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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

  • Commémoration 14 18

Fait religieux et foi chrétienne dans la Grande Guerre

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« REPRENDRE LA MEMOIRE POUR FAIRE LA PAIX »

Nous arrivons au centenaire des batailles les plus longues et meurtrières du conflit.  Là, à Verdun et dans la Somme,  tant de soldats venus de tous les coins de France  mais aussi des « colonies » et de l’étranger ont donné leur vie.  Souvent  ils sont restés sans sépulture.
Les mois et les années de guerre passant,  le découragement  paraît chez certains poilus, d’autres sont porteurs et témoins d’espérance.

Le Pape François disait en juin 2015, à Sarajevo : « Vous n’avez pas le droit d’oublier votre histoire. Non pas pour vous venger, mais pour faire la paix… Reprendre la mémoire pour faire la paix…. 
              Aujourd’hui aussi, dans cette guerre mondiale, [celle que nous vivons actuellement] nous voyons beaucoup, beaucoup, beaucoup de cruauté. Faites toujours le contraire de la cruauté : ayez des attitudes de tendresse, de fraternité, de pardon. Et portez la Croix de Jésus Christ... »

« Mémoire et service sont  deux traits de l’identité du chrétien » nous rappelle aussi le Pape. C’est pourquoi nous tenons à continuer, durant ces années de commémoration de la Grande Guerre, à mettre à la disposition de tous  ces témoignages d’hommes et de femmes au service de notre pays,  témoignages de foi, qui nous ont été transmis. 

Guide des sources ecclésiastiques 1914 – 1918 sud-est 
 Le diocèse de Dijon et la grande guerre 1914-1918 
 site les diocèses Breton dans la grande Guerre : victimes religieuses de 14-18

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Messe du 4 novembre 2018 au Val de Grâce en mémoire du service de santé des Armées : 14-18

ambulance 14 18A l'occasion du centenaire de l'armistice de novembre 1918, le 4 novembre prochain au Val de Grâce, la messe dominicale de 11h00 sera célébrée à la mémoire des membres du service de santé des armées qui ont servi pendant la grande guerre.

Le service de santé ayant été de toutes les batailles et sur tous les fronts, cette cérémonie est ouverte à toutes les associations ou amicales d'anciens combattants qui souhaitent, avec leur drapeau, s'unir à cette démarche et faire mémoire du dévouement de tant de médecins, infirmiers ou brancardiers qui avaient comme seul but de sauver leurs camarades.

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11 novembre 2018 - PRIERE POUR LA PAIX

site priere du 11 novembre 2018Depuis 5 ans maintenant le SNPLS et le diocèse aux Armées Françaises élaborent, à la demande de la Conférence des évêques de France, une prière universelle commune pour tous les diocèses et un schéma de prière à l’occasion de la commémoration de la Grande Guerre.

Cette année cette commémoration prend un accent particulier. C’est le centenaire de l’Armistice de 1918 et ce 11 novembre 2018 tombe un dimanche.  C’est une occasion « augmentée » pour toutes les communautés chrétiennes de prier pour la paix.

Les réactions qui nous sont remontées (tant au SNPLS qu’au diocèse aux armées)  montrent que ces documents sont attendus et que nombre de paroisses ont démultiplié les célébrations grâce au schéma de prière qui vous est envoyé.   Cela faisait partie du souhait de l’équipe rédactrice et nous sommes heureux de voir que bien des diocèses ont joué le jeu.  Ce temps de prière est l’occasion d’ouvrir les petites églises de campagne et permettre ainsi à des personnes qui ne les fréquentent habituellement pas de venir s’y recueillir. Beaucoup de fidèles  ont aussi  redécouvert les plaques commémoratives qui sont dans les églises.

Veuillez donc trouver ci-joint comme les années précédentes :

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11 novembre 2017 - PRIERE POUR LA PAIX

priere du 11 novembre 2017Commémoration de la Grande Guerre - 11 novembre 2017

  Le pape François rappelait en mai dernier aux militaires réunis à Lourdes : « En ces temps troublés, il est essentiel de se souvenir que la paix est un don que les hommes ne doivent jamais cesser de demander au Père : Dona Nobis Pacem.  Dieu répond toujours à cette prière de ses enfants, prière instante, souvent angoissée. Mais il y répond concrètement, en suscitant des artisans de paix, de fraternité, de solidarité : ‘la paix est don de Dieu, mais don confié à tous les hommes et à toutes les femmes appelés à le réaliser.’ »

               Pour la 4ème  année, comme cela a été prévu avec la Conférence des Évêques de France, une proposition de TEMPS DE PRIÈRE POUR LA PAIX est faite à tous les diocèses de France à l’occasion du 11 novembre, anniversaire de l’Armistice, et fête de St Martin, patron secondaire de la France.

Comme les années précédentes, le Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle (SNPLS) et le Diocèse aux Armées, vous proposent des documents, en particulier une prière universelle.  Quelle que soit la forme de la célébration religieuse, il est souhaité qu’une même prière universelle soit utilisée partout.

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Grand spectacle populaire : Dame de Cœur du 8 au 11 novembre 2017

dame de coeur centeaire 14 18Parvis de Notre Dame de Paris
Du 8 au 11 novembre 2017
Grand spectacle populaire

Le spectacle Dame de Cœur s’inscrit dans le cadre des célébrations du centenaire de la première guerre mondiale. Le grand public est invité à assister gratuitement à ce son et lumière exceptionnel. Il s’agit d’un hommage populaire aux milliers de soldats alliés qui ont combattu et donné leur vie pour la liberté. La Cathédrale Notre-Dame porte, pour le peuple de Paris et pour le monde entier, un message universel de paix et de fraternité.

Inscription obligatoire gratuite: http://www.damedecoeur.paris/

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Consigne : Espère ! par J.-M. Dassonville

symbole foi esperance chariteC’est le devoir militaire, et c’est le devoir chrétien : espérer pour être fort, pour être patient.

La religion te dit : « Crois », et elle te propose le dogme ; elle dit : « Aime », et te montre le crucifix ; elle ajoute : « Espère », et elle te fait une promesse au nom de Dieu : le ciel, la grâce à de certaines conditions, la prière, les sacrements.

Espérer, c’est tout le secret de « Tenir ». Tu ne tiendrais pas, dans la guerre, ni dans la vie, si tu n’espérais pas. C’est impossible. Rappelle-toi ce mot divin : « celui qui tiendra jusqu’au bout sera couronné. » Espère, pour tenir ainsi, pour être couronné.

Celui qui espère sait attendre l’heure de la victoire, l’heure d’entrer au ciel. Il est sûr qu’elle sonnera. Il est patient, il a une raison supérieure de « supporter », car c’est ça la patience.

Cette si précieuse espérance, elle est partout dans la religion. N’as-tu pas lu sur la croix des tombes aimées : «O Crux avec, Spes. – Salut, Croix, unique espoir.» Ne chantes-tu pas à Marie : «Spes nostra, Salve. – Salut, mon espérance» ; et après Job : « Post tenebras spero lucem. – Après les ténèbres de cette vie, j’espère les joies de l’autre. »

Ce doit être le résumé de ton espérance : son fondement, la Croix de Jésus et l’amour de Marie ; son objet, le Ciel.

Tu dis ces paroles, les as-tu dans le cœur ? As-tu assez de foi et d’espérance pour  faire confiance à Dieu, pour t’en remettre à Lui, pour ne pas douter de la victoire et de ta destinée de bonheur éternel.

Tu te lasses, tu te décourages : prends-y garde, c’est l’espérance qui baisse. Tu es triste, abattu : n’est-ce pas que ton espérance sommeille ?

Réveille-toi. Dieu est tout près,  avec la couronne, avec les palmes, mais tu n’y prends pas garde.

Tu ressembles aux disciples d’Emmaüs. Ils avaient espéré le Vendredi Saint et le Samedi. Au soir de Pâques, ils n’espèrent plus ; c’est fini. « Nous espérions ! » disent-ils, lassés. Et c’est à Jésus ressuscité, à Jésus leur compagnon de route, qu’ils font cet aveu. Il est avec eux, et ils désespèrent de le revoir.

Il est avec toi, à l’église du cantonnement, sur la poitrine de ton aumônier, dans ton cœur. C’est lui qui apporte la paix, celle du cœur, l’autre aussi. Il veut seulement qu’on la mérite, qu’on la demande.

Comment demanderais-tu, comment mériterais-tu si tu doutais, si tu n’espérais pas ?

Comment serais-tu fort sans espérance ?

Dans la foi et la charité, dans la sécurité et la constance, patiente et prie.

C’est ça « espérer »

J.-M. Dassonville
Aumônier militaire

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Joseph-Marie DASSONVILLE - sa vie

DASSONVILLEJoseph-Marie DASSONVILLE est né à Tourcoing le 7 mars 1878. Ordonné prêtre dans la Compagnie de de Jésus il est professeur en Belgique.

A la déclaration de la guerre il se porte aumônier volontaire au 4° C.A. et à sa demande intègre le 124°R.I. dès la mi-septembre 1914.

Durant  la guerre il participera aux actions de Roye, Andechy, Perthes. En 1916 il sera à Verdun, Douaumont, Vaux.  En octobre 1917 ce sera l’opération de Mont-Blond. En juillet 1918 il participe à la Grande Offensive,  il sera grièvement blessé à Orfeuil le 5 octobre 1918.

Il a le souci de la formation et du soutien spirituel et moral des soldats chrétiens. Il participe à la revue Etudes mais aussi au bulletin bimensuel rédigé uniquement pour les soldats « Frères d’Armes dans la foi pour la Patrie ».

Les décorations et citations nous révèlent l’aumônier militaire :

  1. Ordre 3° C.A. n° 143, 16 juin 1916 : « Aumônier du régiment, superbe de bravoure et de dévouement. Pendant la journée du 22 mai 1916, a prodigué sous le feu le plus violent ses encouragements aux blessés et élevé le moral des combattants par son magnifique exemple et son complet mépris du danger.
  2. Ordre Armée, 27 juin (J.O. 18 oct. 1917) : « Aumônier volontaire. Pendant la période du 27 mai au 14 juin 1917, n’a pas hésité à se porter jusqu’aux premières lignes pour porter les secours de son ministère, et cela malgré les plus violents bombardements, notamment les  27 et 31 mai et le 10 juin. A mérité qu’à son passage un soldat dise à son camarade : ‘Oh ! regarde donc l’aumônier, il passe au milieu des marmites et ne se baisse même pas !‘ Exemple admirable du mépris du danger. »
  3. Ordre 4° C.A., 7 sept. 1918 : « Aumônier du 124°R.I. qui, depuis le début de la préparation de l’attaque, a porté aux unités en ligne le réconfort de sa présence. Depuis le 15 juillet 1918 n’a pas quitté un seul instant les lignes, malgré les violents bombardements auxquels elles étaient soumises.
  4. Chevalier de la Légion d’Honneur, 13 nov. 1918 (J.O. 13 mars 1919) : « Au front depuis le début de la campagne, a toujours fait preuve, dans les plus graves circonstances, des plus hautes qualités de dévouement, de calme et de bravoure. Méprisant le danger, s’est toujours prodigué auprès des blessés sur les champs de bataille. A fait, depuis quatre ans, l’admiration du régiment par son courage et sa charité inépuisables, à Andechy, Perthes, Baconnes, Verdun, au Casque et au Téton, puis à l’offensive du 15 juillet 1918. A été blessé grièvement en Champagne, le 5 oct. 1918, au cours du combat d’Orfeuil. Trois citations. »
  5. Ordre 4°C.A., 6 février 1919 : « D’une bravoure légendaire au régiment. Dans la nuit du 26 au 27 oct. 1917, au Mont-Blond, après avoir exalté bien haut le courage des soldats d’une compagnie chargée d’exécuter une incursion profonde dans les tranchées ennemies, s’est élancé à l’attaque pour venir en aide aux blessés le plus tôt possible, et a secouru, dans la première ligne ennemie, un Allemand très grièvement blessé, qu’il a réussi à ramener dans nos lignes. »

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Aux soldats chrétiens - 15 juillet 1916

freres d armes dans la foi pour la patrie« Soldats chrétiens frères d’armes, fidèles à la foi des aïeux gardée ou reconquise, nous, vos frères d’armes, viendrons à vous, s’il plaît à Dieu, deux fois par mois, porteurs de lumière et de force. 

La religion a le dépôt de ces grands biens, trop souvent trésors cachés et ressources inemployées. Depuis deux années, ils vous sont largement distribués par ces prêtres –aumôniers, chefs ou camarades dans le rang- qui, par milliers, partagent votre rude existence, vos souffrances, vos périls et dont les exemples et les paroles vous ont aidé à accomplir sans défaillance les plus difficiles devoirs.

A notre humble place, nous n’avons d’autre ambition que de venir seconder auprès de vous leurs efforts et faciliter leur tâche qui grandit à mesure que l’épreuve se prolonge.

Entre frères d’armes, unis dans une même Foi pour le service d’une même Patrie, nous nous offrons à vous comme l’agent de liaison attendu qui supprime les isolements et maintient pour l’unité de la tâche l’unisson des âmes.

Fils aimants et dévoués de la Sainte Eglise catholique, nous nous adressons à tous ceux qui partagent notre foi et nos immortelles espérances. Bien éloignés d’ailleurs d’exclure personne, nous serons heureux de coopérer auprès de quiconque nous accueillera à ce ravitaillement des esprits et des cœurs, que les conditions de la guerre moderne rendent plus nécessaire qu’en aucun autre temps.

Chaque numéro de «FRERES D’ARMES» vous portera :
. Une pensée chrétienne, semée au champ fertile de vos âmes, par une main fraternelle ;
. Des notions exactes et claires sur les points de Doctrine mis au premier plan par la guerre, mais pas toujours connus avec la précision et la netteté nécessaires ;
. Des idées et des projets pour les reconstructions de l’avenir, thèmes à vos méditations, à vos conversations, à vos résolutions ;
. Des faits, enfin –non des récits de guerre, vous les vivez !- mais des mots vrais, des exemples qui entraînent et des souvenirs de notre incomparable histoire nationale qui vous fassent mieux connaître et aimer la France éternelle.

Les bureaux de «FRERES D’ARMES», comme le Ministère des Munitions, sont au cœur de France ; mais les prêtres et les jeunes gens qui, pour vous, s’y réunissent, viennent du Front, vont repartir sur le Front, ou du moins, ont toutes leurs pensées au Front.
L’Association Catholique de la Jeunesse Française, à qui en revient l’initiative, a déjà pour ses adhérents un bulletin de famille glorieux, émouvant, plein de vie. Ici, elle aidera de toute sa puissance ce bulletin qui s’adresse à tous, parce qu’elle est désireuse de servir tous ceux qui se battent.

Demandé par les aumôniers et les soldats, encouragé par de vives sympathies et de précieux concours, «FRERES D’ARMES» paraît sous les auspices du Sacré-Cœur.

Que le Cœur de Jésus, que Notre-Dame en bénissent l’entreprise, en étendent et en fécondent l’action, si elles doivent être utiles à l’Eglise, à la France et à vos âmes de soldats chrétiens.

                                                                                              La Rédaction

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Ce que « Frères d’Armes » voudrait être pour vous.

            Sous son nom, qui évoque une des plus grandes et des plus nobles forces de l’état militaire, «FRERES D’ARMES» aspire à être pour vous un ami, un ami dont le contact éclaire, réchauffe, soutienne.
Il voudrait ajouter son humble rayon de lumière à ceux qui de toutes parts viennent trouver les ténèbres dans lesquelles parfois vos corps s’appesantissent et vos âmes se lassent.

Il voudrait vous rendre plus fermes encore et plus généreux, si possible, dans l’acceptation des responsabilités et des servitudes que la vie de guerre vous impose et qui constituent aujourd’hui votre grand devoir, votre devoir d’état.

Il voudrait enfin vous faire entrevoir à travers les obligations redoutables de l’heure présente, les devoirs moins éclatants mais non moins sérieux qui s’imposeront à vous demain et par l’accomplissement desquels seulement vous assurerez aux générations qui viendront après la vôtre le bénéfice de votre victoire.

La guerre vous a habitués à la vie héroïque.

Vous avez appris à donner sans compter à la Patrie votre temps, vos forces, votre vie.

Vous avez appris en réalité à vous donner.

La Paix glorieuse que préparent vos sacrifices, la Paix que nous devrons à l’offrande suprême des martyrs du devoir, tombés par milliers, ne sera-t-elle pour la majorité des Français qu’une occasion de reprendre d’anciennes habitudes, et de s’abandonner de nouveau à ces courants faciles qui, par l’égoïsme effréné, la recherche exclusive du bien-être, le mépris de toute gêne et de toute entrave, conduisaient la France à sa ruine ?

«FRERES D’ARMES» vous aidera à penser qu’il ne peut pas en être ainsi et à vouloir qu’il n’en soit pas ainsi.

«FRERES D’ARMES» espère vous convaincre que les vertus de la guerre seront aussi nécessaires dans la France victorieuse et pacifiée qu’elles le sont en ce moment à la France combattante, - et il tâchera de préparer avec vous cette adaptation.

Ce que « Frères d’Armes » attend de vous.

«FRERES D’ARMES», vous apportant tout son dévouement fraternel, ose compter sur le vôtre, et vous demande de l’aider à réaliser le plus largement possible son œuvre de ravitaillement religieux et moral.

Vous le pouvez de bien des manières :

. En le lisant d’abord, comme il veut être lu, non avec la curiosité d’y trouver des nouvelles sensationnelles –vous seriez déçus- mais lentement, posément, en y revenant au besoin, jusqu’à ce que le contact soit bien établi entre sa pensée et la vôtre.
. En le propageant autour de vous. «FRERES D’ARMES» ne sera connu et ne rendra service que s’il a beaucoup d’amis qui s’intéressent à sa venue, qui se préoccupent de son action et qui lui préparent les voies. S’abonner c’est bien, recueillir autour de soi des abonnements, utiliser l’arrivée de chaque numéro non seulement pour son réconfort personnel, mais pour celui de tout son entourage, voilà qui est mieux encore et c’est ce que nous attendons de vous.
. En vous intéressant à sa rédaction. «FRERES D’ARMES», qui ne s’adresse qu’aux soldats, aura besoin de savoir s’il répond à l’attente de ceux pour lesquels il est fait.
Donnez à ses rédacteurs la joie de sentir vos cœurs battre à l’unisson des leurs. En leur communiquant vos impressions, vos désirs, en leur disant vos besoins, vous contribuerez efficacement à maintenir étroit le contact entre eux et vous.
Ecrivez donc sans hésitation à vos amis de «FRERES D’ARMES» lorsque vous croirez avoir quelque chose d’intéressant à leur transmettre. Mieux encore, venez les voir et apportez-leur votre moisson d’observations et de remarques toutes les fois qu’une heureuse permission vous fera passer par Paris.

Voilà bien des projets d’avenir. Que Dieu daigne les bénir, et que sa grâce toute puissante, venant donner leur plénitude à vos sacrifices et à vos efforts de vaillants soldats, abrège le temps d’épreuve pendant lequel vous aurez encore besoin de nous.

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Charles RUCH, Évêque et Aumônier militaire

mgr-charles-ruchNé le 24 septembre 1873 à Nancy de parents alsaciens ayant quitté leur chère Alsace à la suite de la défaite française de 1871, Charles Ruch manifeste dès son plus jeune âge une vocation sacerdotale. Il rentre naturellement au petit séminaire puis au grand séminaire de Nancy en octobre 1890. En 1892, il effectue son service militaire au 26ème régiment d'infanterie de Lyon. On se souvient de lui pour avoir fait en quelques mois de ses camarades de chambrée de véritables chrétiens. Après la caserne, Charles Ruch réintègre le séminaire de Nancy avant d'être envoyé par son évêque à l'Institut Catholique de Paris.

Ordonné prêtre en 1897, il est reçu docteur en théologie en 1898. A ce moment-là, Mgr Thurinaz le nomme professeur de théologie et père spirituel au séminaire de Nancy. Il occupera ces fonctions jusqu'en 1907, année où il est nommé vicaire général. Âgé de 34 ans, et sans aucune expérience paroissiale, l'abbé Ruch est jeté en pleine mêlée pour suivre de près les événements récents liés aux lois de séparation de l’Église et de l’État. Brillant et doué d'innombrables capacités, Charles est proposé pour succéder à Mgr Thurinaz en temps voulu.

Sacré évêque le 16 juillet 1913, il n'a pas 40 ans. Titulaire du siège épiscopal de Gérasa, il devient coadjuteur de Nancy. Lorsque la guerre éclate en 1914, il est mobilisé et affecté comme aumônier militaire au 20ème corps. En 1916, il reçoit avec Mgr de Llobet, évêque d'Avignon la juridiction sur tous les prêtres-soldats de l'armée française. Quelques mois avant la fin de la guerre il est démobilisé pour se rapprocher de Mrg Thurinaz très affaibli et sur le point de mourir. Pendant toute la guerre, c'est bien lui qui avait, en réalité, administré le diocèse de Nancy, dont le pasteur voyait ses forces décliner de jour en jour. Il prit la tête du diocèse à la mort de Mgr Thurinaz le 26 octobre 1918. Il fallait remettre en train son diocèse si cruellement blessé par quatre années de combat.

Mais, il n'en fut rien, car Mgr Ruch fut nommé sur le siège épiscopal de Strasbourg six mois plus tard sur la demande expresse du gouvernement français pour remplacer l'évêque de Strasbourg, Mgr Fritzen, de nationalité allemande. Monseigneur Ruch occupa cette charge jusqu'à sa mort en 1945. Chevalier de la Légion d'honneur en 1915, officier en 1921, Mgr Ruch est fait commandeur en 1931 pour le motif suivant : « Au cours des circonstances les plus douloureuses qu'ait pu connaître son âme de pasteur, Mgr Ruch n'a jamais faibli dans l'accomplissement des devoirs que lui dictait sa conscience de prélat concordataire et de Français. Aucune attaque, aucune pression n'a pu le faire dévier de la voie où l'engageait son ardent amour de la France. Avec éclat, il a su faire revivre les grandes traditions nationales qui faisaient la fierté du siège épiscopal de Strasbourg. Belle figure d'évêque français ».

                                                                                                                       D. HAAS, séminariste

 

« Charles Ruch, évêque de Strasbourg »

Extrait du livre  « Charles Ruch, évêque de Strasbourg »  de Pierre Lorson sj,   paru aux éditions F-X. Leroux et Cie en 1948,   le chapitre VI  « L’aumônier militaire (1914-1918) » :

mgr-charles-ruch-eveque-de-strasbourgL'AUMONIER MILITAIRE (1914-1918)

Si étonnant que cela paraisse, l'évêque de Gérasa fut soldat de deuxième classe pendant 48 heures. Mobilisé sur appel individuel dans la nuit du 31 juillet, il dut se rendre à Toul en qualité d'infirmier et y resta comme tel à l'hôpital saint Charles. Il y ordonna prêtre le dimanche deux août, l'abbé Bonet, qui sera son secrétaire particulier à Strasbourg.

Naturellement on ne laissa pas simple infirmier le Coadjuteur de Nancy. Au bout de deux jours, l'évêque reçut sa nomination d'aumônier militaire affecté au Groupe de Brancardiers du 20ème corps. Pratiquement, il sera l'aumônier de ce corps pendant toute la guerre. Il habitera avec les brancardiers, qui étaient souvent au feu, ramassaient les blessés, les préparaient à la mort, les consolaient et les évacuaient. Il y avait là déjà un magnifique apostolat à remplir auprès d'hommes que leurs blessures ouvraient davantage à la grâce. Mais il organisera en même temps, un peu comme dans un diocèse, le service spirituel dans toute son unité, répartissant les aumôniers volontaires ou auxiliaires, présidant les cérémonies, distribuant le travail. Il fut surtout un agent de liaison entre tous ces prêtres-soldats, s'occupant de leur trouver du vin de messe, des lectures pour eux et leurs soldats, les réunissant pour leur faire des récollections spirituelles.

Beaucoup de ces prêtres, soldats ou gradés, étaient du diocèse de Nancy ou des diocèses environnants. Ils le connaissaient tous, soit comme ancien professeur, soit comme directeur des séminaristes-soldats. Il exerça naturellement une puissante influence sur eux, qui n'était pas due seulement à son caractère épiscopal, mais aussi à ses qualités personnelles de courage, de bonté, de simplicité. Il devint bientôt légendaire, à cause de sa grosse activité, de ses randonnées intrépides, de sa serviabilité inépuisable. Nous ne pouvons pas raconter tous ses déplacements avec le 20ème corps. Nous esquisserons ses périples à travers la zone de combat, donnerons quelques extraits de sa correspondance et quelques témoignages expressifs de ses camarades. Impossible de faire davantage : longum jam restat iter.

Ce n'est guère qu'à l'Assomption 1914 que les formations sanitaires du 20ème corps entrèrent en action, en Lorraine même, à Arracourt. Ce ne fut qu'une escarmouche. Le 20 août, ce fut la bataille de Morhange, qui fut une grosse déception après les bulletins trop optimistes qu'on avait donnés au sujet de l'entrée de nos troupes en Lorraine annexée. Mgr Ruch fut fixé quelque temps dans les hôpitaux de Château-Salins. Il y eut fort à faire pour donner les secours de la religion aux nombreux blessés de cette triste journée. Après cela, ce fut le repli jusqu'à la Moselle et la victoire capitale du Grand-Couronné. L’évêque-aumônier était alors à Haraucourt et au bois de Crévic, «encourageant les vivants, bénissant les tombes, ayant à subir des bombardements terribles, en particulier celui d'Haraucourt. Son attitude calme au milieu des pires dangers, le sentiment du devoir que manifestait toute sa conduite, imposaient le respect et l'admiration de tous.»

Après cela, une autre bataille, plus décisive encore, fut gagnée, celle de la Marne, après la course à la mer. Le 20ème corps et son aumônier furent alors envoyés en Belgique. Durant la journée, il arpentait les routes ou les sentiers de Flandre et retrouvait le soir ses blessés à Poperinghe, où il fut longtemps stationné. Il décrit ce pays sans le nommer, dans des cartes pittoresques et numérotées qu'il envoie à sa nièce. Celle-ci, par exemple : «C'est à Betteraveville ou Pommeville : tous les villages peuvent se nommer ainsi. Dans ces délicieux nids de verdure, au-delà des haies de charmilles qui entourent chaque propriété, apparaissent les maisons. La brique règne en souveraine. Le moellon est presque inconnu. »

Pendant l'offensive de l'Artois, en 1915, il est près d'Arras, à Haute-Avesnes, où les ambulances regorgent de blessés. Puis c'est la Champagne et la ferme des Meigneux, Verdun en février et mars 1916, l'offensive de la Somme et l'ambulance à Cerisy en 1917. La même année c'est la grande déception du Chemin des Dames, où il eut la douleur de perdre plusieurs prêtres de valeur. En 18, ce sont les combats de l'Aisne et du Soissonnais et enfin la contre-offensive, qui ne s'arrêtera plus.

On le voit, l'aumônier du 20ème corps a été sur tous les champs de batailles, a pris part à tous les replis et à toutes les offensives. Impossible de dire toute son activité pendant ce temps. Elle a été récompensée humainement par une citation élogieuse et la Légion d'honneur dès 1915. Voici cette citation à l'ordre de l'armée: «S'effaçant, malgré son éminente dignité, dans une situation modeste, fait preuve d'une activité et d'un dévouement inlassables. Depuis le début de la campagne et notamment au cours des derniers combats, la visite des tranchées, la recherche des blessés sur la ligne de feu, les veilles dans les ambulances, son calme courage lui ont acquis l'affection respectueuse de tous. Prêtre-soldat et prêtre nancéien, il est, parmi les troupes du Vingtième Corps, la vivante représentation de la foi des Apôtres et de la foi patriotique lorraine. »

A côté de son travail immédiat, il dirige un bulletin spécial pour les prêtres mobilisés et les séminaristes de son diocèse et y écrit fréquemment ; il édite Un manuel du séminariste en campagne, que nous retrouverons ; il utilise ses permissions pour faire les tournées de confirmation dans le diocèse de Nancy ; il fait faire par ses nièces ou d'autres des enquêtes sur la famille de tel ou tel soldat, qu'il veut aider, se fait envoyer des chapelets et des images qu'il distribue largement, avec les inévitables cigarettes.

Ayant reçu du Saint-Siège, avec Mgr de Llobet, la juridiction sur tous les prêtres-soldats de l'armée française, il eut voulu parcourir l'immense front des armées pour y organise et inspecter l'aumônerie tout entière. On croit couramment qu'il l'a fait. Il n'en est rien. C'est une légende à détruire. L'archevêque d'Avignon nous écrit à ce sujet : «L'organisation de l'Aumônerie militaire était nulle, sans coordination ni hiérarchie, avec un recrutement fait, trop souvent, au petit bonheur. En 1916, il vint à la pensée de son Éminence le cardinal Amette d'y porter remède et, par des moyens sur lesquels je ne suis pas fixé, Rome envoya à Mgr Ruch et à moi-même les facultés d'inspecteurs de l'aumônerie. Sans nul doute avait-on espéré, essayé peut-être avec le gouvernement un accord dans ce but. Pratiquement, il n'en fut rien. Aucune facilité de déplacement. Aucune attribution de secteur. Notre activité s'est bornée à nous occuper avec tout le soin possible des prêtres-soldats. » L'évêque coadjuteur de Nancy pratiquement ne s'occupa donc que du 20ème corps, où il mit sur pied, comme nous l'avons dit, une belle organisation spirituelle, assurant aux moindres unités un aumônier auxiliaire, contrôlant et stimulant lui-même les uns et les autres.

Il eut à subir durant ces quatre ans des épreuves cruelles dans ses affections familiales et diocésaines, perdant les deux seuls neveux qu'il avait, jeunes gens pleins de promesses, et un grand nombre de prêtres de Nancy, dont la plupart étaient ses anciens élèves. La correspondance du temps dit les réactions de son cœur. Voici une lettre au plus jeune de ses neveux, Charles, quand son frère Aimé fut tué au Bois-le-Prêtre : «Voilà donc ton brave frère auprès de Dieu, en possession de la récompense éternelle. Tu l'as bien connu avant la guerre et tu sais ce qu'il fut. Je suis convaincu que ces dix mois d'obéissance au devoir, d'abnégation, de sacrifice, de souffrances avaient purifié, grandi et embelli son âme. Le passage à l'hôpital de Nancy avait dû aussi lui faire grand bien. Un peu avant sa mort, le bombardement de Jezainville fut pour lui un suprême avertissement. Les courts passages à Millery, en même temps qu'ils le consolaient, lui donnaient l'occasion de renouveler à chaque départ le don de lui-même au devoir et à Dieu. Enfin, il est tombé en vaillant, vers la tranchée conquise, l'œil aux aguets pour protéger ses frères, victime du devoir. Dis-moi, pouvais-tu, pouvions-nous pour lui rêver plus belle fin, plus beau lendemain ? Nous ne le reverrons pas tout de suite, à moins que ... Mais il nous voit et il en est heureux; il te protège comme un grand frère: tu sais combien il t'aimait depuis ta naissance et comme il était fier de toi. Il t'aimera bien plus encore et, je l'espère, tes vertus lui permettront d'être plus près de toi que jamais. Tu serviras la patrie pour deux, tu aimeras tes parents pour deux, tu seras un frère pour la veuve qui pleure, mais en chrétienne et en vaillante. Cher Charles, courage, fais ton devoir et espérons. Je t'embrasse...

Ne s'est-il pas calomnié, cet homme, en disant qu'il n'avait pas de sentiments, mais seulement de la raison ? Il écrit le 27 mai 1915 à sa nièce, sœur du héros disparu. «Plus je réfléchis, plus je songe qu'un seul sentiment est licite, opportun en ce moment : la gratitude envers Dieu qui a si bien préparé ton frère à la mort, qui lui a donné la plus belle et la plus sainte des fins, que nous puissions rêver pour lui et qui lui accorde en ce moment la suprême, l'éternelle récompense. Dieu soit béni! Oui, il y a les vivants, ton père, ta mère, la veuve, vous. Cette mort nous sanctifiera tous quelque peu, j'espère. Elle nous rendra meilleurs en nous purifiant par l'épreuve, en nous acheminant toujours plus vers la prière, en nous soumettant à l'expiation... Je dispose de très peu de temps, car j'ai reçu beaucoup de lettres à l'occasion du deuil et les terribles combats des dernières semaines nous ont amené beaucoup de blessés.» Le ton constamment surnaturel de cette lettre montre le climat de foi vive, où cet homme de Dieu vivait habituellement. Ce n'est pas là de l'insensibilité, mais un amour plus haut.

Combien il est surmené, une autre lettre de ce temps en donne une idée : « Pour le moment, mon premier devoir est  de liquider une formidable correspondance en souffrance, qui est pour moi, depuis deux mois, un horrible supplice. Depuis la mort d'Aimé jusqu’au 15 août, j'aurai écrit plus d'un millier de lettres... Aussi comme demain il pourra de nouveau m'être impossible d'écrire, la prudence veut que je liquide au plutôt, coûte que coûte, fallut-il entamer les nuits. J'aurais bien voulu faire ma retraite, car demain je puis mourir. Mais je n'en trouverai sans doute pas le temps. »

L'invocation de la prudence est bonne ! Est-ce à cette époque que les officiers de sa popote, l'ayant vainement prié de dormir un peu, lui coupèrent l’électricité de son cantonnement ? Mais ils constatèrent avec dépit que leur ruse ne servit à rien, l'incorrigible continuant à faire sa correspondance à la lueur d'une bougie, comme les soldats de la tranchée. Nous avons sous les yeux un certain nombre de ses lettres écrites de cette écriture menue, célèbre dans les diocèses de Nancy et de Strasbourg que plus tard, par pitié pour les destinataires, il remplacera par des majuscules, qui ne la rendront pas beaucoup plus lisible ...

En voici une adressée à Mgr Grente pour lui raconter par le menu la journée de Pâques 1915 : « Le matin, de très bonne heure, j'ai confessé des soldats, et si mes lèvres scellées par le secret professionnel pouvaient s'ouvrir, vous concluriez déjà que j'ai eu, en 1915, mon plus beau jour de Pâques. Puis, je suis allé, à pied, à sept kilomètres, parler à l'un de nos magnifiques régiments de Nancy et à d'excellents territoriaux qui fraternisaient avec nous. Église archicomble de soldats jusque sur les marches de l'autel, un auditoire vibrant ... Et ce n'est pas fini. Une auto m'emmenait à toute vitesse vers la cité-martyre, à Ypres. Et là, dans une des églises épargnées, à trois kilomètres des Boches, nouvelle messe et nouveau sermon pour un des excellents régiments de Toul. Église dédiée au patron de Lorraine, saint Nicolas, auditoire immense, grande piété. N'est-ce pas beau, mon jour de Pâques ? Comme Dieu est bon ! Puis, car un pareil jour un évêque ne peut pas se dispenser d'assister aux vêpres, j'allai au gentil petit hameau de Saint-Jean, toujours quelques kilomètres des Boches, là où depuis ils ont envoyé leur sale marchandise asphyxiante. J'eus la consolation de voir là beaucoup de prêtres de Nancy et de chanter avec eux à pleins poumons, dans une église qui est à trois ou quatre kilomètres des Vandales, et qui, ô miracle, est encore, ou plutôt était debout, un Alléluia gros de tous nos espoirs de résurrection nationale. Là nos braves soldats d'un autre régiment, sous la direction d'un aumônier que vous connaissez bien (M. Godefroy) sanctifièrent ainsi leur après-midi du dimanche ... Enfin, je zigzaguas dans les chemins boueux et à travers champs, pour rendre visite au régiment qui fut le mien ... et jadis celui de M. Poincaré, s'il vous plaît. Et je me retrouvai en famille, je revis le colonel, le vieux et glorieux drapeau, auquel j'ai présenté si souvent les armes en 1893 dans la caserne Sainte-Catherine de Nancy. Et je me mis en route pour Elverdinghe, où j'eus le bonheur de saluer un centre de nos admirables aumôniers et plusieurs prêtres brancardiers, mes diocésains. A huit heures, retour à Poperinghe, non sans de nouvelles faveurs de Dieu. Non, il n'y a pas d'évêque de France qui fut plus gâté que moi par la Providence le jour de Pâques 1915. Dieu soit béni ! ... »

Nous ne nous excusons pas pour la longueur de cette citation. Elle révèle si bien l'âme de l'évêque, son zèle apostolique, son esprit surnaturel, sa vaillance inconfusible, son amour de la patrie, sa fidélité à la terre natale. D'autres lettres disent les sacrifices terribles, qu'il dut faire alors et voir imposés. « Pendant le mois de mai et de juin, la tâche fut rude, la route jonchée de tombes. Deux de nos meilleurs prêtres nancéiens sont morts à la tâche près de moi et j'ai dû leur dire le dernier adieu. Mes deux neveux sont morts pour la France. Par milliers des blessés sont passés près de moi et beaucoup pour aller à la mort. »

Une autre fois il précise sa vie de tous les jours: « J'ai pu placer dans chacun de mes régiments un prêtre en soutane, qui en est le curé et qui est secondé par des prêtres brancardiers dans les divers groupes. Le bien qui s'opère ici est inespéré, extraordinaire. Dieu seul le sait. Seulement, puisque les régiments sont ainsi pourvus, j'ai un rôle plus modeste, celui d'aumônier d'ambulance. Ce n'est pas une sinécure, mais adieu les bombes, les dangers, la vie en première ligne. Je reste sur le front, mais, en quelque sorte, à l'arrière de l'avant et il est rare que nous soyons canardés. Depuis la première attaque de Champagne, attaché à une ambulance chirurgicale, j'ai reçu toutes les épaves humaines du champ de bataille, des mourants et des morts. L'accalmie s'est produite. Et maintenant, dans trois de nos ambulances, j'ai douze cents malades ou éclopés à consoler. Il y a beaucoup de bien à faire. Que n'accomplirait ici un saint Vincent de Paul. Hélas! (26 nov. 1915.)

On voudrait tout citer. Rien ne vaut l'accent de cette voix. « Nous venons de connaître des jours terribles, mais glorieux. Nos soldats ont été plus beaux, plus grands que jamais. Et Dieu a béni leur héroïsme. Nous avons la plus éclatante démonstration de la toute-puissance des forces morales. Vouloir c'est pouvoir. Impossible n'est pas français. Seul est vaincu celui qui croit l'être. Il n'y a pas de maximes plus vraies, si ce n'est celle que l'ennemi nous a volée : Dieu est avec nous. » On croirait entendre Foch, le maréchal de la victoire.

Une lettre encore, datée du 3 juin 1916 : «J'ai été triste, très triste en cette dernière quinzaine, mécontent de moi, de ma vie trop bourgeoise, trop facile, trop peu remplie, trop bien protégée. Il me semble, et la constatation est des plus douloureuses, que je ne fais pas assez, que je ne souffre pas assez pour les âmes et pour la France. Était-ce dépression morale, amenée par mes fatigues physiques ? Était-ce un avertissement du ciel, un coup de fouet providentiel ? Ce qui est sûr, c'est que j'ai beaucoup souffert. Priez pour moi, je prie pour vous.»

Noble souffrance, d'un accent si poignant et si sincère, qui fait penser au cri de saint François Xavier, auquel l'évêque aumônier ressemblait tant : « Amplius, domine, amplius. »

Nous croyons que ces citations valent toutes les analyses et toutes les descriptions. Avant d'apporter quelques témoignages de camarades, nous rappellerons un fait assez extraordinaire, bien dans la manière de Mgr Ruch. Vers la mi-juillet 1918, on annonça à Monseigneur Baudrillart en fin d'audience, un prêtre-aumônier, qui voulait absolument le voir. Il refusa de le recevoir. Mais le solliciteur entra de force, les yeux hagards, jeta une musette sur le bureau et dit: «Vous ne refuserez pas de recevoir le Coadjuteur de Nancy ! Je vous apporte la tête de sainte Clotilde ». Et il commença à défaire sa musette. Le recteur de l'Institut catholique, troublé, crut un instant que son visiteur épiscopal, c'était bien Mgr Ruch, avait perdu la raison. Tout s'éclaira. Il était simplement ému et fatigué. Ayant découvert effectivement le chef de l'épouse de Clovis à Vivières, dans le Soissonnais, alors évacuée, il l'avait pris avec lui et porté à Paris avec mille difficultés et fatigues, se considérant pendant tout le trajet comme le chevalier-servant de la Reine de France. Il racontera lui-même plus tard cette histoire lors de l'inauguration, à Strasbourg, du pensionnat de sainte Clotilde, le plus beau de la capitale de l'Alsace. Il faut ajouter que plus tard, le chef de la glorieuse Sainte fut ramené à Vivières, où il est vénéré comme avant.

Les témoignages des soldats ou officiers qui ont connu au front Mgr Ruch sont concordants dans la note émue et admirative.

Voici le mot onctueux d'un prêtre-soldat, qui n'oublie pas la citation latine: « Mgr Ruch savait se faire l'ami et l'égal de chacun sans rien perdre de sa dignité. Sa simple et franche cordialité était pour chacun un réconfort. Il acceptait toutes les corvées : prêchant ici, présidant ailleurs une cérémonie, célébrant la sainte messe dans une troisième paroisse. Ne le faisant pas du tout à l'officier il allait partout en bicyclette. Il réalisait pleinement la parole de l'évangile: transiit benefaciendo. »

Et le mot gavroche du poilu : «Au dehors, à la tranchée, dans la rue, rien ne trahit la tenue épiscopale ... Le poilu a pourtant l'air de se méfier de quelque chose, car il est saisi par une certaine distinction d'esprit et de manières. Rien, à ce titre, n'est révélateur comme le salut de Mgr Ruch. Ce salut, je renonce à le décrire; j'avoue tout simplement que l'ayant vu la première fois, je fus particulièrement saisi. Le geste moelleux et bref, épiscopal et militaire, est tout spécial. « Ah, dis donc, il est bath, hein, l'aumônier, l'as-tu vu? Mon vieux, un salut chouette !!! Qui que c'est? demande à son lieutenant le zouave L ... C'est l'évêque de Nancy. - Ah, je m'en doutais que c'était une huile comme ça. »

Voici la note attendrie du bon séminariste: « En 1917, Mgr Ruch visitait les familles des soldats morts à la guerre. C'est ainsi qu'il vint chez ma tante avec sa bonté coutumière apporter la consolation et l'encouragement ... Faisant des tournées de confirmation en bicyclette, il lui arriva plusieurs fois d'enlever la cordelière verte de son chapeau et d'entrer dans un magasin pour acheter un casse-croûte qu'il mangeait au bord de la route. »

D'un officier de hussards : «Un officier de l’État-major m'a dit que l'Aumônier faisait chaque jour 20 kilomètres pour aller visiter les soldats du front. Le Général lui ayant offert de mettre une voiture à sa disposition pour une partie du trajet, M. l'Aumônier le remercia et répondit qu'il préférait effectuer tout le parcours à pied, afin de ne pas mobiliser une voiture pouvant avoir ailleurs son utilité. »

Enfin ce témoignage précieux d'un officier du front, ayant des lettres et le sachant : «Mgr Ruch se préoccupe de tout. A des heures très matinales, durant la rigueur de la saison, par la pluie, la boue, le froid, Monseigneur s'en va, à travers les routes encombrées de convois, éclaboussé par les autos, heurté par les attelages, apeuré par l'éclatement des obus, crotté, suant, trempé. Le vélo crève, l'évêque chemine à pied, traînant son véhicule récalcitrant. Il presse le pas, car c'est dimanche; et là-bas dans un cantonnement déshérité, où nul ne peut assurer la messe dominicale, on l'attendra ... Je rencontrai un jour Mgr Ruch en si piteux équipage, la mine harassée, s'efforçant de cacher sous un bon sourire son évidente fatigue et je ne pus m'empêcher de lui dire: «Oh, Monseigneur, vous vous fatiguez trop. Comment pourrez-vous après la guerre faire vos tournées pastorales ? » - «Après la guerre, Dieu y pourvoira. Tenez, voyez ces pauvres enfants sac au dos. Croyez-vous, mon cher ami, qu’ ils ne peinent pas davantage? »

« L'existence rude du fantassin, l'évêque la connaît bien, avec ses surmenages, ses déplacements, ses aventures, ses méprises parfois, son train de bohème et ses ennuis multiples. Le bon aumônier accepte tout de bon cœur, souriant toujours avec une patiente résignation qui charme et édifie profondément. Sans vanité et sans se croire humilié, Monseigneur Ruch vous dira qu'il a souvent couché dans les greniers ou les soupentes, sur la paille et qu'il y dort bien, quand les boches ne bombardent pas trop. Pour ses soldats, il a mille gâteries, cigarettes, qu'il distribue par poignées et dont il voudrait garnir toutes leurs poches. Un mot affectueux, un sourire en passant. Il les aime tant. Il s'ingénie à découvrir leurs peines, pour essayer de les consoler par une parole douce, une charité discrète. Il les aime, parce qu'il s'émeut de leurs souffrances, de leurs blessures. Il les aime parce qu'il prie pour eux et veut sauver leurs âmes. »

* **

On pourrait continuer longtemps ces témoignages. Ceux-ci permettent de dégager la physionomie spirituelle du Coadjuteur de Nancy, aumônier militaire: C'est celle d'un homme pleinement donné à Dieu aux âmes au devoir; sans aucun retour sur lui-même ; vivant profondément et habituellement des réalités invisibles de la foi ; patriote fervent, mais avant tout prêtre du Seigneur.

On comprend l'immense prestige qu'il eut aux armées et la légende qui a été tissée peu à peu autour de son front et à laquelle il fait lui-même allusion dans la lettre que voici, qui est du 29 mars 1916 «Vous avez voulu m'envoyer l'article de Jean de Bonnefon, ce forban de la plume, comme disait Mgr Grappin. Pour une fois, je lui pardonne les lignes qu'il m'a consacrées. Nous vivons sous le régime de l'union sacrée. Mais si ce pamphlétaire veut m'être agréable, il m'épargnera 1es éloges. Son silence est tout ce que je désire de lui. Le délicieux rédacteur de Saint Michel est un ami. Mais tout de même, il m'étouffe sous les fleurs. Je finirai par trouver l'aventure désagréable. A lui aussi cette fois je pardonne. Il a voulu bien faire. Et il m'a appris la gentille histoire du général Foch. Bien cordial merci pour m'avoir renseigné sur une tranche de ma vie. » (à Mgr Grente.)

Nous n'avons voulu ici ni emboucher la trompette épique ni nous faire l'écho du journalisme peu objectif de ce temps-là. Nous avons cru bien faire, en laissant surtout parler les témoins directs et l'aumônier lui-même. Qu'il nous pardonne aussi !

Déjà en 1917, le 28 mai, aux obsèques d'aumôniers nancéiens tombés au front, il s'était écrié :  «Évêque, je contemple les églises de la ville et du diocèse de Nancy, les nefs remplies de fidèles, les sanctuaires privés de pasteurs. J'entends les foules, qui réclament la parole sainte, la prière publique, les sacrements. Et les ruines me crient :
Par qui serons-nous relevées? Ah ! quelque vive que soit ma foi dans les réalités invisibles et les promesses divines, puisque je ne suis pas un ange, ni, hélas, un saint, je sens, à certaines heures l'atroce solitude du cœur et je puis bien dire, puisque le Christ lui-même l'a dit: «La moisson est grande, les ouvriers font défaut.» Pardonnez, chers amis, cet attendrissement. Un soldat de la France et de Dieu n'a pas le droit de pleurer. Sur la tombe de ses frères d'armes, il ne peut placer qu'une oraison funèbre: nous les vengerons. Oui, prêtres du Christ, nous vous vengerons en prêtres, par le pardon que nous infligerons aux auteurs de cette guerre auteur de votre mort; nous vous vengerons par un redoublement de zèle, travaillant davantage pour vous, par le soin avec lequel nous recruterons, dans cette jeunesse que vous avez aimée tant, de nouvelles classes de défenseurs de la foi, qui continueront votre œuvre, hériteront de vos vertus, bénéficieront de votre sacrifice, porteront avec honneur, courage et sainteté le flambeau de la vie sacerdotale brutalement arraché à vos mains.»
 C'était au Chemin-des-Dames  et il s'agissait des abbés Villaume et Clausse, tués le jour de la Pentecôte par une bombe d'avion.

Tout cela le nouvel évêque le sent de nouveau à présent. Mais avec ce courage héroïque, que nous lui connaissons, il se met à l'œuvre. Il songe d'abord à ses prêtres.

Pierre Lorson S.J. Charles Ruch, Evèque de Strasbourg, édition F.-X. Leroux & Cie, 1948 pages 97 à 112

  Ibid page 116

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Prédications guerre 14

1/ Quelques dates de la vie du Père Gabriel  Martin  - Ses adresses de 1914 à 1919

2 / Notice sur les prêtres cités

3 / Les lettres, conservées au Carmel de Lisieux.

4 / Les carnets : nombre et genres

   

    Remarques préliminaires 

Il parle peu de la guerre, disent certains à première lecture

Il parle pourtant des autres missionnaires diocésains qui sont plus que lui au danger.

Il nous dit un peu son attitude spirituelle de prêtre-soldat.

Il regrette de ne pouvoir faire des sermons, qui lui semblent l’apostolat auquel il est appelé.

    Il parle des prédications aux militaires, de celles pour les prêtres, dont lui-même bénéficie et aussi de celles qu’il assure.

Il se plaint de la guerre dans laquelle il voit une punition des péchés de la France    cf une théologie de la souffrance rédemptrice, courante à l’époque chez les français bons chrétiens

Il nous apprend ainsi quelques faits de  la vie et quelques traits de mentalité d’un prêtre vendéen mobilisé à l’arrière en 1915 à l’âge de 41 ans.

 

Les morceaux choisis qui suivent illustrent, pour un historien, ces réflexions…

Ces pages sont extraites d’un livret polycopié intitulé : « Ecrits du temps de guerre 1914-1919 Père Gabriel MARTIN »

      En principe, les phrases, écrites en italique gras, sont des remarques que je fais en rassemblant ces copiés-collés.  Les pages indiquées renvoient au livret « Ecrits du temps de guerre Père Gabriel Martin ». Les pages indiquées autrement ont diverses significations et devraient disparaître !

                                             

Jean GRELIER le 28 FEVRIER 2014.

1. Quelques dates de la vie de Gabriel MARTIN

Gabriel MARTIN  est né le 21-4-1873 à Chavagnes-en-Paillers, au cœur du Bocage vendéen.

Pour devenir prêtre, il entre comme « pensionnaire » au Petit Séminaire, qui est à 50 mètres de la maison de ses parents.

Il part au Grand Séminaire de Luçon en 1892.

- Ordonné prêtre à Luçon le  19-12-1896   il est professeur au collège Richelieu de Luçon le 1er janvier 1896.

- Vicaire aux Sables octobre 1899 puis  à Fontenay-le-Comte octobre 1902

- En 1904, avec deux autres prêtres, il est nommé  « Missionnaire diocésain » pour continuer les « Missions paroissiales », assurées auparavant par des « Religieux », que les lois laïques viennent d’expulser de France. Ces Missions paroissiales durent 3 semaines, pendant lesquelles les Missionnaires donnent des prédications journalières pour toute la population, visitent de toutes les maisons et spécialement les malades, sans compter de longs temps d’accueil au confessionnal…  et la préparation des « fêtes de la Mission ».

- Il devient Directeur des Missionnaires Diocésains en  septembre 1906.

Ces Missionnaires diocésains, même quand ils deviennent plus nombreux,  logent séparément, pour ne pas apparaître comme des religieux

-Il est nommé « Supérieur des Missionnaires Diocésains » en 1910 et vient résider  à Martinet, petite commune entre La Roche et les Sables d’Olonne, quand la maison est construite pour  rassembler les Missionnaires diocésains. 

- Pendant la guerre, au début de 1915, il est mobilisé comme « infirmier » à l’hôpital militaire de Luçon, puis à Nantes. Après plusieurs mois d’attente à Marseille, il part, en 1917, infirmier à l’hôpital militaire de Salonique. Il n’est démobilisé qu’en fin décembre 1918.

Il revient à Martinet au début de 1919.

- Les futurs Missionnaires de la Plaine, vont habiter, avec le Père Martin, à  St Michel-en-l’Herm en 1922 et à Luçon en  1924.

Il fonde à Luçon la Congrégation des Missionnaires de la Plaine le 12-7-28 

Il fonde les Oblates de Ste Thérèse, à Rocques près de Lisieux, en 1933

A Bassac (Charente) en 1948, il fonde les Frères Missionnaires de Ste Thérèse

Il meurt à Bassac le 14-10-1949

Sa famille

Son père, Gustave Martin, qui était marchand de laine et teinturier, meurt en 1891.

Sa mère, Marie Guibert, portait la coiffe de Chavagnes, le « bonnet  rond » ; elle meurt en octobre 1909. A Chavagnes, on l’appelait « Madame Martin »

Gabriel  est le 6ème de la famille, dont les 3 aînés sont morts en bas âge. Il lui reste deux frères : Gustave (1863-1911) qui meurt sans enfant peu après son épouse.

L’autre,Valentin MARTIN, est né le 26-1-1868 à Chavagnes – Il est ordonné Prêtre à Luçon,   le 20-12-1890 ; Vicaire à Mareuil-sur-Lay 1891,  à La Roche 1894 ; Curé de La Barre-de-Monts 1898 ; Curé de St Hilaire-du-Bois 1899 – ;Retiré à Chavagnes 1927,où il meurt le 7-9-1928

Dates et adresses successives

du Père Martin en 1914-1919 

Août 1914 : Gabriel Martin commence, le 11 juillet, sa retraite de 30 jours, à Clamart. Il l’interrompt le 21ème jour, à cause de la guerre et il rentre à Martinet. (Cf. lettre 14A7, page 2) Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Décembre 1914 : Il est pris «  bon pour le service » lors du Conseil de révision, le lundi 7 décembre. Il fait une visite d’adieux à sa maison de Chavagnes (Cf. lettre14B1, page3, et Carnet 10, le 8 décembre,  page 7)

Mars 1915 : Il est appelé, à la mi-mars, à la 11ème section d’Infirmiers militaires,  à Nantes et, de là, est affecté à l’Hôpital Temporaire, ouvert dans la collège Richelieu à Luçon, où il arrive le mardi 24 mars 1915. (Cf. Lettres 15C page 8 et 15D, page 9, et Carnet 32, pages 12)

Novembre 1915 : En permission, chez son frère Valentin, il prépare l’Adoration, à St Hilaire du Bois, et, le 27 nov. il assiste, à Luçon, Mgr Catteau, agonisant. (Cf. Carnet 31, 23 et 28 novembre, page 17)

Fin juillet 1916 : Il est rappelé à Nantes à l’Hôpital Broussais, attendant le départ pour le front. (Cf Lettre 16A1 page 12 ; Carnet 11 page 22 )

Septembre 1916 : Le 19, il va à Martinet pour le pèlerinage. (Cf. Lettre 16B7 page 14)

Mars 1917 : Il est désigné pour partir à Salonique (Lettre 17B1 page 16) et, le 27 mars, il revient d’une permission de 7 jours en Vendée. (Cf. Lettre 17B3 page 17)

Début avril 1917 : Il arrive à Marseille, où il attend la traversée pour rejoindre Salonique. (Cf Lettre 17C1 page 17)

Août 1917 : Le 17 août, il débarque à Salonique. (Cf. Lettre 17F page 20)

Septembre-décembre 1917 : Le 5 Septembre, il quitte Salonique pour Koritza en Albanie (300kms de voyage). (Cf. Lettre 17H3 page 22)

Décembre 1917 : Le 10 Décembre, retour à Salonique (Cf. Lettre 17I page 24)

Juin 1918 : Le 3 Juin, il remercie «  d’avoir son mot à dire au moment de la béatification de Sr Thérèse ». (Cf. Lettre 18D7 page 35)

11 Novembre 1918: Armistice : «  Les dernières hostilités s’arrêtent. Demain, ce sera la paix ! » (Cf. Carnet 12 page 88). La Bulgarie avait capitulé en Grèce, dès le 30 Septembre 1918.

Janvier 1919 : Il pensait partir de Salonique à Noël (Cf. Lettre 18G2 page 41) ; le bateau passe près d’Itéa, à l’ouest de Corinthe, le 1er Janvier 1919 (Carnet 12 page 94) et le voyage de retour dure 3 semaines pour arriver à Nantes. (Cf. Lettre 19A1 du 1er février page 42)

Février 1919 : Le 1er Février, il écrit de St Hilaire du Bois, où il se repose chez son frère. Le 16 Février, il est à Martinet et annonce que les Missionnaires diocésains feront leur retraite commune à Martinet du 4 au 15 Mars.  (Cf. Lettres 19A page 42 et 19B page 43)

2. Notice sur les prêtres cités

(Le chiffre souligné indique la page des carnets ou la Lettre qui cite ce prêtre.  

La croix « + »  signifie décès)

 

Omer DENIS                                14A6         17C2

     Né en 1880  à Chantonnay – Prêtre 22-12-1906 à Angers, où il était étudiant

     Professeur au Petit Séminaire de Chavagnes en 1908 – Missionnaire dioc en 1912

    Curé-doyen de l’Hermenault en 1926 – Chanoine Titulaire à Luçon en 1937, chargé

    des Œuvres Missionnaires            -  + aux Herbiers en 1959.

Adrien BERTET  45 et 46        15B(post-sciptum)    17C1    17D2  17E5 17H3

    Né en 1873 à Cugand – Prêtre 27-6-1897

   Professeur au Petit Séminaire Sables d’Olonne 1896 – Vic St Etienne du Bois 1904

   Curé Chapelle Achard 1906 – de Sallertaine 1912 – St Malo du Bois 1928 + 1926 

          

Pierre BILLAUD             46      17C1    17D2   17E5   17G6   17H3                                                                         

    Né en 1873 aux Epesses  - Prêtre  19-12-1896

    Vicaire à Mareuil 1897  -  à la Garnache 1898  - à la Chataigneraie 1902 – à ND de

    Fontenay 1904  - Curé de l’Oie 1906  -  de la Meilleraie 1913 -

    Aumônier en Belgique 1922 - puis à Reims – Retiré à Beaupréau, où + 1951

      

Pierre CARRÉ                  89     17A4      18C9     18E2       18G6

     Né en 1884 à Fontenay-le-Comte – Prêtre 28-6-1908

     Vicaire à la Bruffière 1908 – à Beaufou 1909 – aux Clouzeaux 1910 – Missionnaire

     Diocésain 1913 – Curé de la Chapelle aux Lys 1923 – St Mars la Réorthe 1926 –

     Retiré à Pouzauges 1934 – Aumônier des Visitandines Vouvant 1941 –

     Retiré en 1958 à Fontenay puis aux Herbiers  + 1961.

Charles FORGEAU              14B6                                                                                                

     Né en 1861 à la Garnache – Prêtre 19-6-1886

     Professeur à Richelieu 1885 – au Séminaire des Sables en 1889 – Vicaire à Bouin   

     1896 - Aumônier de l’Hôpital de Fontenay 1893 – Missionnaire diocésain 1911

     Curé de Martinet 1919 – Supérieur des Missionnaires de Martinet en 1921  + en 24

François Xavier FRÉNEAU                  52          18E2

      Né en 1888 à Belleville sur Vie – Prêtre 14-7-1912

     Vicaire à la Chapelle Palluau 1912 – Missionnaire Diocésain  à Martinet 1913, à

     St Michel en l’Herm 1921 – Curé de Grues 1924 – Missionnaire de la Plaine 1928

     Supérieur des Missionnaires de la Plaine 1947 – Missionnaire diocésain 1958 –

     Supérieur Maison du Landreau 1961 – Retiré au Landreau 1967    + 20-5-980.

 

Jean-Baptiste GRELIER                    17F note

     Né en 1877 à Froidfond – Prêtre 29-6-1903

     Vicaire à Longeville 1903 – à St André Goule d’Oie 1905 – à Aizenay 1910 –

     Missionnaire Diocésain 1911 – Curé de la Chaize le Vicomte 1928 – Aumônier à

     Union Chrétienne 1947 – à la Plage des Demoiselles St Jean de Monts 1955 –

     A l’Hospice des Sables 1957 -  + à Pouzauges 13-2-1958.

Aristide LECLESVE                          46         17H3

      Né 1873 au Pellerin (Loire Atlantique) – Prêtre diocèse de Nantes.

     Professeur au Petit Séminaire de Nantes – Décédé de maladie infectieuse à

      l’Armée d’Orient Ambulance 10/10 de Salonique 20-9-1917.

  Jacques LETORT                   46

        Né en 1873 à Mésanger (Loire Atlantique) – Prêtre diocèse de Nantes 29-06-1898

       Professeur à l’Externat 1898 – Vicaire à St Paul 1908, à St Nicolas 1919

       Curé du Pèlerin 1923, de Châteaubriant 1930, Chanoine,  Retiré 1947   + 1952.

Gabriel MARTIN        Né 21-4-1873 Chavagnes - Prêtre 19-12-1896              

       Professeur Richelieu 1-1-1896 – Vicaire aux Sables oct 1899 – Fontenay 1902

        Missionnaire diocésain 1904 – Directeur des Missionnaires Diocésains 1906

        Supérieur des Missionnaires Diocésains 1910

        Supérieur des Missionnaires de la Plaine 12 juillet 1928 – Départ à Bassac 1947

        Supérieur des Missionnaires de Ste Thérèse 1948 – Où + 14-10-1949

Valentin MARTIN       16     19A           Né 26-1-1868 Chavagnes – Prêtre 20-12-1890

        Vicaire Mareuil-sur-Lay 1891 – La Roche 1894 – Curé La Barre-de-Monts 1998

        Curé St Hilaire-du-Bois 1899 – Retiré Chavagnes 1927 –           Où + 17-9-1928

Julien MÉNARD          25         Né 1859 à Nantes –    Prêtre 28-6-1883 à Nantes

        Missionnaire Diocésain de Nantes 1883-1907  - Dir Œuvres Diocésaines 1907

        Chanoine Honoraire 1907 – Aumônier Hôpital Militaire Ancien Grand Séminaire,

        rue St Donatien 1914-1919 – Père spirituel Visitation 1930 – Doyen du Chapitre,

        membre du Conseil épiscopal 1932               -  + 7-1-1941.

Léon MOINARD                          14A5           Né 1875 à Maillezais – Prêtre 23-12-1899

        Vicaire à Pouzauges en 1900 – à Montaigu 1903 – Missionnaire diocésain 1907

        + aux Lucs sur Boulogne au cours de la mission 25-12-1924. (noyade accidentelle)

Armand MONNIER        30              Né en 1874          -   Prêtre de Luçon

        Professeur à Richelieu 1900 à 1910 – au Collège de Juilly – Curé du Tremblay (dioc

        de Versailles) 1910 à 1916  -         + 1936.

      

Pierre ORDONNEAU     7   79    86   15A6   18B6  18C9   18F5   18G6   19A3        

        Né 1882 à Saint Sornin -  Prêtre 22-12-1906.

        Etudiant à Angers 1906 – Vicaire à ND des Sables 1908 –Missionnaire Diocésain 09

        Vicaire Econome de Chaillé les Marais 1929 – Curé-doyen de Chaillé 1931 –

        Missionnaire de Ste Thérèse à Bassac 1947      -      + 25-11-1952.

Raphaël ORDONNEAU        15A6   15 E3       

        Né en 1893 à Saint Sornin – Prêtre en 1922.

        D’abord à Alger, puis à Tunis chez les Pères Blancs jusqu’en 1930.

        Missionnaire en Ouganda 1930-1958 – Retour en France en S.et O 1959-1970

        Maison de retraite de Pau 1970  + 15-11-1973.

Gaspard SARRAZIN        89           14A5            18G5  Né en 1885 aux Sables d’Olonne

        Prêtre 9-7-1911.- Vicaire à Montaigu 1911 – Missionnaire Diocésain 1912 –

        Tué à la guerre le 29-8-1918.

Benjamin TENAUD                       15B post-scriptum          18 E2

        Né en 1878 à St Etienne de Corcoué (Loire Atlantique) – Prêtre 22-12-1900

        Précepteur 1901 – Vicaire à St Jean de Fontenay le comte 1902 – à St Louis de

        la Roche  sur Yon 1904 – Missionnaire Diocésain 1907 – Chapelain au S.C. à la                   

        Roche/Yon  -  Retiré  en 1942 à Beaupreau puis à la Verrie     -    +  12-2-1944.

                                                                     

3. Les lettres


Les archives du Carmel de Lisieux conservent 249 lettres de Gabriel Martin. Les 27 lettres de 1914 à 1919 sont  adressées à Thérèse Grosseron. Elle était institutrice à St Hilaire de Loulay en 1908, quand  Gabriel Martin l’a aidée à discerner sa vocation de  carmélite. Elle est devenue sous-Prieure du Carmel de Lisieux (Mère Agnès étant Prieure)

 

14 A                                           Martinet 14 octobre 1914

§ 3 C’est sans doute un avertissement que le bon Dieu a voulu me donner de me tenir prêt ou une invitation à mieux vivre et à me mettre enfin décidément pour de bon à son service. Je m’aperçois hélas ! de plus en plus  que je n’ai pas encore sérieusement commencé. Je vois surtout très clairement combien je suis inhabile à remplir la tâche qui m’a été confiée, de fonder une œuvre comme la nôtre et de l’animer d’un ardent esprit d’apostolat. Aussi je prie la divine Bonté ou de me changer ou de  me mettre de côté. Elle me donne pour le moment un tel sentiment de mon impuissance et de mon inutilité que, à ce point de vue, je n’aurai aucune peine à aller, s’il le faut, affronter moi aussi les dangers de la guerre.  – J‘ai été exempté et je n’ai jamais fait de service militaire. Mais vous savez sans doute qu’on va rappeler et soumettre tous les réformés à un nouveau conseil de révision. Je n’en ai nulle inquiétude, car je me suis tout abandonné aux bras de mon Père et de ma Mère du ciel. Je suis sûr qu’ils décideront pour moi ce qu’il y a de meilleur. Dès lors, que pourrait-il y avoir de bon pour moi sur la terre en dehors de ce qu’ils auraient décidé dans les conseils de leur toute amoureuse Sagesse ? En tout cas, si je pars, ce ne sera sans doute pas avant décembre, et ce sera dans les infirmiers. Le bien n’y manquera pas à faire.

§ 4 Votre frère Abel est, je crois, toujours, à la Roche, Fabien, sur le théâtre des opérations[1]. Il me semble du moins l’avoir ainsi compris. Melle Cécile est naturellement inquiète pour ce petit frère et m’a fait dire de prier pour lui. Ce que je fais bien volontiers.

§ 5 Nous avons un de nos missionnaires, blessé. C’est le P. Sarrazin des Sables, un de nos jeunes. Il sert comme lieutenant de réserve. La blessure n’est pas grave et bientôt sans doute il va retourner au feu. Nous en avons deux autres, les P.P. Moinard et Denis, qui servent le premier dans un train sanitaire, le second dans une ambulance d’armée.

Je pense qu’au Carmel, vous ne ménagez ni les prières ni les expiations pour attirer la Miséricorde de Dieu. Je crois fermement qu’Il veut nous sauver ; autrement il nous aurait déjà laissé périr ! Mais au prix de quels sacrifices se fera  le rachat de la nation coupable ? Ah ! si les maîtres de la France, ceux qui détiennent le pouvoir, voulaient s’humilier devant Dieu, ce serait vite fait. Mais il leur faudrait désavouer leur passé, et ils sont trop orgueilleux. Ah ! tâchons du moins, par notre amour et notre fidélité dans les petites choses, par notre confiance et notre abandon, de toucher le Cœur de Celui qui est l’Infinie Justice et l’infinie Miséricorde. Et Thérèse ne disait-elle pas qu’il n’y a pas moins à attendre pour nous de la Justice de Dieu que de sa Miséricorde ?

§ 6 J’étais à Clamart et rendu au 21ème jour de ma grande retraite, quand la mobilisation m’a obligé à quitter ma solitude et à revenir ici par le plus court chemin. Désormais il faudra attendre la fin de la guerre avant de songer à entreprendre aucun voyage. – Un petit mot de votre part me serait agréable pour me donner des nouvelles de votre cher Carmel. De votre âme, je n’en demande pas, car je pense qu’elle vogue toujours vers son port de salut qui est le divin Cœur. Que dis-je ? Elle ne doit plus avoir besoin d’y voguer, mais d’y demeurer en paix, malgré les orages, les bourrasques, le froid, la pluie, la grêle etc… Puisse-t-elle si bien s’y enfermer, s’y enfoncer et s’y blottir, qu’elle y demeure sans en sortir et qu’elle reste là dans le grand oubli des créatures, détachée de tout, totalement occupée de Dieu, n’ayant plus d’autre occupation que d’aimer, mais aimer de telle sorte que, dans cette « sainte dilection », il n’y ait plus trace de l’amour de soi ni d’aucune autre chose créée, comme dit Ste Thérèse.

14 B                       Martinet  10 décembre 1914

§ 1 Je vous écris malgré que ce soit l’Avent, pour me recommander à vos prières. J’ai été pris Lundi dernier par le Conseil de révision, et, bien que je ne pense pas partir pour la caserne avant le premier de l’an, je vous écris néanmoins pour parer à toute surprise. Avant de le subir, j’avais beaucoup prié pour obtenir la solution la plus conforme au bon plaisir divin. Je suis sûr d’avoir été exaucé et c’est pourquoi je suis en paix. J’espère revenir sain et sauf de la guerre. Cependant il faut tout prévoir, et si les balles et la mitraille sont moins à craindre pour les infirmiers que  pour les combattants, nous avons davantage à redouter les épidémies qui commencent à se multiplier.  Aussi je fais mes préparatifs en conséquence. J’arrange toute chose comme si je ne devais pas revenir. Demandez, là encore, que le bon Dieu arrange tout en vue des seuls intérêts de sa gloire. Ses intérêts sont les miens. Il ne peut pas y avoir opposition entre ce qui procure sa gloire et ce qui me procure à moi le bonheur. C’est ainsi que le bonheur parfait se trouve dans le parfait accomplissement de la volonté divine. Que c’est donc heureux !  Et comme cela simplifie la vie de l’âme. Elle n’a qu’à se regarder à la lumière de la gloire de Dieu. Aussitôt elle trouve sa route. Et cette lumière est infaillible.

§ 6 Les récents conseils de révision, qui d’ailleurs se passent ici d’une manière ridicule, en dépit du bon sens, ont achevé de désorganiser notre pauvre maison… Nous sommes présentement 11 missionnaires mobilisés ou à la veille de l’être. Il en reste quatre à passer le Conseil, dont le P. Ordonneau, qui le subira le 24. Sans doute personne ne restera, sauf notre ancien, le P Forgeau[2], qui a dépassé l’âge d’être soldat. Dans tout le diocèse, c’est une véritable hécatombe de prêtres. Dans certains cantons, comme celui du Poiré, il ne va rester que 3 prêtres en tout. Quel fléau que cette guerre ! quel châtiment ! Mais aussi quelle miséricorde c’est et ce sera pour beaucoup, et espérons-le pour la France.

                      

15 B                       Martinet 17 mars 1915

            (les départs des missionnaires – les difficultés spirituelles des prêtres soldats)

     § 2 Car, quant à nous, missionnaires, c’est la semaine du grand et dernier départ. Je suis revenu Dimanche de Luçon, où je prêchais le Carême à la Cathédrale, faire ici mes derniers préparatifs et attendre ma feuille de route qui me viendra certainement aujourd’hui ou demain, puisque je dois entrer à la caserne pour samedi au plus tard. Je ne ferai partir cette lettre que lorsque je serai exactement fixé sur mon affectation.

§ 3 Je pars sans peine, puisque c’est la douce volonté de  Dieu que je parte. Je compte aller aux infirmiers (sic) mais, si, ce qui n’est pas tout à fait impossible, je devais être versé dans le rang et faire l’exercice pendant trois mois avant d’aller dans les tranchées, j’en bénirais encore le bon Dieu, parce qu’il est toujours aimable en tout ce qu’il fait. D’ailleurs je n’ai qu’un désir, c’est d’aller là où j’aurai le plus d’occasions de pratiquer la confiance en Dieu et la charité envers le prochain. Car je voudrais durant toute la durée de la guerre, ne vivre que de confiance, d’abandon et d’amour. J’en ai du moins le désir et j’espère que Notre Seigneur le bénira et me donnera de le réaliser. Mais je n’ignore pas que la caserne, même à l’heure actuelle, même dans les hôpitaux et ambulances, est, même pour les prêtres, un milieu très déprimant au point de vue spirituel, et qu’il faudrait, pour résister au terrible dissolvant que sont, pour une âme sacerdotale, le désoeuvrement, l’absence de la vie régulière, la privation des exercices de  piété, la contagion des exemples déprimants, l’agacement d’une discipline mal appliquée, la fatigue etc. etc. qu’il faudrait, dis-je, pour résister à tout cela, une vertu solide que je suis très loin d’avoir. Aussi  vous voudrez bien, tant que mon épreuve durera, prier pour moi, je ne dis pas plus longuement que d’ordinaire, mais avec un plus ardent désir de m’obtenir les grâces dont j’aurai si grand besoin. Dieu merci, ce n’est pas la souffrance qui m’effraie et il me semble que je n’ai pas peur non plus de mourir. Ma seule crainte est que ma vie intérieure n’en subisse du dommage et que je redevienne le prêtre routinier, terre à terre, que pourtant j’aurais horreur d’être. Vous vous souviendrez qu’il fut un temps – et ce temps a duré de longs mois – durant lequel, voulant vous donner tout à Dieu, j’ai porté votre âme  dans mon cœur de prêtre, avec une tendresse de père. Vous n’avez jamais su à quel point les moindres choses vous concernant, me tenaient alors à cœur : comment à chacun de vos pas en avant vers le cloître, à chacun des élans de votre âme vers le Dieu qui vous avait traitée avec tant d’amour, je tressaillais de joie et d’espérance ; comment au contraire, quand quelque sujet de crainte venait à se produire, j’en étais affecté, quoique sans découragement, car j’avais la certitude intime que d’en-haut l’on vous tenait et que l’on ne vous abandonnerait plus… Tant que vous n’avez été que postulante ou novice, j’étais heureux mais quelque chose manquait encore à mon bonheur. Celui-ci n’a été complet que le jour où je vous ai vue carmélite pour toujours, quand je me suis dit que rien, ni la volonté des créatures, ni la maladie ne pourrait vous détacher de l’idéal que j’avais entrevu et désiré pour vous… Si vous étiez prêtre, vous sauriez à quelles profondeurs (sic) a atteint dans mon âme la joie dont je parle. Car je crois qu’il faut être prêtre pour la goûter dans sa plénitude : la joie de donner à Dieu une  âme qui désormais est toute à Lui. Je n’ai guère éprouvé qu’une autre fois le même bonheur à ce degré. C’est il y a peu de temps, en donnant au Carmel de Luçon une petite postulante, sur laquelle je fonde aussi les plus grandes espérances. Mais elle n’est que postulante et, à ma joie, quoique très profonde, il manque l’assurance de l’avenir. Et le démon a fait rage. Mais la Sainte Vierge a été plus forte. Cependant ayez l’intention quelquefois de prier pour elle. C’est une petite sœur à vous, puisque c’est une de mes enfants. (Ce n’est pas celle que j’avais proposée à Lisieux pour le voile blanc mais une autre.) Mais surtout, priez pour moi et aidez-moi comme jadis j’ai essayé de vous aider. J’y compte, et vous verrez la joie qu’il y a à aider une âme de prêtre à se donner toute à Dieu. Recommandez-moi surtout à notre Mère du ciel et à notre chère petite sainte. J’ai fait un vœu à la Sainte Vierge, si elle ramène sains et saufs après la guerre, les 15 missionnaires mobilisés [3]. Je suis sûr qu’elle nous exaucera. Nous en avons déjà un malade de la scarlatine ou quelque autre mauvaise fièvre. Mais c’est une raison de plus d’avoir confiance que notre chère Mère nous sauvera tous.

      15 D                           Institution Richelieu Hôpital temporaire  avril 1915

      § 1 Avez-vous bien reçu la carte, par laquelle je vous annonçais mercredi mon affectation à Richelieu ? En tout cas, cette lettre-ci vous fixera définitivement.  (….)

        § 2 Je suis bien habitué à mes nouvelles fonctions. Je suis pour le moment infirmier de salle et je m’occupe de pansements et de massages. Comme infirmier de salle, j’ai des blessés dont je m’occupe actuellement. Je fais le ménage, les lits, je lave la vaisselle, je chauffe le poêle et je rends tous les petits services intimes que vous devinez. Cela me plaît, parce que je pense aux abaissements de N.S. et aux occupations de la Ste Vierge à Nazareth [4]. – Mais je préfère par goût panser les plaies. Jadis j’y aurais éprouvé une grande répugnance. Mais la grâce  d’état a opéré merveilleusement, et je n’éprouve aucune impression désagréable, mais seulement beaucoup de compassion et de la joie. de pouvoir soulager les membres souffrants de N.S. Je suis dans le service du Dr Moreau, le chirurgien de la Roche, et avec de braves gens. J’ai même si peu à pâtir que, si j’avais fait des démarches pour venir ici, j’aurais peur d’avoir été contre le dessein de la Providence. Mais je n’ai rien demandé ni rien désiré. Je n’ai eu qu’à accepter ce qui m’a été offert.

         § 3 La plus grande peine est d’avoir beaucoup de peine à vivre dans l’union d’esprit avec Jésus. Pour la volonté, çà y est bien… Mais pour le reste, c’est si fugitif que c’est à peine si je puis le saisir au passage, comme un éclair éteint aussitôt que paru. Cependant je ne désire sur ce point que ce qu’Il voudra me donner. Priez cependant pour qu’il n’y ait pas de ma faute, si je ne fais pas mieux.

 

15 E     Hôpital temporaire Richelieu à Luçon

     Il prêche aux soldats à la cathédrale ; puis çà lui est interdit.

     § 2 Nous avons ici à notre hôpital une trentaine de soldats, appartenant au 119ème Rg d’Infanterie de Lisieux, arrivés depuis quelques jours, d’autres qui, sans être de ce régiment, sont cependant de votre région. L’un d’eux, de Caen, qui a l’air très pieux, m’a dit la confiance qu’il avait en Sœur Thérèse, laquelle a guéri l’an dernier son père. Et maintenant il voudrait la même grâce pour sa mère qui est malade à son tour.

      § 3 Il y a quelques semaines, j’ai eu la joie de faire faire la Première Communion à un homme de Honfleur, que j’ai ensuite marié religieusement (il l’était au civil depuis 12 ans). Ensuite Monseigneur l’a confirmé. Çà m’a été une vraie consolation. Malheureusement je ne puis plus faire de ministère comme dans les premiers temps de mon séjour ici. A peu près chaque soir, soit à la cathédrale pour les soldats de la garnison, soit à la chapelle de Richelieu pour nos blessés, j’avais le bonheur de pouvoir prendre la parole, encourager, consoler, faire du bien. Mais la franc-maçonnerie veillait. Un certain personnage, de conduite scandaleuse, m’a dénoncé à l’autorité militaire, laquelle a prescrit une enquête, à la suite de laquelle, grâce au zèle exagéré du Commandant de la Place de Luçon, interdiction m’a été faite de prêcher, non seulement à la Cathédrale mais encore dans les chapelles de la ville. Depuis ce temps, je me repose. Et, comme tout est providentiel, je bénis le bon Dieu de ce qu’il a permis en cette occasion. C’est peut-être pour mon bien. Car je commençais à être bien fatigué et sans doute je n’aurais pas pu continuer toujours ce que j’avais entrepris. Ma peine la plus grande est de voir que nos sectaires ne désarment pas et qu’ils continuent à offenser Dieu et à retarder ainsi le salut de la France.[5]

      § 4 Pour me dédommager de mon silence forcé, je vais de temps en temps prêcher à la grille du Carmel. Comme il n’y a personne dans la chapelle, on  ne peut rien me dire, puisque, à en juger du dehors, c’est comme si je prêchais dans le désert [6].

  

16 B      Nantes Hôpital Broussais 26 septembre 1916

 

§ 2 Et nous sommes toujours en guerre, sans voir plus clair qu’il y a un an quand cela finira. Le « lointain brumeux », comme dit le ministre anglais, où nous voyons poindre la victoire est si brumeux et si lointain que c’est impossible de mesurer la distance qui nous en sépare. Quels sont en cela les desseins de Dieu ? Bien fin serait et bien éclairé, qui pourrait le dire. Mais qu’importe de chercher à le savoir. Une chose devrait suffire à chacun de nous : savoir ce que le bon Dieu attend de lui pendant cette épreuve. Personnellement je ne puis en douter. Il me semble que le bon Dieu veut me donner le temps et le moyen de me sanctifier, pour que, la guerre finie, je commence à être enfin entre ses mains un instrument de grâce et de salut pour les pauvres pécheurs. Bénissez-le avec moi des désirs persévérants, ardents et confiants qu’il me donne à cet égard et que je dois à sa Miséricorde d’abord, ensuite à vos bonnes prières et à celles de plusieurs autres âmes très dévouées, qui ont la grande charité, je le sais, de me recommander souvent à son infinie bonté. Continuez  à le prier pour que je réponde fidèlement toujours à un si grand amour et en particulier à l’attrait si extraordinaire qu’il me donne pour ne faire qu’un avec Lui, mon prêtre et mon hostie[7]. Etre prêtre avec Jésus et hostie aussi… Prêtre en Lui et Lui en moi, et hostie de même…  Etre à tout instant son hostie, en lui procurant sans cesse la matière sans cesse renouvelée de son sacrifice, lui permettre d’être toujours dans l’exercice de son sacerdoce… Etre toujours son prêtre aussi… continuer son immolation à Lui, la renouveler chaque matin au saint autel, et à toute heure du jour en désir, partout où il veut être offert à son Père, sur la croix et sur l’autel.  Et passer  toute une vie ainsi dans cette intimité, dans cette unité d’une victime aux mains de son prêtre et d’un prêtre en face de sa victime… aider ainsi au salut du monde et puis finir par l’extase sans fin de la communion éternelle… Je ne donnerai pas en vérité le moindre des biens, que je trouve dans de si doux rapports avec Jésus, pour tout l’empire du monde. Mais voyez si j’ai besoin d’être fidèle. Je compte sur le secours de vos bonnes prières. Oui, demandez instamment pour moi la fidélité. L’amour de Jésus est sans mesure pour moi. Il me suffirait de le suivre et de répondre toujours à ses divines avances, pour arriver à la perfection de l’Amour. Priez donc pour qu’un jour nous nous trouvions réunis sur son divin sommet du pur et divin amour.

§ 3  Je suis toujours à Nantes, à l’hôpital Broussais, et présentement il n’est plus question de notre départ pour le front. Il paraît certain désormais que ceux de mon âge n’iront pas à Salonique. Pour ce qui est d’aller au front français, c’est vraisemblable. Mais ce sera, j’imagine, pour aller dans les ambulances et non sur les champs de bataille. Aussi rassurez-vous sur mon sort. Ma santé s’est également raffermie. Je vais bien à condition de ne pas faire attention aux petites misères, inhérentes à mon tempérament et que je traînerai jusqu’à la mort sans doute : croix légère et bénigne mais persistante, que je regarde comme l’un des présents les plus aimables que Jésus m’ait faits sur cette terre. Mon salut d’ailleurs s’y trouve peut-être bien attaché et, je le crois aussi, le salut de plusieurs autres âmes.

§ 4 Notre vie est humainement fort terre à terre. Après avoir soigné quelques personnages fort peu intéressants et de pauvres soldats russes galeux, nous nous trouvons actuellement sans malade ni blessés. Nous passons notre temps à faire des nettoyages de salles, à transporter et installer des lits, des meubles etc… Il arrive même que nous n’avons rien à faire. Ainsi ce soir, le sergent est sorti en emportant toutes les clés.  Impossible de travailler. J’en profite pour vous écrire. Mais jamais je n’avais si bien compris pourquoi Notre Seigneur a voulu passer 30 ans sur 33 dans l’obscurité de la vie cachée et les plus humbles emplois. Ce matin, j’ai eu ,en tout et pour tout, une trentaine de petites pointes à enfoncer dans des murs. Il faut vous dire que c’était une délicatesse de notre sergent de me donner à faire ce travail qui n’en était pas un. J’ai été touché de sa délicatesse mais pas autant certes que de l’amour de notre bon Jésus, qui a bien voulu, pour nous mériter la grâce de pouvoir sanctifier cette minime occupation, tenir avant moi le marteau et frapper sur ces clous, comme je devais le faire un jour sur ces pointes. Et j’étais par moments bien ému en enfonçant mes petites pointes dans la muraille.

§ 5 Vous voyez maintenant à quoi je passe ma vie. La semaine dernière, j’ai pu aller à Martinet pour notre pèlerinage du 19. J’y ai passé quelques très heureux jours dans le calme et la solitude. La Sainte Vierge a été bien bonne de nous donner, malgré de sérieuses annonces de pluies, un temps ravissant pour toutes nos cérémonies [8]. Nous avons eu bien du monde, très recueilli, très fervent. On a beaucoup et bien prié. Et quelle joie de penser que la gloire de notre divine Mère s’en est trouvée accrue d’un éclat qui lui restera éternellement ! ...

 

 

 

 

17 A                              Nantes 17 février 1917

 

                 § 3 Affecté au cabanon – § 4 Nouvelles des missionnaires

§ 3 Vous me demandez de mes nouvelles. Je suis toujours à Nantes, hôpital Broussais. Seulement depuis 15 jours, j’ai changé d’emploi. Je suis maintenant affecté au cabanon qui est l’endroit où l’on enferme les punis de prison et les fous en observation. J’y suis très heureux, (autant qu’on peut l’être toutefois dans les circonstances présentes) je veux dire que, quoique assez pris à certains points de vue, j’y ai cependant beaucoup de temps libre pour lire, travailler et prier. C’est encore une gâterie  de ma Mère du ciel, qui, depuis deux ans que je l’ai établie ma seconde Providence, n’a pas cessé de multiplier en ma faveur les preuves les plus touchantes de sa délicatesse maternelle. Je puis aussi faire quelque bien à nos pensionnaires, ce dont j’étais privé depuis fort longtemps.

§ 4 Tous mes chers confrères, hélas ! ne sont pas aussi bien partagé que moi, à commencer par le Père Carré, dont une lettre reçue ce matin m’apprend qu’il vient d’être versé dans l’infanterie. Le pauvre, que je le plains ! Mais il est résigné, calme et bien abandonné à la Providence. Dès lors tout est bien. – Le P. Ordonneau est toujours dans le secteur très dangereux de Verdun : jusqu’à ce jour, visiblement protégé par la Ste Vierge et la petite Thérèse, à qui il se recommande souvent. La plupart des autres missionnaires sont en divers points du front français, un à Salonique. Nous ne restons plus que deux dans les hôpitaux. Quand partirai-je pour le front ? Je ne me pose plus la question. Je l’ai depuis longtemps abandonnée à qui seul peut la régler à mon avantage, ou plutôt au sien, car il est bien entendu que Lui doit passer avant et se servir le premier, car j’estime qu’il ne peut rien m’arriver de meilleur que ce qui rendra le plus de gloire à Dieu et sera le plus de nature à réjouir le Cœur de Jésus.

§ 5 Priez et faites prier pour moi. Le besoin que j’en ai est très grand. Car je porte la responsabilité de grandes grâces pour moi et pour d’autres. Oh ! demandez bien que je réalise parfa1itement tout ce que Dieu attend de moi et qu’il a eu en vue en me créant, rien de plus, rien de moins. Tout mon désir est là

 

17 B            Nantes Dépôt des Orphelins    27 mars 1917

Annonce du départ à Salonique 

§ 1 La bonne Providence a permis que je sois désigné pour partir prochainement à Salonique. Vous voudrez bien la bénir avec moi. Je suis jusqu’à présent très heureux d’avoir à accomplir cette divine volonté qui va me donner et me donne dès maintenant de plus nombreuses et meilleures occasions de vivre de confiance, d’abandon et d’amour. Cependant, comme ces bonnes dispositions ne viennent pas de moi mais de la bonté de mon divin Maître, vous voudrez bien le prier pour moi d’une manière un peu particulière, pour qu’il me continue, tant qu’il en sera besoin, l’abondance de sa grâce et qu’il me rende fidèle et généreux à y correspondre.

17 F **                        + Salonique                                                  le 20 août 1917

CARTE POSTALE

Bien chère fille en Jésus,

Vos bonnes prières ont été exaucées. Après une excellente traversée, je suis arrivé en bonne santé ici, le surlendemain de l’Assomption [9].  Maintenant j’attends mon affectation dans un hôpital ou dans une ambulance. La bonne Providence qui m’a toujours bien servi ne manquera pas encore de le faire. Ma santé est bonne. Et je dors bien sur la terre nue d’Orient, mieux que sur les couchettes du bateau, où la chaleur était plus grande. – Priez surtout pour que je profite comme il faut de l’épreuve présente. Je voudrais tant que moi-même et les âmes qui me sont chères et celles des pauvres pécheurs puissions en retirer de grandes grâces de sanctification et de salut. Recommandez-nous chaque jour à votre chère petite sainte, qui m’a donné q.q. chose de son abandon, mais à qui il faut demander de me donner ses autres vertus. Mon respectueux souvenir à toutes. Que Jésus vous bénisse.

17 G                                     + Hôpitaux en construction S. Postal 510    A.O.

(écrit d’une autre main : 30-8-17)                               

     § 1 La carte par laquelle je vous annonçais mon heureuse arrivée à Salonique était à peine partie que je recevais la vôtre, expédiée au début du mois, avec reliques et neuvaine à la Ste Trinité… – Les prières qui composent celle-ci me plaisent beaucoup et je viens d’en commencer la récitation pour obtenir la vertu de patience. Car je crois que le bon Dieu m’a amené ici et m’y gardera pour me donner des occasions de grandir dans cette vertu, ce dont je lui suis très reconnaissant. Les occasions ne manquent pas en effet, d’autant plus que la fatigue met dans un état d’irascibilité nerveuse qui, vous le savez bien, rend pénibles parfois les plus petites choses. Et si cela continue, nous en aurons de grandes à supporter. Car le plus probable paraît être que l’on va nous envoyer dans les ambulances du front. Pendant ce temps, de tout jeunes gens resteront à Salonique. Mais c’est notre rôle de partager ici-bas la croix du bon Maître. Son royaume n’est pas de ce monde : le nôtre non plus. Mais plus tard, bientôt, dans le ciel, comme nous nous dédommagerons 

        § 2 Ce n’est pas l’un des moindres avantages de cette vie de privation que d’habituer à vivre dans la privation des choses même nécessaires. N’avoir pas un brin de paille pour se coucher, pas de table pour manger, pas d’abri pour se garder contre un soleil de plomb, et sous ce soleil, défoncer à la pioche une terre très dure, voilà qui manque de confortable, mais non point pourtant de charme, puisque cela détache et que c’est la volonté de Jésus.

§ 3 Je trouve que les Juifs étaient bien malheureux qui, ayant suspendu leurs lyres aux saules de Sion, déclaraient ne pas pouvoir chanter les cantiques du Seigneur sur la terre étrangère. Ah ! je pense qu’au moins ils le louaient dans le fond de leur cœur.  Car je ne trouve pas de plus douce joie, et souvent c’est bien la seule, que de redire sur cette terre, peuplée de Juifs, de Turcs et de schismatiques, la gloire du Père, du Fils et du St Esprit et les louanges de la Mère de Dieu. Si j’osais, je dirais que rien que cela vaut le voyage… et la peine.

§ 4 J’ai visité les ruines, laissées par l’incendie. C’est la mort et la désolation. La veille, nous avions traversé ces quartiers si bruyants, si peuplés. Quel changement. Parfaite image de l’instabilité des choses humaines  [10].

        Aussi, comme vous avez raison de mettre votre bonheur dans le détachement de tout le créé !... Oui, je sens de loin que votre âme est très libre. Que Jésus en soit béni et petite Thérèse qui vous y ont aidée.

         Merci de m’avoir dit la nouvelle exhumation des restes de la petite sainte. Tenez-moi toujours au courant de ce qui intéresse sa cause [11]. – MM Bertet et Billaud vous remercient 1000 fois de vos bonnes prières.

 

 

17 H                        + Ambulance 13/21 b     S.P. 502                           le 7 Nov 1917                                           

§ 1 C’est à Koritza en Albanie [12]… à 300 kilomètres de Salonique, que votre bonne lettre du 15 Octobre est venue me trouver. J’en ai eu une très douce joie, car vous ne m’y parlez que de ce qui me tient le plus à cœur en ce monde ; et aussi un regret, celui de m’être laissé devancer et d’avoir tant tardé, malgré ma promesse, à vous donner de mes nouvelles. Il est vrai que j’ai une excuse dans le travail que j’ai dû fournir depuis mon arrivée ici dans le bureau, où j’ai été placé et où pour l’ordinaire je suis pris à écrire jusqu’à neuf heures du soir, presque sans répit.

17 I          + R.M.S.  S. Postal 510    A.O.                14-12-17

§ 1 Ma campagne d’Albanie est finie. Me voici depuis hier de retour à Salonique et, parce que la chère petite Sainte n’a pas moins protégé mon retour que mon aller, je veux sans retard vous écrire pour rendre témoignage à la bonté et à la puissance d’intercession de celle que, je le vois de plus en plus, on n’invoque pas en vain. Je ne puis entrer dans les détails, mais à cinq ou six reprises, il a été manifeste pour moi qu’une main céleste et délicate m’apportait juste au moment utile le secours dont j’avais besoin. Sachant mon départ prochain,  j’avais fait une neuvaine à la chère Sainte. Elle m’a largement exaucé. Mais une fois de plus aussi, je vois qu’il y a des faveurs d’ordre humain, qu’on reçoit dans la mesure où on était prêt à y renoncer pour l’amour de Dieu. Cette fois, je n’ai pas pu, comme à l’aller, cueillir une petite couronne de fleurs, si modeste fût-elle. Elles étaient toutes gelées dans ces monts d’Albanie et puis, d’en haut, on a conduit mon voyage si rondement que je n’aurais pas eu le temps de cueillir les moindres fleurs le long de ma route.

§ 2 A ce propos, je pense que vous avez bien reçu ma lettre, datée de Koritza, et la modeste couronne de fleurs champêtres qu’elle contenait. Vous voudrez bien cependant me le dire, car je n’ai pas encore votre réponse.

§ 3 Maintenant mon adresse est : « Réserve du Matériel Sanitaire  Secteur Postal 510  Armée d’Orient. » Vous voyez que je reprends les mêmes occupations qu’à Marseille, et combien j’ai besoin d’y mettre d’amour divin pour relever un  si modeste emploi. Je ne vous cache pas pourtant que ce n’est pas sans joie que je vais m’y livrer, puisqu’il me rendra plus semblable à Jésus ouvrier. Mais continuez à m’aider de vos bonnes prières : j’en ai toujours un grand besoin, étant toujours la faiblesse même.

18 A                              RMS  SP   516 AG                                  30-1-18

§ 5 Voilà bientôt deux mois que je suis de retour à Salonique. Je fais le porte-faix et cet emploi, l’un des derniers de la maison, est tout ce qu’il me faut et me convient très bien. Au moins je ne pourrai pas songer à en tirer vanité, mais j’y rencontre souvent de petites humiliations très salutaires, ne serait-ce que celle de paraître mou ou paresseux, quand je ne puis pas porter, avec autant d’aisance que d’autres, les poids un peu lourds. Entre ces poids, je préfère ceux qui se portent sur l’épaule ou sur le dos, comme la croix. Il est si doux alors et si bon de penser à Jésus !...

§ 6 Avec cela, ma santé reste bonne… Je continue à avoir toutes facilités pour dire la messe, le bréviaire et visiter le saint Sacrement. Je ne sais en vérité comment je pourrai remercier dignement notre doux Sauveur d’avoir voulu que, partout où j’irais durant cette guerre, son Hostie sainte s’y trouvât ; et que j’eusse du temps  pour aller l’adorer et lui dire mon amour et mes désirs. Son cœur blessé m’attire de plus en plus. Ah ! que je voudrais bien le faire régner en moi, autour de moi ! et comme il me tarde par moment de pouvoir reprendre ma liberté et recouvrer le droit de parler de Lui pour le faire aimer. Mais je n’en suis pas digne comme non plus je ne suis pas prêt. Aidez-moi donc à obtenir cette dernière et suprême conversion, dont Dieu me donne un si ardent désir. Vous ne pouvez ni me faire un plus grand plaisir ni me rendre de plus utile service [13].

18 C                   RMS   SP  510                                       le 4 mai 1918

 

Pourquoi la guerre ? réponse fréquente à cette époque… :  punition

§ 6 Et la guerre dure toujours. Comme disait un médecin, elle est devenue chez les nations, une maladie chronique très difficile à guérir. Et il est certain qu’humainement parlant, on ne voit pas d’issue possible avant de longues années. Car les gdes batailles paraissent finies pour ce printemps. Les adversaires vont s’établir chacun sur leurs nouvelles positions et recommencer à se regarder, comme avant cette terrible bataille. A l’automne ou au printemps, on recommencera à se battre et puis l’on continuera à se regarder, et ainsi de suite. Mais le bon Dieu n’a pas dit son dernier mot. En Vendée et dans toute la région, un élan spontané et sincère soulève les fidèles et les emporte vers le Sacré Cœur. Les faits de Loublande [14] prennent de plus en plus d’importance. Sans se prononcer officiellement, l’Evêque de Poitiers parle et agit de telle manière qu’on ne peut s’y méprendre. Il est absolument favorable à la cause de Claire Ferchaud, et le mouvement populaire toujours grandissant, qui entraîne les fidèles à Loublande, se produit avec son consentement et son approbation. L’évêque de Luçon est également tout favorable et les milieux ecclésiastiques officiels aussi. Ce sont, je crois, les seuls éléments sérieux d’appréciation, que nous possédions, nous qui ignorons tout ou presque tout des faits en eux-mêmes et des preuves de leur authenticité, fournies par la jeune voyante. Tout cela me cause personnellement beaucoup de consolation, car les projets de zèle, que le bon Dieu m’inspire pour l’avenir et cela depuis plusieurs années, bien avant qu’il fût question de Claire F., cadrent exactement avec ceux qu’elle semble tenir du ciel. Le règne du Sacré cœur par la prière et la pénitence, mais aussi par le moyen de la vraie dévotion à  la Ste Vierge, me ravit et m’inspire un vif désir d’y travailler pour ma part autant qu’il est en mon pouvoir.

§ 7 Ma santé continue d’être bonne. Nous voici pourtant à l’époque des premières chaleurs, toujours débilitantes. J’espère les supporter d’autant mieux que je n’ai, depuis la fin de Janvier, aucun travail  de force. Je travaille dans un bureau, où l’on reçoit et d’où l’on expédie en France toutes les successions des pauvres militaires qui décèdent en Orient, dans les régiments ou les hôpitaux. J’y suis en bonne compagnie : j’y vis dans le calme et je n’y suis pas surchargé.

§ 8 Il va sans doute y avoir un petit changement dans l’emploi de mon temps. L’aumônier de la flotte, à bord du navire amiral, partant en permission après-demain pour deux mois, je vais très probablement le remplacer, le dimanche. Sur semaine, je continuerai mon travail comme auparavant. Le dimanche, je serai aumônier. Je dois cet avantage à l’amiral lui-même, qui est un Vendéen de St Sornin, aussi remarquable comme chrétien que comme marin. Le P. Ordonneau le connaît beaucoup, intimement même, son père ayant été régisseur dans la famille de l’amiral [15].

§ 9 De ce cher P. Ordonneau, j’ai eu assez récemment de bonnes nouvelles. Il n’avait pas encore été engagé dans la grande bataille. Continuez à prier pour lui. Depuis longtemps, je n’ai rien reçu du P. Carré. C’est le plus malheureux de tous, car il est dans le rang comme simple combattant. Je suis heureux de savoir vos frères en bonne santé.

Je termine ma lettre la veille de l’Ascension. Je prierai particulièrement pour vous demain. Ah ! ce ciel, cette maison du Père de Famille, où, étant chez Lui, nous serons chez nous, où Jésus nous servira Lui-même à l’ineffable festin de son amour !

  18 D                                RMS                                 2 juin 1918

 

§ 6 Ah ! il faudrait qu’un grand feu s’allumât dans le monde, véritable incendie, pour le purifier et le régénérer… C’est par les prêtres qu’il doit se répandre. Mais c’est par vous qu’il doit, pour une part, s’allumer, s’entretenir et devenir sans cesse plus ardent. N’êtes-vous pas, vous, épouses de Jésus, les Mères des âmes, comme disait l’angélique Thérèse [16]. Et comment le serez-vous sinon  par l’amour ? Ah ! quand vous pensez à ce divin Amour, quand vous le désirez, le demandez, et que Jésus vous le donne, ne le désirez pas pour vous seule, ne le recevez pas pour vous seule ; mais désirez ardemment et demandez avec instances qu’il se répande, se communique et embrase le monde. Appelez-en surtout l’effusion sur les prêtres. C’est une chose qu’une Carmélite, à ce qu’il me semble du moins, ne devrait jamais perdre de vue. Puisque le zèle de la maison du Seigneur est sa devise, il doit être sa règle de vie, sa vie même, et, parce que dans les desseins de la Providence, ce sont les prêtres qui doivent principalement être les zélateurs de la gloire de Dieu et de son amour, en ce sens du moins que ce sont eux qui doivent exercer le zèle parmi les hommes, votre rôle c’est d’obtenir  que les prêtres deviennent de vrais foyers d’amour qui embraseront le monde [17].

§ 7 Plus que jamais, c’est l’heure d’y penser. La guerre sans doute est entrée dans sa dernière phase : elle ne saurait tarder à finir, mais malheur à la France et malheur à l’Eglise, si l’une et l’autre ne trouvent pas pour les restaurer et les servir des prêtres de feu, dévorés par le zèle, consumés par l’amour.

§ 8 Ne pensez pas d’ailleurs que je trace ces lignes dans un moment de ferveur sensible et d’exaltation. Non, je les écris avec un sentiment plus vrai et plus profond que jamais de mon inexprimable misère et de mon impuissance à tout bien : avec la claire vue de mon inutilité et du grand abus que je fais depuis longtemps des grâces du bon Dieu. Je vois que je n’ai encore rien fait pour lui. Je n’ai pas même commencé à le servir véritablement comme il mérite de l’être. J’avais compté sur la guerre pour me préparer ; la guerre s’achève et me laissera aussi imparfait qu’elle m’a trouvé. Et c’est précisément parce que j’expérimente toute la pauvreté de ma vertu et la faiblesse de mon amour pour le bon Maître, que je vous crie : «  Ah ! puisque dans sa bonté, il a de nouveau dilaté votre âme, courez dans la voie de l’amour… courez et nous courrons après vous. .. » [18]

§ 9 Malgré ce que je viens d’écrire, ne pensez pas que j’aie rien perdu de ma confiance en Dieu, ni rien retranché à mes espérances non plus qu’à mes désirs de faire régner le Sacré-Cœur, en dehors duquel il n’y a pas d’espoir de salut. Aussi ardemment que jamais, je le désire. Mais Jésus lui-même s’arrange pour que je sache bien que ces désirs viennent de Lui, non de moi, pour que, si un jour il lui plaît de les réaliser, je sache par expérience à qui je devrai en attribuer le succès

§ 10 Parmi les joies que m’a apportées votre lettre, ce n’en est pas une petite non plus que celle que j’ai éprouvée, en lisant que, pour la béatification (il avait écrit « canonisation » qu’il a rayée) de la chère petite sainte, j’aurai mon mot à dire pour la louer, la chanter. Je n’aurais vraiment pas osé l’espérer.Aussi ma reconnaissance n’en est-elle que plus grande pour votre bonne petite Mère, à qui vous voudrez bien l’exprimer, en même temps que vous lui direz avec quelle joie j’accepte l’honneur qu’elle veut bien me faire [19]. Je suis heureux de savoir sa santé meilleure et je vais prier plus encore pour que Jésus la conserve sur la terre jusqu’au triomphe de sa Thérèse et encore après, s’il plaît à sa divine Bonté.

§ 11 On parle depuis quelque temps comme d’une chose possible du prochain rapatriement en France des vieilles classes, dont je suis. Ne sachant ce qui vaut le mieux pour moi, je m’en remets à la Providence. Mes deux confrères, MM Bertet et Billaud désirent ardemment le retour au pays natal. M. Bertet a d’autant plus de raisons de le désirer que le climat de Salonique ne lui est pas très sain. Il est encore fatigué de ce temps-ci, mais il va mieux. J’ai eu également une journée de forte fièvre, la semaine dernière. Ce n’est pas du paludisme. Cet accès ne compromet donc pas l’avenir. J’ai offert à M. Bertet, depuis longtemps déjà, votre bon souvenir auquel il a été sensible. Il se recommande à vos bonnes prières.

§ 12 Je suis inquiet du P. Ordonneau. Il m’écrivait le 15 mai d’un point du front, où récemment les Allemands ont passé en rafale et ont dû tout tuer ou tout emporter. Qu’il me tarde d’avoir de ses nouvelles ! Et quelle douleur j’aurais, si Dieu permettait qu’il lui arrivât malheur. Mais je compte toujours, pour mes confrères et pour moi, sur la protection de notre chère Mère du Ciel, à qui tant de fois nous nous sommes recommandés. Votre petite sainte aussi nous protègera. J’y compte.

18 E                                RMS      SF  510     AO                    1er juillet 1918

Inquiet de ses Missionnaires mobilisés – Il étudie Thérèse de Lisieux.

§ 1 (…) Et voici qu’à l’heure où la divine Providence me console, en finissant votre épreuve, une autre arrive d’une autre sorte, mais combien douloureuse aussi. Vous savez sans doute que le P. Ordonneau, avec deux autres prêtres de Vendée a disparu au Chemin des Dames, à la fin de Mai. Prisonnier ? On le dit. Prisonnier et blessé ? On le dit aussi. J’attends avec anxiété une lettre de France qui me fixe sur son sort. A vrai dire, je ne crois pas, je ne veux pas croire qu’il soit mort. Je garde l’espoir que la Ste Vierge et Sr Thérèse, ses deux grandes célestes protectrices l’auront gardé et le garderont encore de la mort. Mais vous savez assez, d’une part l’affection qui me lie à lui, de l’autre la confiance qu’il a dans vos prières et celles de votre cher Carmel. Alors vous prierez bien, n’est-ce pas, beaucoup et vous ferez prier pour lui.

Le Père Carré a eu le bonheur d’être en permission au moment qui eût été pour lui le plus dangereux. Un autre s’est trouvé dans le même cas. Un autre encore,  mon petit Père Fréneau[20] a pu juste s’échapper de son ambulance. Le P. Tenaud, dans la sienne, est tous les jours bombardé. D’autres encore sont en danger. C’est moi le plus favorisé, puisque je suis le moins exposé. Il me semble que j’ai en revanche la charge de prier pour eux  tous. Je vous demande de m’aider.

J’ai bien reçu, voici une quinzaine de jours, votre envoi. Merci. Mais je dois un merci spécial aussi à votre vénérée petite Mère, pour la délicatesse qu’elle a eue de joindre quelques souvenirs plus intimes.  Elle m’a fait un très grand plaisir. Ayez, je vous prie, la bonté de lui remettre la lettre à son adresse, qui accompagne celle-ci. Je veux aussi la remercier d’avoir pensé à moi pour les fêtes de la Béatification. Rien n’aurait pu - venant d’elle - m’être plus agréable… Je ne sais si je m’arrêterai définitivement à cette idée, mais la première pensée qui m’est venue a été de célébrer en Thérèse l’apôtre et de parler de son zèle. Il m’a semblé que cela conviendrait à un « missionnaire », puisque le zèle est aussi sa vocation et qu’à ce pauvre missionnaire, entièrement pauvre en mérite, en vertu, en tout, cela vaudrait un accroissement de zèle véritable. Si vous saviez combien je le souhaite ! [21]

En attendant, je fais mes délices de « l’Histoire d’une âme ». Il y avait quatre ans bientôt que je ne l’avais pas relue en entier. J’y trouve autant d’intérêt et de joie surnaturelle et de profit que la première fois [22]. C’est une mine inépuisable… Je me rends compte aussi qu’il y a des choses, que je n’avais pas bien comprises autrefois. De dures années d’épreuve me servent maintenant à en avoir une plus parfaite intelligence… Et je vois qu’il me manque beaucoup de choses pour arriver à la véritable vie d’enfance spirituelle. Cependant je ne désespère pas d’y atteindre, et cette espérance,  même acquise au milieu de ma grande misère, malgré cette misère ou, pour mieux dire, à cause de cette misère, m’est comme une preuve que, si je n’y marche pas encore d’un pas soutenu, du moins j’y ai mis le pied et j’espère, par la grâce de Dieu, m’y maintenir.

Oui, Sr Thérèse de l’Enfant Jésus est une grande sainte... A toutes les pages, à toutes les lignes, on respire le plus pur parfum de sainteté. Cette âme, baignait en Dieu, sans en avoir toujours la jouissance. Aussi tout ce qui en jaillissait était-il  comme divin. En elle, ce n’était plus elle, c’était Jésus qui vivait, lui qui parlait, pensait, agissait, aimait. Elle était la pure expression de Jésus. Elle était toute passée en Jésus. Et si elle paraissait encore, n’ayant pas dépouillé son enveloppe de chair, c’était à la manière du transparent, que l’on voit, mais en qui on ne distingue plus que le sujet lumineux qu’il représente [23]. Ainsi Jésus transparaît dans ses moindres paroles. Il y a des pages de l’Evangile que je n’ai comprises que sous sa plume et traduites dans sa conduite : par exemple, ce qui a trait à l’amour du prochain [24]. Je ne parle pas de la voie d’enfance. Sa vie, son livre en sont le plus parfait des commentaires. Oh ! que l’Esprit de Dieu est donc admirable, et combien la science qu’il donne est différente de celle qui s’acquiert par l’étude et le travail de l’esprit humain !...

 

 18 E                 RMS    SP 510    23 août 1918

§ 2 Maintenant nous vieillissons. Pour vous, c’est le début de l’été ; pour moi, c’en est la fin. Et l’été ne peut pas ressembler au printemps. On y voit une terre plus aride, un soleil plus brûlant, des plantes moins brillantes, tout se fane sauf le fruit qui mûrit. Et c’est bien ainsi pour les âmes. Or, quand je dis que, pour vous, c’est le début et, pour moi, la fin de l’été, je compare nos âges, suivant la nature, et non pas nos progrès suivant la grâce. Car je vois que votre âme, plus fidèle et plus généreuse, se mûrit plus vite que la mienne. Mais je n’en suis point jaloux et je me réjouis de vous avoir donnée à Jésus, pour que vous l’aimiez pour moi, qui ai le désir de l’aimer, mais qui l’aime si peu encore ! Pourtant je ne désespère pas d’arriver à l’aimer autant que je le souhaite. Je vous prie cependant de m’y aider le plus possible de vos ferventes prières, car il est bien vrai qu’aucune chose ne m’attire sur la terre, si ce n’est le désir de devenir un saint, pour donner à Dieu beaucoup d’amour et pour le faire aimer d’un très grand nombre d’âmes.

§ 3 Que vous avez raison  de dire que « ce n’est par dans la nature ni dans les livres ni dans les épanchements intenses que vous pourrez trouver ce souverain et unique Bien, que vous cherchez. » C’est vrai. Toutes ces choses ne nous livrent que ses traces, un peu de ses vestiges, mais non Lui-même. Il y a longtemps qu’il me l’a fait entendre. Et moi aussi, j’aspire à le trouver là où est son royaume en ce monde, c’est-à-dire au-dedans de nous, non pas à la surface, dans la sensibilité, ni même dans les actes de nos facultés spirituelles, mais au plus intime et dans la substance même de l’âme.  C’est là  – oh ! qu’il est doux et utile de se le rappeler ! – que la Sainte Trinité habite, vit, opère, plus intimement présente à notre âme que l’âme ne n’est à elle-même. C’est là que se fait la communication très réelle de la nature divine à notre nature humaine, la transformation de notre misérable moi humain dans un moi divin... Oh ! si toutes les âmes chrétiennes savaient le grand trésor qu’elles portent au-dedans d’elles-mêmes, la grande source d’énergie surnaturelle, de joie céleste, de vie divine, elles ne voudraient plus vivre avec les créatures au dehors, mais uniquement occupées avec le Créateur au-dedans. Mais elles ne savent pas pour la plupart, car le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ.

§ 5 Mon cher Père Ordonneau est bien, comme le savez, prisonnier. De l’apprendre m’a délivré d’une grande angoisse. Oui, de le savoir au ciel m’aurait consolé et déjà j’avais fait le sacrifice pour le cas où le bon Dieu l’aurait voulu. Mais vous ne sauriez comprendre la joie que j’éprouve à la pensée que nous pourrons encore à l’avenir combattre ensemble le bon combat. Sans doute, personne ici-bas n’est nécessaire, et pourtant que sa disparition eût creusé un grand vide dans mon âme aussi bien que dans mon apostolat futur ! Ce pauvre Père souffre beaucoup là-bas de la faim surtout… et il n’est pas d’une forte santé. Il a demandé qu’on lui envoie en hâte du pain et des livres.

§ 8 Ma santé est bonne. Pensez donc ! en douze mois d’Orient, je n’ai eu qu’un jour de fièvre. J’ai été seulement fatigué parce que les plus grandes chaleurs, qui furent en Juillet, ont concordé avec des douleurs de dents, qui, pendant près de deux mois, m’ont presque complètement empêché de manger. Mais le dentiste  a arraché, plombé, réparé et, au bout de 20 à 21 visites, m’a laissé une mâchoire à peu près en état. J’ai si peu d’occasions de souffrir que j’ai été heureux d’avoir celle-ci, très petite, à offrir. C’est vous dire que n’était l’éloignement de mes œuvres et de mon ministère, je serais le plus heureux des hommes.

§ 9 Maintenant les jours décroissent et la chaleur aussi, bien que celle-ci soit encore très forte au milieu du jour. Dans cinq mois, je poserai ma demande de rapatriement et ces mois seront vite passés, étant les plus agréables du séjour en ce pays. Vous voyez que je ne suis pas à plaindre, et, si ce n’était la Providence qui en a  ainsi décidé, je rougirais presque d’avoir si peu à souffrir, quand d’autres, comme vos frères et mes confrères en ont tant et de si continuelles occasions.

18 G                                                                    Salonique 16 décembre 18                            

§ 2 Aujourd’hui encore, je n’ai qu’un petit moment à passer avec vous. Et c’est la dernière fois que je vous écris de Salonique. Car ordre est venu de nous renvoyer en France. Peut-être embarquerons-nous à la fin de cette semaine ? Dans ce cas, nous fêterions Noël en mer.

§ 3 Je ne puis vous dire toute ma joie à la pensée de reprise prochaine de ma vie de missionnaire. Je sais que je ne vais pas au devant du repos, mais du travail et de la peine. Et c’est ce qui réjouit le plus doucement mon cœur. Car quelle joie plus grande y a-t-il pour nous que de travailler, de nous user et de souffrir pour l’amour et la gloire de Jésus.

§ 4 De France, je vous écrirai plus longuement. Dès aujourd’hui je tiens à vous remercier de toutes vos prières. Elles m’ont valu beaucoup de grâces. Quelle reconnaissance aussi je dois à votre chère petite sainte. Voici longtemps que j’ai commencé à lui recommander mon retour et celui de tous mes confrères.

§ 5 Avez-vous appris la mort de mon pauvre Père Sarrazin, tué en Octobre ? C’est une grande perte pour nous. Ma douleur en a été grande. Mon espoir est que, du haut du ciel, il priera pour nous et nous restera très uni. C’est le commencement de notre fondation céleste.

§ 6 Le P. Carré a, vers le même temps, été fait prisonnier. J’espère que, avec le P. Ordonneau, il est rentré à présent en France. Quel bonheur de les revoir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4.  Les carnets spirituels

Carnet Novembre 1916-Mars 1917 (carnet de 14,5 cm x 9,5 cm)

Lot 8 Carnet 4 Numérisé 1 Num 239. 1

      Retraite 1916   11 au 19 Novembre



page 23                         Il suit une retraite ecclésiastique

Une petite retraite devant être prêchée la semaine prochaine pour les prêtres soldats de la garnison de Nantes, j’ai résolu, avec la grâce de Dieu, d’en profiter pour faire, en ce qui me concerne, une retraite sérieuse et fructueuse. Notre Seigneur, je l’espère, suppléera à ce qui me fera défaut au point de vue du temps et de la liberté.

Depuis longtemps Dieu m’attire à Lui. Ma vie, surtout depuis 9 ans, n’a été qu’une série de grâces ininterrompues. Le divin Maître n’a cessé de m’appeler, je l’ai suivi mais trop mollement. Tout autre, avec les faveurs qui m’ont été faites, y aurait trouvé le moyen de devenir un grand saint. Je suis resté rempli d’imperfections, sans vertu véritable. Et de la sainteté je n’ai toujours que le désir.

C’est la vérité, que je n’ai pas encore commencé à servir le bon Dieu dignement.

Cependant le temps passe, ma vie s’écoule, elle peut finir bientôt. Qu’ai-je fait jusqu’à présent pour Dieu ? Rien ou à peu près rien. Rien du moins qui soit digne de Lui…  J’aurais les mains vides, s’il me fallait à cette heure paraître devant Dieu.

Il faut donc une fois pour toutes, me mettre résolument au service de Dieu. Je le désire d’ailleurs d’un désir que je crois très sincère. Qu’il plaise à ma céleste Mère de le bénir. Qu’elle daigne, dans sa miséricordieuse bonté, opérer en moi ce dont je suis incapable, la lumière pour connaître, la volonté pour agir.  La lumière : « Domine quid me vis facere ? »[25]

Oui, ô Dieu de mon cœur, qu’attendez-vous, que voulez-vous de moi ? « Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. »[26] Je veux l’accomplir, quoi que ce soit. Je vous supplie seulement de me le faire connaître jusque dans le détail. Ce n’est pas d’après ma volonté, mais suivant la vôtre que je veux me sanctifier. Encore une fois, Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?...

Inutile de m’ingénier à trouver du nouveau. Ma voie de perfection m’est depuis longtemps tracée par mon vœu.  Le parfait accomplissement de mon vœu fera l’objet de ma retraite.

O Marie, Vierge Immaculée, faites que je n’aie plus de vie que pour le bon plaisir du Cœur de Jésus, votre Fils.

Les prédications de ces 6 jours de retraite sont commentées en 7 pages. Je ne transcris ici que le 6ème jour, ce passage qui manifeste que Gabriel Martin s’aperçoit qu’il n’a pas trouvé la manière d’être missionnaire dans sa vie militaire. Peut-être que pour lui il n’y a que le sermon qui permet d’être missionnaire… ?- Succès de sa prédication à la cathédrale..



Page 30           
Du zèle :

Le Sacré-Cœur veut régner non seulement en moi, mais par moi en d’autres âmes. « Oportet illum regnare… » « Adveniat regnum tuum !... » Cette devise et cette prière doivent m’être chères.

Quelle joie plus grande puis-je donner au divin Cœur que de lui amener, de lui soumettre d’autres cœurs, pour qu’il y règne en souverain Maître et en Roi. Et quant aux âmes que je ne pourrai pas conquérir pleinement à son amour, les préparer, les rapprocher, aplanir les sentiers par où il viendra plus tard en elles.

Cette pensée m’a beaucoup frappé ce matin, à la suite d’une brève conversation que j’ai eue avec M. Monnier[27] sur le sermon d’hier soir (l’apostolat) qui m’avait laissé très froid, et que lui au contraire avait beaucoup goûté. 

Nous parlions de zèle et, envisageant la situation très défavorable où nous sommes à cet égard, je disais : « Supposez un St Ignace ou un St François Xavier dans la même situation. Ne trouveraient-ils pas le moyen de faire du bien ? » J’affirmais très nettement et, ce faisant, je prononçais ma condamnation, car la vérité est que je manque de zèle.

Je disais encore : Il en est de notre zèle, à nous prêtres, comme de la religion de beaucoup de chrétiens de nos bonnes paroisses. Déracinez-les pour les transplanter dans un milieu sans religion. 9 fois sur 10, ils perdent toutes leurs habitudes chrétiennes. Pourquoi ? Parce que leur dévotion provenait non de la conviction intime, mais du milieu, de l’ambiance. De même le prêtre, zélé dans sa paroisse, dans ses missions, et qui se trouve sans zèle dans sa vie de prêtre soldat. D’où cela vient-il, sinon de ce que son zèle précédent était plus apparent que réel, plus extérieur que profond ?  Il naissait des circonstances de lieu et de personnes, alors qu’il aurait dû être la flamme de l’amour, et donc subsister en même temps que l’amour, et cela indépendamment des changements extérieurs.

J’en ai profité pour m’humilier puisque, ayant si peu de zèle, je dois conclure que j’ai bien peu d’amour. Mais m’humilier ne suffit pas. Il faut me corriger. Et dès lors que je vois de ce côté, le plus agréable pour le divin Cœur, j’ai le devoir de suivre cette lumière et de vivre désormais pour les âmes.


Rue de Rennes : Dimanche 26 Novembre
(page 30.)

Mon doux Maître, qui, depuis la fin de ma retraite, semblait m’avoir retiré la suavité de sa présence et de sa grâce, vient de me faire une grande faveur. Comme j’étais repris de mes névralgies de dents et d’autres misères, il m’a inspiré de me vaincre pour son amour et de lui montrer jusqu’à quel point, en durée et en intensité, je saurais souffrir sans me plaindre, sans le montrer au dehors, profitant de mes souffrances pour penser uniquement aux siennes, et tenant mon âme assez dégagée de ce qu’elle souffre pour vaquer avec Lui à la prière, au travail, à la conversation, librement, comme si je ne souffrais pas.

Il veut, c’est manifeste, m’amener à la patience. Il me fait comprendre que, pour l’instant, rien ne saurait lui être plus agréable. C’est sa volonté et je la veux bien moi aussi, de tout mon cœur, avec sa grâce, sans laquelle je ne pourrais rien faire.

Donc, dorénavant, dans mes souffrances quelles qu’elles soient, je lui témoignerai mon amour par cette victoire sur moi-même. Je vaincrai la douleur pour son amour.

Il me vient en pensée que cette grâce, que je juge très grande, est comme l’annonce de plus grandes épreuves pour l’avenir. Mais je ne m’en inquiète point. C’est son affaire, non la mienne.

Ai prêché ce matin à la cathédrale de Nantes pour la messe de la Société de secours aux blessés militaires. Toute une partie de la nuit j’avais beaucoup souffert des dents et mal dormi. J’étais brisé ce matin. Mais au moment voulu, je n’ai plus rien senti. Depuis,  je suis encore plus rompu. Mais c’est très bon pour moi cela. Quant à l’honneur, s’il m’en est échu, il sait bien que je n’en ai rien voulu garder. Tout a été pour Lui. J’ai beaucoup désiré faire du bien en cette circonstance. Qu’il en soit encore béni, puisque c’est encore son œuvre.


Broussais : 28 Novembre
(page 31)  Il a prêché à la cathédrale de Nantes

Résultat inattendu de ma prédication de Dimanche. M. Fournié, Directeur du Service de Santé de la 11ème Région, m’a fait appeler hier pour me féliciter. Il m’a retenu très longtemps et a été d’une amabilité parfaite. Comme éloge, je n’avais jamais reçu rien de tel. J’en ai été heureux pour l’honneur du clergé catholique, d’autant plus que le général m’a confié que quelques semaines auparavant, il était allé au temple protestant pour une cérémonie analogue, et que le pasteur avait bafouillé du commencement à la fin : « Nous n’avons rien compris à ce qu’il disait et sans doute que lui-même ne le savait point. »

Que je suis heureux aussi d’avoir, à l’avance, offert à Notre Seigneur tout l’honneur qui devait me revenir de ce discours. Je suis heureux de lui offrir en particulier ce témoignage, d’autant plus appréciable qu’il a été plus surprenant.

A la fin de l’entretien, Mr Fournié a bien voulu me dire qu’il s’emploierait à me rendre service, si je désirais. Et la pensée m’est venue que si je pouvais, par lui, me faire agréer comme aumônier militaire, ce me serait un grand avantage au point de vue spirituel, pour le bien à faire. J’ai écrit à Mgr pour le consulter. J’attendrai sa réponse pour agir. Et puis, quand les démarches seront faites, si elles doivent se faire, je m’en remettrai à la Providence de Dieu et à celle de ma Mère.

Carnet 239. 12         (1917-1918)

A.M .D.G.  A M.C.J.G. RETRAITE ECCLESIASTIQUE (page 95) prêchée par le R.P. Lobry, du 4 au 10 mars 1918 aux prêtres-soldats de Salonique dans la chapelle de Calamari :

Nouvelle grâce que m’offre la divine Providence, et dont je tiens à profiter, car, malgré que me sois mis en retraite deux fois depuis trois mois, je serais coupable en méprisant une si grande faveur, que le divin Maître m’offre à moi comme aux autres.

Ne devrais-je en retirer qu’un petit profit que je ne devrais pas la négliger. Mais j’espère que ce profit sera grand.    (2 pages de notes)


8 Juin
 : (page 122) Hier, en la fête bénie du divin Cœur, comme je venais de lui rendre mes devoirs dans son Sacrement d’amour, où il était exposé, j’ai trouvé parmi les lettres, qui m’attendaient, une lettre de Poitiers, contenant le récit de la visite qu’a faite à la Visitation, le jour de la Pentecôte, le Père Mattheo, qui revenait de Loublande, où il avait prêché, au Colombier, une retraite de 5 jours.

Ce récit m’a vivement intéressé et édifié, parce que le narrateur ne s’est pas placé au point de vue des manifestations extraordinaires, qui s’y produisent, mais de la sainteté de Claire Ferchaud. Je transcris ici q.q. passages qui m’ont plus particulièrement touché :

« Je viens à vous de la part d’une grande âme, oui d’une grande âme, très grande âme mais grande parce qu’elle est petite, oui, petite, petite, bébé, mais une âme de grâce. Je viens, bien que j’aie peu de temps, mais quand cela m’aurait plus coûté, je serais venu quand même, quand ce ne serait que pour vous faire sourire, comme Jésus la fait sourire, elle. Il faut imiter Jésus et traiter les âmes comme il les traite….

« Quand je suis arrivé là-bas, que j’ai vu ce petit trou, je me suis dit : il n’est pas étonnant qu’il se passe ici des merveilles. Jésus ne change pas son goût. Loublande, c’est Nazareth, c’est Jésus, c’est son Cœur ; tout y est pauvre et misérable ; tout y est simple et petit comme elle. Aussitôt que je l’ai vue, elle, son visage céleste qui ne peut tromper, ç’a été vu, fait, compris.

« … Cette enfant, c’est une merveille de grâce, de sainteté, de vie divine et… si  simple.

Salonique + R.M.S.   11 Novembre 1918 11heures : (page 142)

Quelle heure vient de sonner, et quelle place, elle tiendra dans l’histoire du monde !

C’est celle où les dernières hostilités s’arrêtent. C’est l’armistice. Et demain ce sera la paix.

Gloire à Dieu !… gloire à Dieu, qui nous a donné la victoire… Gloire à Dieu qui nous sauve !... Il y a quatre mois, tout paraissait perdu pour nous. Aujourd’hui, c’est le triomphe, et le triomphe si grand que jamais nous n’aurions osé en espérer un semblable.

Oui, gloire à vous, ô mon Dieu, qui blessez pour guérir, qui donnez la mort pour rendre la vie.

Vous avez voulu le salut de la France et vous l’avez procuré par des moyens et dans un temps qui montrent toute la force de votre bras et la bonté de votre Cœur. Soyez-en à jamais béni, loué, remercié, glorifié dans les siècles des siècles…

Autour de moi, de tous côtés, les grecs manifestent leur joie par des coups de fusils, les  machines sifflent, tout le monde est à la jubilation. Hélas ! Combien songent à vous remercier ? Combien pensent à vous louer ?

O mon Dieu, moi, qui sais votre amour et votre bonté, de tout mon cœur, je vous loue et je vous aime… - Et, car c’est votre désir, je le sais, cette France que vous avez faite victorieuse, je veux de toutes mes forces, travailler à la refaire chrétienne. - Depuis longtemps, vous m’en avez donné le désir. Donnez-m’en aujourd’hui la vraie, forte et persévérante volonté ; rendez-la efficace et faites que jusqu’à mon dernier soupir, je sois un bon et fidèle ouvrier dans la portion de votre champ, que vous voulez me donner à cultiver.

Quelle joie à la pensée que bientôt nous reprendrons notre apostolat, depuis 4 ans abandonné !...

Quelle joie à la pensée du retour et du revoir prochain.

Pourquoi faut-il que cette perspective soit assombrie par le deuil de notre pauvre cher Père Sarrazin, tué le mois dernier… et par la crainte que nous inspire la disparition de Pierre Carré [28] !...

Ah ! vous avez voulu des victimes, ô mon Dieu, une au moins… pour que notre œuvre, mieux marquée de la croix, devînt vraiment vôtre… Vous avez voulu nous donner un protecteur au ciel près de vous… Aussi dans notre douleur nous vous bénissons… Nous vous adorons…  nous vous aimons.

Regina Coeli laetare !...

19 Décembre :(page 150)   Ma classe est mise en congé illimité. Mais, dans les services de la D.S.S., on ne met aucune bonne volonté à hâter le départ, au contraire… Les chefs perdent une bonne occasion de laisser partir leurs hommes sur une bonne impression, qui effacerait dans leur souvenir beaucoup de choses fâcheuses. Ils n’en ont cure, et, à en juger humainement, on se sentirait facilement aigri et porté aux murmures. J’ai à y prendre garde et à me surveiller.

D’abord il faut que j’accepte cette dernière épreuve de la main de Dieu même. C’est Lui qui en a ainsi décidé pour mon bien. Que sa volonté soit faite et bénie et aimée !

Je dois ensuite tiré de cette peine toute la joie et toute la gloire possibles pour le Cœur de mon divin Maître…J’accepterai donc ce retard, en réparation de la lenteur, que j’ai souvent mise à répondre aux appels de mon divin Maître et au retard que les pécheurs mettent à se rendre aux sollicitations de sa grâce.

J’aurai également l’intention d’honorer, par la dépendance où je reste encore vis-à-vis de mes chefs, la sujétion que le Verbe divin s’est imposée à l’égard de sa divine Mère et celle où il se met vis-à-vis de moi, son prêtre, au saint autel.

Et puis, silence en public. Parler le moins possible de cette contrariété, n’en parler qu’avec réserve et discrétion, et prier pour ceux qui, me faisant souffrir, me donnent occasion de pratiquer la vertu.


20 Décembre :
(page 151)   C’est l’une des plus grandes misères et des pires faiblesses de l’homme déchu de ramener tout à soi et de juger de tout, des hommes et des choses, sous le point de vue étroit de l’égoïsme et de l’intérêt personnel. Même chez le prêtre, cet homme mauvais subsiste, car la grâce du sacrement ne détruit pas cette mauvaise nature. Elle donne seulement, au prêtre qui le veut, le moyen de se réformer pour vivre, penser et juger suivant l’Homme Nouveau, Jésus-Christ. Mais, pour atteindre ce résultat, qu’il faut de volonté, de vigilance et de prière !

      (….)

       Au moment de repartir pour la France et de reprendre mon ministère d’apôtre, je regrette de n’avoir pas mieux profité de ces 4 années d’épreuve pour devenir cet homme surnaturel, le vrai prêtre que je viens de dépeindre. Que Dieu me pardonne ma négligence. A sa miséricorde, j’abandonne toute ma misère

1er Janvier d’Itéa : (page 158)   Je me rappellerai, ô mon Dieu, mon entrée dans cette nouvelle année, et vous voudrez bien avoir pour agréables les prémices que vous m’avez inspiré de vous offrir.

Quand je sortis avant l’aube pour trouver un endroit où je pourrais vous immoler, et que ni mes confrères ni moi, ne pûmes le trouver…

Quand je rencontrai l’un de vos prêtres, qui me demanda d’entendre sa confession et que je le priais de m’entendre à son tour et que votre pardon descendit sur mon âme dans la nuit finissante…

Quand ensuite  je demeurai en prière en ce lieu, d’où je dominais la plaine et la mer… alors, Seigneur, vous savez ce que je vous ai offert et ce que je vous ai demandé, quels désirs, quelles saintes ambitions remplissaient mon âme à en déborder.

Et puis, un peu plus tard, quand j’eus la consolation de vous recevoir dans la sainte communion, car je ne pouvais songer à célébrer.

Seigneur, dans ces heures bénies, j’étais bien à vous, tout à vous. Oh ! faites que je le reste toujours et que cette année, qui commence, pour moi sur la terre lointaine, où s’achève mon exil, soit toute remplie et animée de votre amour.

Bénissez-moi et, avec moi, tous vos missionnaires et toutes les chères âmes, prêtes à se dépenser pour notre bien, aspirant à se dévouer pour votre amour.

Carnet 239.63

C’est le « Vade-mecum pour temps de guerre », rédigé peu à peu par Gabriel pour assembler des textes divers pour en vivre dans ce contexte difficile. Cf Livret Ecrits du temps de guerre Pages 96 à 108)

   Dans livret « Ecrits du temps de guerre » pages 124-125, voici les titres de prédications du Père Martin : en 9 Carnets on trouve les textes de ces prédications de guerre.

 

9 carnets de prédication (1914-1918)

Lot 7 Carnets 1  à 9 numérisés 239.37 à 239.45

Seuls sont transcrits ici dates et titres de ces 91 prédications entièrement rédigées.

Les pages de ces carnets (ici indiquées à gauche) montrent ces développements.

2 Carnets 239. 37 et 38

(Il est infirmier militaire à « l’hôpital 46 », collège Richelieu, Luçon.  Ces 29 Conférences, s’adressent aux prêtres-soldats entre le 5 Juillet 1915 et le 2 Août 1916.


Carnet 239.37 :           

Page 3     5 Juillet 1915          La prière : sa nécessité pour les prêtres soldats – diverses formes.

11                                           Conférence préliminaire sur la connaissance de N.S.

                                                               Nécessité – comment l’acquérir ?

15                                            Jésus-Christ Souverain Prêtre.

19                                            Jésus-Christ, victime : Lui et nous, prêtres et victimes.

23                                            Les anéantissements du Verbe Incarné : modèle du prêtre.

27                                            La vie du Verbe incarné au sein de Marie : notre vie intérieure

                                                                                                           vie féconde.

32                                            Mystère de la Visitation : la source de l’exercice du zèle.

                                                                                 Exercice et effets du zèle.

39        24 Novembre 1915   Conduite de J.C. dans sa naissance – Moyens qu’il choisis  pour faire la guerre au péché.

43       1er Décembre               Temps de l’Avent et préparation à Noël. 

44        8 Décembre                Fête de l’Immaculée Conception 

45       15 Décembre               Amour de Dieu et de J.C. dans le mystère de l’Incarnation.

52       22 Décembre               Les grandeurs de J.C.

61        29 Décembre              Pax vobis.

62        5 Janvier                     Epiphanie.

66                                           Sainte Enfance de Jésus : se faire petit – petitesse – se faire petit enfant
                                                 avec Dieu. – conditions : simple, petit, pauvre.

                                               Vie cachée de J.C.

80                                           Jésus, perdu et retrouvé au Temple.

85                                           Devoir d’un prêtre-soldat en temps de guerre.

89                                           Baptême de N.S.

90                                           NS au désert.

96       15 Mars 1ère semaine de Carême. Tentations de N.S. et les nôtres.

101         Confessions hebdomadaires du Mercredi, suspendues en fin mars ont repris en Mai.

                                               Dévotion  à la Ste Vierge – Amour de Marie – Perfections de Marie.

102      24 Mai 1916                La Ste Vierge et le prêtre.

108      7 Juin 1916                 Préparation à recevoir le Saint Esprit.

113      15 Juin 1916 semaine Pentecôte   Esprit d’apostolat.

118      28 Juin                        Le Sacré-Cœur                                     


Carnet 239. 38 :
page 1       6 Juillet 1916        Nécessité de l’oraison.

        6       12 Juillet                Le Saint Bréviaire.

        14     20 Juillet                Sacrifice de la Messe.

       25     26 Juillet                  Sainteté nécessaire au prêtre qui célèbre.

       32     2 août                     Qualité du prêtre à l’autel.  


2 Carnets 239. 39 et 239. 40

 

Ces 2 carnets contiennent 15 Conférences apologétiques sur JC et sur l’Eglise. Notons seulement la dernière : L’Eglise et la liberté de conscience…

Une seule date notée pour le début : 6 au 10 Janvier 1916. Elles semblent adressées aux militaires de Luçon, à partir de ce début d’année 1916.


2 Carnets 239. 41 et 239. 42


 « Consécration de la France au Sacré-Cœur. » Sermon à Cathédrale Luçon 26 Mars 1916.

Suivent alors :  - 11 Conférences sur JC : vg. l’enfant, l’ouvrier de Nazareth, le Thaumaturge, l’Ami de l’homme, la Source de vie, les Saintes femmes de l’Evangile etc..

- Prédication Semaine de la Passion.

- Petite Retraite pascale (5 hommes) du 17 au 25 Avril : Sens de la vie  - Au seuil de l’éternité, le jugement – Sanction du péché, l’enfer  -  Devoir pascal.

Carnet 239.43


Prédications diverses Mai-Juillet 1916 :

Œuvre Propagation de la Foi      

Triduum Adoration Cathédrale 11-14 Mai : Présence réelle – Action de l’Hostie - Communion fréquente – Eucharistie dans la vie du chrétien.

Ascension à la cathédrale 1er Juin

Bse Jeanne d’Arc (Nalliers, Luçon) 4 Juin.

Pèlerinage à Martinet 12 Juin (Lundi Pentecôte) : Dons de l’Esprit – Marie, notre Espérance.

Sts Pierre et Paul (Institution Richelieu) 2 Juillet.

Sacré-Cœur (Cathédrale Luçon) 9 Juillet : Consécration du genre humain au S.C.

Instruction pour fête du Sacré-Cœur (Institution Richelieu) 9 Juillet

Adoration à la chapelle de l’Ecole chrétienne de Luçon 10 Juillet : Les merveilles de l’Hostie.

Panégyrique de St Vincent de Paul (chapelle de l’Hospice de Luçon) 19 Juillet 1916.

Carnet 239.44

 

Entretiens aux prêtres-soldats à Nantes (suite du carnet 239.37)

Page 1   23 Novembre 1916 : Grâces et joies de notre sacerdoce.

8                                             Messe

15                                       Immaculée Conception

19        14 Décembre           Foi et messe

24                                        Action de grâce

30         4 Janvier 1917        Avenir.

36         1er Février  1917      Visite au Saint Sacrement.

43        21 Février               Le prêtre-soldat prépare l’après guerre.

52         8 Mars                    La mort.

                  

Carnet 239.45

1      Foi et vie de foi.

12    Fête de St Joseph.

23    Compassion de la Sainte Vierge.

33    Petite Retraite pour des militaires (chapelle des Sœurs de Calamari 25-31 Mars 1918)

           But de la vie – Où allons-nous ?  -  Où êtes-vous ? – La souffrance  - L’Eucharistie

 


[1] Fabien et Abel, les deux frères de Thérèse Grosseron sont mobilisés et nous les retrouverons dans cette correspondance. Ils sont pharmaciens et, après leur mariage tardif,  mourront l’un et l’autre sans enfant. (renseignements reçus de Julien Bulteau, instituteur à l’Hermenault, qui les a connus à l’Ile d’Olonne, son pays natal). Melle Cécile est leur sœur.

[2] Pierre Ordonneau, né en 1982, prêtre en 1906 et Missionnaire diocésain en 1909 – Charles Forgeau, né en 1865, prêtre en 1889, devient Missionnaire diocésain en 1911. Décédé en 1936.

          [3] Le Père Martin avait fait le vœu d’instaurer un Congrès Marial en Vendée, si tous les Missionnaires Diocésains revenaient de la guerre : cf. Carnet 239.10 - 10 février 1915, page 10.

[4] Vivre les abaissements de Jésus à Nazareth, le Père Martin y repensera en chargeant les bateaux, avant le départ  à Salonique…

          [5]  Il semble qu’il a pu rapidement retrouver le droit à la parole publique : 9 Carnets, numérotés 239.37 à 45, donnent les textes de 91 conférences et sermons de guerre. J’en ai reproduit plus loin les titres et dates.

[6] Le Père Martin souffre d’être privé de son ministère de prédicateur. Il s’en plaindra dans ses carnets de Salonique.

[7] « Ne faire qu’un avec Lui, mon prêtre et mon hostie » Méditation chère au Père Martin : vg. son Carnet « Vade-mecum du prêtre-soldat » 239.63, transcrit ci-après page 70. On en retrouverait écho dans le Directoire des MdP. Il faudrait comparer avec l’Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, avec Vatican II vg Constitution  sur la Liturgie n° 48 et avec  « Le don du Christ » Vanhoye 3ème partie « De l’Alliance à la communion ».

        [8] Avant même l’installation, à Martinet, du groupe des Missionnaires diocésains, en 1911, le pèlerinage marial était déjà  très suivi. En lien avec les apparitions de la Salette, ce pèlerinage avait été inauguré en 1867 par Mgr Colet, évêque de Luçon, à la demande des Demoiselles Imène de Fontevaux, propriétaires du Logis.

        [9] Le bateau était en rade de Salonique dès le jour du 15 août, comme en témoigne par ailleurs une carte envoyée à Jean-Baptiste Grelier,  lui aussi mobilisé. Né en 1877, ordonné en 1903, Missionnaire diocésain en 1911, il sera curé de la Chaize le Vicomte en 1928 et mourra en 1958.  

        [10] Cet incendie de Salonique, le 18 août 1917, impressionne le P. Martin, qui le décrit davantage dans le Carnet  239.12 au 21 août 1917. Lors des fêtes de la Canonisation, au Carmel de Lisieux, son sermon de juillet 1925, « Le zèle chez Ste Th de l’EJ », évoquera cet incendie.  Cf. « Les Gloires de Ste Th Sermons et panégyriques » page 109.

[11] Cette seconde exhumation  a eu lieu les 9 et 10 août 1917, au cimetière de Lisieux (cf. Sainte Thérèse de Lisieux. Guy Gaucher page 600). La 1ère exhumation avait eu lieu le 12 décembre 1911.

        [12] Koritza est à l’est de l’Albanie, près de la frontière avec la Grèce, au sud des lacs de Presba et Ohrida – Sur les cartes modernes, Koritza est orthographié : Korça ou Korcé.

        [13] Le P. Martin exprime souvent son désir d’apostolat par la parole. Devenu militaire, il veut vivre ses tâches matérielles, uni à Jésus, l’ouvrier de Nazareth. Ce qui est nouveau ici, c’est qu’il comprend que ce temps doit le préparer à mieux parler de Jésus.

[14] Dans ses carnets, le Père Martin parle davantage de ces faits de Loublande, dans les Deux-Sèvres, qui ont attiré le peuple chrétien à cette époque troublée.

[15] L’Amiral Jean MERVEILLEUX du VIGNAUX (1865-1930), était Commandant de l’Ecole Navale en 1914. A sa retraite, il sera le fondateur de l’Abri du marin des Sables d’Olonne. En 1946, son nom sera donné au collège catholique, ouvert aux Sables et déplacé depuis au Château-d’Olonne.

[16] « O Jésus, être, par mon union avec toi, la mère des âmes » Ms B2°v -HA98(NEC) p195.- Cf  PN 24. 22 , HA p. 391 – Cf. aussi Ms A 46 v° , Ha98 p. 88 : « Les lèvres de mon premier enfant allèrent se coller sur les plaies divines. »

          [17] « Au Carmel, l’unique fin de nos prières et de nos sacrifices est d’être l’apôtre des apôtres.» MsA56r°,  HA98 p. 103.

[18] cf Ms C 34 r° 6 HA98 p. 187

          [19] Béatification à Rome le 29 Avril 1923. Triduum à la Chapelle du Carmel de Lisieux du 28 au 30 Mai 1923 : cf. le livret publié par le Père Martin, intitulé «  Trois panégyriques ».  Mère Agnès demande au Père Martin, aussitôt ces fêtes, d’assurer la prédication des fêtes de la Canonisation, qui aura lieu en 1925.

          [20] François Xavier Fréneau (1888-1980), prêtre en 1912 et Missionnaire diocésain en 1913, curé de Grues en 1924. Membre de la Congrégation des Missionnaires de la Plaine en 1928, il en devient Supérieur en 1947.

[21] La « mission  de Thérèse » sera le 3ème thème du Triduum, prêché par le P. Martin, le 30 mai 1923 : « La Mission ou l’Amour qui se répand sur le monde » - les deux premiers thèmes étant : «  Thérèse chef-d’œuvre de l’amour miséricordieux » et « La petite voie : l’Amour remonte à sa source ».

[22] Après avoir lu « L’appel aux petites âmes », vers le 20 février 1908, il a lu l’Histoire d’une âme dans les premiers jours de mars, puisque, dans son Carnet spirituel, dès le 9 mars 1908, il parle des «  frères missionnaires » de Thérèse, que ne signalait pas « L’appel aux petites âmes ».

[23] On appelait « transparents », les grands tableaux lumineux qui marquaient les fêtes de la mission : ces vitraux de papier transparents et colorés étaient éclairés par des bougies, remplacées plus tard par l’électricité.

[24] Charité fraternelle Cf. Ms C 11 r° et suivantes , HA98  p. 158 et suivantes.

[25] Act 9. 6 « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (Dans la traduction latine de la Vulgate)

[26] Ps 107. 2 « Mon cœur est prêt, mon Dieu. »

[27] Armand Monnier (1874-1936) prêtre en 1902, professeur à Richelieu de 1900 à 1910 puis au collège de Juilly et curé de Tremblay ( diocèse de Versailles) de 1910 à 1936.

[28] Gaspard Sarrazin né en 1885, prêtre en 1911 et Missionnaire diocésain de Luçon, en 1912 – Pierre Carré né en 1884, prêtre en 1908 et Missionnaire diocésain en 1913.

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Gabriel MARTIN prêtre soldat de la guerre 1914, disciple et ami de Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus

Gabriel MARTIN  est né le 21-4-1873 à Chavagnes-en-Paillers , au cœur du Bocage vendéen.

Pour devenir prêtre, il entre comme « pensionnaire » au Petit Séminaire, qui est à 50 mètres de la maison de ses parents.

Il part au Grand Séminaire de Luçon en 1892.

- Ordonné prêtre à Luçon le  19-12-1896   il est professeur au collège Richelieu de Luçon le 1er janvier 1896.

- Vicaire aux Sables octobre 1899 puis  à Fontenay-le-Comte octobre 1902

- En 1904, avec deux autres prêtres, il est nommé  « Missionnaire diocésain » pour continuer les « Missions paroissiales », assurées auparavant par des « Religieux », que les lois laïques viennent d’expulser de France. Ces Missions paroissiales durent 3 semaines, pendant lesquelles les Missionnaires donnent des prédications journalières pour toute la population, visitent de toutes les maisons et spécialement les malades, sans compter de longs temps d’accueil au confessionnal…  et la préparation des « fêtes de la Mission ».

- Il devient Directeur des Missionnaires Diocésains en  septembre 1906.

Ces Missionnaires diocésains, même quand ils deviennent plus nombreux,  logent séparément, pour ne pas apparaître comme des religieux

-Il est nommé « Supérieur des Missionnaires Diocésains » en 1910 et vient résider  à Martinet, petite commune entre La Roche et les Sables d’Olonne, quand la maison est construite pour  rassembler les Missionnaires diocésains. 

- Pendant la guerre, au début de 1915, il est mobilisé comme « infirmier » à l’hôpital militaire de Luçon, puis à Nantes. Après plusieurs mois d’attente à Marseille, il part, en 1917, infirmier à l’hôpital militaire de Salonique. Il n’est démobilisé qu’en fin décembre 1918.

Il revient à Martinet au début de 1919.


- Les futurs Missionnaires de la Plaine, vont habiter, avec le Père Martin, à  St Michel-en-l’Herm en 1922 et à Luçon en  1924.

Il fonde à Luçon la Congrégation des Missionnaires de la Plaine le 12-7-28  

Il fonde les Oblates de Ste Thérèse, à Rocques près de Lisieux, en 1933

A Bassac (Charente) en 1948, il fonde les Frères Missionnaires de Ste Thérèse 

 -  Il meurt à Bassac le 14-10-1949.

                                                                        ------------

Voici d’abord un de ses carnets spirituels qu’il a intitulé « Vade mecum» : il y rassembledes citations bibliques et des paroles ou écrits de plusieurs saints : il commence par des textes choisis de « L’Histoire d’une âme ».

Les pages suivantes citeront quelques lettres que le Père Martin a envoyées au Carmel  de Lisieux pendant la guerre.

On y découvre la place de Sœur Thérèse dans la vie de ce prêtre soldat. En lisant « L’appel aux petites âmes » et « l’Histoire d’une âme » dès 1908, il était devenu disciple de cette « Sœur du Ciel », comme il l’appelait. Il sera, à Lisieux, le prédicateur des fêtes de la Béatification et de la Canonisation et publiera « La petite voie d’enfance spirituelle ». Traduit en plusieurs langues, il connaîtra un succès de librairie.

Ces documents sont extraits d’un polycopié, intitulé « Récits du temps de guerre 1914-1919 », transcription de ses carnets spirituels et de ses lettres au Carmel de Lisieux.  

Ils ont été rassemblés pour l’exposition, à Lisieux, de « Thérèse dans les tranchées »

                                                                
 Père Jean GRELIER MdP        le 6 avril 2014 

Vade mecum

Carnet num. 239.63

Les premières pages de ce carnet rassemblent des citations bibliques ; puis,

parmi  des textes de Ste Thérèse d’Avila et d’autres saints, il cite Sœur Thérèse de Lisieux :


(De Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus)[1]

«  Pour une souffrance supportée avec joie, nous aimerons davantage le bon Dieu toujours !... »

« Rien de trop à souffrir pour conquérir la palme ! »

« La souffrance, unie à l’amour, est la seule chose qui me paraît désirable en cette vallée de larmes ! »

« La souffrance devient la plus grande des joies, quand on la recherche comme un précieux trésor. »

Dans son agonie : « Oh ! je ne voudrais pas moins souffrir ! »

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 Trois pensées de Sœur Thérèse de l’Enf. Jésus

Espérance

« La vie passe, l’éternité s’avance ; bientôt nous vivrons de la vie même de Dieu. Après avoir été abreuvées à la source des amertumes, nous serons désaltérées à la source même de toutes les douceurs.

Oui, la figure de ce monde passe, bientôt nous verrons de nouveaux cieux ; un soleil plus radieux éclairera de ses splendeurs des mers éthérées et des horizons infinis… Nous ne serons plus prisonnières sur une terre d’exil, tout sera fini ! Avec notre Epoux céleste nous voguerons sur des lacs sans rivages ; nos harpes sont suspendues aux saules, qui bordent le fleuve de Babylone ; mais, au jour de notre délivrance, quelles harmonies ne ferons-nous pas entendre ? Avec quelle joie nous ferons vibrer toutes les cordes de nos instruments. Aujourd’hui nous répandons des larmes, en nous souvenant de Sion ; comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ? »[2]

 

Confiance

« Je n’ai nullement peur des derniers combats, ni des souffrances de la maladie, si grandes soient-elles. Le bon Dieu m’a toujours secourue ; il m’a aidée et conduite par la main dès ma plus tendre enfance… Je compte sur Lui… La souffrance pourra atteindre les limites extrêmes,  mais je suis sûre qu’il ne m’abandonnera pas. »[3]

 

Abandon

« Mon cœur est plein de la volonté de Jésus ; aussi, quand on verse q.q. chose par-dessus, cela ne pénètre pas jusqu’au fond ; c’est un rien qui glisse facilement, comme l’huile sur la surface d’une eau limpide. Ah ! si mon âme n’était pas remplie d’avance, s’il fallait qu’elle le fût par les sentiments de joie et de tristesse, qui se succèdent si vite, ce serait un flot de douleurs bien amères, mais ces alternatives ne font qu’effleurer mon âme ; aussi je reste toujours dans une paix profonde que rien ne peut troubler.[4]

« Nous qui courons dans la voie de l’amour, il ne faut jamais nous tourmenter de rien. Si je ne souffrais pas de minute en minute, il me serait impossible de garder la patience ; mais je ne vois que le moment présent, j’oublie le passé et je me garde bien d’envisager l’avenir. Si on se décourage, si parfois on désespère, c’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir. »[5]

« Mon Dieu, vous me comblez de joie par tout ce que vous faites… »[6]

« Je ne sais plus rien demander avec ardeur, excepté l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu sur mon âme. »[7]

 

LETTRES A DES CARMELITES

 

                                                       ---------------

Ces lettres sont adressées à Sœur Thérèse de la Sainte Face, la Sous-prieure du Carmel de Lisieux, qu’il a conseillée quand elle était institutrice à St Hilaire de Loulay en Vendée.

14 B **                                                                             Martinet le 10 Décembre 1914

                                        Ma bien chère fille en NS,

(Les Missionnaires Diocésains vont vivre les dangers de la guerre)

Je vous écris malgré que ce soit l’Avent, pour me recommander à vos prières. J’ai été pris Lundi dernier par le Conseil de révision, et, bien que je ne pense pas partir pour la caserne avant le premier de l’an, je vous écris néanmoins pour parer à toute surprise. Avant de le subir, j’avais beaucoup prié pour obtenir la solution la plus conforme au bon plaisir divin. Je suis sûr d’avoir été exaucé et c’est pourquoi je suis en paix. J’espère revenir sain et sauf de la guerre. Cependant il faut tout prévoir, et si les balles et la mitraille sont moins à craindre pour les infirmiers que  pour les combattants, nous avons davantage à redouter les épidémies qui commencent à se multiplier.  Aussi je fais mes préparatifs en conséquence. J’arrange toute chose comme si je ne devais pas revenir. Demandez, là encore, que le bon Dieu arrange tout en vue des seuls intérêts de sa gloire. Ses intérêts sont les miens. Il ne peut pas y avoir opposition entre ce qui procure sa gloire et ce qui me procure à moi le bonheur. C’est ainsi que le bonheur parfait se trouve dans le parfait accomplissement de la volonté divine. Que c’est donc heureux !  Et comme cela simplifie la vie de l’âme. Elle n’a qu’à se regarder à la lumière de la gloire de Dieu. Aussitôt elle trouve sa route. Et cette lumière est infaillible.

               (…)Les récents conseils de révision, qui d’ailleurs se passent ici d’une manière ridicule, en dépit du bon sens, ont achevé de désorganiser notre pauvre maison… Nous sommes présentement 11 missionnaires mobilisés ou à la veille de l’être. Il en reste quatre à passer le Conseil, dont le P. Ordonneau, qui le subira le 24. Sans doute personne ne restera, sauf notre ancien, le P Forgeau[8], qui a dépassé l’âge d’être soldat. Dans tout le diocèse, c’est une véritable hécatombe de prêtres. Dans certains cantons, comme celui du Poiré, il ne va rester que 3 prêtres en tout. Quel fléau que cette guerre ! quel châtiment ! Mais aussi quelle miséricorde c’est et ce sera pour beaucoup, et espérons-le pour la France.

17 E **                                           + Marseille                                     le 31 Juillet 1917

(Il a quitté l’hôpital de Nantes, où il était infirmier militaire, et il attend à Marseille le départ pour Salonique : il prie Sœur Thérèse mais pas pour des faveurs temporelles))

Vous devez vous demander ce que je deviens, depuis si longtemps que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles. J’attendais d’être fixé sur mon sort. C’est fait maintenant et je puis vous annoncer mon proche départ de Marseille, pour Toulon d’abord et Salonique ensuite. Un de mes confrères avait pourtant espéré que Sœur Thérèse, qui est de notre âge (classe 1893), n’aurait pas laissé partir si loin tant de prêtres de sa classe, d’autant plus qu’il n’y a que dans le service de santé qu’on envoie si loin des hommes si âgés. Pour moi, je n’ai rien osé désirer ni demander de tel et je préfère à un maintien en France, où d’ailleurs je pourrais courir tout autant de dangers, le plein abandon à la Providence, que la chère petite Sainte s’est chargé de m’obtenir et qui me donne beaucoup plus de joies, et plus profondes et plus durables, que ne l’eût fait une disposition des évènements plus conformes à mes goûts naturels. Bénissez donc Notre Seigneur avec moi et obtenez que cet abandon qui est sincère dans le fond, je le pratique fidèlement jusque dans les moindres détails de ma vie.

Vous voudrez bien me recommander aussi à notre Mère du ciel par une petite prière fervente que vous ferez devant la Vierge de Thérèse, pour obtenir qu’Elle me serve de seconde Providence et dirige tout dans ma vie, les joies et les peines, en vue surtout de la plus grande joie du Cœur de Jésus et que tout soit réglé par Elle dans ce but. Hors ce désir qui est grand, je n’en ai point d’autre à présenter d’important en ce qui me concerne personnellement. Mais j’en ai qui ont trait au bien d’âmes très chères, à la prospérité de notre œuvre [9], à la conversion des pécheurs. Demandez ardemment que ceux-là se réalisent, quoi qu’il puisse m’advenir à moi-même.

 

 

       17 H           Ambulance 13-21      Koritza (Albanie)     le 7-11-17       

              

 C’est le 5 Septembre que j’ai quitté Salonique pour me rendre à l’ambulance 13/21, qui m’était assignée.(d’une autre main) à Koritza en Albanie. En même temps que moi, partaient, mais pour une autre affectation, mes deux confrères de Vendée : MM Billaud et Bertet, dont j’avais la douleur de me séparer un peu plus loin. Ils emmenaient avec eux, déjà plus mort que vif, un pauvre confrère de Nantes, professeur au petit Séminaire [10], qui devait mourir 15 jours plus tard, dans des circonstances particulièrement douloureuses, puisqu’il arriva sans connaissance, à la nuit tombante, dans un hôpital, où il mourut quelques heures plus tard ; le lendemain seulement, on sut qu’il était prêtre. C’était un homme de solide et forte vertu, petit par la taille mais grand par son amour du devoir, et je garderai toute ma vie le souvenir de ce prêtre, avec qui j’étais parti de Nantes, en fin mars, et avais vécu 4 mois à Marseille, d’autant plus que sur le bateau et plus tard à Salonique même, il se servait de mon autel ; il disait la messe après moi ; je répondais la sienne et il servait le mienne. En réalité, ce fut une victime  élue par Dieu.  (…)

Ma santé à moi était alors un peu chancelante. Je n’avais pas échappé à la maladie courante de ce pays chaud et qui fait courir plus que de raison. Aussi après deux jours de marche, je me trouvais un jour fort épuisé. Il restait encore près de 60 kilomètres à faire à pied et j’en étais bien ennuyé, lorsque, sur le soir, la chère petite sœur Thérèse, à qui je m’étais jeté dans ma détresse (sic), vint à mon secours et, avec la plus grande facilité, je pus obtenir de faire le reste de la route en automobile, ce qui me dispensa de cinq jours de dures marches à travers un pays montueux. Ce ne fut pas d’ailleurs la seule fois que la chère petite sainte m’assista de sa protection, et je lui attribue bien, ainsi qu’à ma Mère du ciel, de m’avoir fait échapper à de graves périls, une nuit dans une gare (à Vertitop) ( ?), où il y eut un terrible tamponnement de trains, dans des conditions où mon wagon avait bien 9 chances sur 10 d’être écrasé ; une autre fois aussi qu’un avion boche vint lancer des bombes dans un endroit, où je me serais certainement trouvé sans une circonstance tout à fait insignifiante. D’ailleurs depuis le départ de Marseille, j’ai redoublé de dévotion et de prières pour la chère petite Sainte (sic). Je lui ai fait neuvaines sur neuvaines… Et encore chaque soir, quand j’ai fini mes autres dévotions, je tire de mon carnet de poche l’une de ses chères images et souvent, dans un rayon de lune, je la contemple et je l’invoque, ou plutôt (car c’est ce qu’elle m’a inspiré depuis bien des années), je fais pour elle, je dis et je redis la prière qu’elle demandait à l’un de ses frères missionnaires  de dire quand elle serait au ciel : « Père Miséricordieux, au nom de votre doux Jésus etc… »[11] . Pour moi personnellement, je ne puis d’ordinaire me résoudre à lui demander aucune grâce temporelle, et je m’aperçois qu’elle m’en fait d’autant plus que je borne davantage mes désirs aux choses éternelles.  C’est toujours l’accomplissement de la promesse de Jésus…. [12]

(…)Plus je vois Jésus, pauvre, petit, faible, condescendant et délaissé, et plus il me paraît aimable, et je comprends que celui-là devient le plus aimable pour son Cœur, qui sait, à son exemple, se faire le plus petit, le plus pauvre et le plus oublié de ce monde. Aussi comme je comprends votre désir de vous abaisser au dessous de toutes et de vous faire la dernière à vos yeux, ne pouvant l’être extérieurement puisque vous êtes en dignité. Ici l’une de mes joies est aussi de n’être pas connu et de passer, aux yeux de presque tous, pour un pauvre petit curé de campagne, un prêtre tout à fait quelconque, ce qui d’ailleurs est la vérité, au point de vue surnaturel : car plus je vais plus je me trouve différent de ce que je voudrais être… Et ce serait vraiment décourageant, s’il n’y avait l’immense bonté de Jésus. Oh ! comme elle est juste et belle la petite prière de la Bse Marguerite-Marie, que vous m’avez envoyée et que je vous en suis reconnaissant ! Je la dis et la redis chaque jour et toujours avec plus de lumière et de joie. Oui, Jésus fera par sa bonté ce que je ne saurais faire ds ma faiblesse. Et puis, voici bien des années que je le cherche, et Lui, il y a une éternité qu’il m’appelle… Comment dès lors n’arriverions-nous pas à nous rencontrer un jour et à être tout l’un à l’autre. Au ciel sûrement cela se fera. En attendant, il a mis dans mon cœur une petite flamme qui ne s’éteint plus mais grandit chaque jour et qui est un désir constant, ardent de me consumer tout entier et toutes mes forces à son service, pour l’établissement dans le monde du Règne de son Sacré-Cœur. Je sens que maintenant il me prépare à cette tâche dans l’inutilité apparente de ma vie actuelle. Après, j’agirai d’autant plus efficacement que présentement j’aurai été plus annihilé. C’est mon espérance et mon plus cher désir…la pensée qui me console dans mon exil… Qu’il plaise à la divine Bonté de le réaliser et je l’en aimerai de toute mon âme… et s’il lui plaît de laisser tomber mon rêve, j’espère que je ne l’en aimerai pas moins. Car quelle gloire plus grande puis-je lui procurer que d’aimer son bon plaisir et de faire, comme Jésus, ma nourriture de la volonté de son Père.

Ainsi se passe ma vie à Koritza… Mais désormais, je ne pense pas y demeurer longtemps… Il y a un mois ½,  on me trouvait trop jeune pour rester à Salonique. Maintenant on me juge trop vieux pour rester à Koritza, et non seulement moi, mais tous  ceux de mon âge et ceux qui ont même dix ans de moins que moi... Le confrère de Nantes, qui m’avait accompagné ici, a été rappelé à Salonique, voici déjà 8 jours. Je ne tarderai pas à le suivre. Je vous ferai connaître mon changement d’adresse.

(…)… Quand je venais de Salonique ici, j’avais, le long de la route, fait une petite couronne avec des fleurettes champêtres, et je voulais l’offrir à la petite Thérèse. La couronne s’est défaite… Je vous en envoie les débris recollés… Vous les mettrez, si vous le jugez bon, au pied de la statue miraculeuse de la Vierge du sourire… Je sais bien que ni Thérèse ni sa Mère ne rejetteront l’humble hommage de ma pauvreté.

18 D                              R.M.S.                  3-6-18

(Toujours à Salonique, Gabriel Martin accepte d’être le prédicateur à Lisieux des fêtes de la Béatification – Il  espère le retour en France en raison de ses 45 ans -  Il est inquiet de ses amis soldats et prie pour eux Marie et Thérèse).

Parmi les joies que m’a apportées votre lettre, ce n’en est pas une petite non plus que celle que j’ai éprouvée, en lisant que, pour la béatification (il avait écrit « canonisation » qu’il a rayée) de la chère petite sainte, j’aurai mon mot à dire pour la louer, la chanter. Je n’aurais vraiment pas osé l’espérer.Aussi ma reconnaissance n’en est-elle que plus grande pour votre bonne petite Mère, à qui vous voudrez bien l’exprimer, en même temps que vous lui direz avec quelle joie j’accepte l’honneur qu’elle veut bien me faire [13]. Je suis heureux de savoir sa santé meilleure et je vais prier plus encore pour que Jésus la conserve sur la terre jusqu’au triomphe de sa Thérèse et encore après, s’il plaît à sa divine Bonté.

On parle depuis quelque temps comme d’une chose possible du prochain rapatriement en France des vieilles classes, dont je suis. Ne sachant ce qui vaut le mieux pour moi, je m’en remets à la Providence. Mes deux confrères, MM Bertet et Billaud désirent ardemment le retour au pays natal. M. Bertet a d’autant plus de raisons de le désirer que le climat de Salonique ne lui est pas très sain. Il est encore fatigué de ce temps-ci, mais il va mieux. J’ai eu également une journée de forte fièvre, la semaine dernière. Ce n’est pas du paludisme. Cet accès ne compromet donc pas l’avenir. J’ai offert à M. Bertet, depuis longtemps déjà, votre bon souvenir auquel il a été sensible. Il se recommande à vos bonnes prières.

Je suis inquiet du P. Ordonneau. Il m’écrivait le 15 mai d’un point du front, où récemment les Allemands ont passé en rafale et ont dû tout tuer ou tout emporter. Qu’il me tarde d’avoir de ses nouvelles ! Et quelle douleur j’aurais, si Dieu permettait qu’il lui arrivât malheur. Mais je compte toujours, pour mes confrères et pour moi, sur la protection de notre chère Mère du Ciel, à qui tant de fois nous nous sommes recommandés. Votre petite sainte aussi nous protègera. J’y compte.

 

 

18 E **                R.M.S.                    S.P. 510        A.O.                   le  1er juillet 1918

 (Il est inquiet de ses amis mobilisés – En lisant l’Histoire d’une âme qu’il s’est fait envoyer, il désire réaliser ce que propose Sœur Thérèse)

(…) Vous savez sans doute que le P. Ordonneau, avec deux autres prêtres de Vendée a disparu au Chemin des Dames, à la fin de Mai. Prisonnier ? On le dit. Prisonnier et blessé ? On le dit aussi. J’attends avec anxiété une lettre de France qui me fixe sur son sort. A vrai dire, je ne crois pas, je ne veux pas croire qu’il soit mort. Je garde l’espoir que la Ste Vierge et Sr Thérèse, ses deux grandes célestes protectrices l’auront gardé et le garderont encore de la mort. Mais vous savez assez, d’une part l’affection qui me lie à lui, de l’autre la confiance qu’il a dans vos prières et celles de votre cher Carmel. Alors vous prierez bien, n’est-ce pas, beaucoup et vous ferez prier pour lui.

Le Père Carré a eu le bonheur d’être en permission au moment qui eût été pour lui le plus dangereux. Un autre s’est trouvé dans le même cas. Un autre encore,  mon petit Père Fréneau[14] a pu juste s’échapper de son ambulance. Le P. Tenaud, dans la sienne, est tous les jours bombardé. D’autres encore sont en danger. C’est moi le plus favorisé, puisque je suis le moins exposé. Il me semble que j’ai en revanche la charge de prier pour eux  tous. Je vous demande de m’aider.

J’ai bien reçu, voici une quinzaine de jours, votre envoi. Merci. Mais je dois un merci spécial aussi à votre vénérée petite Mère, pour la délicatesse qu’elle a eue de joindre quelques souvenirs plus intimes.  Elle m’a fait un très grand plaisir. Ayez, je vous prie, la bonté de lui remettre la lettre à son adresse, qui accompagne celle-ci. Je veux aussi la remercier d’avoir pensé à moi pour les fêtes de la Béatification. Rien n’aurait pu - venant d’elle - m’être plus agréable… Je ne sais si je m’arrêterai définitivement à cette idée, mais la première pensée qui m’est venue a été de célébrer en Thérèse l’apôtre et de parler de son zèle. Il m’a semblé que cela conviendrait à un « missionnaire », puisque le zèle est aussi sa vocation et qu’à ce pauvre missionnaire, entièrement pauvre en mérite, en vertu, en tout, cela vaudrait un accroissement de zèle véritable. Si vous saviez combien je le souhaite ! [15]

En attendant, je fais mes délices de « l’Histoire d’une âme ». Il y avait quatre ans bientôt que je ne l’avais pas relue en entier. J’y trouve autant d’intérêt et de joie surnaturelle et de profit que la première fois [16]. C’est une mine inépuisable… Je me rends compte aussi qu’il y a des choses, que je n’avais pas bien comprises autrefois. De dures années d’épreuve me servent maintenant à en avoir une plus parfaite intelligence… Et je vois qu’il me manque beaucoup de choses pour arriver à la véritable vie d’enfance spirituelle. Cependant je ne désespère pas d’y atteindre, et cette espérance,  même acquise au milieu de ma grande misère, malgré cette misère ou, pour mieux dire, à cause de cette misère, m’est comme une preuve que, si je n’y marche pas encore d’un pas soutenu, du moins j’y ai mis le pied et j’espère, par la grâce de Dieu, m’y maintenir.

Oui, Sr Thérèse de l’Enfant Jésus est une grande sainte... A toutes les pages, à toutes les lignes, on respire le plus pur parfum de sainteté. Cette âme, baignait en Dieu, sans en avoir toujours la jouissance. Aussi tout ce qui en jaillissait était-il  comme divin. En elle, ce n’était plus elle, c’était Jésus qui vivait, lui qui parlait, pensait, agissait, aimait. Elle était la pure expression de Jésus. Elle était toute passée en Jésus. Et si elle paraissait encore, n’ayant pas dépouillé son enveloppe de chair, c’était à la manière du transparent, que l’on voit, mais en qui on ne distingue plus que le sujet lumineux qu’il représente [17]. Ainsi Jésus transparaît dans ses moindres paroles. Il y a des pages de l’Evangile que je n’ai comprises que sous sa plume et traduites dans sa conduite : par exemple, ce qui a trait à l’amour du prochain [18]. Je ne parle pas de la voie d’enfance. Sa vie, son livre en sont le plus parfait des commentaires. Oh ! que l’Esprit de Dieu est donc admirable, et combien la science qu’il donne est différente de celle qui s’acquiert par l’étude et le travail de l’esprit humain !...

Quoi qu’il en soit, il y a assurément pour moi dans ce livre une grâce spéciale, particulière, que j’ose dire de choix… Priez pour qu’elle ne se tourne pas un jour à ma confusion ! Je vois tant de différence entre  ce que je fais et ce que, à sa lumière, je vois qu’il faudrait faire… Mais, comme Thérèse disait : « Il y a des âmes que le bon Dieu ne se lasse pas d’attendre… » [19]


 

        [1] 5 citations de Sr Thérèse, dont voici les références actuelles et les pages dans l’ancienne édition de HA : LT43B, HA p. 343   -  LT 55, HA p. 345   -  LT 253, HA p. 373   -  C 10v° HA98 p.98   -  DE 25.8.5, HA p. 255.

       [2] LT 85 à Céline , HA page 320

       [3] DE 27.5.2 et 4.7.3 , HA page 237

       [4] DE 14.7.9 , HA page 236

       [5] DE 23.7.3 et 23.8.3 , HA page 235

       [6] Ms C 7r°, HA98 page 154

      [7] A 83r°, HA98 page 142

[8] Pierre Ordonneau, né en 1982, prêtre en 1906 et Missionnaire diocésain en 1909 – Charles Forgeau, né en 1865, prêtre en 1889, devient Missionnaire diocésain en 1911. Décédé en 1936.

[9]  « Notre œuvre », c’est pour lui l’entreprise apostolique des Missionnaires diocésains de Vendée et de plus en plus les « missions de Plaine » 

         [10] L’Abbé Aristide Leclesve, né au Pellerin (L.A.)) le 30-11-1873, décédé le 20-09-1917 : cf Archives du diocèse de Nantes.

         [11] A l’Abbé Maurice Bellière, Thérèse demandait de dire pour elle cette prière « Père Miséricordieux… » (cf LT 220 , HA p. 367 3ème lettre à ses frères missionnaires.

           [12] Il refuse de demander à Sr Thérèse des bienfaits matériels, comme d’autres qui, à Marseille, lui demandaient d’être dispensés de partir à Salonique. cf. Lettre 17E

          [13] Béatification à Rome le 29 Avril 1923. Triduum à la Chapelle du Carmel de Lisieux du 28 au 30 Mai 1923 : cf. le livret publié par le Père Martin, intitulé «  Trois panégyriques ».  Mère Agnès demande au Père Martin, aussitôt ces fêtes, d’assurer la prédication des fêtes de la Canonisation, qui aura lieu en 1925.

          [14] François Xavier Fréneau (1888-1980), prêtre en 1912 et Missionnaire diocésain en 1913, curé de Grues en 1924. Membre de la Congrégation des Missionnaires de la Plaine en 1928, il en devient Supérieur en 1947.

[15] La « mission  de Thérèse » sera le 3ème thème du Triduum, prêché par le P. Martin, le 30 mai 1923 : « La Mission ou l’Amour qui se répand sur le monde » - les deux premiers thèmes étant : «  Thérèse chef-d’œuvre de l’amour miséricordieux » et « La petite voie : l’Amour remonte à sa source ».

[16] Après avoir lu « L’appel aux petites âmes », vers le 20 février 1908, il a lu l’Histoire d’une âme dans les premiers jours de mars, puisque, dans son Carnet spirituel, dès le 9 mars 1908, il parle des «  frères missionnaires » de Thérèse, que ne signalait pas « L’appel aux petites âmes ».

[17] On appelait « transparents », les grands tableaux lumineux qui marquaient les fêtes de la mission : ces vitraux de papier transparents et colorés étaient éclairés par des bougies, remplacées plus tard par l’électricité.

[18] Charité fraternelle Cf. Ms C 11 r° et suivantes , HA98  p. 158 et suivantes.

[19] « Le bon Dieu me fit comprendre qu’il est des âmes que sa Miséricorde ne se lasse pas d’attendre » Ms C 21r° , HA98 page170

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LETTRE des cardinaux, archevêques et évêques de France

annonçant aux fidèles le vœu d’un Pèlerinage National à Lourdes après la conclusion de la paix.

                                                                                                          15 septembre 1916

            Nos très chers Frères,

Nous sommes entrés dans la troisième année de guerre. Grâce au sang-froid, à l’énergie, à l’habileté de nos chefs, grâce au courage et à l’endurance de nos soldats, grâce à la générosité avec laquelle la nation a su s’imposer tous les sacrifices exigés par les circonstances, grâce au puissant concours de nos alliés, la certitude de la victoire finale s’affirme de plus en plus en notre faveur.

Toute notre gratitude, toute notre admiration vont, avec toutes nos sympathies et tous nos vœux, à nos armées qui ont si noblement soutenu l’honneur de la France en la sauvant de la plus formidable invasion qu’elle ait jamais subie.

Cependant, la lutte dure encore : le sang de France coule tous les jours sur quelque point du territoire ; le nombre des mutilés, des prisonniers, des veuves, des orphelins, des familles en deuil va sans cesse croissant ; de nombreuses populations, émigrées de leurs foyers, sont dispersées à travers le pays, d’autres gémissent sous le joug de l’occupation ; naguère encore, nous apprenions, avec autant d’indignation que de douleur, que nos ennemis, foulant aux pieds une fois de plus les lois de la morale et de la civilisation avaient brutalement arraché à leurs familles des milliers de femmes et de jeunes filles pour les déporter au loin et les soumettre, comme autrefois les esclaves, à une sorte de travaux forcés ; ajoutez que le commerce, l’industrie, l’agriculture manquant de bras, la vie nationale est profondément troublée.

Vivement préoccupés des intérêts de la patrie, nos très chers Frères, compatissant à vos souffrances et à vos angoisses, émus des sacrifices qu’impose la prolongation de la lutte à nos chers soldats, surtout à tant de pères de famille si longtemps retenus loin de leurs foyers, désireux de hâter l’heure de la victoire définitive, qui mettra un terme à l’effusion du sang et nous assurera une paix glorieuse et durable, vos évêques ont eu la pensée de faire violence au ciel par un acte solennel en rapport avec l’importance du bienfait désiré.

Dieu n’aime pas la guerre, nos très chers Frères, il est le Dieu de la paix, et son Eglise range la guerre, avec la peste et la famine, au nombre des trois fléaux dont elle prie le Seigneur de préserver son peuple.

Dieu n’est pas l’auteur de la guerre, ce n’est point lui qui l’a déchaînée : ce sont les hommes, et l’histoire dira le nom de ceux qui l’ont voulue et qui l’ont déclarée.

Mais Dieu, qui n’aime pas la guerre, la permet cependant comme une conséquence de la liberté qu’il a donnée aux hommes, et quand ils l’ont déchaînée par leur libre volonté, il la fait servir à ses desseins de justice ou de miséricorde.   S’il prend le nom de Dieu des armées, ce n’est pas qu’il se plaise à l’œuvre de mort qu’elles accomplissent, mais il veut leur rappeler, d’une part, que c’est de lui qu’elles tiennent le droit de verser le sang et qu’elles ne doivent en user que pour de justes causes, de l’autre, que c’est lui qui a le pouvoir d’infliger la défaite ou d’accorder la victoire selon les vues toujours justes de sa sagesse.

Arbitre souverain des peuples et des événements, il est la force contre laquelle nulle autre force ne saurait prévaloir, il est l’allié dont l’appui l’emporte sur toutes les autres alliances. Il se réserve dans toutes les choses humaines quelque endroit caché par où il intervient à son heure, un ressort secret qu’il meut quand il lui plaît et par lequel il donne le branle à tout et change parfois, en un instant, la fortune des armées et la face des Etats. Bien insensé serait le peuple qui prétendrait se passer de lui.

Aussi, dès que le fléau de la guerre actuelle fut déchaîné, avons-nous vu tous les peuples intéressés dans le conflit se précipiter au pied des autels pour implorer l’assistance de Celui de qui relèvent tous les empires et qui tient dans sa main les destinées des nations.

Quand un peuple, en effet, se trouve sous le coup de quelque grande épreuve, aux heures critiques surtout où son indépendance nationale et l’intégrité de son territoire dépendent du sort des armes, il éprouve le besoin de se tourner vers Dieu qui, seul, peut le préserver du mal qu’il redoute ou lui assurer le bien qu’il désire.

Souvent dans les circonstances plus graves, pour toucher plus sûrement le Cœur du Tout-Puissant, il accompagne sa prière d’un vœu par lequel il s’engage envers lui à une chose qu’il sait lui être agréable. Et ces vœux, Dieu les accepte parce qu’ils sont un acte de foi en lui et en sa Providence, un acte de confiance en sa justice et en sa bonté, un acte d’humilité par lequel l’homme reconnaît le besoin qu’il a de lui, un pacte d’alliance par lequel nous l’appelons à notre aide.

L’histoire abonde en exemples de ce fait parmi les païens comme parmi le peuple de Dieu, sous le Nouveau Testament comme sous l’Ancien. A l’origine de notre histoire, c’est par la promesse d’embrasser la foi du Dieu de Clotilde que Clovis obtint la victoire sur les ancêtres des mêmes ennemis avec lesquels nous sommes en guerre aujourd’hui. En 1871, la France, adoptant le vœu de pieux chrétiens, promit d’ériger dans la capitale un sanctuaire au Sacré Cœur de Jésus, et la basilique de Montmartre est l’exécution du vœu national, que le Parlement a ratifié par le vote d’une loi autorisant la construction de cet édifice, reconnu d’utilité publique.

Pressés par de nombreuses demandes qui, bien que variées dans leur forme ou leur objet spécial, ont toutes le même but : provoquer une manifestation de foi nationale pour obtenir le secours du ciel en faveur de nos armes et hâter la victoire définitive et le retour de la paix, nous avons pris la résolution de faire la promesse solennelle d’un Pèlerinage National au sanctuaire de Lourdes.

La dévotion de la France à la Très Sainte Vierge est aussi ancienne que notre histoire. Notre sol est couvert de sanctuaires érigés en son honneur par la piété de nos pères. Répondant à leur confiance, Marie s’est montrée de tout temps la protectrice de notre pays. Elle en est devenue la patronne par l’acte solennel d’un de ses souverains dont le peuple a ratifié le vœu en l’accomplissant fidèlement chaque année depuis près de trois cents ans.

La France n’a point rétracté sa consécration. Marie ne nous a point retiré son patronage.

Avec quelle maternelle sollicitude n’a-t-elle pas rempli son rôle protecteur ? Pour ne parler que de notre temps et de faits qui, sans s’imposer à la foi des fidèles, se recommandent cependant à leur confiance, ayant été dûment constatés par l’autorité légitime, est-il au monde une nation qui ait été favorisée dans le même siècle d’autant de visites de la Sainte Vierge que la France au siècle dernier ? En 1830, c’est l’apparition de Marie à une humble fille de la Charité, sous les traits que la médaille miraculeuse a fait connaître dans le monde entier. En 1836, une voix du ciel invite le pasteur d’une des paroisses les moins religieuses de la capitale à consacrer son peuple au Cœur immaculé de Marie. Cette consécration transforme la paroisse et fait de son église, jusque-là inconnue, l’illustre sanctuaire de Notre-Dame des Victoires. En 1846, Marie apparaît sur la montagne de la Salette pour rappeler les chrétiens à leurs devoirs religieux. En janvier 1871, alors que la patrie agonise, épuisée de sang à la suite d’une série de revers inouïs, elle vient à Pontmain, messagère de la paix, annoncer la fin prochaine de la guerre.

Mais de toutes ces apparitions, la plus insigne est celle dix-huit fois répétée de la Vierge immaculée aux roches Massabielle, à Lourdes, où elle a ouvert une source de grâces qui n’a cessé d’opérer des prodiges depuis plus d’un demi-siècle, et qui a fait de ce coin de nos Pyrénées une terre de miracles et de bénédictions.

N’est-il pas tout naturel, N.T.C.F. ( = nos très chers frères) , que, aux heures graves de notre vie nationale, nous nous tournions vers la céleste Patronne qui a donné à notre pays tant de gages de sa maternelle bienveillance, et que nous allions l’implorer au lieu béni de notre terre de France où elle se montre si constamment secourable à toutes nos misères ?

Afin donc de hâter l’heure de la victoire décisive et la conclusion d’une paix telle que la justice de notre cause et un légitime amour de notre patrie nous font un devoir de la souhaiter, les cardinaux, archevêques et évêques français, chacun au nom de son diocèse et tous ensemble au nom de la France, ont résolu de faire solennellement le vœu de conduire ou de faire conduire en leur nom, après la conclusion de la paix, dans une période de temps qui sera ultérieurement déterminée, un pèlerinage de leurs diocèses respectifs à Lourdes, aux pieds de la Vierge immaculée ; et par l’unanimité de leur adhésion et de leur intention, ils entendent conférer, autant qu’il est en eux, à ce vœu et aux pèlerinages qui en réaliseront l’accomplissement, le caractère d’un acte national.

Que le Dieu tout-puissant, par l’intercession de Marie, l’auguste Reine de la paix, daigne agréer notre promesse ; qu’il soutienne le courage de nos vaillants soldats et le récompense par la victoire ; qu’il mette promptement un terme à l’effusion du sang et rende les époux à leurs épouses, les pères à leurs enfants, les frères à leurs sœurs, les fils à leurs vieux parents ; qu’il fasse à jamais disparaître de la terre ces théories barbares qui, en plaçant la force au-dessus du droit, permettent d’abuser de la force pour humilier les petits et écraser les faibles, et qu’il inspire aux peuples et à ceux qui les gouvernent la fidélité aux principes qui sont la sauvegarde de la sécurité et de la paix des nations ; qu’il mette enfin au cœur de tous les enfants de la France le respect des droits de Dieu et de toutes les libertés légitimes, des sentiments de concorde et de justice, afin que, renonçant à nos dissensions antérieures, nous consacrions tous nos soins à guérir nos blessures, toutes nos énergies à réparer nos ruines pour reconquérir à notre pays sa force et sa prospérité des meilleurs jours.

Mais, nos très chers Frères, si nous voulons que la Très Sainte Vierge puisse intercéder efficacement pour nous auprès de Dieu, le moyen le plus sûr de l’obtenir n’est-il pas avant tout de regretter les torts que nous nous sommes donnés envers lui et de promettre de les réparer ?

Dieu veut nous sauver. Notre cause est juste ; nous combattons pour notre indépendance nationale et pour l’intégrité de notre territoire ; nous combattons pour la défense des principes en dehors desquels il n’y a pas de civilisation digne de ce nom.

Dieu veut nous sauver. Nous en avons la preuve dans la résistance de l’héroïque Belgique, dans les alliances qu’il nous a ménagées, dans l’assistance visible qu’il nous a prêtée en nos luttes de la Marne, de l’Yser et de Verdun.

Mais depuis la bataille qui brisa le flot de l’invasion, si nous avons pu arrêter l’ennemi, nous n’avons point encore réussi à le repousser. Dieu n’attendrait-il pas, pour compléter son bienfait, que nous nous en rendions dignes en réparant nos fautes envers lui ? Ce sera notre honneur de les reconnaître, d’en demander pardon et de les réparer. En nous frappant la poitrine, avouons que nous avons tous et beaucoup péché ; et cet humble aveu nous méritera la miséricorde divine, que sollicitent pour nous tant d’ardentes et persévérantes prières, tant d’infatigables dévouements, tant d’héroïques sacrifices, et, dans le passé, tant de services rendus.

Prière et vœu

O Marie, Vierge immaculée, auguste mère de Dieu et Reine de la paix, la France vous a été solennellement consacrée par un de ses souverains, et le peuple a ratifié son vœu avec une filiale dévotion, en l’accomplissant fidèlement chaque année, depuis près de trois siècles.

Elle passe à l’heure actuelle par une cruelle et longue épreuve. Sa frontière a été violée, son territoire envahi, le sang de ses enfants coule à torrents, beaucoup de ses soldats subissent sur la terre étrangère une douloureuse captivité, le nombre des veuves et des orphelins va chaque jour se multipliant, plusieurs de nos provinces gémissent sous le joug d’une occupation humiliante et dure, toutes nos familles sont dans le deuil ou dans l’angoisse.

Bien des fois, au cours des derniers temps, vous nous avez donné, en honorant de vos visites la terre de France, des marques de maternelle bonté qui encouragent notre espérance.

La France a répondu à vos gracieuses visites en venant en foules nombreuses apporter à votre sanctuaire privilégié l’hommage de sa foi et de son amour, de son repentir et de ses amendes honorables, de ses supplications et de sa confiance. Elle y a fait à Jésus-Christ dans son Eucharistie, la veille encore de la rupture de la paix, les triomphes les plus magnifiques.

Souvenez-vous donc, ô Marie, des pieuses multitudes qui, de chacun de nos diocèses, sont venues en pèlerinage de pénitence s’agenouiller à vos pieds.

Souvenez-vous des ovations que les foules ont faites à votre divin Fils, de leurs actes de foi, de leurs supplications, de leurs acclamations à la divine Hostie.

Prêtez l’oreille aux touchantes prières que nos soldats dans les tranchées, les épouses, les mères, les petits enfants, les vieux parents, à leurs foyers ou dans nos églises, font sans cesse monter vers le trône de votre miséricorde.

Présentez au Seigneur les sanglants holocaustes que tant de milliers de héros ont pieusement et généreusement offerts pour la patrie.

Non, vous n’abandonnerez pas votre royaume ; non, vous ne laisserez pas périr le peuple qui vous a tant priée ; non, la confiance que nous avons mise en vous ne sera pas déçue.

Nous avons péché, il est vrai. Mais nous reconnaissons nos torts, nous les regrettons, nous en demandons pardon ; nous sommes sincèrement résolus à les réparer.

La France veut rester votre royaume ; elle veut demeurer fidèle au Christ. Soyez toujours notre Reine, et que Jésus soit toujours notre Roi : Dominare nostri, tu et Filius tuus. Qu’il règne sur nos âmes, qu’il règne sur nos familles, qu’il règne sur la France.

Déjà, vous nous avez donné un gage de votre bienveillante protection en arrêtant par une première victoire, au jour de la fête de votre bienheureuse Nativité, le flot envahisseur auquel rien jusque-là n’avait pu résister.

Reconnaissants de cet insigne bienfait et assurés que votre miséricordieuse intercession nous en obtiendra le couronnement, nous, cardinaux, archevêques et évêques français, chacun au nom de notre diocèse et tous solidairement au nom de la France entière, nous faisons solennellement le vœu de conduire nos diocèses en pèlerinage à vos sanctuaires de Lourdes, pour rendre grâces à Dieu de la victoire et du bienfait d’une paix durable.

Daignez, ô Marie, agréer notre promesse et exaucer notre prière ; la France reconnaissante se fera gloire d’être à un titre nouveau votre royaume et le royaume de votre Fils. Ainsi soit-il.

+ LOUIS-JOSEPH, card. LUCON, archev. de Reims
+ PAULIN, card. ANDRIEU, archev. de Bordeaux
+ LEON-ADOLPHE, card. AMETTE, archev. de Paris
+ ANATOLE, card. De CABRIERES, év. de Montpellier
+ BARTHELEMY-CLEMENT, archev. de Carthage
+ EUDOXE-IRENEE, archev. d’Albi
+ JEAN-AUGUSTIN, archev. de Toulouse
+ FRANCOIS, archev. d’Aix
+ AUGUSTE, archev. de Rennes
+ ERNEST, archev. d’Auch
+ MICHEL-ANDRE, archev. d’Avignon
+ LOUIS-ERNEST, archev. de Rouen
+ FRANCOIS-LEON, archev. de Besançon
+ JEAN-VICTOR-EMILE, archev. de Sens
+ CHARLES-FRANCOIS, archev. d’Antioche, ev. de Nancy
+ ALBERT, archev. de Tours
+ DOMINIQUE, archev. de Chambéry
+ JEROME-MARTIN, archev. de Bourges
+ JOSEPH-MICHEL-FREDERIC, év. de Viviers
+ PIERRE-MARIE, év. de Clermont
+ ALPHONSE-GABRIEL, év. de Saint-Dié
+ STANISLAS, év. d’Orléans
+ CLAUDE, év. de Séez
+ FELIX, év. de Nîmes
+ HENRI, év. de Nice
+ FRANCOIS-ALEXANDRE, év. de Saint-Claude
+ JOSEPH, év. d’Angers
+JOSEPH, év. de Coutances
+ JULES, év. de Perpignan
+ FRANCOIS-XAVIER, év. de Tarbes et Lourdes
+ MARIE-CHARLES, év. d’Aire
+ HENRI-LOUIS, év. de Chartres
+ PIERRE-LUCIEN, év. d’Annecy
+ PAUL, év. de Carcassonne
+ CHARLES, év. de Rodez
+ ADRIEN, év. de Maurienne
+ CHARLES-PAUL, év. d’Agen
+ CHARLES, év. de Versailles
+ FRANCOIS-MARIE, év. de Bayonne
+ FELIX, év. de Fréjus
+ ALCIME, év. de Vannes
+ EUGENE, év. de Laval
+ JACQUES, év. de Mende
+ LOUIS-JEAN, év. d’Evreux
+ THOMAS, év. de Bayeux
+ PAUL, év. de Saint-Flour
+ JULES-LAURENT, év. de Saint-Brieuc
+ EMILE, év. d’Arras
+ JEAN-AUGUSTE, év. de La Rochelle
+ PIERRE-LOUIS, év. de Soissons
+ THOMAS-FRANCOIS, év. du Puy
+ HENRI-MARIE, év. d’Angoulême
+ PIERRE, év. de Montauban
+ LAURENT, év. de Troyes
+ ALFRED-JULES, év. de Blois
+ JEAN-BAPTISTE, év. de Tarentaise
+ ADOLPHE, év. de Quimper
+ JOSEPH-ANTOINE, év. de Marseille
+ EMMANUEL, év. de Meaux
+ ADOLPHE, év. de Belley
+ PIERRE, év. de Nevers
+ OLIVIER-MARIE, év. de Langres
+ JEAN-BAPTISTE, év. de Moulins
+ LOUIS, év. de Poitiers
+ LOUIS-JOSEPH, év. de Grenoble
+ PIERRE-CELESTIN, év. de Cahors
+ JOSEPH, év. de Tulle
+ EMMANUEL, év. de Valence
+ RAYMOND, év. du Mans
+ JOSEPH-MARIE, év. de Châlons
+ EUGENE, év. de Gérasa, coadj. de Nancy
+ HECTOR-RAPHAEL, év. de Limoges
+ JEAN-MARIE, év d’Hadrumète, auxil. de Lyon
+ EUGENE-LOUIS, év. de Nantes
+ CHARLES, év. de Verdun
+ ERNEST, év. d’Arsinoé, auxil. de Reims
+ GABRIEL, év. de Gap
+ DESIRE-HYACINTHE, év. d’Autun
+ LEON-ADOLPHE, év. de Digne
+ MAURICE, év. de Périgueux
+ ANDRE, év. d’Amiens
+ EUGENE, év. de Beauvais
+ CHRISTOPHE-LOUIS, év. d’Oran
+ MAURICE, év. de Dijon
+ GUSTAVE-LAZARE, év. de Luçon
+ AUGUSTIN, év. d’Ajaccio
+ HONORE, év. de Pergame, auxil. de Montpellier
+ JEAN, év. élu de Germe, auxil de Toulouse
+ PIERRE, év. élu de Pamiers
                                                                          ________________________________________

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Récit du temps de la guerre, René Bazin le 6 mai 1915

L’AUMONIER

La lettre que voici a été écrite à sa mère par un maréchal des logis de dragons. Elle est si jeune, si brave, si noble, que j’ai éprouvé de la joie en la lisant, et que j’ai remercié l’ami de qui je la tiens. Je la citerai donc, afin que cette joie soit à plusieurs :

« Maman chérie,

« Je viens d’assister, au fameux bois de X..., où nous sommes depuis quatre jours, à l’un des spectacles les plus grandioses et les plus impressionnants de la guerre moderne.

« Vers six heures du matin, en revenant des tranchées de première ligne où nous avions veillé toute la nuit, et fait des patrouilles, nous apprenons que l’aumônier de la brigade de cavalerie dit une messe à sept heures et demie. En effet, au milieu des bois, à l’heure indiquée, dans une ancienne remise de château à moitié ruiné, un brancardier-prêtre, en bottes et éperons, revêtu des ornements sacerdotaux, assisté d’un adjudant, frère mariste à longue barbe blonde, héros cité récemment à l’ordre du jour de l’armée, commençait l’office divin, devant l’autel improvisé, fait d’un vieux placard renversé.

« Tout autour, dedans et dehors, une nombreuse assistance, émue et recueillie : des officiers supérieurs, des capitaines grisonnants, d’élégants sous-lieutenants imberbes, des hommes de tout grade et de tout âge..., ceux qui ont échappé à mille morts déjà, ceux qui ont été blessés et sont revenus sur le front..., ceux qui vont mourir demain, peut-être aujourd’hui, peut-être dans une heure, ou même dans une minute, - car les Allemands bombardent le bois du soir au matin, - tous ces gens, sur lesquels plane la grande ombre de la mort, adoraient en silence le Dieu des armées : « Sanctus... Sanctus Deus sabaoth ! » Puis l’adjudant barbu, à genoux dans la poussière, récite le Confiteor. A côté de lui viennent se ranger colonel, officiers et soldats, « Domine, non sum dignus !» dit le prêtre en levant l’Hostie sacrée... Tout le monde se frappe la poitrine et communie, tandis qu’éclate, au dehors, le fracas des marmites, et que les obus passent et repassent, en sifflant, au-dessus de la fragile toiture. Puis la dernière bénédiction et le dernier Evangile.

« Le prêtre-soldat se retourne et parle. Il dit la nécessité de vivre en Dieu et pour Dieu toutes les minutes de notre brève existence, l'utilité de la prière en action, de la prière sans paroles, de l’offrande suprême offerte au Crucifié à l’heure suprême de la mort pro­chaine. Il rappelle les blasphèmes des barbares, qui ont osé railler la Vierge de Lourdes, et sa voix forte de soldat, ses paroles martelées, simples, brutales, s’échappant de l’abri trop étroit, se répandent sous les grands pins, par­dessus les fronts pensifs. Enfin, une dernière prière pour la France, un De Profundis pour les frères morts : et le murmure des réponses se perd dans le bois, avec la plainte du vent qui fait frissonner les branches...

« Dussé-je vivre cent ans, je me rappellerai toute ma vie ces choses-là. Un seul de ces spectacles, même pour un incroyant qui serait simplement un artiste ou un poète, vaudrait toutes les fatigues et les risques de la guerre... »

Sans doute, nombre de Français, qui sont morts dans cette guerre, n’avaient pas la foi de ce jeune homme. Il y a des raisons multiples qui peuvent déterminer au sacrifice de la vie des hommes qui ne sont pas croyants : il y a l’honneur, l’exemple, l’amour de la patrie ; il y a aussi tant de survivance, en eux, de l’âme de leurs pères ! Mais, si l’on peut comprendre d’autres genres de courage, on ne saurait en trouver un plus beau que celui-là. Il me touche comme une chose parfaite. Il est joyeux ; il est sans haine aucune ; il commande aux nerfs et au sang ; il est fait de tous les grands amours, sans en excepter un ; il n’a pas de mesure et il est raisonnable.

Comme on le voit, ce dragon, retournant à son bois où ses camarades l’appellent de loin, plaisantant avec eux, riant parce que la belle jeunesse ne peut se passer de rire, et causant du jour prochain où on va les « avoir! »

Et que pense-t-il, l’aumônier ? Il s’en va, lui aussi, songeant aux paroissiens de sa paroisse où l’on meurt si vite, à des enfants qui l’atten­dent, à des recommandations qu’on lui a faites, à des bonnes volontés, à des refus de la grâce, à la tournée qu’il fera tout à l’heure dans les tranchées, à des figures disparues et qui l’en­veloppent : « Même par-delà la mort, donnez- moi le secours ! Donnez-moi le secours ! » Une immense fraternité lui emplit l’âme. Il se trouve bien seul pour tant d’ouvrage.

Où est-il né ? Peu importe : il est de France. De quelle famille ? Probablement d’une famille modeste, où tout était en place, l’autorité et la tendresse, où l’on travaillait, où l’on s’aimait avec une grande estime, père, mère, enfants. Peut-être aussi est-il d’une famille riche, mais où la richesse, ayant affiné l’éduca­tion, l’esprit, le visage même, n’a pas gâté le cœur ; où la puissance de sacrifice a grandi, au contraire, et suffit aisément aux devoirs multipliés.

Qu’il vienne d’ici ou de là, je le répète, il est de France, d’un pays où l’on se donne tout entier, lorsque la cause en vaut la peine. Il a eu une enfance heureuse, en tout cas abritée. Et c’est parce qu’il a compris son bonheur qu’il l’a abandonné pour se dévouer aux malheureux. Avant de les connaître, il a deviné les misères du monde, les misères physiques, les autres aussi, les plus grandes. Il a dit : « Je leur appartiens. Je leur porterai cette lumière, ce pardon, cette paix, cette espérance et cette force qui m’ont été prodigués : il faut que je partage ! »

A dix-huit ans, au sortir du collège, il s’est séparé de sa famille ; il s’est mis à l’étude de la philosophie et de la théologie ; surtout il a cul­tivé, dans le silence et le recueillement, les vertus dont il faut avoir une ample provision pour être un médecin d’âmes. Un peu plus tard, il a reçu les pouvoirs mystérieux qui font de lui le prêtre, médiateur, consolateur, et juge au nom de l’invisible Justice. Il a compris que l’épreuve est la quête divine, perpétuelle, de quoi acheter la vie éternelle. Il accepte plus que le lot commun. Il se sacrifie.

Lorsqu’il rentre dans la société, distinct, marqué d’un caractère ineffaçable, il est avant toute chose un des biens des pauvres, des tristes, des délaissés, celui sur qui toutes les misères ont un droit et qu’elles ne lâcheront plus. Et c’est pourquoi elles peuvent exiger qu’on le leur donne, et qu’il parte avec elles, pour les assister et pour les absoudre, quand on leur dit : Allez vous battre !

Il est donc parti. Et maintenant je puis citer quelques pensées de cet aumônier militaire, quelques fragments de ses lettres qui m’ont été communiqués. Il ne les a pas écrites pour être publiées. Il exerce son ministère sur la ligne de feu et dans les ambulances les plus proches du feu. Il est au nord, au sud, au centre. Les noms changent, les aptitudes sont différentes, les âges varient entre vingt-cinq et cinquante ans : mais le cœur est le même. C’est toujours l’Aumônier.

- « Mes paroissiens me prennent tout mon temps, et même ils m’ont pris tout mon cœur. Vous ne sauriez croire combien est absorbant et consolant le ministère du prêtre-soldat. On écrira l'Histoire extérieure de la guerre ; on citera de grands noms ; on exaltera de beaux gestes : ce qu’on ne saura point, ce seront les actes d’héroïsme qui se passent dans le secret des âmes, et qu’on n’arrive à connaître que par surprise, ou quand on passe en prêtre au chevet des blessés ou au confessionnal. On ne blase point sur de pareilles scènes. Elles perfectionnent la sensibilité. La guerre simplifie l’âme. »

- « Je suis allé le voir, lui qui se déclarait ennemi des prêtres. Il était blessé. Il m’a reconnu, et voilà son maigre visage qui se tend vers moi. Je veux me retirer après quelques moments ; il me retient : « Ma vie c’est de lutter, vous le savez bien. Mais, de vous voir parmi nous, depuis le commencement de cette guerre, cela me retourne. Jusqu’ici, je n’ai connu que la passion du bien-être pour les camarades et pour moi, et puis la haine universelle. Et vous nous montrez que la haine n’existe pas. Ce matin, vous pleuriez, quand mon voisin est tombé, comme s’il avait été votre frère. A moi, bien des fois, vous m’avez tendu la main. Vous êtes plus gai que nous. Je me suis fait cette réponse : c’est sa croyance qui le pousse; elle doit être vraie. »

- « Même ceux qui n’usent pas de notre ministère sont heureux d’avoir un prêtre avec eux. Ces hommes, à qui la France demande le sacrifice de leur vie, comment leur refuserait-on l’assistance d’un prêtre, quand le plus misé­rable condamné l’obtiendrait sans peine ? Notre place est parmi eux ; notre costume doit être celui auquel ils sont habitués : la soutane ; nous devons être reconnaissables ; une foule d’âmes nous demandent courage, et en donner est notre mission. L’expérience est faite : un aumô­nier qui aime les soldats et qui en est aimé est aussi utile dans le danger que dans les ambu­lances et dans les hôpitaux. Il en faut partout où l’on souffre et partout où l’on meurt. »

- « A onze heures du matin, je me trouvais dans les tranchées, quand, subitement, sans autre préparation d’artillerie que le bombardement habituel, des coups de mine en firent sauter une longueur de deux cents mètres. Aussitôt, l’infanterie allemande se précipitait dans la crevasse, et une canonnade faisait barrage, en arrière, sur tous les chemins d’accès. La grêle de balles et d’obus dura deux heures, pendant lesquelles j’eus la consolation de distribuer beaucoup d’absolutions, de com­munions. La journée finit sous un marmitage assez ralenti. A minuit, contre-attaque. Les bataillons avancent peu à peu, dans l’ombre ; tandis qu’ils attendent l’heure du carnage, dissimulés par petits paquets derrière les tranchées ou les ruines, je passe au milieu d’eux, lavant les âmes. Enfin l’heure approche ; ils mettent baïonnette au canon. La Providence m’a si bien placé que tous, au moment de s’élancer à l’assaut, défilent devant moi. Un jeune et beau gars, imberbe, s’approche, lui aussi, et demande, non pas l’absolution, mais le baptême. Pas moyen de trouver une goutte d’eau, alors que dans d’autres tranchées il y en a jusqu’aux genoux. Heureusement N.-S. a sauvé le pauvre enfant de la fournaise. Je ferai le baptême un jour prochain.»

- « Parmi les jeunes recrues nouvellement arrivées, beaucoup ne savent pas qu’il y a une vie future, et, devant un crucifix, sont inca­pables de dire ce qu’il représente. Et, dans quelques semaines, beaucoup seront tués ! Je vous en prie, bénissez-moi. »

- « Depuis des mois, je suis devenu un des rouages de la gare, que je ne quitte ni jour ni nuit ; je vis dans une admirable harmonie avec le chef de gare, les sous-chefs, les contrôleurs, les conducteurs ; tous les gens du P. 0. sont simples et sérieux ; souvent aussi nous les soignons, car il y a des accidents. Ce qui m’enchante, ce sont mes infirmiers, quinze poilus, qui arrivent de partout, de Paris et du fond de l’Indre. Ils sont devenus sincèrement exquis, d’un dévouement à toute épreuve, même quand il faut se lever à une heure et demie du matin et transporter 200 blessés. Je vous assure que j’ai fait une vraie découverte, en les voyant si charitables. Ils sont de tout âge : un ouvrier tourneur de Paris, un wattman, un restaurateur, un marchand de plumeaux, des ouvriers, un domestique, un charretier. Je les aime bien et ils me le rendent. »

- « Je venais de communier un sergent-four­rier, dans une maison de village. Je continue mon chemin. Des obus éclatent en arrière. On court après moi : Venez ! venez ! J’arrive dans la maison mise en pièces par la canon­nade, et je reconnais mon sergent-fourrier, gravement blessé, qui me tend la main. Je lui demande d’offrir à Dieu ses souffrances : « C’est déjà fait, monsieur l’aumônier. » Et il sourit, d’un vrai sourire. Pourtant, il a reçu un éclat d’obus dans le ventre ; il a un bras abîmé. Nous nous baissons, ses cama­rades et moi, pour l’emporter. Il ne peut retenir une plainte. Nous hésitons ; nous vou­lons le poser de nouveau à terre. Mais il nous dit : « N’ayez pas peur de me faire mal. » Vous avez l’ordre : emportez-moi ! » Je n’ai plus revu mon enfant. Je ne sais pas s’il est mort. »

Jusqu’ici je n’ai donné aucun nom. J’en dirai un : il faut que soit signée la belle parole que je vais rapporter. Peut-être vous souvenez- vous que, vers le milieu de mars, l’abbé Louis Lenoir, aumônier titulaire de la 2e division d’infanterie coloniale, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur. Dans la proposition, qui fut lue devant les troupes, le généralissime disait : « Depuis le début des opérations, provoque chaque jour l’admiration des hommes et des officiers, par son courage et son abné­gation. Dans tous les combats, a toujours été aux premiers rangs, pour se porter au secours des blessés, se prodiguant à tous, indistincte­ment. Vient d’être blessé d’un éclat d’obus, alors qu’il transportait un blessé au poste de secours. » Or, le 17 mars, l’abbé Lenoir était à son poste, occupé des soldats, ne songeant guère aux honneurs, lorsque, à neuf heures et demie du matin, un cycliste vint lui dire : « On vous attend au quartier général. » A onze heures, devant un régiment de colo­niaux sous les armes, et de nombreux soldats, le drapeau étant présent, l’aumônier est fait chevalier de la Légion d’honneur par le général Gouraud. Les hommes sont contents ; ils savent que c’est leur ami qui est récompensé ; ils ont vu, depuis sept mois, son héroïque charité ; ils disent : « Voilà une croix qui n’est pas volée! » On vient, de divers côtés, le féliciter. Lui, selon le récit d’un témoin, « content, mais ne voulant pas avoir l’air de plastronner avec sa croix nouvelle, par-dessus le bijou épinglé, il avait boutonné sa robe ». Il avait peur d’effaroucher quelqu’un. C’est si vite fait ! Vers le soir, dans quelle tranchée, dans quelle maison ruinée, dans quel coin d’ambulance, je l’ignore, il eut un moment de loisir. Vous savez que les aumôniers portent, pendue à leur cou, une custode de métal où sont enfermées des hosties consacrées. Alors, il se mit à écrire à un très intime ami, et il commença ainsi : « Ce matin, j’étais très occupé à confesser mes chers marsouins, quand on m’apporta l’ordre de me rendre immédia­tement au quartier général, où le général m’attendait pour me remettre, devant les troupes, la croix de la Légion d’honneur. Ma grande joie est que la décoration s’est trouvée attachée, officiellement, sur le Saint-Sacre­ment même, qui, dans l’occurrence, la méritait seul. »

Quand je lis des mots comme celui-là, et des traits comme ceux-là, un cri monte de mon cœur : que c’est beau, la France ! Et lorsque je lis des choses tristes, - il n’en manque pas, - je répète mon cri, pour effacer.

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Présentation de Monseigneur SAGOT DU VAUROUX, évêque d'’AGEN

MONSEIGNEUR SAGOT DU VAUROUX, EVEQUE D’AGEN ET LA GUERRE DE 1914-1918

Par le Dr Marc Heib

Monseigneur Sagot du Vauroux, évêque d’Agen post-concordataire depuis 1906 était en charge du diocèse d’Agen au moment de la première guerre mondiale. Comme tout français et de surcroît investi d’une autorité morale, il fut très concerné par ce conflit, il a fait paraître deux ouvrages relatifs à cette guerre de 1914-1918 dans lesquels il nous donne des enseignements sur ses propres opinions et par la même occasion sur l’implication de l’Église et du clergé dans cette période cruciale pour notre pays.

1) Les leçons chrétiennes de la guerre de 14-15, paru en 1915.

2) La paix et la mission providentielle de la France, paru en 1919.

1) Ce premier livre est le recueil des cinq prêches donnés dans la cathédrale d’Agen en mars et avril 1915, soit en plein conflit.

Ces prêches avaient pour titres et objets ;

Le réveil de l’idée de Dieu ; Le principe de la responsabilité individuelle dans la vie nationale ; La nécessité de la discipline dans la vie nationale ; l’esprit d’abnégation ; L’union fraternelle.

2) Ce second ouvrage paru après-guerre est divisé en 2 tomes.

Le premier tome est intitulé : « La paix et la mission providentielle de la France »,
les différents paragraphes traitent de :

a)Paix juste- Paix durable- Paix bienfaisante- Paix glorieuse- Paix chrétienne.

b)L’âme française et la religion catholique- La vocation chrétienne de la France- Les intérêts nationaux de la France et de l’Église- Les desseins particuliers de Dieu sur la France- Le christ roi de France.

Le second tome est intitulé : « Après la guerre- Périls et leçons . »

a) Les périls à redouter- Une profonde lassitude- Plusieurs idées fausses-Quelques illusions- l’effervescence des mauvaises passions - Le remède suprême

b) Les leçons à tirer sont la reprise des prêches de 1915 à Agen.

LA POSITION DU VATICAN

Il était instructif de connaître la position du Vatican durant cette période de fureur et de haine pour mieux comprendre un des ressorts auxquels a obéis cette grande guerre.

A la mort de Pie X, le conclave élisait le 3 septembre 1914, Giacomo Della Chiesa qui prenait le nom de Benoit XV, bien que celui-ci n’ait été nommé cardinal que trois mois auparavant. On avait manifestement choisi un papediplomate à l’image de ce qu’avait été Léon XIII, en ce tout début de conflit européen qui annonçait une période dramatique pour le monde.

. A cette époque, la France n’a plus de relations diplomatiques avec le Vatican, depuis les prémices des discussions de la loi de séparation des Églises et de l’État et surtout depuis le voyage de Loubet à Rome en 1904 qui a précipité cette rupture, surtout due à l’intransigeance de Pie X qui a considéré ce voyage comme une offense et l’a fait savoir à toutes les chancelleries européennes .

. L’Angleterre et la Russie non plus, n’ont pas de relations avec la papauté pour cause d’anglicanisme et « d’orthodoxisme ».

. Le Souverain Pontife qui n’a plus de pouvoir temporel depuis 1870, se considère comme prisonnier de l’Italie dans laquelle son état est inséré, d’où l’incident du voyage de Loubet rendant pourtant la politesse au roi d’Italie.

En revanche, le Vatican a des relations amicales et suivies avec l’Allemagne protestante et très étroites avec l’Autriche dont l’Empereur est ultra catholique.

Mais dans la situation actuelle, il se doit de garder une position de neutralité supra nationale. En effet, il y a des catholiques dans les deux camps et pour préserver les chances de paix, il n’y aura de sa part, ni accusation, ni condamnation franche et affichée dans le domaine public, si ce n’est des regrets sur les conditions humanitaires des belligérants et des populations civiles martyres des exactions germaniques dont la presse se fait de plus en plus l’écho.

C’est donc par la voie de la diplomatie secrète mais active que Benoit XV va essayer de trouver des solutions à ce conflit, ce qui aura pour conséquence de replacer définitivement le Saint Siège au cœur de la diplomatie internationale, ne serait-ce que par les avances faites au pape par les différentes nations pour obtenir sa caution morale.

Le Vatican était particulièrement attentif et préoccupé par le sort de trois pays de grande pratique catholique comme la Belgique, la Pologne et l’Autriche-Hongrie qui pouvaient être laminés dans ce conflit, véritable « suicide de l’Europe civilisée » selon les termes du Pape. C’est ainsi qu’il fera pression, sans succès, sur le gouvernement italien pour qu’il ne s’engage pas dans un conflit avec l’Autriche-Hongrie.

Comme il pensait que la paix ne pouvait venir que du côté de l’Allemagne, il avait envoyé monseigneur Pacelli,[1] le futur Pie XII, comme nonce apostolique à Munich pour entamer des pourparlers de paix qui sembleront trouver un écho favorable auprès du chancelier Bethmann-Hollweg, mais celui-ci est destitué peu après et les militaires qui sont alors en position de force sur le terrain de la guerre rejettent toute idée de paix.

En France, la position moraliste et non engagée du pape est mal perçue[2] et dérange, car ce combat est considéré chez nous comme celui du droit contre la barbarie. Nous nous considérons aussi comme les agressés puisque nous avons été envahis et que la guerre se déroule sur le sol sacré de la patrie et lorsqu’il déclare que reprendre un territoire comme l’Alsace et la Lorraine ne vaut pas tant de sacrifices, c’est un tollé général en France.

Dès 1915, le pape exhorte les belligérants à une paix négociée creusant encore plus le fossé entre lui, les catholiques et même une grande partie de l’épiscopat français, d’autant plus qu’on n’a jamais entendu de sa bouche la moindre condamnation des crimes allemands ou d’actions comme le bombardement de la cathédrale de Reims ; Et comme à cette époque, la situation est en faveur des Empires centraux, il est en général soupçonné, en France, de leur être favorable ; d’ailleurs Clemenceau n’hésite pas à le traiter de « pape boche ».

En effet, avec une prémonition remarquable, le Pape pensait que seule une paix négociée et non imposée, qui prendrait en compte les aspirations des peuples, pouvait amener une paix durable, car c’est effectivement le diktat du traité de Versailles imposé à l’Allemagne qui explique principalement les causes du déclenchement du Second conflit mondial, 25 ans plus tard.

Devant le peu de succès de cette diplomatie discrète, Benoit XV publie une note de paix le 1er août 1917 destinée à faire appel à la raison de tous les belligérants pour mettre fin à ce carnage. Il y proposait un rôle de médiateur et non d’arbitrage pour promouvoir la paix. On pouvait lire dans le journal La Croix du 02-08 1917 : « Plus la guerre s’aggrave, plus elle dure et plus aussi au sein de la grande famille humaine, le vicaire de Jésus- Christ se dresse comme la suprême espérance de réconciliation entre les frères divisés ».

Bien que peu efficace sur le cours des évènements, cette activité ne fut pourtant pas vaine, puisqu’après la guerre, le Vatican obtenait la reconnaissance de sa souveraineté territoriale de la part de l’État italien et la papauté était reconnue comme autorité morale incontestable de la part de la communauté internationale.

LES RELIQUATS DU CONFLIT ÉGLISE-ÉTAT.

Par des extraits tirés des ouvrages de l’évêque d’Agen, nous pouvons nous faire une idée de la position du clergé français pendant cette guerre.

Dans ses réflexions et ses exhortations, il exprime de manière assez fidèle celle de la hiérarchie de l’Église de France à cette époque. L’Église a encore une grande influence dans l’opinion publique, malgré, ou au contraire, à cause du grand conflit engagé avec l’institution républicaine et surtout sa faction anticléricale qui a profondément divisé et meurtri la France, dix ans auparavant.

En effet, la loi de Séparation a été ressentie par l’Église comme une spoliation[3], les inventaires sont apparus à certains comme sacrilèges, ils ont été à l’origine de manifestations violentes et d’affrontements entre les fidèles et les forces de l’ordre ; l’armée a été requise pour aider les représentants de l’État à appliquer la loi de la République. L’application de ces lois a fait expulser les évêques de leurs évêchés. Mgr Sagot du Vauroux n’a pas fait exception à cette règle ; dans de nombreuses paroisses où le curé était en conflit avec la municipalité, il y a aussi eu des expulsions des presbytères[4].

L’enseignement qui était l’instrument le plus efficace de l’influence du catholicisme en France depuis la promulgation des lois Falloux, a perdu la prééminence au profit de la laïcité, puisque les écoles confessionnelles ont été fermées, pour enseigner à nouveau, elles doivent obtenir une autorisation qu’on ne délivre quasiment plus.  

Le clergé qui n’est plus salarié comme sous le régime du Concordat est à la merci de la générosité de ses ouailles, il doit obéir à sa hiérarchie romaine qui n’a plus de relations diplomatiques avec l’État français depuis 1904.

Le clergé français se trouve donc partagé entre son patriotisme exalté, comme on pourra le constater plus loin et sa dépendance hiérarchique au Vatican, ce qui l’a conduit à entrer conflit avec la loi française au moment de la séparation et à le maintenir dans une situation légale mal définie, d’occupant sans titre, des lieux de culte.

Cependant, l’Eglise française a joué le jeu de l’Union Sacrée, celle qu’a demandé le Président Poincaré au nom des intérêts suprêmes de la patrie en danger ; on ne saura jamais si derrière cette réconciliation ne se cachaient pas des calculs ou des arrières pensées, car c’était aussi l’occasion de reprendre un peu de l’influence et de l’autorité perdue dans le conflit engagé avec les lois laïques depuis la fin du second Empire ; toujours est-il qu’elle se réalisa.

L’Union sacrée avait été lancée au lendemain de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes ; dès le jour suivant, on lisait dans la Croix un commentaire montrant la volonté de faire taire les rancœurs passées : «  Plus de vains débats entre nous, on sent que l’Union est voulue par Dieu pour la paix de la France. A cette heure, il n’y a plus de partis, il y a la France Eternelle, la France pacifique, la France résolue .C’est la patrie du droit et de la justice toute entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité »

Il est vrai que dès le 2 août 1914, la République avait donné des gages à l’Église. Le très anticlérical ministre de l’intérieur, Malvy avait suspendu l’application des lois de 1904 sur les fermetures des écoles congréganistes et l’expulsion de ses enseignants. De plus, en engageant et en dotant les aumôniers volontaires d’une indemnité de 10 francs par jour, c’est la République qui établissait une base pour l’apostolat catholique parmi ses troupes, légère mais significative entorse au principe de la séparation établie par la loi de 1905.

Du côté de l’Eglise, appréciant la présence de Poincaré à Notre-Dame de Paris pendant le service en l’honneur de Pie X décédé, le cardinal Amette déclarait le 28 août : « Il y a, sinon réconciliation, du moins rapprochement et les deux causes de l’Église et de la France ne sont déjà plus dissociées ».

La Croix annonçait de façon optimiste et probablement prématurée :

 «  L’imposture anticléricale a été enterrée sur le front ».

Le clergé s’investit auprès des fidèles, en les engageant à souscrire aux emprunts et à donner leur or, mêlant leurs efforts à ceux de l’État pour la victoire finale.

Malgré ce louable effort de réconciliation entre les deux parties, en 1919, Mgr Sagot du Vauroux refusait les obsèques religieuses à Joseph Chaumié qui avait voté comme sénateur, la loi de Séparation de 1905 et qui avait été ministre de l’Instruction publique dans le cabinet d’Émile Combes.

LES DECLARATIONS DE MGR SAGOT DU VAUROUX PENDANT LA GUERRE.

Chacun de leurs côtés, les belligérants s’étaient attribués la protection divine mais à l’inverse du soldat allemand qui arborait sur son ceinturon la devise « Gott mit uns » (Dieu avec nous), le soldat français ne portait réglementairement aucun signe religieux, c’est l’imagerie populaire et surtout tout un arsenal de slogans patriotiques, expressions omniprésentes d’un chauvinisme triomphant, qui avaient ramené Dieu dans la mêlée et dans notre camp, au même titre que les aumôniers au front.

Ainsi, l’Eglise adopte sans retenue le vocabulaire cocardier qui était utilisé alors dans toute la société et qui faisait de cette guerre, un combat du droit et de la justice contre la loi du plus fort et celui de l’humanisme contre la barbarie. Dans cet esprit, l’évêque d’Agen déclarait : « Le soldat français, brave jusqu’au mépris de la mort, indomptable dans la souffrance, magnanime après la victoire, fier devant son vainqueur, doux et compatissant aux faibles, généreux envers les adversaires, se jetant avec furie dans les mêlées pendant que son âme pense à Dieu et à la patrie. Ce modèle incomparable de vaillance et de noblesse, c’est, il n’en faut pas douter, un héros chrétien. En définitive, c’est la foi qui a développé dans l’âme de la France ces belles aptitudes. En rejetant les enseignements fallacieux de Voltaire et de Rousseau et les terribles leçons de la Révolution, grâce à cette guerre la France a repris sa vocation providentielle de défense de l’Eglise et de ses intérêts et sa vocation chrétienne. »

: «  Le Christ qui aime toujours les Francs leur donnera la victoire sur les comptenteurs des traités et sur les soldats de la force brutale. Cette grande guerre sera le point de départ de magnifiques progrès de la vertu, la justice, la charité, la paix. »

: « Il est possible que durant cette semaine Sainte, un évêque, dans une cathédrale allemande ou autrichienne, exhorte comme moi, son peuple à la prière, il y aura une grande et profonde différence entre lui et moi, c’est que le droit est de mon côté et pas du sien. Et comme la France défend le droit, je me sens fort de la protection du ciel, Dieu est toujours avec les soldats de la bonne cause, tôt ou tard, il leur donnera de réussir. La cause de la France est trop juste et l’Allemagne outrage trop cyniquement la civilisation chrétienne pour ne pas recevoir le châtiment de la défaite ». 

 Mgr Sagot du Vauroux visitant les blessés à Agen en 1914
Mgr Sagot du Vauroux visitant les blessés à Agen en 1914. 

 

Dès le 9 août 1914, Mgr Sagot du Vauroux célébrait une messe solennelle à la cathédrale d’Agen, en faveur de la France et de ses armées et le 15 septembre, ce même service était dédié aux déjà nombreuses victimes de la guerre. Lors de ces deux cérémonies, il prononçait une harangue patriotique et exhortait également son clergé à remplir ses devoirs envers la France.

Dans ces heures dramatiques de la guerre qui seront les plus meurtrières, celles où le pays supporte le titanesque effort de cette épreuve et souffre dans sa chair, Sagot du Vauroux reprend d’autres slogans patriotiques : « Oui, notre douleur est atroce, mais quoique nous ne la supportions pas sans protestation, un cri plus véhément que toutes les autres plaintes s’échappe de nos poitrines. Ah ! Qu’il est bon, qu’il est glorieux d’avoir pour mère la France ! ».

En effet, la France est glorieuse, elle joue alors le premier rôle dans le monde, notre industrie et ses milieux d’affaire, notre science et ses savants, notre aéronautique et ses intrépides pilotes, nos intellectuels et nos penseurs, nos artistes, nos explorateurs, nos sportifs, notre agriculture et surtout notre richesse qui a fait de nous le banquier du monde, tout cela nous donne un incontestable complexe de supériorité et comment ne pas en être imbu.

Le sentiment qui prévaut, alors, en France est celui d’en découdre avec l’Allemagne pour effacer l’humiliation de 1870 et en même temps récupérer nos provinces volées qui ont encore le cœur français. Par la même occasion, nous pourrions établir sans partage le leadership mondial que nous contestent cette Allemagne et nos nouveaux alliés anglais, d’autant plus que l’empire colonial que nous avons bâti depuis l’affront de la capitulation de Sedan nous donne suffisamment l’illusion de la force et de la sécurité.

Les vertus guerrières ont été enseignées et exaltées à l’intention de toutes les nouvelles générations en portant le regard au-delà de la ligne bleue des Vosges ; le statut des militaires leur donne la place d’honneur dans notre société, notre armée et ses chefs sont considérés comme sans égaux.

En baignant dans cette ambiance guerrière et patriotique, comment ne pas partager le bellicisme de l’évêque d’Agen qui tirait les leçons de ce conflit en 1919 et haranguait ainsi la jeunesse catholique : « D’abord, préservez- vous, préservez autant que vous le pourrez vos amis des doctrines perverses insensées du pacifisme, de l’antimilitarisme, de l’internationalisme. Ne soyez point de ceux qui veulent à tout prix la suppression de la guerre, de nouveaux envahissements de notre territoire, des désastres comparables à ceux de 1870 et 1914, non, non, nous ne nous y résignerons jamais.

Un second devoir, c’est le respect de nos gloires militaires. Quelle honte que de calomnier comme on l’ose les chefs de nos troupes, l’admirable corps de nos officiers, eux qui ont sauvé, au sens exact de ce mot, notre bien aimée patrie, en remportant des victoires qui comptent parmi les plus belles de notre histoire !

Les vertus guerrières sont une tradition française, soyons-en fiers et gardons-en jalousement l’honneur, pourvu qu’elles ne s’exercent jamais que pour les défenses de saintes causes.

Votre troisième et dernier devoir a pour objet la franche acceptation du service militaire avec sa préparation et les périodes de manœuvre qui le complètent.

On parle beaucoup de désarmement. Gardons- nous de devenir des dupes, ne mettons pas sottement notre gloire à tendre les bras à ceux qui nous ouvriraient les leurs pour nous étouffer.

Le meilleur moyen d’empêcher de nouvelles guerres, mes chers amis, sera longtemps encore d’inspirer à nos rivaux et à nos adversaires un sentiment de crainte révérencielle. Soyons forts par l’union de tous les bons français et leur patriotisme ; soyons forts par la pratique des vertus qu’exigent la grandeur et la prospérité nationale ; soyons forts par la solide organisation et la puissance de nos ressources financières. L’esprit de paix ne s’oppose nullement aux sages précautions ; il se développera d’autant mieux que l’état de notre pays manifestera plus de santé physique et de vigueur morale. »

 

Tout en fustigeant les illusions des pacifistes d’avant-guerre, l’évêque reprend des thèmes déjà évoqués par Lacordaire dans une publication de 1841 : «  La Vocation de la Nation Française » qui faisait coexister le sabre et le goupillon dans une étroite convergence : «  le pacifisme à outrance était inconnu chez nous. Ce que les traités étaient impuissants à établir, les armes savaient le décider ».

Sur les causes et les raisons de cette guerre, Mgr Sagot du Vauroux avance une hypothèse largement évoquée dans les prêches dominicaux de toutes les églises de France, celle de la vengeance divine : «  la désorganisation de la famille, l’affaissement des mœurs publiques, les discordes sociales, le progrès d’un monstrueux matérialisme, les ambitions insensées de l’orgueil, le scepticisme, tous ces crimes ont été maintes fois commis chez nous : ils méritent d’être punis. La guerre de 1914-1915 ne serait-elle pas un châtiment ? »

Mais il tempère aussitôt cette hypothèse en constatant que la Belgique et la Pologne, nations pourtant plus pieuses que la France sont plus touchées et plus malheureuses qu’elle. Il affirme que la France conserve des titres à une miséricorde toute particulière du père céleste, car elle reste la Fille Aînée de l’Église. Plus tard, il transformera cette notion de châtiment punitif en celle d’expiation rédemptrice, porteuse d’espérance.

Il revient sur les origines de la guerre de 1914 en évoquant de manière à peine voilée l’attitude condamnable de la récente et incontestable victoire de la laïcité sur le fait religieux en appelant l’Histoire à son secours pour démontrer la preuve de ses propos: « Je m’aperçois que toutes les périodes sombres ont pour origine l’oubli de la charité évangélique Des persécutions romaines aux discordes civiles du protestantisme, de l’invasion des barbares à la guerre présente, des excès de la féodalité et de la Révolution Française, la désobéissance aux préceptes du christianisme explique ces désordres innombrables dont pâtissent les plus faibles ».

En plein conflit, en 1916, c’est lui qui avait relancé la cause de la canonisation de Jeanne de Valois qui deviendra Sainte Jeanne de France en 1950.

Quand il commente l’actualité de la guerre, le 8 août 1917, on s’aperçoit que l’œcuménisme n’était pas soumis au politiquement correct, rentré en grâce de nos jours : « Je salue l’entrée des troupes franco-britanniques dans Jérusalem, délivrant à nouveau le tombeau de Christ, ressuscitant l’œuvre des croisades interrompues il y a plus de 7 siècles. Nous allons faire entonner un Te Deum sous les voûtes de nos cathédrales. » « Dieu daignera, nous l’espérons, ne plus jamais permettre que l’islamisme souille de son croissant la première patrie du christianisme et de la civilisation ». On imagine, sans peine, la polémique et l’indignation qu’engendrerait ce genre de déclaration, actuellement.

On peut cependant affirmer que si les postures martiales et militaristes dont Mgr Sagot du Vauroux fait l’apologie étaient de mise jusqu’en 1918, après ce conflit, un mouvement pacifiste se fit jour, en réaction à la terrible boucherie de cette guerre qu’on appellera désormais la « der des der », jusqu’à la suivante.

 

L’APRES GUERRE

Dès la fin de la guerre et avec un indéniable don de visionnaire, il émet deux craintes, d’abord, celle d’une aspiration des individus vers plus de jouissance, entraînant une société plus permissive et moins attachée aux dogmes religieux, ensuite celle de l’utopie du pacifisme issue du congrès de Versailles et de la création de la Société des Nations.  

Enfin, il expose ses idées sur ce que devraient être dorénavant les rapports de l’Église avec l’État et du Vatican avec la France, laissant entendre une remise en cause de la loi de Séparation et demandant pratiquement que la religion catholique redevienne religion d’État : « Il faudrait que la puissance civile considérant la pratique de la religion non seulement comme un droit privé mais aussi comme un élément précieux de la grandeur nationale et que dès lors, elle s’entendît avec le souverain pontife pour assurer à l’Église une situation légale indépendante et honorée ».

Il ne paraît pas que ces désirs aient été officiellement transmis aux autorités de la République ; néanmoins lorsqu’à l’issue du conflit la France récupéra ses deux anciennes provinces perdues, l’Alsace et la Lorraine, dans un souci d’apaisement, elle leur laissa le statut concordataire qu’elles avaient avant leur annexion par l’Allemagne. Bien qu’on introduisît ainsi une grande différence de statut entre le clergé de ces deux provinces et le reste de la France, les autorités répondaient ainsi de façon implicite quoique partielle à ces souhaits.

En tout cas, après ce conflit et le rapprochement de toutes les couches et de toutes les opinions de la société française qui avaient été soudées par l’épreuve et les chagrins et arc-boutées sur un fantastique effort commun, les autorités ont tout fait pour faciliter la réconciliation de la France laïque et de la France religieuse, ce qui paraissait impossible avant la guerre. On alla jusqu’à effacer 20 ans de brouille en reprenant des relations diplomatiques normales et apaisées avec le Vatican.

Les prêtres ayant partagé l’épreuve et les dangers des tranchées, le regard de la société changea envers eux et l’anticléricalisme le plus virulent s’édulcora devant le comportement exemplaire du clergé durant ce conflit.

On peut assurer que de ce moment-là naquit la paix religieuse dans notre pays, on n’y vit plus les excès de l’anticléricalisme, pas plus que ceux de l’intégrisme.

Mieux, cette séparation qui avait été la pomme de discorde se révéla être par la suite le garant de l’indépendance de l’Eglise et celui de la liberté de ses pratiquants. Désormais, on ne risquait plus de retrouver en France un scandale comme celui des fiches organisé avant la séparation par le ministre de la guerre qui avait, en secret, établi la liste des officiers catholiques pratiquants pour les défavoriser en cassant leur avancement, preuve de l’âpreté de la lutte entre ces deux factions et des dégâts collatéraux que ce conflit passé avait engendrés.

En 1931, on retrouve l’évêque agenais plus modéré, dans un article du Figaro intitulé «  Les catholiques français et le problème de la paix ». Il renvoyait dos à dos les bellicistes et les pacifistes en écrivant que si les premiers avaient jetéla France dans une sanglante mêlée, les seconds avaient disloqué l’armure de notre défense et de nos énergies. « Personne ne désire la guerre, nous sommes tous d’accord pour l’affermissement de la paix ; bien observés, les préceptes de l’Evangile rendraient les guerres très rares, Saint Thomas d’Aquin nous enseigne que l’épée se tire pour servir les intérêts de l’ordre, combattre le mal au profit du bien commun qui fait du combattant l’ami sincère et le dévoué artisan de la paix, guerre à la haine, mais non pas au patriotisme, pas à l’honneur, pas à la justice, pas à la sécurité »

La même année, alors que se profile une nouvelle menace de guerre, l’évêque déclarait dans La Croix : « La paix, pour être solide doit être dans les cœurs, si aucun rapprochement de l’âme française et de l’âme allemande ne s’opère, aucune barrière ne nous préservera contre une nouvelle invasion. Est-ce une illusion naïve d’espérer que français et allemand voudront désormais vivre sans chercher à se nuire ? N’est-il pas licite de ne plus voir des champs de batailles comme celui de Verdun ou le spectacle de la cathédrale de Reims bombardée ?

Il finissait cette diatribe en préconisant le désarmement et le rapprochement franco-allemand qui résumait une encyclique papale parue peu avant.

L’année suivante, en 1932, toujours dans La Croix, il s’avançait un peu plus sur le terrain du pacifisme : « Il faut dire aux enfants que la stabilité de la paix internationale doit être la conséquence nécessaire de la civilisation chrétienne. Mieux la justice et la charité, fondements de toute vie individuelle et sociale seront respectés, moins le recours aux armes deviendra fréquent ; l’absence de guerre est un signe évident de progrès. Les relations fraternelles, et en cas de différend, le recours à l’arbitrage sont les meilleurs moyens d’empêcher la guerre. Mais, faut-il pousser le pacifisme jusqu’au mépris de l’armée  et laisser la patrie désarmée en face de passions qui n’ont pas désarmé parce qu’elles sont rebelles à l’esprit évangélique ?

Malgré cela, en 1933, il fustigeait, en interdisant sa lecture, un livre intitulé « L’Évangile et la paix » qui avait été écrit par un prêtre, manifestement pacifiste, de son diocèse et qui déclarait : «  La guerre est toujours un crime, le patriotisme n’est ni une vertu au regard de la raison, ni dans l’ordre de la morale chrétienne ».

 

Conclusion  

En guise de conclusion, on rappellera, une fois de plus l’immense impact moral autant que matériel, social et démographique qu’a eu la Grande Guerre sur ceux qui l’ont vécue. A ce propos, à distance de cet évènement, on a du mal à comprendre comment l’Église de France a concilié un de ses Credo «  Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » avec son engagement total dans le conflit, si on ne sait pas qu’elle était à l’image de la nation, ardemment patriotique.

Désormais, on constate que le rapprochement franco-allemand que Mgr Sagot du Vauroux appelait de ses vœux est une réalité et que même dans l’armée on n’oserait plus lancer des slogans aussi chauvins et des propos aussi belliqueux et outranciers qu’à cette époque.

Pour toutes ces raisons, on peut aussi avancer sans se tromper que le pacifisme, idée de paix qui a pu choquer les consciences en son temps, fait actuellement l’objet d’un large consensus. Il est probablement la conséquence des leçons que nous avons tirées de ces si terribles, mais si vains conflits passés.

Il est logiquement le bénéfice que nous a rapporté la construction européenne.

Et même s’il a un peu édulcoré les sentiments patriotiques de notre jeunesse, qui oserait s’en plaindre ? 

                                                            

BIBLIOGRAPHIE

- Vingt ans d’histoire et d’historiettes. D’Harcout. Imprimerie de l’Agenais Saint Lanne. Agen 1943.

- Monseigneur Sagot du Vauroux et la condamnation de l’Action Française. Abbé Pierre Bonnet. La Revue de l’Agenais N° 2 Avril- Juin 2004.

- L’Action Française et la religion catholique. Charles Maurras. Nouvelle librairie Nationale. Paris 1913.

- Le journal La Croix.

- Les soutanes sous la mitraille. René Gaël. Henri Gautier éditeur. Paris 1915.

- L’église et la guerre. André Lorulot. Les éditions de l’idée libre. Paris 1932.

- La colombe et les tranchées. Nathalie Renoton. Editions du Cerf.2004.

- Les catholiques français et la guerre de 14-18. Michael Hoffman. Munich.2007

BIBLIOGRAPHIE DES ŒUVRES DE MGR SAGOT DU VAUROUX

. Du subjectivisme allemand à la philosophie catholique ; 1916

. Après la guerre : La paix et la mission providentielle de la France, Les leçons chrétiennes de . La guerre de 1914-1915 ; Quelques réflexions sur la paix et la guerre ; 1918

. Guerre et patriotisme, doctrine et conseils pratiques ; 1918

. Lettres de Mgr Sagot du Vauroux à son clergé mobilisé ;

. Pie XI et l’Action Française, éditions SPES, 1927  

. La trop longue crise de l’Action Française ; 1929

. L’Église de France et la politique au temps présent ; 1936

. L’Action catholique au temps présent ; 1913

. Le devoir de soumission au Pape ;

. Petit catéchisme doctrinal et pratique sur la loi de séparation de l’Église et de l’État
. A propos des lois intangibles-Polémique avec un professeur de la Sorbonne, Charles

Guignebert ; 1924

. L’Annonciade, œuvre française et maritale. Monastère de Villeneuve- sur- Lot ; 1925

. Notice sur la fondation et le but de l’œuvre hospitalière des religieux franciscains de ND de
   la Pitié de Montpezat d’Agenais

. Saint Paul ; 1933

. Monseigneur de Gibergues, évêque de Valence ; 1927.

. Une âme chantante, 1932

. 12 entretiens sur la messe ; 1931

. Mr Boileau de l’Archevêché, en collaboration avec Antoine Durengues ; 1907

. Lettres pastorales de Mgr l’évêque d’Agen ;

. Les derniers moments du cardinal Thomas, sa mort, ses obsèques, son oraison funèbre ; 1894

. Manuel à l’usage des membres de l’union diocésaine de l’Agenais ;

. Constitution de la congrégation des filles de Sainte Anne ;

. Programmes des examens du brevet d’instruction religieuse ;

Il fit paraitre aussi un catéchisme à l’usage de son diocèse.

 


[1] Il y exposa la bonne volonté de Rome dans cette médiation à la recherche de la paix, contrairement à ce que l’on disait en France: » « Il n’a jamais paru aussi clair qu’en cette heure de cruels soucis combien il est nécessaire de reconstruire la société humaine sur le fondement assuré de la sagesse chrétienne. Seul le droit public chrétien peut servir de base à une paix juste et durable. La mission de travailler à cette œuvre de pacification a été confiée à mes faibles forces à un moment peut-être unique de l’Histoire, j’espère que les sages et généreux efforts du Pape, mon auguste Seigneur atteindront leurs buts » 

[2] Sa déclaration à l’intention du clergé en début de pontificat est bien ambigüe et tout à fait irréaliste dans le contexte ultra patriotique de cette époque: « Je regretterais que quelque curé laissât voir ses préférences pour l’un ou l’autre des belligérants. J’ai le souci de faire comprendre qu’on doit demander à Dieu la cessation du fléau de la guerre, sans indiquer au Seigneur le moyen de la faire cesser ! »

[3]Ayant été sacré évêque par Pie X le 21 février 1906, il prenait possession de sa cathédrale au cours d’une cérémonie organisée à Saint Caprais, le 9 mars 1906, c'est-à-dire en pleine période des inventaires des biens de l’Eglise au cours desquels, dans le département de Lot-et-Garonne, 125 de ceux-ci durent être reportés en raison, soit de la fermeture des églises par les fidèles ou le clergé, soit par leur hostilité militante. Ces ajournements se repartissent ainsi : 26 dans l’arrondissement d’Agen ; 31 dans celui de Marmande ; 18 dans celui de Nérac, 50 dans celui de Villeneuve- sur-Lot. La plupart du temps, le percepteur chargé de cette mission a rebroussé chemin et a pu remplir sa mission quelques jours plus tard. Une décision de Clémenceau, ministre de l’Intérieur avait fixé le terme de ces investigations à la date du 30 mars ; à cette époque, il restait 6 églises lot- et-garonnaisesqui n’avaient pas pu être inventoriées ; elles le seront, discrètement en novembre.

[4]La loi de séparation de 1905 stipulait qu’à défaut de constitution d’association cultuelle avant un an, les édifices occupés par les religieux, à l’exception des lieux de culte, seraient mis sous séquestre et leurs occupants seraient expulsés. Ces associations cultuelles devaient succéder aux conseils de fabriques et étaient interdites par le Pape. En février 1907, Mgr Sagot du Vauroux fut donc expulsé de son évêché, l’hôtel de Lacépède et il s’installa dans l’ancien couvent des filles de Nevers. Cet ancien évêché devint une école de musique puis cours d’enseignement général et actuellement, bibliothèque municipale.

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M Bouché sur Georges CHASSERY, texte d'avril 2012

"Georges Chassery, commandant au 36e régiment d'infanterie, est mort le 14 juin 1915 des suites des blessures reçues quelques jours plus tôt dans les combats de Neuville-Saint-Vaast. Comme pour beaucoup de soldats de la Grande Guerre, disparus assez jeunes, son souvenir n'est passé aux générations suivantes que filtré par des mémoires incertaines: ma mère, le dernier enfant de Georges Chassery, n'avait que deux ans à son décès; elle n'a donc pas connu son père; élevée dans son souvenir, elle n'en a guère parlé à ses propres enfants.

Que puis-je dire alors de ce grand-père décédé il y a près d'un siècle? A travers les photos, les témoignages et dossiers militaires, la correspondance quotidiennement adressée à sa femme pendant dix mois de campagne et précieusement conservée, c'est avant tout, je pense, le portrait du militaire, de l'homme profondément marqué par sa vocation d'officier qu'a retenu la famille; représentatif sans doute de l'encadrement intermédiaire de l'armée française au début de la Grande Guerre, animé d'un patriotisme sincère et dans le même temps assez ignorant des stratégies et des objectifs du commandement supérieur; proche de ses soldats et entretenant avec eux une relation fraternelle; parti en août 1914 avec la conviction que la campagne serait courte et victorieuse grâce à la "magnifique armée française" et profondément choqué par les premières défaites dès la fin du même mois; découvrant avec horreur la réalité de la guerre en parcourant les villages dévastés et les champs de bataille sanglants, puis avouant s'habituer, par nécessité et routine, à l'insupportable; admirant la force et la compétence de l'armée allemande et détestant les "hordes prussiennes"...


En tout cela, Georges Chassery ressemble probablement à des milliers d'autres officiers de 1914 ... Sa figure prend naturellement un relief particulier pour ses descendants, grâce aux nombreuses notations personnelles dans sa correspondance qui expriment son souci quotidien de sa famille et de ses proches et sa tristesse d'en être séparé. Mais, à l'image des souvenirs photographiques, essentiellement militaires, que sa famille a pu conserver de lui, Georges Chassery est d'abord, pour moi et sans doute pour la plupart de ses autres descendants, un grand-père-officier, aïeul un peu mystérieux car disparu comme tant d'autres dans le tragique chaos de la Grande Guerre."

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Saint du Jour

Nominis

17 juillet 2019

Tous les saints du jour
  • Bienheureuse Charlotte - et ses compagnes, Carmélites de Compiègne, martyres (✝ 1794)
    Anne Marie Madeleine Françoise Thouret, en religion Soeur Charlotte de la Résurrection est née en 1715 à Mouy dans le diocèse de Beauvais. Lorsqu'éclate la Révolution française, en 1789, la communauté du Carmel de Compiègne compte 21 religieuses. 18 monteront sur l'échafaud. Conformément au décret du 13 février 1790 qui supprime les Ordres religieux contemplatifs, chaque carmélite est invitée à déclarer si son intention est de sortir de son monastère. Toutes affirment "vouloir vivre et mourir dans cette sainte maison." En 1792, la Mère prieure leur propose "un acte de consécration par lequel la communauté s'offrirait en holocauste pour que la paix divine, que le Fils de Dieu était venu apporter au monde, fut rendue à l'Église et à l'État." Le 14 septembre 1792, elles sont expulsées de leur couvent. Chaque jour, elles prononcent l'acte d'offrande. Le 23 juin 1794, au temps de la Grande Terreur, elles sont arrêtées. Jugées et condamnées à mort le 17 juillet, elles sont guillotinées le soir même, sur la place de Nation à Paris. Leurs corps furent enterrés au cimetière de Picpus dans une fosse commune, où ils se trouvent encore dans le jardin des religieuses. Carmélites de Compiègne.À Paris, en 1794, les bienheureuses Thérèse de Saint-Augustin (Marie-Madeleine-Claudine Lidoine) et quinze compagnes: les bienheureuses Marie-Anne-Françoise Brideau (Soeur Saint-Louis), Marie-Anne Piedcourt (Soeur de Jésus Crucifié), Anne-Marie-Madeleine Thouret (Soeur Charlotte de la Résurrection), Marie-Claudie-Cyprienne Brard (Soeur Euphrasie de l'Immaculée-Conception), Marie-Gabrielle de Croissy (Soeur Henriette de Jésus), Marie-Anne Hanisset (Soeur Thérèse du Coeur de Marie), Marie-Gabrielle Trézelle (Soeur Thérèse de Saint-Ignace), Rose Chrétien de Neufville (Soeur Julie-Louise de Jésus), Annette Pelras (Soeur Marie-Henriette de la Providence), Marie-Geneviève Meunier (Soeur Constance), Angélique Roussel (Soeur Marie du Saint-Esprit), Marie Dufour (Soeur Sainte-Marthe), Élisabeth-Julie Vérolot (Soeur Saint-François), Catherine et Thérèse Soiron (soeurs converses), vierges, carmélites de Compiègne et martyres. Sous la Révolution française, elles furent condamnées à mort parce qu'elles avaient conservé fidèlement la vie religieuse et, avant de monter à l'échafaud, elles renouvelèrent leur profession de foi baptismale et leurs voeux religieux.

Les lectures du jour

Messe

(c) Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones - 2019
  • Première lecture : « L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu » (Ex 3, 1-6.9-12)

    Lecture du livre de l’Exode

    En ces jours-là,
        Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro,
    prêtre de Madiane.
    Il mena le troupeau au-delà du désert
    et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb.
        L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme
    d’un buisson en feu.
    Moïse regarda : le buisson brûlait
    sans se consumer.
        Moïse se dit alors :
    « Je vais faire un détour
    pour voir cette chose extraordinaire :
    pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? »
        Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir,
    et Dieu l’appela du milieu du buisson :
    « Moïse ! Moïse ! »
    Il dit :
    « Me voici ! »
        Dieu dit alors :
    « N’approche pas d’ici !
    Retire les sandales de tes pieds,
    car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »
        Et il déclara :
    « Je suis le Dieu de ton père,
    le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. »
    Moïse se voila le visage
    car il craignait de porter son regard sur Dieu.
    Le Seigneur dit :
        « Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi,
    et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens.
        Maintenant donc, va !
    Je t’envoie chez Pharaon :
    tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »
        Moïse dit à Dieu :
    « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon,
    et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? »
        Dieu lui répondit :
    « Je suis avec toi.
    Et tel est le signe que c’est moi qui t’ai envoyé :
    quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple,
    vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. »

                – Parole du Seigneur.

  • Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7)

    Refrain psalmique : (Ps 102, 8a)

    Le Seigneur est tendresse et pitié. 

    Bénis le Seigneur, ô mon âme,
    bénis son nom très saint, tout mon être !
    Bénis le Seigneur, ô mon âme,
    n’oublie aucun de ses bienfaits !

    Car il pardonne toutes tes offenses
    et te guérit de toute maladie ;
    il réclame ta vie à la tombe
    et te couronne d’amour et de tendresse ;

    Le Seigneur fait œuvre de justice,
    il défend le droit des opprimés.
    Il révèle ses desseins à Moïse,
    aux enfants d’Israël ses hauts faits.

  • Évangile : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25-27)

    Acclamation : (cf. Mt 11, 25)

    Alléluia. Alléluia.
    Tu es béni, Père,
    Seigneur du ciel et de la terre,
    tu as révélé aux tout-petits
    les mystères du Royaume !
    Alléluia.  

    Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là,
    Jésus prit la parole et dit :
    « Père, Seigneur du ciel et de la terre,
    je proclame ta louange :
    ce que tu as caché aux sages et aux savants,
    tu l’as révélé aux tout-petits.
        Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
        Tout m’a été remis par mon Père ;
    personne ne connaît le Fils, sinon le Père,
    et personne ne connaît le Père, sinon le Fils,
    et celui à qui le Fils veut le révéler. »

                – Acclamons la Parole de Dieu.