonne chose. Mais il y a aussi des hommages célestes, et c'est peut-être plus grand encore : « bon serviteur, entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 21), dit Jésus.

La France aujourd'hui, et l'Italie avec nous, veut rendre hommage à tous les combattants valeureux de la grande guerre à l'occasion du retour au ciel du dernier d'entre eux.

Dieu lui-même veut les accueillir, il leur a préparé une place, comme à nous tous si toutefois nous accueillons son salut… il tourne vers eux son visage, et leur donne la paix, et cette paix, elle veut rayonner jusqu'à nous, la paix au prix du courage de l’engagement fidèle, jour après jour, cent ans, cent dix ans ….

 

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises

 

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A propos de la liturgie et de son rôle catéchétique

A propos de la liturgie et de son rôle catéchétique

 

Le Saint Père, en diverses occasions et notamment dans le motu proprio Summorum Pontificum, a insisté sur le rôle catéchétique de la liturgie, invoquant l’adage lex orandi – lex credendi. Il reste sans doute beaucoup à travailler dans ce sens pour que la liturgie puisse pleinement jouer ce rôle à l’égard de l’ensemble des fidèles. En particulier, les prières eucharistiques de la liturgie romaine rénovée à Vatican II offrent des richesses doctrinales largement méconnues. Voici un essai de mise en lumière de ces richesses, rédigé par Mgr Patrick LE GAL commentant l’apport catéchétique des prières eucharistiques.

 

Richesses méconnues des prières eucharistiques de la
liturgie romaine de la messe

rénovée à Vatican II [1]

 

En 1978 paraissait à titre posthume un petit recueil de conférences adressées à des religieuses par le chanoine D.J. Lallement [2]. Le livret était intitulé Bienfaits spirituels de la nouvelle liturgie romaine de la messe ; tout un programme en ces années-là ! Il s’agissait de guider ces saintes religieuses dans une découverte approfondie de la liturgie romaine rénovée, susceptible de nourrir leur piété et leur foi dans le mystère eucharistique.

Cette lecture me fut, je crois, d’un grand profit pour discerner les richesses spirituelles et théologiques dont le nouvel ordomissae était porteur, mais qu’il n’était peut-être pas si évident de découvrir d’emblée. Je crains même que, trente ans plus tard, beaucoup n’aient toujours pas su déceler ces trésors ; d’où bien des misères et des malentendus susceptibles de survenir, voire de proliférer.

Aujourd’hui, la parole du Saint Père par rapport à la liturgie nous appelle à vivre un effort de réconciliation à l’intérieur de l’Eglise. Cette réconciliation pourrait sûrement se fortifier grâce à une attention commune à la mise en valeur de la liturgie, chacun s’efforçant de faire bénéficier l’autre des richesses entrevues. Dans ce contexte, il m’est apparu opportun d’évoquer quelques bienfaits méconnus -je le crois- des prières eucharistiques de la liturgie romaine de la messe rénovée à Vatican II, bienfaits qui sont certes aussi présents dans la forma antiquior de la liturgie, mais de façon peut-être moins explicite.

Je voudrais ainsi proposer quatre remarques.

1 – Explicitation du mystère trinitaire

Nul n’est besoin ici de souligner le caractère central, dans notre foi chrétienne, du dogme trinitaire et, en même temps, le déficit considérable, sur le plan catéchétique ou de l’intelligence de la foi, concernant la Trinité dans le peuple chrétien. Dans le contexte de pays de tradition chrétienne où se démultiplie la présence de fidèles musulmans, il est évidemment urgent, tant pour l’affermissement de la foi des plus jeunes que pour l’annonce explicite de la foi trinitaire dans notre monde, de nous fortifier à cet égard. La seule mention des trois personnes de la Sainte Trinité dans la doxologie finale ou les paroles accompagnant le signe de la croix, ne suffisent sans doute pas à ce que la liturgie puisse à cet égard jouer son rôle catéchétique. La fête de la Sainte Trinité étant bien souvent célébrée, en même temps que des premières communions ou des professions de foi, le rythme des catéchèses trinitaires reste bien faible !

Mais chaque dimanche, voire chaque jour, la participation à la célébration de la messe peut nous donner, à travers l’écoute des paroles des prières eucharistiques II, III ou IV, de réentendre non seulement l’évocation explicite de ces  trois personnes divines, mais aussi l’évocation de leur mission propre et de leurs relations mutuelles [3] : adressée au Père, source de tout don parfait, la prière eucharistique nous fait lui demander d’envoyer l’Esprit-Saint pour sanctifier les oblats et réaliser la présence du Christ (dans le pain et le vin consacrés) -distinction des personnes, parfaite communion dans leur action ad extra-.

2 – Petite théologie de l’Esprit-Saint

Historiquement, dans l’antiquité chrétienne, la christologie a précédé la théologie de l’Esprit-Saint. Cela explique que certains textes très anciens n’évoquent la personne de l’Esprit-Saint que dans une rapide conclusion [4].

Dans un monde sécularisé, plus que jamais, chaque chrétien, dans le combat spirituel qu’il mène, doit pouvoir s’appuyer quotidiennement sur l’Esprit-Saint et ses sept dons, ce qui implique qu’il le connaisse et sache l’invoquer personnellement, au-delà des rudiments catéchétiques transmis notamment lors de la préparation à la confirmation. Les prières eucharistiques II, III et IV (avec leurs préface propres ou leur prologue, le cas échéant) offrent -et c’est nouveau- de multiples mentions explicites à l’Esprit-Saint, qui viennent éclairer ses missions propres et rendre plus familière aux fidèles leur relation à la 3ème personne de la Sainte Trinité dans leur propre prière.

Bien sûr, l’Esprit-Saint apparaît d’abord comme celui par qui le Père vient sanctifier notamment les oblats (épiclèse) ; l’Esprit-Saint apparaît encore comme celui qui vient opérer l’unité du corps (mystique) du Christ pour ceux qui seront sanctifiés par la communion à son corps eucharistique (2ème épiclèse). L’Esprit-Saint, dans la finale du prologue de la prière eucharistique n° IV, apparaît encore comme celui qui poursuit l’œuvre (du Christ) en ce monde et achève toute sanctification, reprenant par là les explicitations déjà présentes dans l’évangile selon saint Jean où l’Esprit-Saint est désigné comme le 2ème paraclet [5], ou dans la théologie des Actes où l’action de l’Esprit-Saint est décrite avec les verbes mêmes qui servent à qualifier l’action du Christ ressuscité [6].

3 – Acclamation au Christ

Après la consécration vient directement, dans la forme extraordinaire du rite romain, la prière Unde et memores qui souligne les deux éléments qui caractérisent le mystère eucharistique : « il est commémoration ou anamnèse et il est oblation ou sacrifice » [7].

Dans la liturgie rénovée après Vatican II, la dimension de commémoration ou d’anamnèse fait l’objet d’une proclamation par le peuple des fidèles qui prend place avant la prière Unde et memores (ou son équivalent dans les prières eucharistiques II, III et IV). Cette acclamation présente plusieurs caractéristiques qui méritent d’être soulignées et respectées, notamment par les auteurs de musique liturgique, faute de quoi, on risque d’en perdre tout le bénéfice. Cette acclamation donc s’adresse directement au Christ. C’est un point capital. Toute la prière eucharistique s’adresse au Père, mais à ce moment, la consécration ayant rendu le Christ présent dans le pain et le vin consacrés, le peuple des fidèles peut s’adresser à lui, pour manifester qu’il croit en sa présence sacramentelle dans les espèces consacrées.

Cette acclamation est encore l’occasion pour tout le peuple des fidèles de confesser explicitement sa foi au Christ mort et ressuscité, et de reconnaître que la liturgie de la messe nous met en présence du mystère de la croix ou -plus exactement- du Christ dans son mystère pascal : mort, résurrection et glorification.

Enfin, cette acclamation est aussi occasion de faire grandir l’espérance théologale des fidèles en renouvelant leur attente du retour du Christ en gloire, accomplissement de l’histoire du salut : Nous attendons ton retour dans la gloire.

4 – Espérance  eschatologique

Dans cette acclamation d’anamnèse que nous venons d’évoquer se trouve un élément nouveau par rapport au contenu de la commémoration évoqué dans la prière Unde et memores du canon romain. Il s’agit précisément de cette proclamation de notre attente du retour du Christ en gloire. A proprement parler, il ne s’agit plus ici de commémoration, sinon de faire mémoire de la promesse faite par le Christ de son second avènement à la fin des temps [8]. C’est toute la spiritualité du temps de l’Avent (du moins de la 1ère partie de l’Avent jusqu’au 17 décembre) qui est ici proposée réintégrant la nécessaire perspective du second avènement dans le « jeu » des trois venues du Christ dont parle saint Bernard [9].

Cette espérance et cette attente du second avènement du Christ et de la vie éternelle, dans son lien avec la grâce propre de la communion eucharistique, étaient déjà admirablement formulées par saint Thomas d’Aquin dans l’antienne à Magnificat qu’il avait rédigée pour l’office du Très Saint Sacrement : « … recólitur memória passiónis eius, mens implétur grátia et futúrae glóriae nobis pignus datur.» ; nous ne saurions recevoir les arrhes sans désirer le tout. Cette antienne tout entière serait à mettre en regard de la proclamation d’anamnèse avec ses trois temps et la tension eschatologique qui l’anime : mémoire de la Passion, grâce de la présence, attente de l’accomplissement à la Parousie.

Cette invitation portée par l’anamnèse à s’associer au cri ultime de l’auteur de l’Apocalypse : « Amen, viens Seigneur Jésus ! » (Ap. 22, 20) se nourrit et s’accompagne d’une explicitation très heureuse de ce à quoi nous sommes appelés dans l’ordre de la vie éternelle : la prière eucharistique n° II dans le memento des défunts nous fait demander en leur faveur : eos in lumen vultus tui admitte, qui est un appel non seulement à être admis dans la lumière et la présence de Dieu, mais bien à le voir face à face, ce qui est l’objet de notre espérance eschatologique.

Ces différents points -évoqués de façon bien rapide- mériteraient sans doute une étude plus précise et approfondie. Mon intention modeste n’était pas d’épuiser le sujet, mais simplement de souligner comment l’attention aux mots de notre prière pouvait venir soutenir notre intelligence de la foi et –par là- nous permettre une célébration plus vive et plus fructueuse du mystère.

J’ai pris l’exemple des prières eucharistiques II, III et IV, qui me semble parlant et en bonne partie méconnu. Il y aurait sûrement matière à un exercice analogue avec le canon romain pour le faire « parler » davantage à l’intelligence croyante des fidèles, par exemple en le commentant à partir des catéchèses des basiliques de Ravenne où il est admirablement traduit dans les mosaïques qui les ornent..

 

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises



 

[1] Ce texte reproduit in extenso une contribution écrite adressée aux organisateurs du Colloque organisé par le C.I.E.L. (Centre International d’Etudes Liturgiques) en novembre 2007.
[2] Le chanoine D.J. Lallement (1892-1977), disciple du Père Garrigou-Lagrange, enseigna la philosophie à l’Institut Catholique de Paris, à partir de 1921, restant avant tout un théologien et un spirituel.
[3] Dans la prière eucharistique n° II, cette double indication concernant les personnes de la Sainte Trinité est déjà anticipée dans la préface propre. Dans la prière eucharistique n° III, l’introduction évoque déjà les trois personnes de la Sainte Trinité, avant que l’épiclèse n’y revienne ; dans la prière eucharistique n° IV : l’articulation de l’action des trois personnes de la Sainte Trinité est soulignée à la fin du prologue.
[4] C’est le cas pour, par exemple, l’hymne Gloria in excelcis Deo. Dans les cantiques insérés dans la Bible grecque à la suite des psaumes, on trouve une version ancienne du Gloria qui ne comporte encore aucune mention du Saint Esprit. (LXX, éd. de Stuttgart, 1935, vol. II, 181)
[5] Cf. Jn 14,16 et 14,26
[6] Cf. Jules Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris 1910, p. 286 ss
[7] J.-A. Jungman, Missarum Sollemnia, Paris 1953, Vol. II, p. 136
[8] On trouve déjà cet élargissement de l’anamnèse dans les constitutions apostoliques et plus encore dans de nombreux formulaires orientaux, notamment en Syrie dès le IVème siècle (cf. Jungman – op. Cit. II pp. 139-140)
[9] « Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur. La troisième se situe entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non. Dans sa première venue il a paru sur la terre et il a vécu avec les hommes, lorsque -comme lui-même en témoigne- ils l’ont vu et l’ont pris en haine. Mais lors de sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé. La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. » Sermon pour l’Avent 5, 1-3 – éd. cist. 4, 188-190

 

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Faut-il encore parler d'aumônier militaire?

Faut-il encore parler d’Aumônier Militaire ?

 

Un aumônier -chacun en conviendra- désignait, en français courant, un ministre catholique, généralement un prêtre, chargé du soin spirituel et pastoral d’une catégorie particulière de fidèles souvent attachés à une institution ou un établissement spécifique -on parlait ainsi d’aumônier de lycée, d’hôpital, de prison ou d’aumônier militaire-.

Depuis plusieurs siècles, mais surtout depuis le XIXème siècle, dans le cadre du Concordat, le mot a été réutilisé en France par le vocabulaire administratif et son usage étendu pour parler aussi des ministres d’autres cultes chargés de fonctions analogues.

Simultanément, quoique plus récemment, des possibilités se sont ouvertes sous certaines conditions dans l’Eglise catholique pour confier la charge d’une aumônerie à des ministres non prêtres, c’est-à-dire diacres ou laïcs. Cette possibilité, liée à la constatation de la pénurie de prêtres, s’est même largement étendue notamment dans les aumôneries de lycées, hôpitaux et prisons [1] ; avec quelques années de décalage et, dans une proportion sans doute moindre, on la retrouve dans le cadre du diocèse aux Armées.

I - Qu’est-ce donc, au fond, qu’un aumônier ?

Cette double évolution tant au niveau de l’usage du mot que de la réalité à laquelle il renvoie, ne manque pas de provoquer quelques questions ou d’induire des risques de confusion ou de dérapage. 

1 - Un peu d’histoire

D’où vient cette terminologie d’aumônier spécifiquement française ? Un aumônier -en latin « elemosinarius » [2], le mot est sans doute peu utilisé car peu prononçable- c’est étymologiquement celui qui distribue des aumônes (elemosina). L’aumônier étant la personne, dans les siècles passés, à laquelle un seigneur déléguait le soin de distribuer des dons aux pauvres ; souvent il s’agissait d’un prêtre, de son chapelain par exemple, et ainsi naquit -sans doute- la dérive sémantique.

En France, avec Charles VIII est créée la fonction de grand aumônier de France que le Roi désignait pour assumer ce service caritatif. Rapidement, ce personnage officiel reçut d’autres fonctions comme d’instruire les causes où pouvait s’exercer la grâce royale, mais aussi de nommer les chapelains des différentes résidences royales ou des régiments de sa majesté. Pour cette dernière raison, on appela parfois ce grand aumônier de France, évêque des Armées. Supprimé à la révolution, le poste fut recréé sous l’empire et disparut définitivement en 1870. Mais, assurément, si le grand aumônier n’existait plus, le terme d’aumônier subsista et fut conservé pour des ministres qui n’avaient sans doute plus aucun rôle effectif d’aumônier, mais seulement une fonction de chapelain -par exemple de chapelain militaire-. C’est ainsi que, sous une même dénomination, on désigna d’abord et principalement ce service caritatif -on dirait aujourd’hui diaconal-, puis un service essentiellement pastoral et sacerdotal [3]

2 – L’aumônier : une exception lexicographique française

Une chose est à remarquer, les documents officiels de l’Eglise latine, qui précisent les différents ministères dans l’Eglise, notamment et principalement le code de droit canon (C.I.C.) [4] , ne connaissent pas le terme d’aumônier qui a disparu, du vocabulaire de l’Eglise sauf, de fait, en France. C’est sous le terme de capelanus chapelain [5] que le C.I.C. désigne la réalité que nous mettons sous le terme d’aumônier. La traduction française officielle du C.I.C. fait de même.

En son Canon 564, le code de droit canonique définit ainsi très précisément le chapelain et sa mission « Le chapelain est le prêtre à qui est confiée de façon stable la charge pastorale, au moins en partie, d'une communauté ou d'un groupe particulier de fidèles, qu'il doit exercer selon le droit universel et particulier » et le canon 569 précise que « les chapelains militaires sont régis par des lois spéciales » ; en l’occurrence, il s’agit de la Constitution Apostolique Spirituali Militum Curae [6]

Ainsi définie, la dénomination de « chapelain » mieux que celle « d’aumônier » renvoie-t-elle clairement à une charge pastorale caractéristique de la mission de l’Eglise et analogue à celle des curés, c’est-à-dire celui qui a charge d’âmes [7].

Le code précise donc que le chapelain est un prêtre. Tout comme pour le curé (cf. canon 521 §1), on a vu cependant qu’en cas de pénurie avérée de prêtres, le canon 517 §2 permettait la nomination d’un diacre ou d’un laïc qui reçoit ainsi une participation à la charge pastorale de la paroisse. Il en va de même pour la charge de chapelain, restant sauve la nécessité de nommer un « prêtre modérateur » de cette charge pastorale. C’est alors ce prêtre modérateur qui sera muni des pouvoirs et facultés du curé. 

En tout état de cause, le chapelain, qu’il exerce ses fonctions de plein droit en tant que prêtre ou par participation en s’appuyant sur le rôle du prêtre modérateur (pour le diacre ou le laïc), a donc une mission essentiellement pastorale au service de la communauté de fidèles qui lui est confiée, par l’annonce de la parole de Dieu et la célébration de la Sainte Eucharistie en son centre (cf. canon 528 §2).

II - Une bonne théologie commence par une bonne grammaire 

Ce serait sans doute assez vain que de prétendre recourir désormais au sein de l’Eglise de France, et dans les Armées en particulier, à la terminologie de chapelain plutôt que de conserver l’usage en partie impropre du terme d’aumônier. Cependant, l’évocation de la terminologie officielle de l’Eglise et l’analyse précise des mots utilisés -le chapelain- permet d’éviter quelques dérives toujours possibles sous trois angles particulièrement. 

1 – Primat pastoral de la charge d’aumônier 

Si « l’aumônier » militaire est plus correctement défini comme « chapelain », il apparaît que sa fonction ne saurait être premièrement de l’ordre d’un service caritatif, encore moins d’une assistance sociale, mais proprement de l’ordre pastoral et spirituel -ce qui veut dire aussi religieux et cultuel-, de l’ordre de l’évangélisation plus que du simple accompagnement humain dans les Armées. On rapproche souvent l’aumônier du médecin et de l’assistante sociale. On peut le comprendre, mais cela ne signifie pas que -de près ou de loin- « l’aumônier » soit ès-qualité, l’assistant sympathique du médecin ou du travailleur social. 

Le devoir de réserve par rapport aux convictions philosophiques, politiques et religieuses, qui prévaut légitimement dans une institution comme celle de la Défense entraîne évidemment une certaine discrétion (au sens de discernement et non pas de se taire) dans la pratique pastorale et le travail d’évangélisation. Il s’agit d’éviter en particulier toute attitude prosélyte. Cela ne doit cependant pas s’opposer à l’exercice des fonctions propres de l’aumônier dans l’ordre pastoral [8].

Le contenu principalement pastoral que l’Eglise met dans le mot chapelain, même s’il est travesti en « aumônier » permet ainsi de bien situer la place du chapelain aux Armées, c'est-à-dire de notre aumônier militaire.

2 – L’aumônier militaire, d’abord un aumônier

En bon français, « aumônier militaire » s’analyse d’abord comme aumônier -le substantif- spécialisé dans le monde militaire -le qualificatif-. Aussi un aumônier militaire n’est-il pas un militaire exerçant -de façon stable ou non- des fonctions d’aumônier. Pour l’aumônier au sens étymologique, passe à la rigueur, mais pour le chapelain, avec sa tâche principalement pastorale, il est essentiel d’avoir conscience qu’il est d’abord chapelain/aumônier et secondairement militaire. Cette qualification militaire peut certes avoir une portée administrative : un statut de militaire implique des droits particuliers (le port de l’uniforme, une solde …) ; de façon plus intéressante, cette qualification de militaire signifie la possibilité d’une proximité, d’une présence, d’un accompagnement en toute situation des militaires auprès desquels l’intéressé est envoyé. Pastoralement, ce dernier point est des plus importants. Il permet de connaître et d’être connu : le pasteur au milieu de ses brebis. Vraisemblablement, cela implique d’emblée pour celui qui débute en son ministère une formation spécifique pour découvrir les us et coutumes de la « tribu ».

Par contre, le primat pastoral de la mission du chapelain/aumônier signifie qu’il ne se transforme pas -au fond- en militaire, comme on pourrait l’envisager dans le cadre de prêtres ouvriers qui seraient envoyés aux Armées [9]. L’aumônier n’est pas un combattant. Il ne porte pas les armes. Il n’entre pas dans le métier des Armes [10]. Sa formation initiale est essentiellement pastorale et s’il doit y avoir une formation militaire comme on l’évoquait plus haut, elle sera radicalement différente de celle d’un soldat -fut-ce un cadre-, mais toute tournée vers un meilleur exercice de son ministère pastoral de proximité.

Dans le cas contraire, on trahit le sens même de la mission du chapelain/aumônier. Peut-être en fait-on un aumônier au sens administratif où la République utilise ce mot, voire un aumônier au sens d’un auxiliaire sanitaire ou social, mais sûrement pas un chapelain au sens du canon 564. Dans une pareille hypothèse, l’intéressé, ni vrai soldat, ni vrai ministre de l’Eglise, n’aurait plus qu’à se retirer et la prétendue aumônerie à fermer ses portes.

3 – Aumônier et catholique

Cela a été dit plus haut, le vocabulaire administratif de l’Etat a emprunté depuis longtemps le terme d’aumônier pour désigner commodément non plus les seuls ministres catholiques ou chrétiens, mais encore ceux d’autres cultes. Il eut été sans doute plus dommageable et paradoxal que cet emprunt concerne, non pas le terme d’aumônier facilement recevable pour les juifs et peut-être les musulmans, mais celui de chapelain, mot qui, plus explicitement, renvoie au culte catholique.

Néanmoins, l’appellation d’aumônier militaire désormais commune sur le plan administratif à tous les cultes reconnus et, chacun plus ou moins minoritaire dans un monde sécularisé, peut entraîner dans une autre tentation. Celle d’équiparer le rôle et la fonction des ministres de cultes différents mais réunis sous la même dénomination et envoyés auprès des mêmes unités militaires.

Concrètement, la tentation est forte d’utiliser le « culte » comme un lieu propice d’expression de la cohésion ou encore celle de pouvoir répartir plus rationnellement le nombre limité d’aumôniers, tous cultes confondus, sur l’ensemble des unités. Or il faut se souvenir que la base légale sur laquelle repose les aumôneries (loi de 1905 en son article 1) motive leur existence par la nécessité de permettre à tout citoyen d’exercer le culte de son choix. Même s’il est souhaitable d’adopter une compréhension assez large du « culte », ce qui prévaut d’ailleurs aujourd’hui, en particulier pour l’aumônerie militaire, il reste fondamental que chaque aumônerie offre cette possibilité de façon précise.

Remarquons ici que la notion même de culte inter-religieux est inadéquate sachant qu’il n’existe pas au sens propre de liturgie inter-culte, mais seulement, le cas échéant, des liturgies successives ou parallèles, qui peuvent présenter un grand intérêt mais aussi des limites étroites [11]. Pour autant, l’aumônier de tel culte qui se trouve seul sur un théâtre où les militaires peuvent être de cultes différents, ne va pas abandonner à leur triste sort les militaires qui ne sont pas de son culte [12]. Cependant sa responsabilité et sa mission ne sont pas similaires selon qu’il s’adresse aux uns ou aux autres. La devise de l’aumônier canadien catholique souligne bien les trois niveaux de responsabilité de l’aumônier catholique vis-à-vis de ses fidèles, des chrétiens d’une autre confession et des autres militaires non chrétiens :

We minister to our own

Facilitate the worship of others

And care for all.

Les seuls vis-à-vis desquels l’aumônier catholique a, de façon précise, à exercer son ministère sont les fidèles catholiques. Mais à ceux-là il ne peut se limiter, ni proposer comme aux autres un simple rôle de « facilitation » ou d’attention très générale. Evidemment la stricte réciprocité est attendue de la part des autres cultes.

Ainsi, un aumônier militaire catholique est fondamentalement en charge d’un ministère pastoral au sens où le comprend l’Eglise Catholique et romaine. Cela qualifie et détermine sa responsabilité et son champ apostolique. Ce ministère, il l’exerce en accompagnant au plus près les militaires auxquels il est envoyé sans toutefois jamais chercher à s’identifier à un homme d’arme ou à un combattant (encore moins en jouant au petit soldat). Il est d’abord un acteur pastoral et secondairement militaire. D’autres approches sont imaginables. Du point de vue catholique, elles sont toutefois fragiles, sinon contradictoires et sans fécondité pastorale, débouchant à terme sur la disparition du concept même de diocèse aux Armées.

Note complémentaire sur l’appellation des aumôniers

Compte tenu de l’usage français, tant ecclésial qu’administratif, tous les aumôniers militaires, quel que soit leur culte ou leur statut particulier, peuvent légitimement être appelés Monsieur l’Aumônier (le cas échéant : Madame l’Aumônier). Par contre, les dénominations « Mon Père », ou « Padre » (voire « Monsieur l’abbé ») ne peuvent convenir de façon évidente que pour des aumôniers catholiques prêtres.

L’appellation correspondante adaptée pour un aumônier protestant serait « Monsieur le Pasteur » et pour un aumônier israélite « Monsieur le Rabbin ».

Concernant les aumôniers du culte musulman, outre l’appellation commune, comme indiqué plus haut, de Monsieur l’Aumônier, pourrait peut-être être reprise la dénomination de « Marab », bien connue des Armées d’Afrique et toujours attestées dans la Défense, en particulier au Lycée militaire de La Flèche. Elle correspondrait bien au caractère de proximité et de cordialité évoquée par le titre de « Padre », sans doute héritée des expéditions de la Légion au Mexique.

Ce qui est certain en la matière, c’est que le flou ou les dérapages concernant ces appellations sont sources de dommageables confusions et tendent de façon regrettable à gommer les différences confessionnelles ou cultuelles. Personne n’a rien à y gagner. La cohésion passe par le respect loyal de la spécificité de chaque culte, non par les confusions.

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées françaises

mars 2007


 

[1] Le canon 517 §2 prévoit effectivement la possibilité de faire participer un diacre, voire un laïc, à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse -a fortiori d’une « aumônerie »-. Cela n’est toutefois autorisé que dans le cas de pénurie de prêtres et à condition de constituer un prêtre modérateur de la charge pastorale considérée (cf. infra § 2).

[2] Le mot vient tout droit du grec. On retrouve la même racine dans notre « Kyrie eleison », sous la forme verbale : prendre pitié, faire miséricorde.

[3] Cf. Catholicisme art. Aumônier I, col 1061-62 et surtout Dictionnaire de Droit Canonique R. Naz, art. Aumônier I, col 1437 - 1447

[4] L’ancien, de 1917, comme le nouveau, de 1983.

[5] En latin capelanus, en anglais chaplain, en allemand Kaplan …

[6] Constitution promulguée par Jean-Paul II, en date du 21 avril 1986 ; la constitution parle elle aussi de «capellani »

[7] D’ailleurs la constitution Spirituali Militum Curae précise explicitement que les prêtres nommés à une charge de chapelain militaire « jouissent des droits et sont tenus aux devoirs des curés » n° VII

[8] On comprend bien qu’il ne serait pas acceptable « d’employer » des prêtres à une tâche qui ne serait pas centralement celle pour laquelle ils ont consacré leur vie, à savoir un ministère pastoral. Cette exigence se fait encore plus urgente dans une conjoncture où le nombre de prêtres diminue (d’un facteur 10 pour la France entre 1950 et 2015 ou 2020, soit de 50 000 à 5 000). Engager une centaine de prêtres de 50 ans de moyenne d’âge (situation présente du diocèse aux Armées françaises) au profit de quelques dizaines de milliers de militaires en opération est évidemment un « luxe », sauf si l’on considère -ce que l’on fait- les enjeux humains et pastoraux de la tâche des militaires au service de la paix. S’il devait advenir que les aumôniers militaires voient leurs fonctions progressivement décalées hors du champ prioritairement pastoral, il deviendrait inacceptable de laisser plus longtemps ces aumôniers, et particulièrement les prêtres, dans ce cadre ; il faudrait les resituer dans le cadre des diocèses et des paroisses civils.

Alors, l’aumônerie catholique aux Armées -ou plus exactement le diocèse aux Armées- disparaitrait pour renaître éventuellement sous une forme associative, ce qui prévaut dans la police, par exemple.

[9] Les prêtres ouvriers renonçaient à l’exercice commun de leur ministère pour s’engager dans un métier leur permettant de côtoyer et de faire équipe avec d’autres professionnels qu’il s’agissait d’évangéliser de façon indirecte, par cette présence et le partage des mêmes engagements professionnels. L’aumônier militaire, lui, est parmi les soldats et les accompagne en tant que « ministre du culte » reconnu comme tel.

[10] A cet égard, on peut regretter la formulation utilisée par l’aumônier en chef du culte musulman voulant répondre à une objection sur la compatibilité de l’exercice du culte musulman avec l’état militaire. A la question posée, il répond : « Qu’il serve dans une unité ou qu’il soit dans un état-major, un aumônier est d’abord un militaire. L’exercice de sa mission passe avant toute dimension cultuelle (cf. Armée d’aujourd’hui, 315, nov. 2006, p. 25). Cela est vrai d’un musulman engagé dans le métier des armes, cela paraît faux pour un aumônier.

[11] La difficulté de concevoir une liturgie proprement inter-culte est sans doute aussi grande que celle, pour un militaire, de concevoir une munition inter-calibre. Ce serait pourtant très commode et simplifierait les approvisionnements.

[12] La situation peut d’ailleurs varier selon que sont présents ou non sur un théâtre donné des aumôniers des différents cultes.

 

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La contribution du sport à la formation éthique du combattant

La Contribution du Sport à la formation éthique du combattant

 

Dès l’antiquité, et notamment dans l’antiquité tardive et la réflexion chrétienne, l’expérience sportive a été utilisée comme métaphore pour parler du combat (spécialement du combat spirituel) et de ses exigences. Le changement de statut du sport entre la culture grecque et la culture romaine -où le sport prend une dimension ludique et la forme d’un spectacle- va changer quelque peu les termes de la métaphore sans pour autant en supprimer l’intérêt. A vrai dire, dans la littérature chrétienne de l’antiquité tardive, la métaphore sportive pour parler du combat spirituel côtoie bien souvent une autre analogie, tirée de l’expérience militaire et du combat du soldat. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant puisque, dans la culture grecque antique, le sport est d’abord un sport de combat [1].

Malgré les nécessaires transpositions dues aux variations sociales et culturelles sur deux millénaires, le recours à l’expérience sportive pour comprendre les exigences du combat spirituel, voire s’y exercer, demeure pertinent. De même, le combattant au sens du militaire en opération devrait trouver dans l’expérience sportive –aujourd’hui encore- quelques repères pour sa préparation morale et spirituelle à l’exercice de son métier –préparation pour une large part personnelle, mais collective aussi-[2].

Bien évidemment, le militaire peut s’entraîner efficacement à travers des exercices, des manœuvres … Cela concernera cependant surtout un apprentissage de gestes ou de savoir-faire professionnels et, dans une moindre mesure, le registre moral, ne serait-ce que du fait du caractère de « simulation » qu’implique tout exercice, alors que la pratique du sport et de la compétition ne se limite pas à des entraînements, mais permet de vivre et de multiplier les engagements « réels » où les uns triomphent tandis que les autres sont éliminés.

1- L’expérience sportive implique, semble-t-il, l’acquisition d’une force morale dans quatre directions fondamentales utiles tout autant au combattant.

1.1 -    Tout d’abord dans l’ordre de l’aptitude à tisser et à vivre des relations interpersonnelles exigeantes dans un contexte tendu. Le sportif doit se situer vis-à-vis de son concurrent (de son adversaire) qu’il doit respecter, mais aussi connaître pour bien se situer et prendre l’ascendant sur lui en vue de gagner [3]. Il doit se situer par rapport à ses coéquipiers (et / ou son entraîneur) et apprendre à établir une véritable cohésion, un respect du rôle propre de chacun … Il doit aussi savoir se situer par rapport au public et aux supporters, pour en recevoir un véritable encouragement, tout en modérant d’éventuels excès et ne se laissant pas entraîner hors du champ du fair-play (ni dans les dérives des supporters !).

1.2 -    Un deuxième aspect de cette force morale acquise à travers l’expérience sportive est de l’ordre de la maîtrise de soi et cela dans deux directions :

          •    La première est de l’ordre de l’ascèse, c’est-à-dire d’un ensemble de pratiques et de renoncements en vue d’acquérir et de garder la forme physique ad hoc. C’est souvent « l’intérêt » que l’on voit d’abord à la pratique du sport sans trop remarquer que l’effort physique et l’ascèse sont d’abord des exercices de volonté, utiles et même nécessaires à l’acquisition de cette force morale.

          •    La seconde est de l’ordre du respect attentif des règles du jeu et du fair-play, quelque soit l’engagement personnel en vue de la victoire … La chose n’est pas si évidente quand le contexte est dégradé et que beaucoup trichent peu ou prou, ou que l’enjeu de la compétition paraît essentiel.

1.3 -    La pratique du sport suppose volonté et endurance. Il s’agit de savoir se préparer parfois longuement sur plusieurs années en vue d’épreuves ardues et hautement concurrentielles, d’être capable de se concentrer pour atteindre une performance, en tous les cas une qualité exceptionnelle de jeu, en allant au bout de ses forces. Il s’agit de développer courage et force d’âme, conviction intérieure au service des compétitions envisagées, ce que les grecs appelaient le Qumo.j[4]

1.4 -    La pratique du sport et de la compétition implique de développer une intelligence pratique, à la fois pour définir une stratégie compte tenu de « l’adversaire », de ses qualités et de ses propres forces, il s’agit aussi de pouvoir peser et décider dans l’action de prises de risques judicieusement calculés. Il s’agit encore de savoir chercher et accepter les conseils d’un entraîneur et d’autres intervenants dans le soutien du sportif.

Ces quatre points -on l’aura remarqué- font écho aux quatre grands axes de formation morale que distinguait Marcus Tullius Cicero, en vue de l’acquisition de la vertu (justice, tempérance, force et prudence).

2 - Intérêt spécifique et limites de l’experience sportive comme contribution à la formation éthique du combattant.

La pratique du sport au long des jours ou, dans une certaine mesure, le fait d’en être un attentif spectateur, est l’occasion d’une prise de conscience pratique de la nécessaire acquisition d’une force morale à côté de l’apprentissage technique et de l’entrainement physique. De même, elle est occasion de vérifier notre suffisant -ou insuffisant- affermissement dans la maîtrise des qualités morales requises, de constater les inconvénients de tout relâchement dans l’ascèse et de l’importance de maintenir une attention vigilante soutenue.

2.1 -    Intérêts de cette expérience sportive

Cette école en matière de vigueur morale que peut constituer l’expérience sportive est évidemment essentiellement pratique dans la répétition jour après jour de l’effort requis pour acquérir cette maîtrise de jeu plus grande sous ses différents aspects.

Cette école pratique présente aussi l’avantage de pouvoir être aujourd’hui encore « idéologiquement » bien acceptée, ne s’appuyant en fait que sur le bon sens et la nécessité de parvenir à un résultat dans l’ordre de cette maîtrise de soi, de cette endurance et autres vertus nécessaires dans la pratique du sport et dans la compétition. En tout état de cause, le meilleur discours sur le sujet, quelque bien accueilli qu’il soit, n’empêcherait pas la nécessité d’une pratique, d’une assiduité à des exercices et à un discernement quant aux progrès réalisés pour acquérir cette force morale.

A cet égard, il n’est pas sans importance que le sport permette une multiplication des exercices, des compétitions et donc des occasions d’apprentissage et de vérifications, à meilleur compte que des manœuvres militaires plus longues, plus coûteuses et avec les limites de toute simulation (qui réduit strictement les enjeux et le risque encouru alors que dans la compétition sportive les enjeux ne sont certes pas du même ordre que dans une opération militaire réelle, mais il y a cependant victoire ou défaite et un risque qui peut se mesurer en terme de qualification, de réputation, voire d’enjeux financiers).

Sous un autre angle, le fait que l’expérience sportive d’une manière ou d’une autre (y compris à travers la contemplation du sport) soit partagée par un très grand nombre avec ferveur aujourd’hui, permet de disposer d’un terrain à partir duquel faire plus aisément comprendre la nécessité d’enjeux éthiques et moraux analogues dans d’autres disciplines (que le sport) par exemple au service du métier des armes. Cela n’est pas sans intérêt potentiel pour aider à l’acceptation de règles comportementales et autres exigences de la vie militaire à de jeunes engagés a priori peu enclins à une ascèse et une discipline exigeantes, et sans doute encore moins à un discours moral. Cela n’est pas sans intérêt non plus pour pouvoir communiquer avec le grand public et lui faire saisir le bien fondé des enjeux éthiques dans la vie militaire, en analogie avec l’expérience sportive et la pratique du sportif de haut niveau [5].

2.2 -   Limites de l’apport de l’expérience sportive

Certes, la limite de l’expérience sportive comme repère et lieu de formation éthique pour le combattant est évidente. On ne saurait expérimenter à travers le sport le conditionnement propre des opérations militaires dans leur diversité. L’agressivité, la conflictualité, même si elles peuvent exister sur le terrain de sport, ne sont pas caractéristiques du sport alors qu’elles font partie intrinsèquement de l’expérience du combat. De même, l’expérience du danger, et des risques liés à l’usage des armes de guerre, avec l’éventualité de blessés (pas seulement par accident) et de morts, ne fait pas partie de l’expérience sportive et sont cependant inhérente à l’action militaire. 

D’autres qualités encore font partie des vertus attendues chez un militaire à la différence du sportif, par exemple la vigilance et la patience dans la durée dans des opérations où il s’agit plutôt de s’interposer et d’éviter la reprise des combats, ou encore la retenue, voire la réserve dans l’usage des armes et l’ouverture du feu dans le but de ne pas provoquer d’escalade, alors que le sportif va d’emblée solliciter au maximum ses possibilités. 

Une certaine expérience et une pratique du sport, incluant notamment la compétition de haut niveau, peut sûrement contribuer -bien conduite et réfléchie- à la formation éthique du combattant, sans toutefois s’avérer suffisante en tout état de cause. La valorisation de cette contribution impliquera sans doute une relecture de cette expérience sportive et de ses exigences dans le cadre plus général de la formation éthique du combattant.

 

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises



 

[1]Cf. Marie-Hélène Congourdeau, du bon usage des métaphores sportives, RCI Communio XXXI-2 – 2006, pp. 25-37 – Voir aussi Marie-Françoise Baslez, le Christianisme face à la culture sportive du monde gréco-romain, ibid  pp. 15 – 23.

[2] Dans l’antiquité grecque, le sport était un des lieux essentiels à la formation civique des jeunes patriciens sans doute parce qu’il s’agissait d’éduquer leur aptitude et leur volonté à combattre. Dans l’antiquité romaine, cela a disparu, le sport devenant spectacle et divertissement. Il ne serait pas inutile aujourd’hui de réfléchir à la place que pourrait reprendre l’expérience sportive à côté de sa dimension ludique et de spectacle, en matière de formation civique dans le sens d’un goût de l’effort, de l’engagement et de l’esprit militant.

[3]Cela implique un esprit de compétition, une force combative qu’il s’agit cependant de maîtriser. Une réponse de Felice Gimondi, grand coureur cycliste, est éclairante à cet égard « S’il existe un coureur qui se rapproche de mes caractéristiques, bien qu’il ait remporté beaucoup moins de courses que moi, c’est sans doute Ivan Basso. Lui aussi est extrêmement timide et se comporte avec beaucoup de correction au sein du peloton où il ne va jamais embêter personne. Sa manière de se conduire me plaît beaucoup. Il y a cependant une différence dont, en ce qui me concerne, je ne me suis aperçu qu’après avoir cessé ma carrière. Pour ne pas sombrer dans un idéalisme facile, il faut être capable dans une course d’être méchant, de s’imposer, ce que Basso ne semble pas vraiment réussir à faire. A l’inverse moi, je réussissais à être méchant. J’étais très exigeant avec mes équipiers et, avec mes adversaires, quand c’était mon tour de passer je passais, même s’il fallait pousser un peu ou provoquer des chutes. Si on veut gagner, il faut aussi être capable de se dire « quand c’est à moi d’y aller, c’est à moi d’y aller ». Les champions doivent nécessairement avoir l’esprit de compétition ». Interview de Felice Gimondi, vainqueur du tour de France en 1969 – in R.C.I. Communio XXXI-2, 2006, p. 59.

[4] Sur ce sujet en particulier, on pourra se reporter à la communication de Rémi Braque au cours de ce même colloque.

[5] On remarquera encore que l’expérience sportive, à travers l’organisation de vastes compétitions au niveau mondial (par ex. les jeux olympiques ou les coupes du monde), est aujourd’hui l’un des rares lieux où se manifeste un sentiment national voire patriotique. Certes, il conviendrait d’analyser de plus près ces manifestations et leur sens. Néanmoins, il est possible que, là aussi, l’expérience sportive puisse être source utile à la formation du combattant ou plutôt à la formation à l’esprit de Défense du peuple tout entier, qui passe nécessairement par une formation civique et un sentiment national / patriotique.

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Ethique et dissuasion militaire

Ethique et Dissuasion Nucléaire
Comment faire avancer le débat ?

Intervention de P. LE GAL

au Colloque organisé par Pax Christi

Le 21 Octobre 2006

Le débat éthique autour des armes nucléaires et de la stratégie de dissuasion est un débat d’emblée difficile du fait de la complexité des sujets –notamment sur le plan technique-, du fait des enjeux politiques et militaires considérables, et d’un facteur irrationnel lié à la symbolique tragique des attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki.

Les tensions nouvelles, apparues en 2005-2006 du fait de la volonté de pays tels que l’Iran ou la Corée du Nord de se doter à leur tour de l’arme atomique, rendent le débat plus difficile encore : les menaces nouvelles qui sont apparues servent évidemment facilement d’alibi pour renoncer à la poursuite d’un mouvement de désarmement amorcé dans les décennies passées.

Les institutions internationales susceptibles de jouer un rôle modérateur face aux menaces de dissémination manifestent leurs insuffisances et les grandes puissances sont plus soucieuses de renforcer leurs moyens de sécurité et de Défense que de se poser des questions sur la moralité des moyens mis en œuvre [1].

Dans ce contexte, l’Eglise à travers son magistère fait toujours entendre sa voix, tenant compte des données contextuelles changeantes et invitant à une réévaluation des politiques de Défense pour le bien et la paix des peuples de la terre.

 

I – Sens et évolution de la position officielle de l’Eglise Catholique par rapport à la dissuasion nucléaire et à sa valorisation éthique.

Reprendre toute l’histoire de la position de l’Eglise catholique vis-à-vis de la dissuasion nucléaire impliquerait une vaste enquête. On se bornera ici à rappeler quatre grands moments de cette réflexion qui ont marqué ces quatre dernières décennies.

 

1 -      La réflexion de l’Eglise n’a pas manqué de s’exprimer de façon solennelle à l’occasion du Concile Vatican II, réunissant l’ensemble des évêques du monde autour des papes Jean XXIII, puis Paul VI. Dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (GS) sur l’Eglise dans le monde de ce temps, on trouve un jugement sévère, et apparemment sans appel, vis-à-vis du recours aux armes nucléaires sans toutefois conclure définitivement quant à la moralité de la dissuasion nucléaire (GS n° 81, §1). Trois arguments sont explicités :

•    La perspective d’une stratégie anti-cité est moralement inadmissible (GS n° 80, §4).

•    Le coût fabuleux de ces armes et de leurs développements est disproportionné et relève d’une allocation inacceptable des richesses disponibles face à la misère du monde (GS n° 81, §2). Si cet argument demeure –il est d’ailleurs repris par Benoît XVI dans son message pour la paix du 1er janvier 2006 §13 in fine-, il faut cependant remarquer que, pour un pays comme la France, la part « nucléaire » du budget de la Défense a baissé de plus de moitié de 1960 à aujourd’hui -dans le cadre de la politique actuelle de « juste suffisance » en matière nucléaire-, sachant que le budget de la Défense a lui-même baissé en pourcentage du P.I.B. dans des proportions presque équivalentes [2].

•    Enfin, les risques de désastres intolérables sur le plan humain et écologique en cas d’emploi de l’arme contribuent encore à disqualifier cette stratégie (GS n° 81 §3).

          En fait, l’argument le plus formel dans cette condamnation est lié à la notion de stratégie anti-cité, largement abandonnée depuis et non pas à la notion de dissuasion nucléaire comme telle.

2 -      En 1982, à la tribune de l’O.N.U., le pape Jean-Paul II aborde à son tour la question de la dissuasion nucléaire. Il évoque deux conditions rendant « acceptable moralement » la dissuasion nucléaire, au moins provisoirement :

Ces conditions sont, d’une part, la permanence de la guerre froide (qui prévaut encore à cette époque), d’autre part, la volonté de mettre en place un processus de désarmement progressif, concerté, contrôlé [3].

3 -      Au lendemain de la chute du communisme et de la fin de la menace soviétique, Mgr Renato Martino, représentant permanent du Saint Siège auprès de l’O.N.U. en appelle à une forme de sécurité « post-nucléaire » et constate qu’avec la fin de la guerre froide, « la dissuasion nucléaire est surannée » [4].

4 -      Tout récemment, à l’occasion de son message pour la journée mondiale de la paix (1er janvier 2006), le pape Benoît XVI demande aux gouvernements des pays possédant -de droit ou de fait- l’arme nucléaire d’envisager un désarmement progressif et concordé sous le contrôle des institutions internationales, ce qui ramène, pour l’essentiel, à la perspective développée en 1982 par Jean-Paul II [5].

Du rappel cursif de ces grandes étapes de la réflexion éthique développée par le Magistère de l’Eglise sur l’arme et la dissuasion nucléaire ressortent plusieurs points :

1 -      Le concept de dissuasion (nucléaire) en tant que tel n’est pas formellement visé par le jugement de l’Eglise condamnant l’usage de l’arme nucléaire.

2 -      Une ligne directrice se dessine, qui va s’exprimer certes de façon différenciée selon l’appréciation du contexte historique et géopolitique : La dissuasion nucléaire n’est tolérée qu’en contrepartie d’une volonté raisonnée de désarmement. Enfin, les perspectives d’un éventuel emploi de l’arme nucléaire sont dénoncées comme moralement inadmissibles.

L’appréciation de la situation historiquement nouvelle et imprévue liée à la chute du communisme et à la fin de la guerre froide, s’avère après coup marquée par l’optimisme général qui prévalut au début des années 90, laissant imaginer la fin de la conflictualité dans le monde. En ce sens, les conclusions tirées, notamment par Mgr Martino à l’O.N.U., s’avèrent un peu rapides et ne sont pas reprises dans le texte de Benoît XVI en 2006. C’est donc, au final, une appréciation négative et restrictive mais nuancée qui caractérise le jugement porté par l’Eglise sur la dissuasion nucléaire -beau cas d’application de la loi de la gradualité invitant à envisager une démarche vigoureuse mais progressive pour sortir -ou dépasser- la perspective mortifère dans laquelle nous situe l’existence des armes atomiques, leur dissémination progressive et leur modernisation dans le cadre des actuelles stratégies de dissuasion.

 

II – Simples remarques pour faire avancer le débat éthique sur la dissuasion nucléaire

1 -      Sortir d’un contexte polémique

La réflexion sur la dissuasion nucléaire –et sur les sujets de Défense en général ne passionne pas l’opinion publique -française- peut-être parce qu’elle est trop technique et complexe. Une sorte de consensus par défaut de la classe politique sur le sujet ne pousse évidemment pas à l’aborder plus largement. Le débat reste donc essentiellement confiné entre spécialistes, ce qui est sans doute dommage.

Les petits cercles qui s’interpellent sur la dissuasion nucléaire ont cependant facilement des opinions tranchées et opposées en la matière. Au risque de caricaturer, on pourrait dire que des responsables des cercles militaro – industriels s’opposent à des groupes de militants pacifistes et « prophétiques », opposition qui pourrait illustrer assez bien la distinction qu’opérait Max Weber entre l’éthique de la responsabilité et celle de la conviction.

De fait, chez Max Weber, ces deux aspects doivent se conjoindre : « l’éthique de la responsabilité et celle de la conviction ne sont pas contradictoires mais elles se complètent et constituent ensemble l’homme authentique, c'est-à-dire un homme qui peut prétendre à la vocation politique »[6].

Il ne s’agit pas de dénoncer le caractère utopique, voire fanatique du pacifiste, ni la médiocrité -voire la complicité avec un pouvoir dévoyé- du militaire, mais de conjoindre cette double exigence : conviction et responsabilité. Max Weber écrivait encore « On n’aurait pas pu atteindre le possible si, dans le monde, on ne s’était pas toujours et sans cesse attaqué à l’impossible » (ibid). Cela ouvre la porte à une perspective ferme de travailler en vue d’un désarmement nucléaire progressif et responsable : cela implique notamment de construire -ou reconstruire- des instances de négociation de traités ad hoc, ou de contrôle de l’application des mesures prises, de réflexion sur un cadre juridique international renouvelé, vis-à-vis des armes nucléaires (et autres …) en tenant compte du contexte géopolitique actuel. C’est d’ailleurs dans ce sens d’une attention au droit et aux institutions internationales sans cesse à reprendre et à réformer que se situe l’appel de Benoît XVI de janvier 2006[7].

C’est seulement au prix de ce travail patient et persévérant qu’il devient moralement admissible de maintenir cette stratégie de dissuasion nucléaire. Corrélativement, ce même travail conditionne la légitimité morale d’un processus de désarmement dont on a vu qu’il devait être progressif, concerté et contrôlé (notamment dans le cadre des organisations internationales ad hoc).

2 –     Dépasser un débat passionnel

Le nucléaire fait peur comme jadis la peste. Il y a, autour de ce sujet, une forte valorisation symbolique et émotionnelle. Ainsi toute approche raisonnée des questions touchant au nucléaire est difficile, même dans des applications purement civiles [8].

Pour aborder sereinement un débat éthique sur le nucléaire, et particulièrement sur le nucléaire militaire, il y a lieu de démythifier quelque peu ce champ de réflexion et sans doute de travailler à établir un minimum d’objectivité et de rationalité dans le débat [9], mais aussi de confiance entre les partenaires en dialogue.

A cet égard, il serait souhaitable de clarifier la communication vers le grand public sur la question touchant aux applications de l’atome civil et militaire. L’abus du secret ou de la confidentialité nuit plutôt qu’il ne protège les enjeux véritables. De même, un effort de présentation vulgarisée des questions techniques très complexes en jeu devrait permettre à un large public de pouvoir s’approprier enfin, avec quelque objectivité ce débat.

La communication touchant aux risques spécifiques voire aux accidents survenus fait partie des points à aborder dans ce nouvel état d’esprit, si l’on veut rétablir un climat de confiance et de sérénité dans le débat. Evidemment, les risques graves ou les défaillances décelées devraient entraîner des mesures de sécurité complémentaires [10]. Ces dernières faisant l’objet d’une large publication.

Enfin, un traitement moins caricatural de l’information concernant les états et les dirigeants cherchant à se doter ou à développer des armes nucléaires en dehors des règles internationales pourrait là aussi éviter de développer un climat de peur, facilement instrumentalisé pour justifier l’arrêt de toute perspective de désarmement[11].

Le contexte psychologique et médiatique ne change certes rien au fond des questions éthiques posées par les armes nucléaires et la stratégie de dissuasion, mais son amélioration peut largement faciliter les négociations ou la mise en place d’une politique de désarmement très progressif et contrôlé, et nous avons vu que ce désarmement conditionnait l’appréciation morale portée sur la permanence du recours à la dissuasion nucléaire.

3 –     Doctrine et condition d’emploi des armes

Sur le fond cette fois-ci, il y a lieu, dans l’appréciation morale portée sur la dissuasion nucléaire, de prendre en compte la doctrine d’emploi des armes nucléaires. Il faudrait plutôt parler d’ailleurs de non-emploi puisque l’arme nucléaire est cantonnée dans ce rôle de dissuasion stratégique et reste exclue du champ de bataille [12]. Le concept de miniaturisation et de mise au point d’armes nucléaires tactiques relève davantage de phantasmes que de la réalité en tous les cas pour ce qui concerne un pays comme la France. Cette place précise et limitée donnée à l’arme nucléaire éclaire évidemment le jugement moral qui peut être porté.

Qui dit rôle dissuasif implique évidemment que l’outil de dissuasion soit crédible, donc testé, entretenu, mis à jour, prêt à servir … pour ne pas servir.

Il n’est pas indifférent non plus pour se prononcer au niveau éthique sur le caractère admissible ou non d’une stratégie de dissuasion nucléaire, de saisir dans quel cadre stratégique plus général et quelle politique de défense se situe le pays concerné.

A cet égard, la réflexion contemporaine au sein de la Défense française vis-à-vis de la violence est significative. Le rôle de la Défense n’est pas de répondre à une violence potentielle par une violence surajoutée avec l’usage des armes, mais bien de vaincre la violence, de la déconstruire par l’usage de la force armée, y compris par la coercition, mais toujours dans un cadre de maîtrise de l’usage des armes [13], cette action militaire venant au secours d’une action politique et diplomatique antécédente pour leur permettre d’aboutir et de parvenir au maintien ou à la restauration de la paix.

Dans un tel cadre de doctrine, il n’y a évidemment pas de doute sur le rôle spécifique que l’on veut faire jouer à la dissuasion nucléaire, qui est bien un rôle préventif, en amont, pour décourager absolument toute attaque impliquant des dommages inacceptables, la dissuasion jouant un rôle de l’ordre de la contre menace et non de la menace directe. La dissuasion nucléaire à l’intérieur des quatre mots clefs de la mission impartie à la Défense[14], se tient au côté de la prévention. Cela ne suffit pas pour légitimer moralement la stratégie de dissuasion nucléaire mais, à tout le moins, pour légitimer le but poursuivi dans le cadre complexe de la prévention des conflits.

Du point de vue éthique, il n’y a sûrement pas lieu de fléchir notre effort dans l’ordre de la prévention en matière de Défense. Il reste cependant sans doute à redonner plus de poids, dans cette perspective, à d’autres outils que « l’outil » militaire ; pensons aux domaines politique, diplomatique et juridique en amont comme en aval des crises.

Cet effort multiforme pour enrichir la prévention des crises pourrait permettre -à terme- de relativiser l’intérêt de la dissuasion nucléaire et d’offrir des ouvertures raisonnables dans la direction d’un désarmement. C’est cet effort réellement consenti qui peut aujourd’hui légitimer, du point de vue éthique, la stratégie de dissuasion nucléaire dans l’attente du développement d’autres outils qui pourraient s’y substituer.

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises



[1] Il est à remarquer que la charte et le fonctionnement de l’O.N.U. et de son Conseil de Sécurité n’ont nullement été conçus pour faire face à la situation créée par l’apparition et la dissémination progressive de l’arme nucléaire.

La charte de l’O.N.U. est votée en juin 1945. La 1ère explosion nucléaire expérimentale date de juillet. Elle était secrète. Le bombardement nucléaire du Japon date d’août 1945. Il s’est trouvé que, dans les années 60, les cinq puissances membres permanents du Conseil de Sécurité étaient précisément les cinq puissances nucléaires. Ce n’était nullement écrit ainsi à l’avance.

Dans ces conditions, il ne faut pas sous-estimer les efforts et les résultats d’une politique de non dissémination et de réduction progressive des armes nucléaires (de même que les moyens de contrôle mis en place) : il n’est pas indifférent que l’Amérique Latine soit dénucléarisée, avec le renoncement du Brésil et de l’Argentine à se doter d’une telle arme. De même le choix de l’Afrique du Sud et, plus récemment, dans un autre contexte, de la Lybie, à renoncer à la détention d’armes atomiques est encourageant.

Enfin, on notera -et ce n’est pas le moins paradoxal en la matière- que le seul pays victime de l’emploi d’armes atomiques, le Japon, est aussi l’un des très rares pays à maîtriser l’ensemble de la chaîne technologique nucléaire (notamment le retraitement des déchets, essentiel sur le plan sécuritaire et écologique) sans pour autant s’être doté de l’arme nucléaire. C’est aussi l’un des pays les plus menacés par les armes atomiques de pays proches (la Corée du Nord et la Chine).

[2] En 2005, la part de la dissuasion nucléaire représentait un peu moins de 10 % du budget de la Défense et environ 20 % du budget d’investissement (titre V), soit un montant de l’ordre de 3 milliards d’euros.

[3] « Dans ces conditions actuelles, une dissuasion basée sur l’équilibre, non certes, comme une fin en soi mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable » (Message de Jean-Paul II à l’O.N.U., 1982)

[4] Cf. Discours du 28 octobre 1992. Dans son discours du 25 octobre 1993, Mgr Martino précisera : « La réduction des armes nucléaires ne suffit pas. L’écroulement du communisme comme force internationale, la désintégration de l’Union soviétique, le renforcement des mécanismes au sein des Nations Unies pour préserver et faire la paix et gérer les conflits dès leur début, tout cela, et bien d’autres développements qui ont montré l’importance de cette nouvelle période de l’histoire, lance un défi à la communauté mondiale pour qu’elle adopte une forme de sécurité adaptée à une situation post nucléaire. Cette sécurité se trouve dans l’abolition des armes nucléaires et le renforcement de la loi internationale ».

[5] « Que dire ensuite des gouvernements qui comptent sur les armes nucléaires pour garantir la sécurité de leurs pays ? Avec d’innombrables personnes de bonne volonté, on peut affirmer que cette perspective, hormis le fait qu’elle est funeste, est tout à fait fallacieuse. En effet, dans une guerre nucléaire, il n’y aurait pas de vainqueurs, mais seulement des victimes. La vérité de la paix demande que tous –aussi bien les gouvernements qui, de manière déclarée ou occulte, possèdent des armes nucléaires depuis longtemps, que ceux qui entendent se les procurer- changent conjointement de cap par des choix clairs et fermes, s’orientant vers un désarmement nucléaire progressif et concordé »  (Message pour la Paix du 1er janvier 2006, §13).

[6] Cf. Max Weber - Le savoir et le politique – Paris 1959, p. 199

[7] Cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix, le 1er janvier 2006, §15

[8] Il est significatif que le débat sur l’arme nucléaire et les risques qu’elle fait courir à l’humanité, potentiellement, absorbe les énergies d’un grand nombre, qui serait peut-être mieux employées à lutter contre la dissémination des armes personnelles de petit calibre, responsables chaque année d’environ 500 000 morts dont les 3/5ème dans le cadre de conflits locaux. Là, il ne s’agit pas d’un risque ; il s’agit d’un fait récurrent d’année en année, dont l’impact discret et presque invisible ne remue pas les foules car il n’y a pas là la même portée symbolique, mais, de fait, les conséquences humaines sont catastrophiques.

[9] Le passage de la bombe A à la bombe H fait fantasmer autour d’un coefficient multiplicateur de l’horreur d’Hiroshima. De fait, les progrès très importants réalisés en terme de précision de tir des engins balistiques ont permis de réduire de façon très considérable la puissance utile des armes atomiques. On est ainsi passé d’ogives nucléaires à très forte puissance de l’ordre de quelques mégatones à des engins de nouvelle génération d’une puissance de l’ordre de quelques kilotonnes. (Dans le même temps, la précision de tir est passé de l’ordre du kilomètre à l’ordre du décamètre). Ces changements permettent évidemment une baisse des dommages collatéraux provoqués par un éventuel usage de ces armes. Ils augmentent  ainsi l’effet dissuasif recherché mais favorise la prolifération. (cf. P. Gallois, Réflexion sur les instruments de la dissuasion nucléaire, CESA, 26 septembre 2006)

[10] Une interview donnée par l’ancien secrétaire d’état des U.S.A., R. Mc Namara au magazine 30 jours aborde certains aspects des risques graves liés aux armes nucléaires et à la mise en œuvre de la stratégie de dissuasion. Il remarque en particulier que sur les 8000 têtes nucléaires américaines, 2000 son en état d’alerte immédiate avec un préavis de 15 mn et qu’à cet égard, aucune procédure n’a été revue après la fin de la guerre froide en vue de diminuer le risque d’un lancement accidentel d’un engin nucléaire malgré l’avis du général commandant le Strategic Air Command (30 jours, 2005, 10, p. 24). La conclusion qu’en tire R. Mc Namara « toutes les armes nucléaires sont immorales » n’en est pas moins sans doute quelque peu rapide.

[11] Plusieurs observateurs ont fait remarquer que la possession de l’arme nucléaire rendait plus responsables et sages les dirigeants concernés. L’exemple de l’Inde et du Pakistan illustre bien cette remarque. Ces deux pays, en conflit larvé, ont su établir une ligne rouge permanente entre eux pour limiter tout risque d’escalade, dès lors que l’un et l’autre s’étaient dotés de l’arme nucléaire. D’autres observateurs, plus cyniquement, font observer que la volonté des dirigeants politiques étant de se maintenir au pouvoir avec des prérogatives réelles, aucun n’a intérêt à user de l’arme atomique qui annihilerait son pays et réduirait son pouvoir à une pure fiction.

[12] Cf. à ce sujet la déclaration du Président de la République, le 19 janvier 2006 à l’Ile Longue : « Notre concept d’emploi des armes nucléaires reste bien le même. Il ne saurait en aucun cas être question d’utiliser des moyens nucléaire à des fins militaires lors d’un conflit. »

[13] Sur cette question, on se reportera à l’essai décisif du Général J.-R. Bachelet : Pour une éthique du métier des Armes, vaincre la violence – Paris – Vuibert – 2006. J.-R. Bachelet n’aborde pas dans cet essai de façon directe la question de la dissuasion nucléaire et de sa place dans une stratégie de prévention. Il serait effectivement très intéressant que sa réflexion puisse être prolongée en y intégrant cette dimension telle qu’elle existe dans la stratégie de défense de la France telle que conçue, en son temps, par le Général de Gaulle.

[14] Ces quatre axes clefs sont : dissuasion, prévention, projection, protection. Pour le grand public, la notion de dissuasion est délicate à bien comprendre ; son rapprochement avec la notion de prévention, plus aisée à bien saisir, peut en faciliter l’approche. Rappelons que c’est le Président de la République lui-même, dans son discours de l’Ile Longue, le 19 janvier 2006, qui a parlé de la dissuasion comme de « l’expression ultime » de notre stratégie de prévention.

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L'Esprit de sacrifice

 L’Esprit de Sacrifice dans une Armée professionnelle aujourd’hui

 

Cet article a été rédigé à l’été 2006 à la demande de Monsieur Eric Deroo, chercheur associé au CNRS (Marseille), en vue de la publication d’un ouvrage autour du thème « Le sacrifice du soldat : corps martyrisé, corps mythifié ».

Le statut général des militaires datant de 1972 citait, dès son article 1, au titre des valeurs fondatrices de l’état militaire, l’esprit de sacrifice. Or le projet de refonte de ce statut général des militaires, élaboré en 2003, éliminait cette référence tout en maintenant l’énumération d’autres valeurs essentielles [1]. Cette disparition ne passa pas inaperçue ; elle fut vivement déplorée par des cadres de l’armée de terre et par des associations d’anciens [2].

Trois propositions d’amendement sur le sujet furent présentées lors de la discussion du projet à la chambre des députés afin de rétablir cette référence à l’esprit de sacrifice dans l’article 1 du projet [3]. Et la correction fut adoptée.

En fait quand on relit les discours officiels adressés aux militaires à cette époque, on s’aperçoit que, après des hésitations manifestes autour de l’an 2000, le thème de l’esprit de sacrifice, comme valeur caractéristique de l’engagement militaire, réapparaît de façon très claire comme par exemple dans le discours de Monsieur le Président de la République à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’E.S.M. de Saint Cyr-Coëtquidan (2002) ou dans celui de Madame le Ministre de la Défense au « Triomphe » de cette même année  [4].

Ces hésitations révèlent de fait des interrogations pas toujours explicitées, encore moins réfléchies, sur l’état militaire dans une conjoncture nouvelle où l’exercice du métier des armes a profondément changé -du moins selon toutes les apparences- et s’est adapté à une société elle-même en pleine mutation.

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1 - Trois arguments au moins méritent d’être évoqués pour expliquer les doutes sur l’opportunité du maintien de la référence à l’esprit de sacrifice en vue de refonder et de préciser le cas échéant le sens exact que peut avoir ce terme.

1.1 - La logique de la Professionnalisation

Au seuil du 21ème siècle, la suppression du service national conduit les Armées à se professionnaliser. C’est chose faite fin 2002 pour l’essentiel. Qui dit « armée professionnelle » sous-entend que les militaires choisissent, désormais, ce métier des armes -à la différence des appelés-. Cela aurait pu ouvrir la voie à un renforcement de l’affirmation et de l’attrait des valeurs militaires classiques, mais, de fait, la professionnalisation n’a guère eut d’effet en ce sens, sous le coup de nombreux facteurs.

En fait la professionnalisation a plutôt joué, au moins dans un premier temps, dans le sens de l’insistance sur la notion de métier, avec sa technicité, ses savoir-faire, … Les militaires avaient désormais davantage un métier -exigeant sans doute- mais un métier comparable à d’autres métiers, et non plus une « vocation », appelant à entrer dans un état dérogatoire au droit commun et impliquant l’appel à des valeurs spécifiques, comme celle de l’esprit de sacrifice. Un signe de cette tendance apparaît dans les efforts pour normaliser les formations militaires supérieures et les faire valider par un diplôme d’ingénieur, quand bien même le « métier » d’officier d’Infanterie n’a sans doute pas grand-chose à voir avec celui d’un ingénieur au sens commun du mot.

Concrètement, la tendance à cette banalisation du métier des armes répond aussi légitimement aux besoins de reconversion des militaires. Les engagés d’une armée professionnelle, y compris les cadres, doivent pouvoir se reclasser au terme d’une carrière qui, pour la plupart, débouchera sur une autre activité professionnelle civile. Si le métier des armes à travers ses spécialités est reconnu pour les compétences qu’il développe à l’instar du marché du travail civil, les militaires pourront se reclasser d’autant mieux. Si leur vie dans les Armées relève d’un engagement sui generis plus proche d’une vocation que d’un métier, alors, comment pourra se vivre cette reconversion ? Il est vrai que l’un n’empêche pas forcément l’autre, que le métier peut coexister avec un engagement plus total.

Quoi qu’il en soit, la professionnalisation a contribué à situer l’engagement militaire dans le registre du métier, de la vie professionnelle et, par conséquent, à écarter ou minimiser d’autres aspects non réductibles à ce référent.

1.2 - Laïcité et Sécularisation

La notion de sacrifice relève clairement du vocable religieux. Etymologiquement, sacrifice signifie « rendre sacré », « consacrer » ; la compréhension commune tend même à durcir ce sens et à donner du mot sacrifice une connotation plus radicale au sens de renoncement, voire de destruction de ce qui est sacrifié [5]. L’esprit de sacrifice pour un militaire conduit alors très vite, sous l’expression « sacrifice suprême », au consentement à risquer et à perdre sa vie au combat.

L’idée chrétienne sous-jacente conduirait plutôt en bonne théologie à comprendre « offrir sa vie » ou « donner sa vie », ce qui redonne une dimension plus positive à la notion de sacrifice, même si les conséquences peuvent être tout aussi absolues et tragiques. Encore faudrait-il d’ailleurs préciser à qui et pour quoi -ou pour qui- on accepte de donner sa vie.

Le chrétien répond sans hésiter qu’il convient de donner sa vie pour ceux que l’on aime et que c’est la marque du plus grand amour [6]. Le citoyen élargira à l’amour de la patrie [7] et le combattant mercenaire pensera que c’est la mission reçue qui est sacrée et pour laquelle il est juste de se sacrifier [8].

Il est bien évident que, dans un monde largement sécularisé et dans le cadre d’un état rigoureusement laïc, il paraît quelque peu déplacé, voire suspect, de laisser survivre un concept aussi prégnant religieusement que celui de sacrifice ou de consécration de soi, même dans des transpositions largement sécularisées. Quand on met autant de soins à chercher à bannir, de l’espace public, les signes religieux ostensibles, il est évidemment légitime et cohérent de chercher à bannir aussi de la vie de l’Etat et de ses institutions majeures les « concepts religieux ostensibles » et celui de sacrifice en est un de façon singulière.

1.3 – La fin des hécatombes ?

Un troisième argument vient relativiser l’importance du concept de sacrifice comme valeur caractéristique de l’engagement militaire aujourd’hui. En effet -et la rédaction de l’amendement Cova [9] l’a bien montré- derrière l’esprit de sacrifice demandé au militaire, se trouve d’abord l’idée de consentement au sacrifice suprême, c'est-à-dire à la mort au combat.

Or, au début du siècle –et je dirais avant les derniers développements des opérations en Irak et en Afghanistan-, si l’on déplorait la mort de militaires en opération dans nos armées et celles de nos alliés, leur nombre avait considérablement diminué par rapport aux pertes subies dans les années 40 et 50, et -plus encore- par rapport à celles de la 1ère guerre mondiale, qui avait provoqué la mort de plus de mille soldats par jour en moyenne pendant quatre ans (côté français) [10]. Cette épouvantable hécatombe a durablement marqué les esprits et a contribué à faire surgir une mystique sacrificielle et héroïque, à laquelle le commandement et les hommes les plus valeureux devaient bien se raccrocher pour ne pas céder au découragement, au dégoût et à la révolte.

Ce n’est pas par hasard que les légionnaires en vinrent à fêter Camerone -vers la fin de la 1ère guerre mondiale- comme un fait d’arme emblématique de cet esprit de sacrifice et du courage de combattre jusqu’au bout et au risque de perdre sa vie. Charles de Foucauld, avec bien d’autres, est le témoin de cette perspective, depuis son ermitage de Tamanrasset. Il écrit à son ami, Louis Massignon, le 1er décembre 1916 : « Il ne faut jamais hésiter à demander les postes où le danger, le sacrifice, le dévouement sont plus grands ; l’honneur, laissons-le à qui le voudra, mais le danger, la peine, réclamons-les toujours. Chrétiens, nous devons donner l’exemple du sacrifice et du dévouement » [11].

Si l’on fait toujours solennellement mémoire aujourd’hui des grands faits d’arme fondateurs des traditions de telle ou telle arme, ou famille militaire, l’accent s’est sans doute déplacé. C’est aujourd’hui davantage le courage et l’ardeur au combat qui sont soulignés, l’accomplissement généreux de la mission et ainsi le glorieux passé de l’arme dont il s’agit de se montrer digne, que l’acceptation (voire la recherche) de la mort héroïque au combat en esprit de sacrifice.

La situation militaire en 1916 exigeait de tenir à tout prix et a contribué à faire surgir cette « mystique » en exaltant le sens du sacrifice. La situation militaire d’aujourd’hui est radicalement différente et l’on attend du militaire au combat plus de précautions -active et passive- que d’héroïsme à l’ancienne, même si la rhétorique ancienne demeure ici ou là à titre d’éloge posthume pour ceux qui sont morts en opération. Aujourd’hui, les soldats ne doivent pas mourir. Cela apparaîtrait rapidement inacceptable à l’opinion publique et donc aussi insupportable au gouvernement qui les a envoyés au combat et à l’idée nouvelle qu’on prétend se faire du métier des armes et de la guerre -propre- et principalement vue comme opération d’interposition, de pacification parfaitement maîtrisée.

Ainsi, la notion de l’esprit de sacrifice au sens de l’acceptation de la mort au combat s’avère décalée, voire contre performante, difficile à comprendre pour un grand public habité par l’individualisme et l’hédonisme ambiants.

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2 - Dans ces conditions, le maintien in extremis de la référence à l’esprit de sacrifice en 2004 apparaît comme une concession faite à l’esprit de tradition des militaires et de leurs associations d’anciens. C’est d’ailleurs ce que suggèrent les attendus de l’amendement déposé par Monsieur Charles Cova [12].  Toutefois un retour, tant sur le sens de la notion de sacrifice que sur la spécificité du métier des armes, pourrait permettre de refonder la légitimité de cet esprit de sacrifice, voire sa grande pertinence par rapport au statut du militaire.

2.1 - Les exigences de la défense de la paix

En effet, comme nous l’avons indiqué plus haut, la notion d’esprit de sacrifice ne saurait se réduire au consentement, à la perspective de perdre sa vie au combat. Si la notion d’esprit de sacrifice implique l’idée de renoncement, cette dernière n’est que corrélative et seconde par rapport à ce qui fonde l’idée même de sacrifice, à savoir de donner sa vie, de se consacrer à une mission ou à des valeurs jugées supérieures. La théologie biblique, de l’ancien au nouveau testament, manifeste une évolution considérable de la compréhension de la notion de sacrifice, du sacrifice sanglant des animaux au sacrifice spirituel demandé à chacun des fidèles par saint Pierre [13]. Sans doute y a-t-il aussi à envisager un développement analogue de l’idée de sacrifice de soi dans l’engagement militaire.

Il y a quelques décennies encore, cette valeur supérieure, qui justifiait tous les sacrifices, était la patrie et sa défense. Dans le contexte de l’après-guerre froide, à tord ou à raison, on observe un déplacement des valeurs : de la défense de la patrie, on en est venu à la défense de la paix et de la liberté des peuples, qui s’appuie elle-même sur l’affirmation de la dignité de la personne humaine [14].

Indépendamment du fait de savoir si telle ou telle opération militaire contemporaine est justifiée ou non en termes de défense de la paix, on peut observer que la mise en œuvre de « l’outil militaire » pour la résolution des crises et le travail de maintien de la paix, entraîne des exigences pour les militaires bien au-delà de ce que l’on peut demander à des « professionnels » ordinaires (même si cela paraît moins rude et radical que ce qui était demandé au soldat de 1916).

Le militaire ne peut pas adopter ce métier des armes, et surtout y persévérer, simplement pour gagner sa vie. Il doit, ultimement, être habité par la volonté d’œuvrer pour la paix et d’y consacrer ses forces dans le cadre du droit et des règlements en vigueur. Cela implique une forte conviction -un engagement résolu-. Il mérite alors le qualificatif de « sentinelle de la paix » cher à S.S. Jean-Paul II pour caractériser les militaires et le sens de leur mission.

Porté par cette conviction, le militaire est appelé à décliner dans sa vie les exigences concrètes de l’action en vue de la paix.

Plongé dans des situations de violence, parfois paroxystiques quand il est envoyé en opération, il va devoir se rappeler qu’il est là pour vaincre la violence et non pour en être à son tour complice [15] ; cela implique de se construire intérieurement pour résister aux tentations de la réplique disproportionnée, de la vengeance … voire d’accepter de subir soi-même les contrecoups de cette violence, y compris dans son psychisme et sa mémoire.

La paix n’avance jamais que bien lentement, le militaire est appelé à donner son temps sans compter, à accepter de longues absences réitérées (en moyenne 4 mois chaque année), loin des siens, y compris au moment de Noël, ou d’une naissance, ou à la période des vacances familiales [16]. En opération, son temps est aussi donné avec une double contrainte : rester sur le qui-vive pour pouvoir être réactif à tout moment ; demeurer la plupart du temps dans l’attente et sans mettre en œuvre ses savoir-faire spécifiques -tout en les entretenant- : la seule présence de la Force est en soi dissuasive, sans nécessiter sa mise en œuvre effective, dans la plupart des situations.

Ajoutons que la lourdeur des dispositifs onusiens autant que la faiblesse des gouvernements des pays en crise ne permettent quasiment jamais des interventions militaires rapides et bien cadrée dans la durée. On assiste au contraire à des missions interminables aux objectifs mal définis, ne permettant guère aux militaires de récolter les « dividendes » de leur engagement en termes de reconnaissance de la part de la nation qui les a envoyés ou des populations qu’ils étaient censés aider.

Nous sommes aux antipodes de la bataille napoléonienne, brève mais décisive, coûteuse en vies humaines, mais riche en actions héroïques et en célébrations d’une victoire éclatante. Pour autant, l’esprit de sacrifice -au sens où nous l’entendons- est-il moins d’actualité ? Rien n’est moins sûr.

2 - 2 - L’Ombre de la mort

Le risque omniprésent de la mort au combat est, pour une bonne part, à l’origine de l’insistance sur l’esprit de sacrifice comme caractéristique de l’état militaire [17].

Aujourd’hui, nous l’avons dit, ce risque a largement diminué même si l’on redécouvre dramatiquement ces dernières années dans plusieurs théâtres qu’il n’est pas purement théorique.

La multiplication des victimes civiles, habitants de pays en crise ou professionnels intervenant à divers titres sur les théâtres, situe néanmoins les choses différemment : le militaire n’a plus le triste monopole de la mort dans les combats. Pour autant, l’ombre de la mort plane toujours autour des hommes d’arme, dont le métier reste caractérisé par l’usage des armes ou des systèmes d’armes dont l’emploi peut, bien souvent, provoquer la mort. Même encadré de façon très stricte -et parfois de façon contraignante avec les missions confiées- par des règles d’engagement et un cadre juridique et éthique, l’usage des armes au combat est tout sauf indifférent.

En cela, le métier des armes reste à part et marqué par l’expérience, quasi inévitable au combat, de la mort reçue, certes, mais aussi de la mort « donnée » ; expérience toujours redoutable, voire traumatisante. Le commandement du décalogue « tu ne tueras pas » [18] est là pour nous avertir que donner la mort c’est s’infliger à soi-même une expérience de mort, de mort spirituelle ; s’engager dans une telle perspective ne peut se faire à la légère.

Le militaire est appelé à envisager lucidement cet enjeu éprouvant et à se disposer, le cas échéant, à le vivre au mieux (ou au moins mal) [19]. Il s’agit pour lui de le faire en serviteur d’un bien commun supérieur, conscient que sa mission peut l’entraîner dans un monde de violence redoutable, aux limites de ce que la conscience peut accepter [20]. Ce n’est pas aisément qu’il l’accepte mais comme contrepartie de la responsabilité que lui confie la nation au service de la paix ; par esprit de dévouement, de service exigeant et, si l’on veut, de sacrifice.

2 - 3 - Esprit de sacrifice : un nouveau registre

Le travail du militaire aujourd’hui se situe ainsi dans le registre de l’humilité et de la patience, de la force maîtrisée dans le quotidien et dans la durée. Cela n’implique pas moins que par le passé les qualités de courage, de disponibilité et de don de soi. Toutefois, le point d’application de ces qualités a passablement changé : il ne s’agit plus de vaincre un ennemi -mais de vaincre la violence-, de neutraliser des combattants adverses -mais de travailler à leur réconciliation-.

Ces objectifs ne sauraient être atteints par la seule mise en œuvre de savoirs-faires de type professionnel ; ils impliquent aussi un savoir être et une disponibilité personnelle pesant lourdement sur la vie des intéressés et de leur famille. Tout cela n’est durablement et raisonnablement envisageable que par le choix lucide de se mettre au service de la paix et de ses enjeux, qui peuvent légitimer cet engagement.

D’autre mobiles, il est vrai, pourraient conduire à une vie de combattant : la volonté de puissance, l’appât du gain, le goût de l’aventure et de la violence, mais cela nous situerait absolument hors du domaine de l’engagement militaire, et au mieux dans le cadre du mercenaire ou de l’aventurier.

Pour être combattant de la paix jusque et y compris dans la situation de combats de haute intensité, et en accepter les conséquences éventuelles, le militaire ne saurait éluder ce débat sur ses motivations profondes ; ce sont ces motivations qui lui permettent d’accepter les contraintes et les servitudes de son engagement jusque dans l’éventualité -même si elle était peu probable- de sa mort au combat.

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Que faut-il conclure ?

La mystique de l’esprit de sacrifice par laquelle on a cherché à donner du sens, malgré tout, à la mort au combat de milliers de jeunes combattants, doit sûrement être revue et corrigée, ne serait-ce qu’en raison des ambiguïtés de la « théologie » qui la sous-tend.

Pour autant, vouloir banaliser le métier des armes en une activité professionnelle analogue à bien d’autres ne serait sans doute pas honnête, compte tenu de l’engagement que la nation attend du militaire, ni prudent compte tenu des dérives calamiteuses auxquelles on s’exposerait du fait d’une armée formée de combattants agissant en dehors d’une orientation foncière et réfléchie de leur vie au service de la paix, dans un cadre juridique et éthique exigeant et adapté.

Il reste à faire prendre conscience, tant au monde militaire qu’au grand public, des enjeux spécifiques du métier des armes en terme d’engagement personnel et d’exigence appelant une reconnaissance et un statut ad hoc. Au sens où on l’a précisé, on peut ici parler d’esprit de sacrifice. La simple notion de disponibilité ou d’esprit de service paraissant trop faible pour caractériser les exigences du métier des armes.

 

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises

 


 

[1] Loyalisme, neutralité, discipline, disponibilité

[2] Ainsi, le président de la Saint Cyrienne exprima son étonnement et son inquiétude à l’occasion de son discours pour le 2 S, en 2003, puis dans un article du Casoar de janvier 2004.

[3] Cf amendement de Monsieur Charles Cova – Séance de l’Assemblée Nationale du 14 déc. 2004

[4] Le chef de l’Etat déclarait notamment, dans un discours prononcé le 25 janvier 2002 à l’Ecole Militaire : « Le statut général des militaires, tel qu’il a été voté par le législateur il y a trente ans, mérite bien sûr d’être adapté à l’évolution des esprits de notre société, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression, les modes de concertation. Mais les principes fondamentaux qui le définissent ne peuvent pas être remis en cause ». Et, plus loin « Vous avez choisi de servir la France, jusqu’au sacrifice suprême s’il vous est demandé. C’est la raison d’être et c’est l’honneur du métier d’officier. » Plus récemment, le 13 juillet 2006, dans son allocution prononcée à l’occasion de la réception offerte par le Ministre de la Défense, M. le Président de la République a réaffirmé que « au cœur du métier (des armes), il y a l’esprit de sacrifice ». On remarquera toutefois que ces rappels solennels sur l’esprit de sacrifice, caractéristique de l’engagement militaire, s’inscrivent dans des discours adressés à la communauté militaire et non au grand public, auquel il serait cependant utile de rappeler ces principes pour favoriser le lien armée-nation.

[5] Ce que le langage biblique désigne sous le vocable de sacrifice d’holocauste, dans lequel la victime est entièrement brûlée.

[6] Début 1980, peu de temps avant sa mort, le Général Claude Vanbremeersch, C.E.M.A. écrivait : « J’ai, à maintes reprises, été très proche de la souffrance et de la mort, la mienne et surtout celle des autres, de mes camarades, de mes subordonnés, de mes adversaires. La pensée de la souffrance et de la mort de Jésus-Christ m’a permis de comprendre qu’il y avait des valeurs supérieures justifiant les sacrifices les plus douloureux et que ceux-ci pouvaient être assumés et offerts pour une cause supérieure ou simplement pour ceux que l’on aimait. »

[7]Cf. le 2ème couplet de la Marseillaise : « Amour sacré de la Patrie … »

[8]Cf. code d’honneur du légionnaire, art. 6 : « La mission est sacrée. Tu l’exécutes jusqu’au bout à tout prix ».

[9] Cf Assemblée Nationale – Séance du 14 déc. 2004 – Statut général des militaires

[10] Parmi les morts en opérations aujourd’hui, un pourcentage important est dû à des accidents ; ce n’est pas moins douloureux pour les familles et les proches, mais cela n’a pas la même portée par rapport au sens de l’engagement du militaire. Par contre, on assiste depuis la 2ème guerre mondiale à la multiplication terrible du nombre de victimes civiles.

[11] On retrouve dans la prière de l’aspirant Zirnheld, reprise dans le chant de l’E.M.I.A., ces mêmes idées sans toutefois le mot sacrifice.

[12] Cf Assemblée Nationale – Séance du 14 déc. 2004 – Statut général des militaires

[13] Cf 1 Pi 2, 5

[14] Avant même la chute du rideau de fer, le qualificatif « national » avait été retranché de l’intitulé du ministère de la « Défense », ce qui manifeste à tout le moins un glissement de sens étonnant.

[15]Cf le sous-titre du récent ouvrage publié par le Général Jean-René Bachelet : Pour une éthique du métier des Armes – Vaincre la violence – Paris – 2006. J.-R. Bachelet y propose une réflexion décisive et très éclairante sur le sens du métier des armes et de l’emploi de la force face à la violence.

[16] A cet égard, il apparaît qu’au conjoint et à la famille tout entière du militaire sont, pour partie, demandés la même disponibilité et des renoncements analogues à ceux requis du militaire lui-même.

[17] Dans son discours de janvier 2002, déjà cité, le Président de la République déclarait à cet égard « Le métier militaire est original et exigeant. Le service de l’Etat et de la Nation a ses contraintes. Elles sont lourdes. Mais la spécificité du métier d’officier, et particulièrement celui de l’armée de terre, naît d’un rapport singulier avec la vie et la mort. La sienne, mais aussi celle de ses subordonnés et celle de l’adversaire. »

[18] Il faudrait d’ailleurs plutôt dire « tu ne commettras pas de meurtre » pour être fidèle au texte hébreu du décalogue.

[19] Par exemple en mettant en œuvre cette recommandation de l’art. 7 du code du légionnaire : « au combat, tu agis sans passion et sans haine » -plus évident à énoncer qu’à vivre sur le terrain-.

[20] Ce qui implique de former et fortifier sa conscience pour ne pas dériver tout à coup au-delà des limites de ce qui est admissible sur le plan juridique et éthique.

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Hommage à Charles de Foucauld

 

Hommage

 

A Charles de Foucauld (1858-1916)

 

La béatification du père Charles de Foucauld prévue le 15 mai dernier en l'église Saint-Pierre de Rome a été reportée au dimanche 13 novembre 2005.


Le père Marchand, ancien aumônier des Ecoles de Coëtquidan, publiait en 1997 dans la revue des Ecoles et des Familles, un texte en hommage à l'ancien élève de la promotion 1878 devenu moine trappiste avant de partir en ermitage à Tamanrasset.

charles_de_foucauldUn enfant pieux sous le regard de grands parents profondément chrétiens, en l’absence de parents décédés alors qu’il avait six ans. Un adolescent, un peu perturbé au milieu de camarades assez libres ! Un jeune homme, moins que studieux, malgré le cadre strict de l’éducation jésuite !Un élève-officier, admis à St Cyr plus en raison de son nom et de renom de sa famille que de ses résultats ! Un jeune officier à Saumur, jouisseur et dépensier,dont la gourmandise et les réceptions somptueuses font le bonheur des restaurateurs de la ville !Un lieutenant, exclu de l’armée pour plusieurs scandales et inconduite notoire qu’il refuse d’abandonner !

Un homme de « bonne lignée », réintégré dans l’armée avec son grade lorsqu’il apprend, au cours d’un séjour aux eaux d’Evian en galante compagnie, que son ancien régiment est au combat ! Un vrai chef, qui, dans le Sud-Algérien, se met au service de ses hommes, refusant de se restaurer et de se reposer tant qu’ils ne seront pas tous servis ! Un observateur du ciel, de la terre et des hommes qui, pendant ses heures de repos, en contemplant les étoiles, le désert et les musulmans en prière, commence à redécouvrir la grandeur de Dieu ! Un explorateur, premier européen à parcourir le Maroc interdit, déguisé en juif pour passer inaperçu.Un savant qui, revenu à Paris, reçoit le Prix de l’Académie de Géographie pour le rapport sur son voyage qu’il vient de présenter.Un chercheur d’absolu, qui, grâce à sa sœur, trouve son « chemin de Damas », auprès d’un prêtre parisien qui va le guider vers la lumière de Dieu. Il lui faudra dès lors 14 ans pour trouver véritablement sa voie.

Un moine qui, de la Trappe de Notre-Dame des Neiges en Ardèche à celle d’Akbès encharles_de_foucauld2 Syrie, cherchera toujours la plus parfaite imitation de Jésus, allant jusqu’à devenir serviteur au monastère des clarisses de Nazareth ! Un prêtre qui, après avoir longtemps refusé la prêtrise par humilité, accepte l’ordination, à 43 ans, pour porter Jésus dans le Sahara ! Un ermite, qui, tout en restant lié avec ses amis officiers d’autrefois, le colonel Laperrine particulièrement, s’efforce de témoigner, au milieu des touaregs, de lagrandeur de la France qu’il fera visiter à plusieurs amenokals du Hoggar.

Un « frère universel » qui soigne les malades, accueille les plus démunis, dénonce l’esclavage. Un érudit qui compose un dictionnaire français-touareg pour faciliter les contacts avec les autochtones et recueillir leurs poèmes et leurs chants. Un écrivain spirituel dont le dialogue avec Dieu nourrit toujours, en 1997, chrétiens et musulmans ! Un compositeur de chants religieux dans la langue des touaregs pour aider chrétiens et musulmans à louer Dieu. Un homme d’accueil qui, dans sa pauvreté, reçoit tout visiteur, quel qu’il soit, sans chercher à le convertir, mais en qui il voit l’admirable image de Dieu créateur de tous les hommes ! Un martyr qui, le 1er décembre 1916, est assassiné par un fanatique à la solde d’une bande rebelle. Tel est l’homme qui honore de son nom, dans la cité-cadre, la rue située entre l’avenue du Maréchal Fayolle et l’avenue Charles Péguy, au dessus de l’église Jeanne d’Arc de Coëquidan. Belle attribution pour celui qui fut officier, écrivain, prêtre et moine !


 

Interview du Général Richou à paraître dans EGMIL novembre

Saint Cyrien de la promotion Plewna 1876-1878, il doit être un exemple pour le soldat

Bienheureux Charles de FOUCAULD

 

Ce n'est pas par son passage à St Cyr que Charles de Foucauld, a témoigné de vertus héroïques ! Et pourtant, affirme le général (C.R.) Jacques Richou dans une interview accordée à la rédaction d'EGMIL, le bienheureux Charles de Foucauld est un modèle pour les promotions : il est un espoir pour les élèves en difficultés comme il rappelle aux instructeurs que les fortes têtes peuvent cacher des valeurs inestimables. Plus, il est un modèle pour le soldat.

Vous êtes St Cyrien, de la promotion Corse et Provence (1964).Est-ce la raison qui vous a amené à approfondir la spiritualité de Charles de Foucauld ?

Mon grand-père René BAZIN (NDLR : René Bazin était journaliste et membre de l'Académie Française), avait publié en 1921 une biographie de Charles de Foucauld, son contemporain. Il était convaincu que cet homme singulier empruntait un parcours de sainteté. En 2003, il a été décidé de rééditer cet ouvrage et d'actualiser le texte des découvertes effectuées à partir des écrits laissés par le frère Charles de Jésus. Le général Michel de Suremain, président des Amitiés Charles de Foucauld, a rédigé trente notes de bas de page. Le cardinal Poupard a dédicacé le livre qui est paru aux éditions Nouvelle Cité. J'ai donc suivi cette aventure tout en me plongeant un peu plus dans la spiritualité de Ch. de Foucauld. En tant que St Cyrien, j'ai été peiné de constater que dans les cercles de spiritualité Foucauldienne, on occultait toute sa période militaire. Or, il a beaucoup à apporter aux militaires.

Pourquoi a t-on délibérément éviter d'évoquer la période militaire de Charles de Foucauld ?

Les raisons sont diverses et dans tous les cas engendrent des souffrances. Le métier des armes pour certains est totalement incompatible avec les valeurs évangéliques. D'autres refusent de pénétrer dans le contexte trop sensible de la colonisation. Cela nous fait complètement oublié l'officier remarquable qu'il était sur le terrain avec ses hommes et le profond respect qu'il portait aux populations locales. Le respect, l'ouverture et la convivialité sont les caractéristiques du capitaine de Foucauld. Ce sont ces mêmes qualités d'ouverture, notamment envers les musulmans, qui hérissent nos milieux très traditionalistes catholiques. Enfin, le monde militaire pour des raisons de laïcité ne s'est pas penché sur le cas de cet officier qui a laissé à Coëtquidan un souvenir d'élève médiocre et dissipé. Mais nous savons comme le concept de laïcité a évolué et la nouvelle génération a compris que le concept de laïcité ne signifie pas faire disparaître le fait religieux. Toutes ces raisons sont des souffrances inacceptables dès lors que l'on évoque le bienheureux Charles de Foucault. Non seulement nous ne devons pas avoir honte du passé militaire du frère Charles de Jésus, mais ce passé doit être une référence pour nos soldats. Son message est d'une actualité brûlante.

Quelles sont les valeurs évangéliques véhiculées par le frère Charles auxquelles les soldats peuvent être particulièrement sensibles ?

-L'ascétisme. Nous vivons dans une société gavée. Or le soldat est souvent soumis à un contre-courant de l'air du temps. Il doit faire du sport régulièrement pour se tenir en forme ; dans les opérations extérieures il se contente de la boîte de ration alimentaire et doit gérer la chasteté.

-L'humilité. Le soldat doit obéir, il appartient à une structure hiérarchique très verticale. Les jeunes souffrent beaucoup de ce carcan, or l'armée n'est performante que dans ce cadre de rapports d'obéissance entre les différents grades.

-La charité. Elle se vit pour le soldat particulièrement dans le cadre des missions humanitaires qui sont de plus en  plus nombreuses. C'est une vertu de base pour les "sentinelles de la paix".

-L'écoute de l'autre. Une vertu qui a fait de Charles un précurseur du dialogue interreligieux. Dans l'armée, l'écoute et l'attention à l'autre est le ciment de la fraternité d'arme, de l'esprit de corps. Il s'agit tout à la fois de régler des cas sociaux, d'être proches dans les coups durs et de maintenir une complicité en faisant du sport ensemble, en sautant en parachute etc.

Enfin, à l'image de Charles, le soldat qui part en opérations extérieures doit suivre la géopolitique de son temps. La solde ne doit pas être sa motivation. Le soldat est un diplomate, il doit savoir s'adresser à la population locale. Il est un ambassadeur de la France, de l'ONU ou de l'Europe qui interpelle les populations locales, les invite à se réconcilier et à cohabiter en paix. Il leur apporte tout le savoir-faire de notre civilisation en la matière.

Charles de Foucauld un modèle pour les soldats, mais peut-être pas pour l'Ecole de St Cyr ?

Au contraire, c'est un témoignage magnifique. Il nous rappelle tout autant que nous sommes pécheurs, médiocres et que nous avons tous la possibilité de nous redresser. Effectuer une grande école ne nous garantit pas une promotion à vie, l'élève peut être à tout moment victime de dérapage. De même, pour l'instructeur qui doit parfois affronter de fortes têtes, l'exemple de Charles de Foucauld lui rappelle qu'il y a toujours l'espoir –et la possibilité- d'un beau relèvement. Je suis toujours agacé qu'on évoque -à la manière d'un voyeurisme- le passage tapageux de Foucauld à St Cyr. Mais y faire référence pour souligner son redressement avant qu'il ne retrouve la foi est exemplaire

En conclusion ?

Je suis heureux que l'Eglise ait reconnu les vertus honorifiques de Charles de Foucauld. Mais en tant que militaire, Charles reste pour moi par toutes les raisons que je viens d'évoquer un modèle.

Propos recueillis par E.C.

 

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Réflexions médicales

Avril 2005
Réflexions Médicales sur les apparitions et les guérisons miraculeuses

 

 par le docteur.Jean DECHELOTTE

         ancien médecin des Hôpitaux des Armées

 

Croyant? Pourquoi pas? Crédule? Certainement pas!!

Telle est la disposition d’esprit qui nous a conduit à rédiger ces quelques pages.

Pourquoi ? Afin de mettre à la disposition de quiconque s’intéressant à ces problèmes un document concis permettant d’avoir quelques idées sans être obligé d’aborder une littérature abondante et peut-être pas toujours très objective.

Si les guérisons miraculeuses (GM) ont été étudiées de façon sérieuse par le corps médical – essentiellement à Lourdes- il n’en est pas de même semble-t-il pour les apparitions (App). Nous nous efforcerons de résumer quelques données sur ce problème et d’en tenter une interprétation.

Une deuxième partie fera le point sur les GM. Les documents médicaux sur ce sujet ne manquent pas. Par contre, la position de la hiérarchie catholique ne nous paraît peut-être pas celle que nous pourrions souhaiter, comme nous le verrons.

Nous sommes dans l’air du temps : nos contemporains s’intéressent beaucoup au paranormal ou parapsychologique, témoins plusieurs publications récentes : Jean VERNETTE( L’Irrationnel est parmi nous), Georges CHARPAK et Henri BROCH ( Devenez sorciers, devenez savants), une série d’articles de la Revue Historia N°600-12 2001 (Sorciers et sorcières), N°668-8 2002 (Les grands Hommes et l’Irrationnel). Sans parler de la déferlante Harry Potter et du Seigneur des Anneaux. . Comme l’écrivait Jean BERNARD dans C’est de l’Homme qu’il s’agit : « l’homme aime la magie ». Des phénomènes inexpliqués actuellement ne le seront peut-être plus dans quelques années (Jean-Pierre LENTIN).

Nous n’avons pas trouvé dans ces ouvrages de chapitre consacré aux App. Ni chez Yves CHIRON dans un livre très documenté consacré à Lourdes, auquel nous ferons de larges emprunts. Nous en sommes donc un peu réduits à nos propres moyens et nous risquons d’aboutir à des conclusions floues. Qu’on ne nous en veuille pas … mais plutôt que cela suscite des vocations de chercheur.

LES APPARITIONS

Chacun voit bien de quoi nous voulons parler. Définition du « Dictionnaire de notre temps » (Hachette) : manifestation visible d’un être surnaturel.

De très nombreuses App ont émaillé l’histoire judéo-chrétienne (et de l’Islam), manifestations de Yawé aux prophètes dans l’Ancien Testament, du Christ aux apôtres après sa résurrection.

Nous nous intéresserons essentiellement aux App de la Vierge Marie et dans le cadre français. Elles sont assez bien documentées et la France a été relativement riche en ce genre de manifestations.

L’âge d’or de ces App (Mariophanies, selon l’expression de Jean GUITTON) est le XIXème siècle. Le style gothique a installé la lumière dans les édifices religieux. « L’image du Christ s’est faite crucifix et celle de Marie a pris la forme d’une statue au corps humain dotée d’un charmant visage féminin » (S.BARNAY). On peut sans doute trouver là l’origine de « l’apparence des App » dans les siècles suivants.

Depuis le XIIIème siècle le bleu est considéré comme la couleur de la Vierge.

Sainte Thérèse d’Avila (1508/1561) a réformé les règles du carmel sous l’influence de la  Vierge et St.Ignace de Loyola, fonda   teur de la Compagnie de Jésus en 1540 aurait conçu ses exercices spirituels sous la dictée de la Vierge.

A la suite d’une App à Saint Jean de la Baume, a été construite une chapelle à Cotignac (1519) et d’une autre App à Anglèse de Sagazan une autre à Garaison (1534).

Ces App multiples ont entraîné au XVIIIème siècle une réaction du pape Benoît XIV (mort en 1758) qui affirme que l’approbation donnée par l’Eglise à une révélation « n’est qu’une permission de faire connaître cette révélation pour l’instruction et le bien des fidèles ».

En aucun cas, l’église ne veut lui accorder un assentiment de foi.

Selon S.BARNAY on ne compte pas moins de 23 App de 1803 à 1899 et cette liste n’est pas exhaustive. Enfin, au XXème siècle la Vierge n’a pas disparu : Fatima 1917, Beauraing et Banneux en Belgique , L’île Bouchard en 1947.

Nous allons donc, selon l’ordre chronologique, essayer de résumer la description de ces App et les messages délivrés; donner quelques précisions sur « l’état civil » des voyant(e)s, leur évolution après les App, puis nous chercherons modestement à préciser ce qu’un médecin peut penser de ces App.

Quelques lignes tout d’abord sur les « N.D du Chêne ». Cette arbre semble avoir eu la prédilection de la Vierge. Ce n’est pas surprenant car il est majestueux, symbole de la solidité et occupe un peu une place royale, comme le lion chez les animaux.

La Chapelle du Chêne 72300 Vion-Sablé est un lieu de pèlerinage depuis 1494. Une petite statue de la Vierge y a été trouvée dans un buisson.

A Saint Laurent de la Plaine, au cours de la guerre de Vendée, la Vierge apparaît successivement dans plusieurs arbres.

Nous connaissons bien ND du Chêne 25290 Scey-Maisières. A la suite d’une vision de Cécile Mille en 1803, une statue de la vierge est découverte dans un chêne. Une chapelle a été érigée sur les lieux (1863). De nombreux ex-voto en tapissent les murs, faisant état, entre autres de guérisons. Le chapelain n’a pas le temps de s’en occuper … Une plaque récente (1999) donnait un nom et le village d’un bénéficiaire de guérison et nous avons essayé d’en savoir davantage. Peine perdue … nous avons eu la visite d’un illuminé logorrhéique qui faisait état de ses talents de guérisseur mais n’avait rien à voir avec la Vierge.

La voyante Cécile Mille a mené une vie normale. Elle a eu 3 enfants et a été inhumée non loin de « sa » Vierge.

Catherine Labouré (CL) Paris 1830-chapelle Notre Dame de la Médaille Miraculeuse. Sœurs de Saint. Vincent de Paul, 140 rue du Bac 75007 Paris).

CL est née en Côte d’Or en 1806, dans une famille rurale relativement aisée, mais du fait du décès prématuré de sa mère, elle n’a pas été scolarisée dans l’enfance et est restée illettrée jusqu’à l’âge de 18 ans. Ce qui ne l’empêchera pas de veiller à la destinée de la ferme familiale dès 12 ans.

Elle souhaitait depuis l’enfance devenir religieuse. Son père finit par y consentir et elle est entrée chez les filles de la Charité de St Vincent de Paul à Paris au début de 1830.

Le 25/04 1830, à l’occasion du transfert des reliques de Saint. Vincent de Paul de N.D de Paris à la Chapelle de la rue du Bac, elle « voit » trois jours de suite apparaître le reliquaire sous des couleurs différentes.

Dans la nuit du 17 au 18/07 vers 23 heures elle est réveillée par un enfant habillé de blanc qui la conduit à la Chapelle. L’App de la Vierge est annoncée par un bruit évoquant le frou-frou d’une robe de soie. Elle dure jusqu’à 02h.

Deuxième App le 27/11 1830 à 17h30. CL voit la Vierge depuis sa place à la Chapelle.

Troisième et dernière en décembre, toujours à la Chapelle.

Le 27/11, CL a vu la Vierge sous forme d’une dame vêtue d’une robe blanche et d’un manteau bleu argenté avec un voile aurore. Il sortait de ses mains des rayons d’un éclat ravissant. C’est sous cette forme qu’à l’époque, la Vierge était souvent représentée sous le titre de l’Immaculée Conception. Cette notion n’était pas encore érigée en dogme.

Ces phénomènes n’ont pas été divulgués dans le grand public et CL ne les relatera que 26 ans plus tard.

Il n’a pas été rapporté de GM sauf l’histoire d’un garçon de 12 ans, amené dans une caisse montée sur roulettes car il avait les jambes « nouées » et ne pouvait pas marcher. Il est descendu non sans peine dans le caveau de CL (inhumée le 03/01 1877) et est ressorti sur ses jambes. Personne n’ a eu de nouvelles de lui.

A défaut de retombées médicales, ces App. ont eu un retentissement considérable Elles ont donné le départ, par la diffusion de la Médaille Miraculeuse à un renouveau spirituel important et aujourd’hui encore la Chapelle de la Rue du Bac est tous les jours remplie de fidèles. Jean Paul II s’y est rendu le 31/05 1980.

CL a toujours été considérée comme une sœur exemplaire tout en paraissant « ordinaire ». Juste avant sa prise d’habit, sa directrice la jugeait ainsi : « Forte. Taille moyenne. Sait lire et écrire. Le caractère a paru bon. L’esprit et le jugement ne sont pas saillants. Assez de moyens. Pieuse. Travaille à la perfection ».

Elle a été canonisée le 07/07 1947 par Pie XII.

 

La Salette, 19/09 1846 – 38 970 La Salette Fallavaux.

Mélanie Calvat (15 ans) et Maximin Giraud (11 ans) gardent les vaches et s’endorment après un frugal repas de midi à côté de la fontaine, sous un ciel sans nuages.

Mélanie se réveille, réveille Maximin, et voit « une grande clarté et dans la clarté une dame en robe blanche et tablier jaune brillant. Sur ses pieds et sa couronne, des roses de toutes couleurs. Autour du cou, une chaîne retenant une grande croix, un marteau et des tenailles.

Mélanie a vu un moment des larmes couler de ses yeux. La Dame a parlé assez longtemps aux enfants, en partie en patois, annonçant de « grands malheurs si mon peuple ne veut pas se soumettre ». Elle souhaite que les enfants fassent passer son message à son peuple. Puis, elle s’est élevée doucement en s’éloignant et a disparu.

Dès le lendemain, le patron de Mélanie et le père de Maximin, ont transcrit par écrit leur récit. L’évêque de Grenoble conclut que les enfants « ne sont ni trompeurs, ni trompés ». Le 19/09 1851, l ‘Eglise ratifie le témoignage des enfants (Mgr. Philibert de Bruillard).

Voilà une enquête et un jugement rondement menés.

La première pierre de la basilique est posée le 25/05 1852. L’Association des Pèlerins de La Salette s’occupe des pèlerins. Il existe une congrégation de missionnaires de N.D de La Salette répandue en toutes parties du monde sauf l’Australie et une congrégation des Sœurs de N.D de la Salette. Il y a dans le monde des petites « Salette » qui sont autant de lieux de pèlerinage.  

Loin de nous l’idée de nier toute activité spirituelle bienfaisante à toutes ces congrégations mais …à notre connaissance aucun miracle n’ a été rapporté sur ces lieux et la personnalité des voyants laisse un peu rêveur.

Mélanie, née dans une famille fort pauvre, était illettrée et taciturne, timide et « stupidement silencieuse » (Jean STERN).

Plusieurs tentatives de vie religieuse se sont soldées par des échecs. De 1854 à sa mort en 1904, elle a séjourné en Angleterre, en France, en Italie, dans l’île grecque de Céphalonie, en Sicile. (plusieurs résidences en France et en Italie). Une brochure racontant son « secret » a été retirée de la main des fidèles. On comprend la réflexion de Jean STERN qui écrit : « la carrière de Mélanie a fait l’objet des appréciations les plus contradictoires »).

Maximin était un enfant « innocent et sans malice ». Il a commencé à fréquenter l’école a 11 ans. Son père, deux fois veuf, est mort quand il avait 14 ans. Son oncle fait le projet de l’exhiber pour en tirer quelque argent. Le 24/09 1850, il rencontre le curé d’Ars et lui dît « je n’ai pas dit que j’ai vu la Vierge, je dis que j’ai vu ». Cette déclaration a plongé le saint homme « dans la désolation la plus amère ». Maximin entre au petit Séminaire. En 1854, il rencontre à Rome diverses hautes personnalités ecclésiastiques. Il part dans les Landes en 1856, arrête ses études, gagne la région parisienne et travaille à l’hospice du Vésinet.

Il est recueilli par les époux Jourdain à Jouy-en-Josas, commence des études de médecine sans avoir été reçu à son bac. Il passe 6 mois chez les zouaves pontificaux puis revient en France et publie en 1866 un opuscule « Ma profession sur l’apparition de la Salette ». A la suite de diverses aventures, il est criblé de dettes et a ruiné les époux Jourdain. Il revient malade à La Salette à l’automne 1874 ; il fait aux religieuses un récit des évènements, qui selon les époux Jourdain était le même depuis 14 ans. Finalement, il meurt très chrétiennement le 01/03 1875.

Nous livrons donc ce long paragraphe au lecteur. Jean STERN a reconnu qu’ils étaient tous deux restés fidèles au récit qu’ils avaient fait au soir du 19/09 1846.

Où est la vraie vérité ?

 

Lourdes 1858.

Les App ont fait l’objet de nombreuses publications. Nous serons donc relativement brefs, renvoyant le lecteur au livre de Y.CHIRON.

Bernarde Marie, dite Bernadette Soubirous (BS) avait 14 ans et était illettrée en 1858 au moment des App. Il y en a eu 18 entre le 11/02 et le 16/07 1858. A la troisième App le 18/02, BS avait tendu à Aquero (cela en patois) un papier et une plume et lui avait demandé (en patois) de donner son nom par écrit. Aquero avait répondu en patois « ce n’est pas nécessaire ».

A la 8ème, le 24/02, la « demoiselle » demande à BS de « manger de l’herbe qui est là ». Ce jour là fut mise à jour la source qui joue un rôle central à Lourdes.

A la 10ème, la « demoiselle », demande à ce qu’on dise aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y construise une chapelle.

Le 25/03 alors qu’il n’y avait pas eu d’App depuis 3 semaines, « Aquero » donne enfin son nom en patois « soy era immaculada concepcion » BS ne savait pas à quoi correspondait cette expression. Le dogme de l’Immaculée Conception avait été proclamé par Pie IX le 08/12 1854.

Les dernières App ont entraîné une réaction des autorités municipales qui ont ordonné la fermeture de la grotte et pour la 18ème App. BS est restée de l’autre côté du gave.

Selon la description de BS, l’apparition se présentait comme «  une petite fille habillée d’une robe blanche, serrée par un ruban bleu, un voile blanc sur la tête, une rose jaune sur chaque pied, un chapelet à la main ».

Cette apparence ne semble pas avoir varié d’une fois à l’autre.

Selon G.Bertrin, nulle part à Lourdes et dans les environs, BS n’a pu voir de statues ressemblant à ce qu’elle a décrit. Et la statue de Fabisch, réalisée sur ses indications n’a pas bien reproduit le modèle. « C’est beau, mais ce n’est pas elle,  Oh ! non, la différence est comme de la terre au ciel ».

BS a quitté Lourdes pour entrer au couvent à Nevers en juillet 1866. Le lendemain de son arrivée, elle a fait devant plus de 200 sœurs de la région, le récit de ses App. Il est très difficile de la soustraire à la curiosité.

Le 15/08, elle est tombée malade. Le 25/10, elle devait prononcer ses vœux. Elle y arrive très difficilement à la suite d’une hémoptysie importante. Elle se rétablit tant bien que mal et est affectée  à l’infirmerie. Son état est resté stable jusqu’en 1873, puis s’aggrave progressivement. Elle souffre aussi de peines intérieures.

Les App. sont devenues « chose lointaine » (R.LAURENTIN). Elle s’éteint le mardi de Pâques, le 16 /04 1879. Elle a été canonisée par Pie XI le 8/12 1933.

BS était de santé fragile depuis son enfance. Elle était asthmatique et à plusieurs reprises, a été victime d’accidents respiratoires mettant sa vie en danger. Elle est devenue tuberculeuse. Mais, du point de vue psychologique elle a toujours été considérée comme normale.

Dès les premières App. le corps médical a été sollicité par les autorités qui voulaient la faire interner, elles n’y sont pas arrivées. Au cours de ses divers interrogatoires, elle a toujours répondu avec aplomb et cohérence. Elle n’était pas instruite, mais elle était certainement intelligente.

 

PONTMAIN 17/01 1871 – 53 220 MONTAUDIN

Dans un contexte local et national difficile (retraite des Armées Françaises, conditions météorologiques rigoureuses, épidémie de typhoïde et de variole) l’ambiance n’était pas gaie dans le village.

En fin d’après-midi, le jeune Eugène BARBEDETTE (12 ans) voit dans le ciel « quelque chose de beau, une étoffe bleu sombre parsemée d’étoiles d’or, une femme souriante tendant ses mains abaissées, tunique bleue étoilée tombant sur ses chaussures à rubans d’or, voile noir recouvrant une partie du front, une couronne, ou plutôt une sorte de toque avec un liseré rouge.

Tandis que les adultes n’y voient rien, y compris les bonnes sœurs de l’école , le frère d’Eugène, Joseph (10 ans), Françoise RICHE (11 ans), Jeanne-Marie LEBOSSE ( 9 ans), voient à leur tour la belle dame.

Devant l’agitation des paysans la dame devient triste, puis grandit et embellit à mesure que se déroule la prière de l’assistance. Puis apparaît une banderole blanche sur laquelle s’inscrivent en lettres d’or –que les enfants comparent aux lettres de leur livre – les mots «  Mais, priez mes enfants », le « mais » était souvent utilisé par la sœur Vitaline à l’école pour stimuler le travail de ses élèves. Puis, les enfants lisent « Dieu vous exaucera en peu de temps ».

Le jeune Auguste,4 ans, prétend lui aussi voir une belle dame en robe bleue avec des étoiles

Le message continue sous la même forme par la phrase « Mon fils se laisse toucher », ce qui confirme qu’il s’agit de la Vierge.

Tandis que la foule continue à chanter des cantiques, la Vierge se met à sourire, puis retombe en tristesse. Une croix rouge apparaît qu’elle tient à deux mains. Cette croix disparaît tandis que des bougies s’allument autour d’elle. Progressivement un grand voile blanc monte devant la Vierge et tout disparaît. L’ensemble a duré environ 3 heures.

Dans les jours suivants, la situation régionale s’est améliorée et les 38 soldats de Pontmain mobilisés sont revenus indemnes.

Quelques différences dans l’aspect de cette App sont notées en1871/72, en particulier dans les couleurs de la robe mais l'allure générale est comparable.

Les « voyants » resteront fidèles à leur description, sauf Jeanne Marie Lebossé qui, entrée chez les sœurs à Royaumont, aurait avoué dès 1880 à son confesseur qu’elle n’avait rien vu. Cette sorte de reniement a suscité de longues réflexions et selon R. LAURENTIN et A.DURAND, l’unanimité n’est pas faite sur son explication.

Les autres voyants sont restés fidèles à leur affirmation initiale et ont mené une vie tout à fait normale :

- Eugène BARBEDETTE (mort en 1927) a été ordonné prêtre en 1883 et a passé toute sa vie dans le ministère diocésain. Il était assez rigide. « Sévère mais juste ». Il parlait rarement de l’App..

-   Son frère Joseph (mort en 1930) a été ordonné en 1884 et a eu une existence « professionnelle » moins lisse : enseignant, maître de novices, supérieur d’orphelinat, puis service diocésain en Mayenne, supérieur puis à nouveau curé de campagne. « Sa finesse et son dévouement n’ont laissé que d’heureux souvenirs ».

-   Françoise RICHER a été domestique et a terminé servante auprès d’Eugène BARBEDETTE sans avoir fait parler d’elle.

-   Jeanne-Marie LEBOSSE (morte en 1933) a sans doute été perturbée par une enfance difficile –orpheline - et a mené une existence normale de religieuse dans la congrégation de la Sainte Famille.

Un cas de guérison d’une affection osseuse a été rapporté en 1899, mais il n’existe aucun document médical sérieux sur ce sujet.

 

BEAURAING (Belgique) 29/11 1932 – 03/01 1933.

La Vierge est apparue à 5 enfants dont 3 étaient encore en vie en 1996. Mais nous n’avons pas pu nous procurer de renseignements précis sur eux. En 1996, Mgr André Mutien LEONARD, évêque de Namur a publié un petit livre sur « La Vierge au cœur d’or » de Beauraing. Le culte avait été autorisé en 1942 et le caractère surnaturel des App. reconnu le 02/07 1949. La Vierge s’était présentée de nuit sous forme d’un resplendissement lumineux. Le cœur brillait intensément au moment de la dernière App. D’où le nom.

D’assez nombreux pèlerins se rendent chaque année à Beauraing, dont des malades. Deux guérisons ont été signalées en 1933 : une ostéomyélite et un myome utérin. La guérison de ce dernier n’a peut-être pas été miraculeuse si la malade était en période ménopausique.

 

BANNEUX (Belgique) 20 km de Liège. Du 15/01 au 02/03 1933.

La Vierge est apparue à 8 reprises à une fillette de 12 ans Mariette BECO (A.M TURI). L’apparition se présentait comme une dame habillée d’une robe blanche avec une ceinture bleue et un grand voile blanc. Elle s’est présentée comme la Vierge des pauvres. Nous ne disposons pas de documentation concernant la biographie de Mariette BECO. Selon Louis MONDEN (dans Y.CHIRON), il y aurait eu 6 guérisons entre 1933 et 1946. Nous ne disposons d’aucun détail.

 

L’ILE BOUCHARD. 12 1947 – Parvis du Chanoine Segelle, 37 220.

La Vierge est apparue à 10 reprises à quatre petites filles de l’Ile Bouchard, là aussi, comme à Pontmain, dans un contexte difficile que Claude MAURIAC décrivait ainsi : «  Nous sommes à la veille d’une totale interruption de la vie du pays » (suite grêves)  « de la chute définitive du franc et peut-être d’une insurrection communiste. ».

Dans la matinée du 8/12, avant la première App. Marthe ROBIN, dans la Drôme, prédisait à son confesseur le R.P FINET que la France allait être sauvée par la Vierge à la prière des petits enfants.

Le lendemain de la première App., le 9/12, en quelques heures, la paix était retrouvée.

Les petits-enfants étaient : Jacqueline AUBRY (12 ans), sa sœur Jeannette (7 ans), sa cousine Nicole ROBIN (10 ans) sans parenté avec Marthe et une voisine Laura CROIZON (8 ans).

En 1994, Bernard PEYROUS a recueilli le témoignage de Jacqueline AUBRY :

Le 8/12 1947 après-midi, les quatre filles entrent dans l’église et commencent à réciter le chapelet. Au quatrième Ave, elles voient une grande jeune femme très belle, vêtue d’une robe très blanche, attachée par une ceinture bleue dont les pans bougeaient. Les bords du col et les manches étaient brodés d’or. Elle était pieds nus, un beau chapelet au bras droit, un voile blanc sur la tête, une chevelure blonde descendant jusqu’aux genoux, un visage « extraordinaire de beauté » et des yeux « d’un bleu qu’on ne trouve pas sur terre ». Elle paraissait 16 ans. A sa droite un ange couleur lumière qui offrait un lys à 3 fleurs blanches.

L’App. confirme aux enfants qu’elle est leur maman du ciel. L’ange dit qu’il est Gabriel.

La Vierge embrasse les mains des enfants. Jacqueline dit qu’elle a senti la tiédeur de sa main. Elle a soulevé «  sans sentir leur poids » Laure et Jeannette, trop petites pour que la Vierge puisse embrasser leurs mains.

Le lendemain 9/12, toujours en début d’après-midi la Vierge fait embrasser la croix de son chapelet, y compris aux deux jeunes soulevées dans les mêmes conditions.

Elle demande de prier pour la France et de dire à Monsieur Le Curé « de construire une grotte, là où je suis et d’y placer une statue ainsi que celle de l’ange »

Même App. Le mercredi 10/12. La Vierge annonce que le lendemain Jacqueline « qui portait de grosses lunettes » serait guérie de son affection oculaire. Ce qui fut fait.

Le jeudi 11, la Vierge apprend à Jacqueline qu’elle est venue à l’Ile Bouchard parce que Jeanne DELANOUE y est passée. Il s’agit de la fondatrice des sœurs de Saumur qui avait évangélisé la région 300 ans auparavant.

Le vendredi 12, elle apparaît avec une auréole multicolore, le mot Magnificat sur sa poitrine. Le curé et l’assistance nombreuse dans l’église « n’ont pas vu la  Sainte Vierge mais ont senti sa présence ».

Avant de disparaître, elle précise «  je ne suis pas venue pour faire des miracles, mais pour vous demander de beaucoup prier ». Ainsi, Mgr FIOT évêque de Tours demande d’invoquer la Vierge de l’Ile Bouchard sous le titre de « N.D de la Prière ».

Le 13/12 la Vierge précise qu’elle viendra le lendemain pour la dernière fois.

Le dimanche 14/12, des milliers de personnes sont présentes. La Vierge bénit les fleurs qu’on lui offre. Elle paraît toute joyeuse pendant le chant du Magnificat et disparaît au cours d’un rayon de soleil dont elle avait annoncé la venue en ce dimanche d’hiver.

La hiérarchie a manifesté sa bienveillance à l’égard de l’Ile Bouchard. Mgr. Jean HONORE, archevêque de Tours a autorisé l’installation dans l’église d’une statue conforme à la description des enfants. Le 8/12/2001 Mgr André VINGT TROIS a publié le décret d’autorisation des pèlerinages et du culte public (La Croix, 20/12/01).

Grâce à l’obligeance du Père ALFONSO, nous avons pu avoir des renseignements  biographiques concernant les voyantes :

-  Jacqueline AUBRY est restée célibataire et a enseigné à Tours dans l’enseignement catholique. Elle était très appréciée des élèves et de leurs parents. Elle vit retraitée à l’Ile Bouchard. 

-  Jeannette AUBRY a travaillé à Paris comme ambulancière puis informaticienne. Elle a toujours rendu service à son entourage. Elle est aussi en retraite à L’Ile Bouchard.

-  Nicole ROBIN est mère de 3 enfants et vit avec son mari aux environs de Saumur. Elle s’est engagée dans les mouvements chrétiens (ACF, catéchismes,). Elle revient régulièrement à L’Ile Bouchard le 8/12.

-  Laura CROIZON, mariée et mère de 2 fils a habité la Touraine, la région parisienne, Lyon et Bordeaux. Elle est décédée le 24/12/99 après une vie difficile et est enterrée de façon anonyme à L’Ile Bouchard.

-   Elles sont toutes quatre demeurées dans une totale obéissance à l’Eglise.

 

En dehors de Jacqueline AUBRY guérie de son affection oculaire (myopie, conjonctivite purulente évoluant depuis sa naissance, strabisme œil droit) en moins de 24 heures, nous n’avons pas connaissance d’autres guérisons sur ce lieu.

 

Après cet historique qui relate des faits connus, nous voudrions émettre quelques réflexions qui, bien entendu, n’engagent que leur auteur.

L’expérience montre que le « morphotype » de ces différentes App. est assez homogène ; belle jeune femme, en blanc, bleu, or, souriante ou triste. Cette apparence correspond au texte du cantique d’autrefois « tota pulchra est ,o Maria et macula non est in te » (tu es toute belle, aucune tache en toi). Cette absence de tache désigne évidemment sa pureté.

Personne n’a imaginé représenter la Vierge sous forme d’une femme âgée et voûtée…Pourtant nous savons qu’elle n’est pas morte jeune …

On peut se demander si cette apparence n’évoque pas tel tableau ou telle statue que les voyants auraient pu voir. Cette réflexion surtout à propos de Pontmain, car au dessus du village s’élevait une statue de la Vierge autour de laquelle on allumait des bougies à certains jours.  Ce n’était pas le cas pour Bernadette Soubirous selon G.BERTRIN.

Il existe aussi une certaine homogénéité dans la personnalité des voyant(e)s :

 En dehors de Catherine Labouré, il s’agit d’enfants ou d’adolescents avec  prédominance féminine, 7 contre 4. (Pas de document concernant Beauraing)..

Ces jeunes n’étaient pas illettrés puisque les enfants de Pontmain ont reconnu les mots sur la banderole blanche.

Cela aurait fait plus crédible si la Vierge s’était manifestée à des professeurs de faculté ou des membres de l’Académie Française...ou des prêtres ou des évêques...

Nous ne sommes pas le seul à le penser : DUPANLOUP écrivait «  si la Vierge voulait apparaître quelque part sur terre, pourquoi choisirait-elle une paysanne grossière et sans instruction au lieu d’une religieuse vertueuse et instruite ».

A quoi bien sûr, on peut répondre que le Seigneur préfère se manifester aux humbles et aux petits «  je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits » (Luc 10-21).

ORAISON (cité par S. CANO SCHEIDEGGER) a écrit «  il y a quelque cent ans, on voyait beaucoup la Vierge. Ces dernières années, ce sont en majorité des OVNI qui apparaissent ».

En fait, depuis que l’on sait qu’une des dernières manifestations d’OVNI était un canular de grande classe comme seuls les Anglais sont capables d’en imaginer,  ces phénomènes ont tendance à disparaître.

Mais que je sache on ne les a pas tous expliqués...

Nous n’avons pas l’intention d’essayer, mais de voir quelle idée un médecin peut se faire de ces App.

Disons d’emblée qu’elles évoquent ce que déjà depuis assez longtemps les neuropsychiatres décrivent sous le terme d’hallucinations (Hall).

Selon H.EY 1934 «  l’Hall. est une perception sans objet à percevoir ». C’est l’idée que peuvent se faire les spectateurs d’une App. puisqu’en dehors des voyants, ils ne voient rien et/ ou n’entendent rien.

ESQUIROL écrivait déjà en 1817 «  Un homme qui a la conviction intime d’une sensation actuellement perçue alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n’est à portée de ses sens est dans un état d’Hall. C’est un visionnaire »

EY estime que l’Hall. est une erreur puisqu’elle projette un objet dans la réalité alors qu’il n’existe pas. « Elle ne peut exister que dans le cadre d’une désorganisation psychique ou des systèmes psychosensoriels ».

Actuellement (C.BOITEUX RIQUE 1996) les Hall. sont divisés en deux groupes, les Hall. psychosensorielles et les Hall. psychiques.

Dans le premier groupe; elles sont marquées par le caractère de la sensorialité et la conviction de leur réalité objective. Elle sont classées en :

-  auditives : bruits, bourdonnements, voix, dont l’expression varie d’une syllabe à une phrase, habituellement dans la langue maternelle. Parfois, si le patient est polyglotte, une langue qu’il comprend (G.LANTERI LAURA).

-  Visuelles : qui peuvent être élémentaires - points lumineux, figures géométriques- ou complexes, au sujet desquelles G.LANTERI LAURA s’est demandé si on ne ferait pas bien comme en termes d’art contemporain de parler d’Hall. figurative et non figurative.

-  Cet auteur raconte l’histoire d’une de ses patientes qui regardant un nuage dans le ciel y voit la Vierge. Il note aussi que les visions dans notre culture revêtent souvent l’aspect « de la statuaire banale de nos églises ». Nous avons déjà abordé cette question.

-  Il décrit aussi les Hall. visuelles des opthalmopathes : anomalie de la perception visuelle chez des sujets indemnes de tout trouble psychique, mais souffrant d’affections oculaires (cataracte, troubles vasculaires, névrite optique).

-  Les champs olfactif et gustatif ne nous retiendront pas. Le champ tactile peut être : la tiédeur des mains de la Vierge ressentie par Jacqueline AUBRY...

-  A côté des Hall psychosensorielles se trouvent les Hall. psychiques qui peuvent être classées selon la pathologie dans laquelle elles sont décrites.

-   Ainsi G.ASAAD et B.SCHIAPIRO (dans C. BOITEUX RIQUE) les décrivent dans des troubles non-délirants de type hystérique ou dissociatif, psychose, alcoolisme, prises de toxiques,  atteintes neurologiques, visuelles, auditives.

-  On peut donc trouver des Hall. à tous les niveaux des troubles psychiatriques.

 

Or, nous avons vu précédemment que en dehors des jeunes de la Salette et peut-être de Jeanne Marie LEBOSSE - qui paraissaient présenter d’ailleurs, plutôt des signes de déséquilibre psychique qu’une pathologie psychiatrique lourde -, aucun argument ne permet de penser que les voyants ou voyantes dont nous avons relaté les expériences souffraient d’une pathologie sensorielle ou psychique.

Il faudrait donc trouver un qualificatif à ces Hall. Nous avancerions volontiers le terme d’inexpliqué qui est objectif, et qui laisse libre cours aux éventuelles découvertes futures.

C’est d’ailleurs ce même qualificatif qui peut être attribué aux GM.

A propos de découvertes, voir dans le livre de JP LENTIN le petit chapitre consacré à Michael PERSINGER, : ce « chercheur » est un spécialiste de «psychotronique » c’est-à-dire des techniques de manipulations et de transmissions mentales à distance. Soumis à des champs magnétiques particuliers, le sujet ressent une « expérience religieuse ». Selon sa culture, il a une sensation de présence de la Vierge, d’Elie ou de Mahomet...un tel appareillage n’était certainement pas installé à proximité de la grotte de Massabielle à Lourdes!

 

Au cours des années, les App. et certains phénomènes comme les contacts avec l’au-delà, ont donné lieu à diverses interprétations :

-  Soit, comme un certain nombre de phénomènes étiquetés paranormaux, elles correspondent à des lois naturelles encore inconnues,

-  Ou elles peuvent être l’œuvre du « malin », esprit du mal. Nous rejoignons ici des phénomènes troublants de possession qui ne relèvent sans doute pas tous de la supercherie. Il y a quelques années est passée à la télévision une émission consacrée aux possessions diaboliques et aux exorcismes. Une des deux  « possédées » était manifestement une hystérique, l’autre est restée mystérieuse.

Il y a peu de temps le RP. MATHIEU, exorciste du diocèse de BESANCON, a été amené à s’occuper d’un patient qui souffrait de douleurs abdominales apparues à la suite d’une confession ; le récit extraordinaire de l’exorcisme figure dans le livre du P. François BRUNE et paraît tout à fait invraisemblable. Il y en a eu tout de même plusieurs témoins dont un médecin psychiatre.

Aucun argument ne permet de penser qu’il existait chez nos voyant(e)s des signes évoquant une possession. On en vient à penser que les App. pourraient être d’origine divine.

Quoiqu’il en soit, l’Eglise n’a jamais obligé personne à croire aux App. Les théologiens estiment que rien ne saurait être ajouté à la révélation. Le jugement favorable donné par la hiérarchie à tel ou tel prodige a valeur de permission et de proposition mais non d’imposition. Comme l’a écrit André FROSSARD « méfions-nous des voyants, ils voient à travers eux.. Même si les visions semblent réelles, prenons-les avec des pincettes comme des illusions, c’est plus sûr ».

Il est possible aussi de passer de longues heures à l’étude des expériences des mystiques, de l’extase . (L’HERMITTE). Mais on ne peut pas tout étudier.

 

Nous serons plus à l’aise dans un domaine relevant de la médecine, celui des guérisons miraculeuses.

 

LES GUERISONS MIRACULEUSES

Tout d’abord qu’est-ce qu’un miracle ?

Une définition rigoureuse est nécessaire si on veut être objectif.

En 1958, le jésuite DHANS a proposé la définition suivante «  le miracle est un prodige survenant dans la nature et inséré dans un contexte religieux. Il est divinement soustrait au régime des lois naturelles et il est adressé aux hommes par Dieu comme un signe d’un ordre de grâce » (cité par Y.CHIRON).

En ce qui concerne les GM, dès 1734 des critères ont été retenus par le Cardinal LAMBERTINI, le futur pape Benoît XIV, parmi lesquels on peut retenir

- Critère 1 : que la maladie soit grave et impossible ou difficile à guérir,

- Critère 3 : que des médicaments n’aient pas été pris ou qu’ils se soient avérés inefficaces,

- Critère 4 : que la guérison soit soudaine et instantanée,

- Critère 5 : qu’elle soit parfaite,

-  Critère 7 : que la maladie ne revienne pas.

 

En 1911, Henri GUINIER, professeur Agrégé à Montpellier retient 5 critères :

-  l’absence d’agent curateur

-  l’instantanéité de la guérison,

-  la suppression de la convalescence,

-  l’irrégularité du mode de guérison,

-  la réapparition d’une fonction alors que l’organe qui doit l’assurer est encore incapable de l’accomplir.

 

En 1948, dans les Cahiers Laennec, plusieurs médecins estiment que «  la guérison surnaturelle » n’est autre « qu’un phénomène naturel dont la vitesse et l’ampleur sortent des règles naturelles ».

Et dix ans plus tard, BARIETY affirmait que l’essentiel du miracle tient dans deux constatations :

- « nous n’aurions pas pu provoquer cette guérison par nos moyens actuels »,

- «  la guérison est survenue avec une rapidité et une perfection que nous n’aurions pas pu obtenir ».

A notre connaissance; ces critères n’ont pu être satisfaits qu’à Lourdes.

Les guérisons dont nous avons rapidement parlé, survenues en d’autres lieux ne reposent pas sur des critères médicaux sérieux.

Nous avons dit que nous ne parlerions pas de FATIMA vu l’ampleur du sujet. Signalons seulement la publication  du Dr. MENDES DO CARMO en 1945 relatant la guérison d’un mal de Pott et la guérison du Padre Pio en Sicile en 1959 qui a fait quelque bruit.

Pour en revenir à Lourdes, dès 1858 les médecins locaux ont été confrontés à des cas de guérisons extraordinaires et dès 1860, le professeur Henri VERGEZ, ancien professeur agrégé à Montpellier établissait un rapport sur 9 guérisons de caractère « surnaturel » et n’en retenait, d’ailleurs que 7.

En 1884 est fondé sous l’impulsion du Dr. de SAINT MACLOU un « Bureau des Constatations ». En 1891, lui a succédé le Dr. BOISSARIE qui a publié la première histoire médicale des guérisons de Lourdes.

Le Bureau des Constatations est devenu en 1946 le Bureau médical de Lourdes. Il n’a qu’un seul membre permanent, son président ‘(Dr.THELLIER depuis octobre 1998). Il est ouvert à tous les médecins, français ou étrangers, catholiques ou non, croyants ou non.

Si, à la suite de l’examen par le Bureau Médical, une guérison paraît certaine et non explicable médicalement, le dossier est adressé à l’instance supérieure, le Comité Médical International de Lourdes, dont le président est actuellement le Dr.Jean-Louis ARMAND-LAROCHE , psychiatre des hôpitaux et enseignant à ParisV.

Ce Comité doit répondre à 16 questions et par oui ou non, à une conclusion sur le caractère scientifiquement inexplicable de la guérison.

Si les 2/3 des votants concluent au caractère scientifiquement inexplicable de la guérison, le dossier est transmis à l’évêque du diocèse d’où est originaire la personne guérie  et  c’est lui qui doit décider du caractère miraculeux de la guérison.

Il paraît donc difficile dans de telles conditions de considérer comme fantaisistes les guérisons retenues comme miraculeuses, ou si on préfère inexplicables ou inexpliquées, dans l’état actuel de nos connaissances 

 

Il existe dans la littérature des guérisons inexpliquées en dehors de celles de Lourdes. Suzanne CANO-SCHEIDEGGER dans sa thèse retient 367 cas de guérisons plus ou moins spontanées de cancers confirmés par l’examen anatomo-pathologique (cancers du rein, neuroblastomes, mélanomes, chorio-épithéliomes). Certaines de ces guérisons apparaissent à la suite de fièvres élevées, de chocs hypovolémiques ou allergiques, d’une intervention chirurgicale non curative. On peut penser que ces « phénomènes critiques » entraînent dans l’organisme des perturbations biologiques susceptibles de favoriser l’apoptose des cellules cancéreuses.

Il ne faut pas confondre guérison et disparition plus ou moins durable de symptômes qui ne correspondent pas forcément à une maladie précise : « guérison fonctionnelle » -manifestations hystériques …

Rappelons que les affections psychiatriques sont exclues du cadre des GM. Enfin, l’effet placebo est bien connu et peut dans 20 à 60% des cas entraîner la disparition de certains symptômes : céphalées, troubles digestifs, dysménorrhée...Les précautions dont s’entoure le Bureau Médical ne sont donc pas superflues.

 

Pour en revenir à Lourdes; voici quelques précisions quantitatives et qualitatives concernant les GM.

De 1868 à 1998 (Y.CHIRON) 6772 personnes se sont déclarées guéries à Lourdes. Ce sont des guérisons « signalées ».

Environ 2000 ont été considérées comme « inexplicables » par le bureau médical. Donc, 4700 environ n’ont pas été retenues et finalement 66 guérisons ont été retenues comme miraculeuses.

Au début (fin XIXs-début du XX me) le nombre de guérisons s’est accru au prorata du nombre des pèlerins. Elles ont été nombreuses surtout de 1892 à 1914 sous la présidence du Bureau Médical par le Dr. BOISSARIE.

Corinne BUONAGUIDI-FILIPPI dans sa thèse (1987) précise que sur 57 dossiers ouverts en 1959, 5 seulement ont été retenus.

Voici maintenant quelques détails sur les 66 GM.

- la prédominance féminine est nette (53 contre 13), Ce qui correspond à une majorité de femmes parmi les malades.

- L’âge varie de 2-3 ans (deux enfants) à 64 ans.

- La nationalité française est très majoritaire (55 sur 66).

- On trouve 5 italiens, 3 belges, une allemande, une autrichienne, une suisse allemande.

 

L’origine sociale est modeste dans la majorité des cas. On trouve un colonel, un prêtre, deux religieux et 8 religieuses - sans compter celles qui le deviendront-.

Enfin, en ce qui concerne les affections guéries, on retient :

- 26 tuberculoses (pulmonaires et /ou autres localisations). La dernière guérison remonte à 1958, une sicilienne de 27 ans qui eut ensuite 4 enfants. La prédominance de la tuberculose tient sans doute à la fréquence de cette maladie à l’époque et l’absence de GM depuis 1958 s’explique certainement par l’efficacité des traitements actuels. Dans un cas le cliché thoracique de contrôle après la guérison a montré des images séquellaires comme on en voit chez les tuberculeux guéris.

-12 affections  neurologiques plus ou moins liées à des troubles visuels. La sclérose en plaque a été guérie dans 4 cas dont le diagnostic paraît assuré. Curieusement dans 3 cas, il s’agit d’une allemande, d’une suisse allemande et d’une française guéries en 1950 et 1952...Le dernier cas est un français dont on a parlé récemment dans la presse. 0n ne trouve pas de séquelles de traumatisme (paraplégie, tétraplégie) ni de séquelles de poliomyélite, pas de maladies héréditaires.

- En 3ème position ex-aequo, 12 cas difficiles à classer : affections diverses et dossiers peu explicites. Peut-être 2 ou 3 de ces « miraculés » auraient pu ne pas être retenus;

- En 5ème position, les troubles digestifs : 7 cas. Le colonel fait partie de ce groupe. Il était traité depuis 18 mois pour une fistule intarissable à la suite du traitement local d’un abcès amibien du foie. A la sortie du deuxième bain le 3 10 1950, la fistule se tarit. Pas de récidive. Il est mort à  78 ans.

-Quatre cas de cancers ou affections voisines : un cancer du col utérin récidivé guéri au 3ème bain, reprise de 17 kilos en 10 mois, Encore en vie à 85 ans. Une maladie de Hodgkin confirmée ; fébrile, très fatigué. Guéri au 1er bain. Le lendemain, il pousse les voitures des autres malades. Un sarcome confirmé avec lyse osseuse, resté on se demande pourquoi sans traitement pendant 1 an. Immobilisé en plâtre pelvipédieux. Il est tout de même baigné. A son retour l’état général s’améliore et l’os se reconstruit progressivement. Il est encore en vie à 56 ans. On ne peut pas dire que la guérison ait été instantanée ou très rapide dans ce cas. Cependant il n’y aurait pas eu d’erreur d’interprétation des coupes histologiques. Ce cas est relaté en détails par S.CANO SCHEIDEGGER, qui reprend elle-même les données de la thèse de VAN DE VELDE ( non étudiée).

-Une tumeur maligne du genou.

Parmi ces 4 miraculés, il y a 3 italiens...Ce n’est pas une grande série…

 

Les conditions de survenue des guérisons sont bien connues : dans 48 cas sur 66 l’eau de Lourdes est en cause  : bains, pansements, absorption – et même injections dans un trajet fistuleux-. (le colonel). L’eau de Lourdes a été analysée dès février 1858. Le maire et le Dr.Dozous auraient été bien contents que l’on trouve à cette eau « des vertus curatives spéciales » susceptibles d’ériger Lourdes en station thermale. Hélas, en août 1858 le Dr. FILHOL concluait à une eau potable sans propriétés thérapeutiques. L’absence de toute radioactivité a été reconnue en juillet 1915.

Les analyses du professeur PREVOT (Institut Pasteur Paris en 1948) ont montré qu’il y avait beaucoup plus de germes dans l’eau des piscines que dans l’eau de la source, et beaucoup plus dans l’eau du Gave que dans celle des piscines.

En 1992, un système de filtration a été installé de façon à permettre la réutilisation des eaux usées.

Il est surprenant que l’immersion dans cette eau à 12/14° n’entraîne pas d’accident chez des malades en état précaire - ou alors ils ne sont pas relatés-. Le Dr. LERET qui a expérimenté lui-même cette immersion a reconnu que « c’était atroce !:».

 

Autre circonstance de guérison : la procession du Saint Sacrement. Ce qui a fait parler de « miracle eucharistique ». Neuf guérisons s’y sont produites.

Les guérisons s’accompagnent de sensations diverses ( C : BUONA GUIDI FILIPPI) :

- choc ou douleur dans la partie malade,

- parfois malaise, puis immédiatement disparition des symptômes de la maladie,

- presque aussi souvent, soulagement et bien être d’emblée,

- parfois sensations désagréables du malade : brûlure,  picotements, fourmillements.

- L’entourage note par ailleurs :

-  le retour de la conscience,

-  la reprise de l’alimentation,

-  une normalisation du transit,

-  un sommeil calme,

- puis la réapparition des règles.

 

L’amélioration peut demander 2 ou 3 jours (Théa ANGELA - SEP) ou même s’effectuer en 2 ou 3 épisodes ( Marie BIGOT): Premier pèlerinage inefficace, au deuxième en 1953 amélioration rapide des troubles moteurs, au troisième réapparition de l’audition –et dans le train du retour récupération visuelle. Elle était atteinte d’une arachnoïdite de la fosse postérieure et avait été opérée en neurochirurgie en 1951.

M.B est toujours en vie et bien connue à Rennes (Général B.GENESTIER, communication orale).

 

La guérison corporelle est toujours accompagnée d’un bouleversement spirituel. Ce qui ne paraît pas surprenant. Tous les miraculés ont cru immédiatement à l’intervention de Dieu. Plusieurs miraculées sont devenues religieuses. Beaucoup reviennent régulièrement à Lourdes.

Un exemple très démonstratif en est donné par Patricia FAVREUL qui a publié sa propre histoire.

Fille d'officier de marine, elle est atteinte d'une affection neurologique familiale dont un de ses frères est décédé. Vers 40 ans, elle souffre de déficits tactiles, auditif, visuel et de troubles de la parole.

Animée d'une espérance très vive, elle effectue en 1995 son deuxième pèlerinage puis un nouveau trois mois plus tard. Au retour : "j'ai pleuré amèrement : je n'avais pas été exaucée. Avant de partir j'avais dit au Seigneur : si mes prières et ma souffrance te sont plus profitables, ne me guéris pas"  "Trois mois après mon retour, j'ai compris pourquoi le Seigneur ne m'avait pas guérie"

Un tel comportement témoigne d'un niveau de foi et d'élévation spirituelle supérieur à la moyenne et Lourdes apparaît comme un facteur déclenchant ayant fait franchir un pas important vers une sorte de sainteté.

Nous n’avons, bien entendu, aucune compétence pour juger de ces miracles spirituels. Le contexte dans lequel se déroulent les pèlerinages est susceptible en dehors de toute guérison spectaculaire, d’entraîner des modifications de la conception du monde et de l’existence, le retour à la foi perdue etc...

 

Quelques lignes sur les guérisons en dehors de Lourdes (Y.CHIRON): On a construit des « grottes de Lourdes » dans le monde entier. En France, à Hérouville- Saint Clair en Normandie en 1885, en Belgique à LIEGE en 1870 et surtout à OOSTACKER et GAND. Pierre de RUDDER, « miraculé N°8 » a été guéri à Oostaker. Il existe une grotte à Istanbul, cinq en Chine deux aux USA et une à Montevideo.

Des guérisons ont été signalées, mais il n’y a pas de contrôle comme à Lourdes.

 

Des orientations nouvelles se font jour parmi les pèlerins de Lourdes. Depuis 1978, les « pèlerins de l’eau vive » se rendent à Lourdes en portant des pancartes «  Seigneur, guéris-nous de l’alcool ». Création en 1981 de l’association des Pèlerins dialysés qui a ouvert en 1986 le centre de dialyse Saint Jean Le Baptiste. Et, en 1995, pour la première fois, l’Association SIDA Espérance de Nantes a organisé un pèlerinage.

 

QUELQUES REFLEXIONS

Le mot de conclusion ne convient guère car le sujet est complexe.

Voici déjà quelques phrases extraites de thèses de médecine récentes :

-         Bruno FABRE (thèse Marseille 1977) paraît très orienté « catho ». Selon lui « la médecine pourra constater le caractère immédiat et durable d’une guérison, mais elle ne pourra expliquer cette guérison en termes de miracle. Il appartient à l’église de parler de miracle ». « Le chrétien ne peut, au nom de sa foi repousser l’intervention de la médecine, en stigmatisant le recours à la science du nom d’incrédulité. Il n’y a pas de concurrence entre Dieu et les médecins ».

-         Françoise BOISOT (thèse Besançon 1983). Orientations :psychiatrie, biochimie et endocrinologie. «  Il n’est pas irrationnel d’admettre l’existence de l’irrationnel ». Belle formule ! «  Ne serait-il pas naturel, s’inspirant de découvertes récentes qui suggèrent une cause biochimique à l’effet placebo; de suggérer l’existence d’une relation causale entre l’instauration de la foi et une réaction biochimique ! ».

-         Cette idée est certes intéressante mais la démonstration paraît difficile. Il faudrait connaître les futurs convertis, effectuer chez eux des examens biologiques (lesquels ?) et comparer les résultats entre avant et après la conversion. Paul Claudel et André Frossard auraient été « de bons sujets d’expérience » du fait du caractère extemporané de leur conversion, mais il est trop tard…

La poursuite des recherches concernant l’effet placebo est tout à fait souhaitable. Des travaux récents semblent bien confirmer que dans certains états considérés comme « fonctionnels » peuvent exister des anomalies biologiques d’ordre immunologique (MF KAHN)

Mais, revenons à F.BOISOT : « Le paranormal se présente sous une double facette : l’une est susceptible d’être abordée par les outils conceptuels expérimentaux des sciences contemporaines. L’autre est du ressort du spirituel qu’il nous faut considérer comme complémentaire de la première »

-         S.CANO SCHEIDEGGER (thèse Besançon 1993). « La première approche d’un médecin doit être scientifique, critique, allons jusqu’à dire sceptique. Ne pas se laisser impressionner ne signifie pas non plus rejeter à priori. Dire que Dieu guérit ne veut pas dire qu’il y a concurrence entre Dieu et les médecins.. Si nous sommes croyante nous ne discutons jamais les arguments scientifiques et les avancées de la médecine, même et justement sur le terrain des GM. Inversement , si nous sommes médecin nous n’en connaissons pas moins nos limites et il ne saurait être question de nier les bienfaits que peut apporter la foi en Dieu pour les patients et pour nous-même ».

 

-         Nous laissons bien entendu à chacun de ces confrères la responsabilité de son texte. Ils disent tous trois la même chose avec même certains termes similaires. Ils ont certainement raison. Chacun doit progresser en son domaine. Le médecin doit essayer d’expliquer l’inexpliqué. Mais, la hiérarchie doit peut-être aussi être plus rigoureuse afin de ne pas encourager la supercherie - voire l’exploitation commerciale -. L’exemple actuel de Medjugorje semble un peu inquiétant.

-         Rappelons la position du premier évêque de LEIRA FATIMA qui n’a pas jugé opportun de mettre sur pied une instance de contrôle médical analogue à celle de Lourdes : « Ces braves gens partent guéris par N.D et ne demandent pas autre chose, N.D non plus . Pourquoi les ennuyer avec ces interrogations, enquêtes etc.. ».

-         On peut le comprendre et rappeler la phrase de l’aveugle guéri par le Christ « Je ne sais qu’une chose, j’étais aveugle et maintenant je vois ».

-         Cette position ne nous paraît pas satisfaisante.

-         Heureusement, la situation paraît évoluer dans le bon sens à BEAURAING: le recteur dans une lettre à Y.CHIRON paraît décidé à transmettre au bureau médical de Lourdes les cas de guérison. Cela avait été fait pour quelques guérisons de Medjugorje mais nous n’en connaissons pas les résultats.

 

Ainsi, à notre époque de médecine basée sur les preuves , il est nécessaire de remettre l’ouvrage sur le métier. Plusieurs questions se posent.

Peut-on encore, au regard du secret professionnel publier les observations des « miraculés » avec leur nom, prénom, âge, diagnostic comme cela a été fait pour LOURDES ? Personne ne semble s’en être préoccupé et les « miraculés » étaient sans doute consentants. Il semble cependant plus prudent de publier leur « cas » en donnant simplement, comme cela se fait dans la littérature médicale, le prénom et 2 ou 3 lettres du nom. Etant entendu que les miraculés peuvent se délier eux-mêmes du secret professionnel.

En second lieu, la curiosité étant une qualité pour un médecin, il serait utile de mettre sur pieds un Bureau Médical pour évaluer sans parti pris et sans esprit de concurrence l’action « thérapeutique » des guérisseurs, spirites ; radiesthésistes, magnétiseurs et autres « sorciers » qui travaillent depuis toujours et pas uniquement en Afrique Noire. Peut-être trouverons-nous un jour que l’imposition des mains -de certaines mains ?-  est susceptible d’induire des modifications biochimiques ?

Dernière question et pas des moindres : qui va faire ce travail ? Rappelons que 2000 dossiers à Lourdes  pourraient être réétudiés et évalués.

Les médecins en exercice  et les prêtres ne sont pas en inflation démographique et pourront à juste titre dire qu’ils n’en ont pas le temps. Rappelons les termes du chapelain de Notre-Dame du Chêne –25290.

Or, la France en général et le Service de Santé des Armées en particulier , disposent d’un effectif important de retraités vigoureux, actifs et lucides, répartis sur le territoire. Pourquoi ne se mettraient-ils pas au travail dans leur secteur géographique, pour étudier les guérisons « inexpliquées » de toutes sortes…

Terminons donc par une exhortation bien connue en milieu militaire : « EN AVANT, VOUS AUTRES !
 

Jean Déchelotte - 2003



Bibliographie

1)      BARNAY Sylvie - Les apparitions de la Vierge- CERF FIDES- Coll. BREF 1992.

2)      BERTRIN Georges - Histoire Critique des Evènements de Lourdes- Marette Ed. 1913.

3)      BOISOT Françoise - Les guérisons miraculeuses : mythe ou réalité -Thèse Médecine Besançon 1983 N°60.

4)      BOITEUX  RIQUE Catherine - Quand l’image prend la place du mot- A propos de deux cas d’hallucination visuelle psychique- Thèse Médecine Paris VI 1996 N° 2019.

5)      BRUNE François – Les miracles et autres prodiges – Ed. .France Loisirs (Edition du Félin). Paris 2000.

6)      CANO-SCHEIDEGGER Suzanne Approche Scientifique des Guérisons Miraculeuses. Thèse Médecine Besançon 1993

7)      CAPLET André – La nuit étoilée de Pontmain- Ed. L’Icône de Marie – BULAT 22160 Callac de Bretagne 1994.

8)      CHARPAK Georges & BROCH Henri – Devenez sorciers, devenez savants- Ed. Odile Jacob - Paris 2002

9)      CHIRON Yves - Enquête sur les miracles de Lourdes- Librairie Académique. Ed.Perrin Paris 2000.

10)  DUPUY René - Le Pélerinage Militaire International à Lourdes. Lavauzelle Graphic 87 350 Panazol 1998. 381 pages.

11)  EY Henri - Traité des hallucinations- 2éme tome Ed. Masson. Paris 1973.

12)  FABRE Bruno - Réflexions nouvelles sur l’action thérapeutique de l’église. Thèse Médecine Marseille 1977.N°446.

13)  FAVREUL Patricia Un sens à ma Souffrance. Pierre Téqui Editeurs. Paris 1999

14)  FROSSARD André - L’évangile inachevé - Desclée de Browner Ed. Paris 1995.

15)   KAHN Marcel Francis - Le syndrome de fatigue chronique- Nouveaux développements. Rev. Rhum.2000. 67 483.5.

16)  LANTERI  LAURA Georges – Les hallucinations- Masson. Ed. Paris 1991.

17)  LAURENTIN René – Vie de Catherine Labouré. Desclée de Browner. Ed Paris 1980.

18)  LAURENTIN René  - Petite vie de Bernadette-. Desclée de Brouwner- Paris 1987

19)  LAURENTIN René & DURAND A. – Pontmain - Histoire Authentique- Lethielleux. Ed. Paris 1970.

20)  LENTIN Jean Pierre – Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent-. Albin Michel. Ed. Paris 2001.

21)  L’HERMITTE Jean - Mystiques et faux mystiques-. Blond & Gay Ed. Paris 1952.

22)  MANGIAPAN Théodore (Dr.) – Lourdes, miracles et miraculés. Imprimerie de la Grotte, Lourdes 1986.

23)  PEYROUS Bernard - Les événements de l’Ile Bouchard- Editions de l’Emmanuel.  Paris 2001

24)  STERN Jean  – Maximin et Mélanie, les bergers de la Salette. Association des Pèlerins de la Salette.38970 Corps. 1989.

25)  TURI Anna-Maria – Pourquoi la Vierge apparaît aujourd’hui-. Ed. du Félin. Paris 1988.

26)  VERNETTE Jean – L’irrationnel est parmi nous Salvator. Paris 2000.

 

Ouvrages non consultés

1)      CARREL Alexis – Le voyage de Lourdes. Ed. Plon Paris- 19492)      CASTELLAN Yvonne – La parapsychologie-. Que Sais-je ? Puf.1991

3)      FORIGNO Angèle de – Marthe Robin, la stigmatisée de la Drôme. Etude d’une mystique du XXeme siècle. Ed. Eres. 1989.

4)      FORNO Lucien – Le miracle dans la perspective de la médecine psychosomatique. Thèse Médecine Marseille.1952.

5)      MARIS Patrick – Hallucinations et révélations, un essai d’analyse phénoménologique à partir de deux cas cliniques. Thèse de Médecine Montpellier.1994.

6)      MONDEN Louis – Quelques considérations générales au sujet des guérisons de Banneux. N.D de Banneux. Etudes et documents . Mgr. KERKOFS. 1972- 3ème édition.

7)      MONNIER Henry – Etude médicale de quelques guérisons survenues à Lourdes. Thèse de Médecine Paris- 1930 (il s’agit de la première thèse consacrée à ce sujet).

8)      N GUYEN HUY PHAM – La position du corps médical devant la question miraculeuse. Thèse Médecine Paris-1956.

 

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Interview de Mgr Le Gal - Zénit Avril 2005

 
Interview de Mgr Le Gal
Avril 2005
 
Le "pape de la paix" et les forces armées, par Mgr Le Gal
Un paradoxe que la fondation du diocèse aux armées?
 
 
ROME, Dimanche 17 avril 2005 (ZENIT.org) – L’évêque français aux Armées, Mgr Patrick Le Gal a bien voulu revenir sur ce qui pourrait sembler un paradoxe : l’attention du « pape de la paix » au métier des armes.
En effet, le travail et le dévouement des forces de l’ordre italiennes et romaines ont été salués de façon unanime lors du dernier hommage du monde à Jean-Paul II. Samedi 16 avril, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, M. Joaquin Navarro Valls, a tenu à rendre également hommage, lors d’une rencontre avec la presse internationale, à la gendarmerie du Vatican, au moment d’expliquer les normes de sécurité au service du conclave.
 
Or, le pape Jean-Paul II lui-même a toujours tenu à remercier les forces de l’ordre pour leur travail, soit au Vatican, soit pendant ses déplacements, en Italie ou ailleurs. Il a aussi voulu un jubilé des Armées et de la police, en l’an 2000. En France, il est le fondateur du diocèse aux Armées. Mgr Patrick Le Gal, qui a pris possession de son siège épiscopal le 25 août 2000 en la cathédrale Saint Louis des Invalides, quelques mois avant le Jubilé des forces armées, évoque ce qu’a signifié ce geste de la part de Jean-Paul II.
 
Zenit : Mgr Le Gal, quels sont vos sentiments alors que Jean-Paul II nous a quittés ?Mgr Le Gal : Mes sentiments sont un peu ceux que l’on ressent lorsque l’on a perdu son père. C’est un peu la même situation de deuil, de perte, d’absence. Le témoignage entendu d’un évêque évoquait cette similitude. Pour moi, ce deuil, c’est aussi une occasion de prendre conscience de deux choses qui m’ont marqué dans la personne du Saint-Père qui nous a quittés.
 
Tout d’abord, il a su être présent dans la durée. Habituellement, on « s’use ». Ce qui frappe chez lui, c’est cette humilité, cette force, cette aptitude à tenir ferme. Même les chefs d’entreprise, les chefs d’Etat, les ministres « s’usent ». Chez Jean-Paul II, globalement, on constate plutôt une montée : progressivement, un nouvel homme apparaît. Au départ, jeune et très dynamique, il est devenu, dans l’âge mûr, et même malade, - comme à Lourdes, le 15 août dernier, alors qu’il parlait difficilement et ne marchait plus -, il a eu encore cette présence, cette capacité à continuer à gouverner l’Eglise, avec sans doute même une aptitude plus étonnante à rayonner, à faire passer l’essentiel.
 
Ce qui frappe aussi, c’est la qualité et la force de son témoignage de foi, en tant qu’évêque, que théologien, sa perspicacité extrême, sa capacité d’affermir la foi, qui impressionne. Les gens lui sont reconnaissants de son témoignage de foi forte. On a l’impression d’entendre à son sujet ce que disaient les Juifs de Jésus : « Voilà quelqu’un qui parle avec autorité ». On note aussi cette perspicacité dans l’entourage du pape, comme chez le cardinal Ratzinger.
 
Zenit : Le « pape de la paix » a fondé le diocèse aux armées : n’est-ce pas un paradoxe ?
 
Mgr Le Gal : Ce n’est pas un paradoxe. Je ne suis pas issu du milieu militaire. Je l’ai découvert. Mais il n’y a pas de doute que cette fondation du diocèse aux armées a contribué à fortifier l’aumônerie militaire. Le pape voulait évangéliser le monde militaire y compris auprès des troupes en opération. Le militaire qui fait bien son travail, même au combat, va contribuer à la paix. Il ne s’agit pas d’encourager les va-t-en-guerre, mais de contribuer à faire des combattants des artisans de paix. La fondation des diocèses aux armées relève un peu du paradoxe après Vatican II, qui avait défini le diocèse par rapport à un territoire. Un diocèse « personnel », c’était un concept compliqué. Mais l’essentiel étant de favoriser la construction de la paix, il a fallu être inventif, pas étroitement dogmatique, mais pragmatique. Le gouvernement pontifical s’est voulu vraiment au service de la pastorale.
 
Zenit : Pourquoi, selon vous, cet intérêt de Jean-Paul II pour l’armée ? Lui qui n’a pas pris les armées pour résister aux nazis, mais a choisi la résistance par le théâtre clandestin et l’affirmation de la culture polonaise imprégnée de l’Evangile ?
 
Mgr Le Gal : Le père de Jean-Paul II était militaire, il a eu avec lui une relation forte, cela a pu jouer, mais pas seulement. Il aimait la culture militaire. Il y a un an, je lui ai été présenté, au cours de la visite ad limina, comme évêque aux armées, il a esquissé avec humour un salut et a lancé : « Vive la France ! ». Il devait aimer la droiture du combattant, lui-même était un combattant – au plan spirituel-. Mais d’autre part, il avait été témoin de la barbarie d’une armée sans Dieu, dans les années quarante. Cela l’a motivé comme prêtre, comme évêque, comme cardinal, et comme pape, à évangéliser le monde. Si l’armée doit être au service de la justice et de la paix, il ne faut pas qu’elle cède à la tentation de la violence. Il faut qu’elle soit évangélisée. Cela ne se fait pas tout seul. Les passions de l’homme et de l’homme armé ne le conduisent pas naturellement à pratiquer les Béatitudes.
 
Zenit : Comment la création de ce diocèse a-t-elle été perçue pour ceux qui en sont les bénéficiaires ? Que retenir du message de Jean-Paul II pour le jubilé des forces armées et de la police, le 12 novembre 2000, à Rome ?
 
Mgr Le Gal : On n’y a peut-être pas été sensible d’emblée, beaucoup n’ont pas réalisé l’importance de cette érection d’un diocèse aux armées, mais il y a eu des réactions à l’occasion du Jubilé : les militaires ont été sensibles, je crois, au fait d’être honorés, et reconnus, de ne plus être en butte à un antimilitarisme larvé, et ils ont été reconnaissants envers le pape, de cette vision large et positive par rapport à leur mission.
 
Dans son message du 1er novembre 2000, le pape a appelé les militaires des « sentinelles de la paix » : il voyait en eux des veilleurs chargés de prévenir, de répondre aux menaces, mais pour sauvegarder la paix, voire la reconstruire. Il a posé ce regard positif sur le métier des armées ; c’est bien plus que la reconnaissance de l’action militaire en cas de légitime défense. Ce sont des « sentinelles » au service de la paix, comme il l’a souligné en 1999 dans la crise du Kosovo. Ce n’est pas seulement de la rhétorique, mais une approche qui marque, dans un contexte de réflexion difficile sur la notion de maîtrise de la force armée, pour déconstruire la violence, adapter l’usage de la force « au bon niveau », par rapport à la menace.
 
Cette réflexion récente voit dans l’usage de la force armée une façon de limiter la violence et de l’affaiblir, et non pas d’y ajouter ; la maîtrise de la force vise à s’opposer à la violence. C’est une piste ouverte, ou du moins encouragée par Jean-Paul II, dans la réflexion des militaires. Cette réflexion doit s’approfondir encore.
 
Dans les combats de haute intensité, qu’en est-il ? C’est difficile à préciser. On le voit, le militaire, dans la pensée chrétienne, ne saurait pas être réduit à un rôle humanitaire. Il maintient, préserve, éventuellement rétablit la paix, en s’opposant au déferlement de la violence d’une armée injuste. Une réflexion à poursuivre au-delà de la parole de Jean-Paul II qui a ouvert une perspective féconde.
 
Rappelons que le diocèse aux armées françaises (DAF, cf. http://catholique-diocese-aux-armees.cef.fr/daf/index.htm) comprend aux côtés de son évêque 174 prêtres aumôniers, 23 diacres aumôniers, 48 laïcs aumôniers, 2 religieuses, soit 137 aumôniers pour l’Armée de Terre, 30 aumôniers pour l’Armée de l'Air, 34 aumôniers pour l’ Armée de Mer, et 46 aumôniers pour la Gendarmerie. Le site Internet présente toutes les activités du DAF et permet de déposer une intention de prière.

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Jean-Paul II et les sentinelles de la Paix

Le diocèse aux armées françaises,

une décision de Jean-Paul II

 

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le personnel du P.H. Jeanne d'Arc reçu en 1994 par Jean-Paul II.

 

Le 21 avril 1986, la constitution apostolique Spirituali militum curae de Jean-Paul II transforme le Vicariat aux armées en Ordinariat aux armées. Il marquait ainsi une volonté de donner à l'aumônerie militaire une vigueur plus grande et une assise plus forte pour pouvoir remplir pleinement sa mission.

Mais le Pape ne s'est pas contenté d'une décision canonique, il a développé toute une réflexion sur le rôle des armées et des militaires. Il l'exprimera solennellement dans son homélie du 19 novembre 2000, place saint Pierre, lors du Jubilé des militaires et de la Police. Les militaires sont des sentinelles qui regardent au loin afin d'inscrire leur action dans la durée pour maintenir, ou restaurer, la paix. Jean-Paul II manifeste ainsi le rôle précis et positif que doit prendre le travail du militaire. Il l'intègre dans la réflexion chrétienne faisant court à toute méfiance et opposition de l'opinion publique qui réduisent ce métier à des forces destructrices.

Par ses visites aux pays en guerre ou juste sortis de conflits (Bosnie, Croatie…), Jean-Paul II a voulu apporter son soutien aux populations civiles. Mais il a aussi rendu hommage aux militaires venus travailler à la réconciliation.

En mars 2003, c'est précisément aux  aumôniers militaires catholiques que le Saint Père donne des recommandations. Venus à Rome au cours de formation en droit humanitaire organisé par la Congrégation des évêques et le Conseil Pontifical Justice et Paix. Jean-Paul II, dans un message qui leur est adressé, leur recommande le corpus juridique que constitue le droit international.

"Les aumôniers militaires doivent témoigner que dans les combats les plus rudes, il est possible et même nécessaire de respecter  la dignité de l'adversaire militaire, celle des victimes civiles, et de toutes personnes impliquées dans l'affrontement. C'est ainsi que l'on favorisera aussi la réconciliation nécessaire  au rétablissement de la paix après le conflit".

 

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D.R.
Monseigneur Patrick LE GAL reçu en audience par le Saint-Père.

 

La décision de Jean-Paul II de donner à l'aumônerie militaire un statut de diocèse montre l'attachement que le Pape avait pour les militaires. Il aimait à rappeler qu'il était lui-même le fils d'un militaire. Son père , Karol WOJTYLA a dispensé à son fils, prénommé comme lui, une éducation stricte et rigoureuse. A la mort de sa femme, il s'occupe seul de son fils et lui assure une vie réglée par l'étude, l'activité religieuse (il emmenait son fils à la messe tous les jours) et la prière. Le Pape a qualifié sa jeunesse d'heureuse bien que marquée par la mort de sa mère alors qu'il avait juste neuf ans et celle de son frère aîné Edward neuf années plus tard. La mort de ce fils aîné suite à une scarlatine, plongera le père dans une grave dépression.  Son fils survivant, Karol,  restera avec lui jusqu'à son décès le 18 février 1941.  Très marqué par l'éducation reçue par son père officier, la Pape a toujours regardé avec bienveillance ces hommes et femmes confrontées à des situations de violence extrêmes et sur lesquels reposent le maintien de la paix. Lors du Grand Jubilé de l'année 2000, le Saint Père a accueilli les militaires et leurs familles venus faire un pèlerinage sur les tombeaux des apôtres Pierre et Paul. Le dimanche 19 novembre 2000, lors de l'homélie de la messe à St Pierre de Rome, il leur confie le rôle de sentinelles de la paix, les assurant ainsi de la profonde estime qu'il avait de leur profession. Les militaires sont ainsi reconnus comme des collaborateurs du Prince de la Paix et de son vicaire sur la terre.

E.Carbonneaux 

 

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 D.R.
Le Pape lors du Jubilé des militaires et de la police en novembre 2000

 

 

Le rôle des sentinelles de la paix

1. « Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire » (Mc 13,26).

En cet avant-dernier dimanche du Temps ordinaire, la Liturgie nous parle de la seconde venue du Christ. Le Seigneur apparaîtra dans les nuées revêtu de gloire et de puissance. C’est ce même Fils de l’homme, miséricordieux et compatissant, que les disciples ont connu lors de son itinéraire terrestre. Quand le moment sera venu de sa manifestation glorieuse, il viendra donner son achèvement définitif à l’histoire humaine. Par le symbolisme des bouleversements cosmologiques, l’évangéliste Marc rappelle que Dieu prononcera, en son Fils, son jugement sur l’histoire des hommes, mettant fin à un univers corrompu par le mensonge et déchiré par la violence et l’injustice.

2. Qui mieux que vous, chers militaires et membres des forces de police, hommes et femmes, peut témoigner de la violence et des forces destructrices du mal qui sont présentes dans le monde ? Vous luttez chaque jour contre elles. Vous êtes en effet appelés à défendre les faibles, à protéger les honnêtes gens, à favoriser le « vivre ensemble » pacifique des peuples. A chacun de vous échoit le rôle de la sentinelle qui regarde au loin pour conjurer le danger et promouvoir partout la justice et la paix.

Je vous salue tous avec une grande affection, très chers frères et sœurs, venus à Rome de tant de lieux de la terre pour célébrer votre Jubilé spécial ! Vous êtes les représentants d’armées qui se sont affrontés tout au long de l’histoire. Aujourd’hui vous vous êtes donné rendez-vous près de la tombe de l’apôtre Pierre pour célébrer le Christ, « notre paix, celui qui, des deux…, a fait un seul peuple…Il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine » (Ep 2,14). Vous êtes venus lui offrir, à lui qui est mystérieusement et réellement présent dans l’Eucharistie, votre résolution et votre engagement quotidien de constructeurs de paix.

A chacun d’entre vous, j’exprime ma vive satisfaction pour votre  dévouement et votre généreux engagement. Mon estime fraternelle et ma pensée vont tout d’abord à Mgr José Manuel Estepa Llaurens, qui s’est fait l’interprète de vos sentiments communs. Mes salutations s’étendent aux très chers archevêques et évêques Ordinaires militaires : je me réjouis du dévouement qu’ils manifestent pour prendre soins pastoralement de vous. Avec eux, je salue les aumôniers militaires, qui partagent généreusement les idéaux et la fatigue de vos difficiles activités quotidiennes. Ma pensée respectueuse va par ailleurs aux officiers des forces armées, aux dirigeants des forces de police, aux responsables des divers organismes de sécurité, ainsi qu’aux Autorités civiles qui ont voulu partager la joie et la grâce de cette solennelle célébration jubilaire.

3. Votre expérience quotidienne vous amène à affronter des situations difficiles et parfois dramatiques, qui mettent en danger les sécurités humaines. Mais l’Evangile nous réconforte en nous présentant la figure victorieuse du Christ, juge de l’histoire. Il éclaire par sa présence les ténèbres et même le désespoir de l’homme, et il donne à celui qui met sa confiance en lui la consolante certitude de son assistance constante.

Dans l’Evangile qui vient d’être proclamé il y a quelques instants, nous avons entendu une référence significative au figuier dont les branches, dès que s’épanouissent les premiers bourgeons, annoncent le printemps désormais tout proche. Par ses paroles, Jésus encourage les Apôtres à ne pas céder aux difficultés et aux incertitudes du temps présent. Il les exhorte plutôt à savoir attendre et à se préparer à l’accueillir quand il reviendra.

Vous aussi, en ce jour, bien chers frères et sœurs, vous êtes invités par la Liturgie à savoir « scruter les signes des temps », selon une expression chère à mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean XXIII, récemment proclamé Bienheureux.

Quelques complexes et problématiques que soient les situations, ne perdez pas confiance. Dans le cœur de l’homme, l’espérance ne doit jamais mourir. Au contraire, soyez toujours attentifs à découvrir et à encourager tout signe positif de renouveau personnel et social. Soyez empressés à favoriser par tous les moyens la construction courageuse de la justice et de la paix.

4. La paix est un droit fondamental de tout homme, et il doit être sans cesse promu, en tenant compte que « les hommes, en tant que pécheurs, sont et seront toujours sous la menace de la guerre, jusqu’à la venue du Christ » (Lumen gentium, 78). Cette tâche comporte parfois, comme l’expérience, même récente, l’a montré, des initiatives concrètes pour désarmer l’agresseur. Je veux ici faire allusion à ce que l’on appelle « l’ingérence humanitaire », qui représente, après la faillite des efforts de la politique et des instruments de défense non violents, la tentative extrême à laquelle recourir pour arrêter la main de l’injuste agresseur.

Merci, bien chers amis, de votre œuvre courageuse de pacification dans des pays dévastés par des guerres absurdes ; merci du secours que vous apportez, insouciants des risques encourus, à des populations frappées par des calamités naturelles. Comme elles sont nombreuses, les missions humanitaires que vous avez accomplies au cours de ces dernières années ! En faisant votre difficile devoir, vous vous trouvez souvent exposés à des dangers et à de lourds sacrifices. Faites en sorte que chacune de vos interventions mettent toujours en lumière votre vocation authentique de « ministres de la sécurité et de la liberté des peuples » qui « concourent…à la stabilité de la paix », selon l’heureuse expression du Concile Vatican II (Gaudium et spes, 79).

Soyez des hommes et des femmes de paix. Et pour pouvoir l’être pleinement, accueillez dans votre cœur le Christ, auteur et garant de la paix véritable. Il vous rendra capables de cette force évangélique qui fait vaincre les trompeuses tentations de la violence. Il vous aidera à mettre la force au service des grandes valeurs de la vie, de la justice, du pardon et de la liberté.

5. Je voudrais ici rendre hommage à vos nombreux amis qui ont payé de leur vie leur fidélité à leur mission. S’oubliant eux-mêmes, méprisant le danger, ils ont rendu à la communauté un service inestimable. Et aujourd’hui, au cours de cette célébration eucharistique, nous les confions au Seigneur, avec reconnaissance et admiration.

Mais où ont-ils puisé la vigueur nécessaire pour accomplir à fond leur mission, sinon dans l’adhésion totale aux idéaux qu’ils professaient ? Beaucoup d’entre eux ont cru dans le Christ et sa Parole a éclairé leur existence, et a donné une valeur exemplaire à leur sacrifice. Ils ont fait de l’Evangile le code de leur comportement. Que l’exemple de vos collègues soit pour vous un encouragement : en accomplissant fidèlement leur devoir, ils sont parvenus aux sommets de l’héroïsme et peut-être de la sainteté.

Comme eux, regardez vous aussi vers le Christ qui vous appelle également « à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité ». Il vous appelle à être des saints. Et pour pouvoir réaliser votre vocation, selon l’expression bien connue de saint Paul, « revêtez l’équipement de Dieu pour le combat…Tenez donc, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Evangile de la paix…Ne quittez jamais le bouclier de la foi…Prenez le casque du salut et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu » (Ep6, 13-17). Surtout, « priez sans cesse » (Ep 6,18). Que Marie, la Virgo fidelis, vous soutienne et vous aide dans vos difficiles activités. Que jamais ne se trouble votre cœur ; qu’il reste toujours prêt, vigilant et solidement ancré dans les promesses de Jésus qui, dans l’Evangile de ce jour, nous assure de son aide et de sa protection : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mc13 ,31).

En invoquant le Christ, continuez à accomplir votre devoir avec générosité. D’innombrables personnes vous regardent et ont confiance en vous, dans l’espoir de pouvoir jouir d’une existence dans la sérénité, l’ordre et la paix.

"Homélie de Jean-Paul II lors du Jubilé des militaires et de la police Saint Pierre de Rome - 19 novembre 2000"

 

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Place St Pierre le 19 novembre 200. Les militaires, suivent sur grand écran le déroulement de la masse présidée par le Pape

 

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journees d'etudes de l'aumonerie protestante

La communauté protestante célèbre cette année le 500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin. L’aumônerie militaire du culte protestant avait centré son thème de réflexion, pour ces journées d’étude 2009, sur la personnalité et la pensée de Jean Calvin.

 

Parmi d’autres thèmes abordés figurait sa réflexion sur la guerre et la paix. Se souvenant des travaux passés de Patrick LE GAL sur la réforme et sur Jean Calvin, c’est à lui que l’aumônerie protestante avait demandé d’aborder cette question dans la pensée du réformateur.

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Bien que juriste de formation, Calvin n’a pas abordé de front cette question comme le fait son contemporain catholique F. de Vitoria, publiant en 1539 son de iure belli, ou le célèbre juriste et théologien protestant, Grotius, vrai fondateur, un siècle plus tard, du ius gentium (avec son de iure belli ac pacis, publié à Paris en 1625). Cependant, le réformateur de Genève ajoute un chapitre complet à son célère traité de l’Institution de la religion chrestienne consacré au gouvernement civil (livre 4, ch. 20).

 

C’est dans ce cadre qu’il expose sa pensée sur la légitimité de la guerre et ses conditions dans les § 9 à 13.

 

Après s’être interrogé sur la question « haute et difficile assavoir s’il n’est point défendu à tous Chrestiens d’occir » (§ 10), Calvin précise les conditions de la légitimité de la guerre (§ 11) : « La nature mesme nous enseigne cela, que le devoir des Princes est d’user du glaive, non seulement pour corriger les fautes des personnes privées, mais aussi pour la défense des pays à eux commis, si on y fait quelque aggression. Pareillement, le saint Esprit nous déclaire en l’Escriture que telles guerres sont légitimes. »

Il y a donc bien, aux yeux de Calvin, des guerres « légitimes » mais seulement dans le cadre de la défense du pays qui se trouve agressé.

 

Le chrétien trouve, selon Calvin, une confirmation de cette légitimité de la guerre défensive dans la réponse de Jean le Baptiste aux soldats venus l’interroger (cf. Lc 3, 14) : « Leur commandant de se contenter de leurs gages, il ne leur a point défendu de guerroyer. ».

 

Jean Calvin n’en ajoute pas moins un avertissement aux princes et une restriction à cette légitimation de la guerre défensive, qui n’est légitime qu’en dernier ressort et toujours en vue de la paix : « La guerre ne doit tendre à autre fin qu’à chercher la paix, il faut certes essayer tous moyens devant que venir aux armes » et ne s’y résoudre que « contraints par grande nécessité ». (§ 12).

 

En bon organisateur, Calvin en déduit que de ce droit (éventuel) de « batailler » découle aussi la légitimité d’organiser des garnisons, des alliances entre états et des dépôts d’armes et de matériels pour la guerre.

 

Comme prédicateur et commentateur de l’Ecriture, Jean Calvin, spécialement dans son commentaire de la Genèse (1553) et de l’évangile selon Saint Jean (1554), insistera sur la paix intérieure qui naît dans le cœur des fidèles du fait de notre écoute et obéissance à la volonté de Dieu, volonté qui nous pousse à faire la paix avec nos frères, fut-ce au prix du renoncement à notre bon droit (cf. par ex. commentaire de Gn. 31, 42). On retrouve là, au niveau du comportement personnel, un écho à une des limites que Calvin met à la légitimité de la guerre, même défensive.

 

Au total, la réflexion de Calvin sur la légitimité de la guerre reste aujourd’hui significative même si sa pensée reste courte sur la question de la légitimité de la mort infligée au combat. Mais, sommes-nous plus avancés, au fond, aujourd’hui sur ce point ?

 

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Saint du Jour

Nominis

17 juillet 2019

Tous les saints du jour
  • Bienheureuse Charlotte - et ses compagnes, Carmélites de Compiègne, martyres (✝ 1794)
    Anne Marie Madeleine Françoise Thouret, en religion Soeur Charlotte de la Résurrection est née en 1715 à Mouy dans le diocèse de Beauvais. Lorsqu'éclate la Révolution française, en 1789, la communauté du Carmel de Compiègne compte 21 religieuses. 18 monteront sur l'échafaud. Conformément au décret du 13 février 1790 qui supprime les Ordres religieux contemplatifs, chaque carmélite est invitée à déclarer si son intention est de sortir de son monastère. Toutes affirment "vouloir vivre et mourir dans cette sainte maison." En 1792, la Mère prieure leur propose "un acte de consécration par lequel la communauté s'offrirait en holocauste pour que la paix divine, que le Fils de Dieu était venu apporter au monde, fut rendue à l'Église et à l'État." Le 14 septembre 1792, elles sont expulsées de leur couvent. Chaque jour, elles prononcent l'acte d'offrande. Le 23 juin 1794, au temps de la Grande Terreur, elles sont arrêtées. Jugées et condamnées à mort le 17 juillet, elles sont guillotinées le soir même, sur la place de Nation à Paris. Leurs corps furent enterrés au cimetière de Picpus dans une fosse commune, où ils se trouvent encore dans le jardin des religieuses. Carmélites de Compiègne.À Paris, en 1794, les bienheureuses Thérèse de Saint-Augustin (Marie-Madeleine-Claudine Lidoine) et quinze compagnes: les bienheureuses Marie-Anne-Françoise Brideau (Soeur Saint-Louis), Marie-Anne Piedcourt (Soeur de Jésus Crucifié), Anne-Marie-Madeleine Thouret (Soeur Charlotte de la Résurrection), Marie-Claudie-Cyprienne Brard (Soeur Euphrasie de l'Immaculée-Conception), Marie-Gabrielle de Croissy (Soeur Henriette de Jésus), Marie-Anne Hanisset (Soeur Thérèse du Coeur de Marie), Marie-Gabrielle Trézelle (Soeur Thérèse de Saint-Ignace), Rose Chrétien de Neufville (Soeur Julie-Louise de Jésus), Annette Pelras (Soeur Marie-Henriette de la Providence), Marie-Geneviève Meunier (Soeur Constance), Angélique Roussel (Soeur Marie du Saint-Esprit), Marie Dufour (Soeur Sainte-Marthe), Élisabeth-Julie Vérolot (Soeur Saint-François), Catherine et Thérèse Soiron (soeurs converses), vierges, carmélites de Compiègne et martyres. Sous la Révolution française, elles furent condamnées à mort parce qu'elles avaient conservé fidèlement la vie religieuse et, avant de monter à l'échafaud, elles renouvelèrent leur profession de foi baptismale et leurs voeux religieux.

Les lectures du jour

Messe

(c) Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones - 2019
  • Première lecture : « L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu » (Ex 3, 1-6.9-12)

    Lecture du livre de l’Exode

    En ces jours-là,
        Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro,
    prêtre de Madiane.
    Il mena le troupeau au-delà du désert
    et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb.
        L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme
    d’un buisson en feu.
    Moïse regarda : le buisson brûlait
    sans se consumer.
        Moïse se dit alors :
    « Je vais faire un détour
    pour voir cette chose extraordinaire :
    pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? »
        Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir,
    et Dieu l’appela du milieu du buisson :
    « Moïse ! Moïse ! »
    Il dit :
    « Me voici ! »
        Dieu dit alors :
    « N’approche pas d’ici !
    Retire les sandales de tes pieds,
    car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »
        Et il déclara :
    « Je suis le Dieu de ton père,
    le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. »
    Moïse se voila le visage
    car il craignait de porter son regard sur Dieu.
    Le Seigneur dit :
        « Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi,
    et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens.
        Maintenant donc, va !
    Je t’envoie chez Pharaon :
    tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »
        Moïse dit à Dieu :
    « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon,
    et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? »
        Dieu lui répondit :
    « Je suis avec toi.
    Et tel est le signe que c’est moi qui t’ai envoyé :
    quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple,
    vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. »

                – Parole du Seigneur.

  • Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7)

    Refrain psalmique : (Ps 102, 8a)

    Le Seigneur est tendresse et pitié. 

    Bénis le Seigneur, ô mon âme,
    bénis son nom très saint, tout mon être !
    Bénis le Seigneur, ô mon âme,
    n’oublie aucun de ses bienfaits !

    Car il pardonne toutes tes offenses
    et te guérit de toute maladie ;
    il réclame ta vie à la tombe
    et te couronne d’amour et de tendresse ;

    Le Seigneur fait œuvre de justice,
    il défend le droit des opprimés.
    Il révèle ses desseins à Moïse,
    aux enfants d’Israël ses hauts faits.

  • Évangile : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25-27)

    Acclamation : (cf. Mt 11, 25)

    Alléluia. Alléluia.
    Tu es béni, Père,
    Seigneur du ciel et de la terre,
    tu as révélé aux tout-petits
    les mystères du Royaume !
    Alléluia.  

    Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là,
    Jésus prit la parole et dit :
    « Père, Seigneur du ciel et de la terre,
    je proclame ta louange :
    ce que tu as caché aux sages et aux savants,
    tu l’as révélé aux tout-petits.
        Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
        Tout m’a été remis par mon Père ;
    personne ne connaît le Fils, sinon le Père,
    et personne ne connaît le Père, sinon le Fils,
    et celui à qui le Fils veut le révéler. »

                – Acclamons la Parole de Dieu.