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75ème anniversaire du Débarquement

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  • Commémoration 14 18
  • Gabriel MARTIN prêtre soldat de la guerre 1914, disciple et ami de Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus

Gabriel MARTIN prêtre soldat de la guerre 1914, disciple et ami de Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus

Gabriel MARTIN  est né le 21-4-1873 à Chavagnes-en-Paillers , au cœur du Bocage vendéen.

Pour devenir prêtre, il entre comme « pensionnaire » au Petit Séminaire, qui est à 50 mètres de la maison de ses parents.

Il part au Grand Séminaire de Luçon en 1892.

- Ordonné prêtre à Luçon le  19-12-1896   il est professeur au collège Richelieu de Luçon le 1er janvier 1896.

- Vicaire aux Sables octobre 1899 puis  à Fontenay-le-Comte octobre 1902

- En 1904, avec deux autres prêtres, il est nommé  « Missionnaire diocésain » pour continuer les « Missions paroissiales », assurées auparavant par des « Religieux », que les lois laïques viennent d’expulser de France. Ces Missions paroissiales durent 3 semaines, pendant lesquelles les Missionnaires donnent des prédications journalières pour toute la population, visitent de toutes les maisons et spécialement les malades, sans compter de longs temps d’accueil au confessionnal…  et la préparation des « fêtes de la Mission ».

- Il devient Directeur des Missionnaires Diocésains en  septembre 1906.

Ces Missionnaires diocésains, même quand ils deviennent plus nombreux,  logent séparément, pour ne pas apparaître comme des religieux

-Il est nommé « Supérieur des Missionnaires Diocésains » en 1910 et vient résider  à Martinet, petite commune entre La Roche et les Sables d’Olonne, quand la maison est construite pour  rassembler les Missionnaires diocésains. 

- Pendant la guerre, au début de 1915, il est mobilisé comme « infirmier » à l’hôpital militaire de Luçon, puis à Nantes. Après plusieurs mois d’attente à Marseille, il part, en 1917, infirmier à l’hôpital militaire de Salonique. Il n’est démobilisé qu’en fin décembre 1918.

Il revient à Martinet au début de 1919.


- Les futurs Missionnaires de la Plaine, vont habiter, avec le Père Martin, à  St Michel-en-l’Herm en 1922 et à Luçon en  1924.

Il fonde à Luçon la Congrégation des Missionnaires de la Plaine le 12-7-28  

Il fonde les Oblates de Ste Thérèse, à Rocques près de Lisieux, en 1933

A Bassac (Charente) en 1948, il fonde les Frères Missionnaires de Ste Thérèse 

 -  Il meurt à Bassac le 14-10-1949.

                                                                        ------------

Voici d’abord un de ses carnets spirituels qu’il a intitulé « Vade mecum» : il y rassembledes citations bibliques et des paroles ou écrits de plusieurs saints : il commence par des textes choisis de « L’Histoire d’une âme ».

Les pages suivantes citeront quelques lettres que le Père Martin a envoyées au Carmel  de Lisieux pendant la guerre.

On y découvre la place de Sœur Thérèse dans la vie de ce prêtre soldat. En lisant « L’appel aux petites âmes » et « l’Histoire d’une âme » dès 1908, il était devenu disciple de cette « Sœur du Ciel », comme il l’appelait. Il sera, à Lisieux, le prédicateur des fêtes de la Béatification et de la Canonisation et publiera « La petite voie d’enfance spirituelle ». Traduit en plusieurs langues, il connaîtra un succès de librairie.

Ces documents sont extraits d’un polycopié, intitulé « Récits du temps de guerre 1914-1919 », transcription de ses carnets spirituels et de ses lettres au Carmel de Lisieux.  

Ils ont été rassemblés pour l’exposition, à Lisieux, de « Thérèse dans les tranchées »

                                                                
 Père Jean GRELIER MdP        le 6 avril 2014 

Vade mecum

Carnet num. 239.63

Les premières pages de ce carnet rassemblent des citations bibliques ; puis,

parmi  des textes de Ste Thérèse d’Avila et d’autres saints, il cite Sœur Thérèse de Lisieux :


(De Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus)[1]

«  Pour une souffrance supportée avec joie, nous aimerons davantage le bon Dieu toujours !... »

« Rien de trop à souffrir pour conquérir la palme ! »

« La souffrance, unie à l’amour, est la seule chose qui me paraît désirable en cette vallée de larmes ! »

« La souffrance devient la plus grande des joies, quand on la recherche comme un précieux trésor. »

Dans son agonie : « Oh ! je ne voudrais pas moins souffrir ! »

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 Trois pensées de Sœur Thérèse de l’Enf. Jésus

Espérance

« La vie passe, l’éternité s’avance ; bientôt nous vivrons de la vie même de Dieu. Après avoir été abreuvées à la source des amertumes, nous serons désaltérées à la source même de toutes les douceurs.

Oui, la figure de ce monde passe, bientôt nous verrons de nouveaux cieux ; un soleil plus radieux éclairera de ses splendeurs des mers éthérées et des horizons infinis… Nous ne serons plus prisonnières sur une terre d’exil, tout sera fini ! Avec notre Epoux céleste nous voguerons sur des lacs sans rivages ; nos harpes sont suspendues aux saules, qui bordent le fleuve de Babylone ; mais, au jour de notre délivrance, quelles harmonies ne ferons-nous pas entendre ? Avec quelle joie nous ferons vibrer toutes les cordes de nos instruments. Aujourd’hui nous répandons des larmes, en nous souvenant de Sion ; comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ? »[2]

 

Confiance

« Je n’ai nullement peur des derniers combats, ni des souffrances de la maladie, si grandes soient-elles. Le bon Dieu m’a toujours secourue ; il m’a aidée et conduite par la main dès ma plus tendre enfance… Je compte sur Lui… La souffrance pourra atteindre les limites extrêmes,  mais je suis sûre qu’il ne m’abandonnera pas. »[3]

 

Abandon

« Mon cœur est plein de la volonté de Jésus ; aussi, quand on verse q.q. chose par-dessus, cela ne pénètre pas jusqu’au fond ; c’est un rien qui glisse facilement, comme l’huile sur la surface d’une eau limpide. Ah ! si mon âme n’était pas remplie d’avance, s’il fallait qu’elle le fût par les sentiments de joie et de tristesse, qui se succèdent si vite, ce serait un flot de douleurs bien amères, mais ces alternatives ne font qu’effleurer mon âme ; aussi je reste toujours dans une paix profonde que rien ne peut troubler.[4]

« Nous qui courons dans la voie de l’amour, il ne faut jamais nous tourmenter de rien. Si je ne souffrais pas de minute en minute, il me serait impossible de garder la patience ; mais je ne vois que le moment présent, j’oublie le passé et je me garde bien d’envisager l’avenir. Si on se décourage, si parfois on désespère, c’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir. »[5]

« Mon Dieu, vous me comblez de joie par tout ce que vous faites… »[6]

« Je ne sais plus rien demander avec ardeur, excepté l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu sur mon âme. »[7]

 

LETTRES A DES CARMELITES

 

                                                       ---------------

Ces lettres sont adressées à Sœur Thérèse de la Sainte Face, la Sous-prieure du Carmel de Lisieux, qu’il a conseillée quand elle était institutrice à St Hilaire de Loulay en Vendée.

14 B **                                                                             Martinet le 10 Décembre 1914

                                        Ma bien chère fille en NS,

(Les Missionnaires Diocésains vont vivre les dangers de la guerre)

Je vous écris malgré que ce soit l’Avent, pour me recommander à vos prières. J’ai été pris Lundi dernier par le Conseil de révision, et, bien que je ne pense pas partir pour la caserne avant le premier de l’an, je vous écris néanmoins pour parer à toute surprise. Avant de le subir, j’avais beaucoup prié pour obtenir la solution la plus conforme au bon plaisir divin. Je suis sûr d’avoir été exaucé et c’est pourquoi je suis en paix. J’espère revenir sain et sauf de la guerre. Cependant il faut tout prévoir, et si les balles et la mitraille sont moins à craindre pour les infirmiers que  pour les combattants, nous avons davantage à redouter les épidémies qui commencent à se multiplier.  Aussi je fais mes préparatifs en conséquence. J’arrange toute chose comme si je ne devais pas revenir. Demandez, là encore, que le bon Dieu arrange tout en vue des seuls intérêts de sa gloire. Ses intérêts sont les miens. Il ne peut pas y avoir opposition entre ce qui procure sa gloire et ce qui me procure à moi le bonheur. C’est ainsi que le bonheur parfait se trouve dans le parfait accomplissement de la volonté divine. Que c’est donc heureux !  Et comme cela simplifie la vie de l’âme. Elle n’a qu’à se regarder à la lumière de la gloire de Dieu. Aussitôt elle trouve sa route. Et cette lumière est infaillible.

               (…)Les récents conseils de révision, qui d’ailleurs se passent ici d’une manière ridicule, en dépit du bon sens, ont achevé de désorganiser notre pauvre maison… Nous sommes présentement 11 missionnaires mobilisés ou à la veille de l’être. Il en reste quatre à passer le Conseil, dont le P. Ordonneau, qui le subira le 24. Sans doute personne ne restera, sauf notre ancien, le P Forgeau[8], qui a dépassé l’âge d’être soldat. Dans tout le diocèse, c’est une véritable hécatombe de prêtres. Dans certains cantons, comme celui du Poiré, il ne va rester que 3 prêtres en tout. Quel fléau que cette guerre ! quel châtiment ! Mais aussi quelle miséricorde c’est et ce sera pour beaucoup, et espérons-le pour la France.

17 E **                                           + Marseille                                     le 31 Juillet 1917

(Il a quitté l’hôpital de Nantes, où il était infirmier militaire, et il attend à Marseille le départ pour Salonique : il prie Sœur Thérèse mais pas pour des faveurs temporelles))

Vous devez vous demander ce que je deviens, depuis si longtemps que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles. J’attendais d’être fixé sur mon sort. C’est fait maintenant et je puis vous annoncer mon proche départ de Marseille, pour Toulon d’abord et Salonique ensuite. Un de mes confrères avait pourtant espéré que Sœur Thérèse, qui est de notre âge (classe 1893), n’aurait pas laissé partir si loin tant de prêtres de sa classe, d’autant plus qu’il n’y a que dans le service de santé qu’on envoie si loin des hommes si âgés. Pour moi, je n’ai rien osé désirer ni demander de tel et je préfère à un maintien en France, où d’ailleurs je pourrais courir tout autant de dangers, le plein abandon à la Providence, que la chère petite Sainte s’est chargé de m’obtenir et qui me donne beaucoup plus de joies, et plus profondes et plus durables, que ne l’eût fait une disposition des évènements plus conformes à mes goûts naturels. Bénissez donc Notre Seigneur avec moi et obtenez que cet abandon qui est sincère dans le fond, je le pratique fidèlement jusque dans les moindres détails de ma vie.

Vous voudrez bien me recommander aussi à notre Mère du ciel par une petite prière fervente que vous ferez devant la Vierge de Thérèse, pour obtenir qu’Elle me serve de seconde Providence et dirige tout dans ma vie, les joies et les peines, en vue surtout de la plus grande joie du Cœur de Jésus et que tout soit réglé par Elle dans ce but. Hors ce désir qui est grand, je n’en ai point d’autre à présenter d’important en ce qui me concerne personnellement. Mais j’en ai qui ont trait au bien d’âmes très chères, à la prospérité de notre œuvre [9], à la conversion des pécheurs. Demandez ardemment que ceux-là se réalisent, quoi qu’il puisse m’advenir à moi-même.

 

 

       17 H           Ambulance 13-21      Koritza (Albanie)     le 7-11-17       

              

 C’est le 5 Septembre que j’ai quitté Salonique pour me rendre à l’ambulance 13/21, qui m’était assignée.(d’une autre main) à Koritza en Albanie. En même temps que moi, partaient, mais pour une autre affectation, mes deux confrères de Vendée : MM Billaud et Bertet, dont j’avais la douleur de me séparer un peu plus loin. Ils emmenaient avec eux, déjà plus mort que vif, un pauvre confrère de Nantes, professeur au petit Séminaire [10], qui devait mourir 15 jours plus tard, dans des circonstances particulièrement douloureuses, puisqu’il arriva sans connaissance, à la nuit tombante, dans un hôpital, où il mourut quelques heures plus tard ; le lendemain seulement, on sut qu’il était prêtre. C’était un homme de solide et forte vertu, petit par la taille mais grand par son amour du devoir, et je garderai toute ma vie le souvenir de ce prêtre, avec qui j’étais parti de Nantes, en fin mars, et avais vécu 4 mois à Marseille, d’autant plus que sur le bateau et plus tard à Salonique même, il se servait de mon autel ; il disait la messe après moi ; je répondais la sienne et il servait le mienne. En réalité, ce fut une victime  élue par Dieu.  (…)

Ma santé à moi était alors un peu chancelante. Je n’avais pas échappé à la maladie courante de ce pays chaud et qui fait courir plus que de raison. Aussi après deux jours de marche, je me trouvais un jour fort épuisé. Il restait encore près de 60 kilomètres à faire à pied et j’en étais bien ennuyé, lorsque, sur le soir, la chère petite sœur Thérèse, à qui je m’étais jeté dans ma détresse (sic), vint à mon secours et, avec la plus grande facilité, je pus obtenir de faire le reste de la route en automobile, ce qui me dispensa de cinq jours de dures marches à travers un pays montueux. Ce ne fut pas d’ailleurs la seule fois que la chère petite sainte m’assista de sa protection, et je lui attribue bien, ainsi qu’à ma Mère du ciel, de m’avoir fait échapper à de graves périls, une nuit dans une gare (à Vertitop) ( ?), où il y eut un terrible tamponnement de trains, dans des conditions où mon wagon avait bien 9 chances sur 10 d’être écrasé ; une autre fois aussi qu’un avion boche vint lancer des bombes dans un endroit, où je me serais certainement trouvé sans une circonstance tout à fait insignifiante. D’ailleurs depuis le départ de Marseille, j’ai redoublé de dévotion et de prières pour la chère petite Sainte (sic). Je lui ai fait neuvaines sur neuvaines… Et encore chaque soir, quand j’ai fini mes autres dévotions, je tire de mon carnet de poche l’une de ses chères images et souvent, dans un rayon de lune, je la contemple et je l’invoque, ou plutôt (car c’est ce qu’elle m’a inspiré depuis bien des années), je fais pour elle, je dis et je redis la prière qu’elle demandait à l’un de ses frères missionnaires  de dire quand elle serait au ciel : « Père Miséricordieux, au nom de votre doux Jésus etc… »[11] . Pour moi personnellement, je ne puis d’ordinaire me résoudre à lui demander aucune grâce temporelle, et je m’aperçois qu’elle m’en fait d’autant plus que je borne davantage mes désirs aux choses éternelles.  C’est toujours l’accomplissement de la promesse de Jésus…. [12]

(…)Plus je vois Jésus, pauvre, petit, faible, condescendant et délaissé, et plus il me paraît aimable, et je comprends que celui-là devient le plus aimable pour son Cœur, qui sait, à son exemple, se faire le plus petit, le plus pauvre et le plus oublié de ce monde. Aussi comme je comprends votre désir de vous abaisser au dessous de toutes et de vous faire la dernière à vos yeux, ne pouvant l’être extérieurement puisque vous êtes en dignité. Ici l’une de mes joies est aussi de n’être pas connu et de passer, aux yeux de presque tous, pour un pauvre petit curé de campagne, un prêtre tout à fait quelconque, ce qui d’ailleurs est la vérité, au point de vue surnaturel : car plus je vais plus je me trouve différent de ce que je voudrais être… Et ce serait vraiment décourageant, s’il n’y avait l’immense bonté de Jésus. Oh ! comme elle est juste et belle la petite prière de la Bse Marguerite-Marie, que vous m’avez envoyée et que je vous en suis reconnaissant ! Je la dis et la redis chaque jour et toujours avec plus de lumière et de joie. Oui, Jésus fera par sa bonté ce que je ne saurais faire ds ma faiblesse. Et puis, voici bien des années que je le cherche, et Lui, il y a une éternité qu’il m’appelle… Comment dès lors n’arriverions-nous pas à nous rencontrer un jour et à être tout l’un à l’autre. Au ciel sûrement cela se fera. En attendant, il a mis dans mon cœur une petite flamme qui ne s’éteint plus mais grandit chaque jour et qui est un désir constant, ardent de me consumer tout entier et toutes mes forces à son service, pour l’établissement dans le monde du Règne de son Sacré-Cœur. Je sens que maintenant il me prépare à cette tâche dans l’inutilité apparente de ma vie actuelle. Après, j’agirai d’autant plus efficacement que présentement j’aurai été plus annihilé. C’est mon espérance et mon plus cher désir…la pensée qui me console dans mon exil… Qu’il plaise à la divine Bonté de le réaliser et je l’en aimerai de toute mon âme… et s’il lui plaît de laisser tomber mon rêve, j’espère que je ne l’en aimerai pas moins. Car quelle gloire plus grande puis-je lui procurer que d’aimer son bon plaisir et de faire, comme Jésus, ma nourriture de la volonté de son Père.

Ainsi se passe ma vie à Koritza… Mais désormais, je ne pense pas y demeurer longtemps… Il y a un mois ½,  on me trouvait trop jeune pour rester à Salonique. Maintenant on me juge trop vieux pour rester à Koritza, et non seulement moi, mais tous  ceux de mon âge et ceux qui ont même dix ans de moins que moi... Le confrère de Nantes, qui m’avait accompagné ici, a été rappelé à Salonique, voici déjà 8 jours. Je ne tarderai pas à le suivre. Je vous ferai connaître mon changement d’adresse.

(…)… Quand je venais de Salonique ici, j’avais, le long de la route, fait une petite couronne avec des fleurettes champêtres, et je voulais l’offrir à la petite Thérèse. La couronne s’est défaite… Je vous en envoie les débris recollés… Vous les mettrez, si vous le jugez bon, au pied de la statue miraculeuse de la Vierge du sourire… Je sais bien que ni Thérèse ni sa Mère ne rejetteront l’humble hommage de ma pauvreté.

18 D                              R.M.S.                  3-6-18

(Toujours à Salonique, Gabriel Martin accepte d’être le prédicateur à Lisieux des fêtes de la Béatification – Il  espère le retour en France en raison de ses 45 ans -  Il est inquiet de ses amis soldats et prie pour eux Marie et Thérèse).

Parmi les joies que m’a apportées votre lettre, ce n’en est pas une petite non plus que celle que j’ai éprouvée, en lisant que, pour la béatification (il avait écrit « canonisation » qu’il a rayée) de la chère petite sainte, j’aurai mon mot à dire pour la louer, la chanter. Je n’aurais vraiment pas osé l’espérer.Aussi ma reconnaissance n’en est-elle que plus grande pour votre bonne petite Mère, à qui vous voudrez bien l’exprimer, en même temps que vous lui direz avec quelle joie j’accepte l’honneur qu’elle veut bien me faire [13]. Je suis heureux de savoir sa santé meilleure et je vais prier plus encore pour que Jésus la conserve sur la terre jusqu’au triomphe de sa Thérèse et encore après, s’il plaît à sa divine Bonté.

On parle depuis quelque temps comme d’une chose possible du prochain rapatriement en France des vieilles classes, dont je suis. Ne sachant ce qui vaut le mieux pour moi, je m’en remets à la Providence. Mes deux confrères, MM Bertet et Billaud désirent ardemment le retour au pays natal. M. Bertet a d’autant plus de raisons de le désirer que le climat de Salonique ne lui est pas très sain. Il est encore fatigué de ce temps-ci, mais il va mieux. J’ai eu également une journée de forte fièvre, la semaine dernière. Ce n’est pas du paludisme. Cet accès ne compromet donc pas l’avenir. J’ai offert à M. Bertet, depuis longtemps déjà, votre bon souvenir auquel il a été sensible. Il se recommande à vos bonnes prières.

Je suis inquiet du P. Ordonneau. Il m’écrivait le 15 mai d’un point du front, où récemment les Allemands ont passé en rafale et ont dû tout tuer ou tout emporter. Qu’il me tarde d’avoir de ses nouvelles ! Et quelle douleur j’aurais, si Dieu permettait qu’il lui arrivât malheur. Mais je compte toujours, pour mes confrères et pour moi, sur la protection de notre chère Mère du Ciel, à qui tant de fois nous nous sommes recommandés. Votre petite sainte aussi nous protègera. J’y compte.

 

 

18 E **                R.M.S.                    S.P. 510        A.O.                   le  1er juillet 1918

 (Il est inquiet de ses amis mobilisés – En lisant l’Histoire d’une âme qu’il s’est fait envoyer, il désire réaliser ce que propose Sœur Thérèse)

(…) Vous savez sans doute que le P. Ordonneau, avec deux autres prêtres de Vendée a disparu au Chemin des Dames, à la fin de Mai. Prisonnier ? On le dit. Prisonnier et blessé ? On le dit aussi. J’attends avec anxiété une lettre de France qui me fixe sur son sort. A vrai dire, je ne crois pas, je ne veux pas croire qu’il soit mort. Je garde l’espoir que la Ste Vierge et Sr Thérèse, ses deux grandes célestes protectrices l’auront gardé et le garderont encore de la mort. Mais vous savez assez, d’une part l’affection qui me lie à lui, de l’autre la confiance qu’il a dans vos prières et celles de votre cher Carmel. Alors vous prierez bien, n’est-ce pas, beaucoup et vous ferez prier pour lui.

Le Père Carré a eu le bonheur d’être en permission au moment qui eût été pour lui le plus dangereux. Un autre s’est trouvé dans le même cas. Un autre encore,  mon petit Père Fréneau[14] a pu juste s’échapper de son ambulance. Le P. Tenaud, dans la sienne, est tous les jours bombardé. D’autres encore sont en danger. C’est moi le plus favorisé, puisque je suis le moins exposé. Il me semble que j’ai en revanche la charge de prier pour eux  tous. Je vous demande de m’aider.

J’ai bien reçu, voici une quinzaine de jours, votre envoi. Merci. Mais je dois un merci spécial aussi à votre vénérée petite Mère, pour la délicatesse qu’elle a eue de joindre quelques souvenirs plus intimes.  Elle m’a fait un très grand plaisir. Ayez, je vous prie, la bonté de lui remettre la lettre à son adresse, qui accompagne celle-ci. Je veux aussi la remercier d’avoir pensé à moi pour les fêtes de la Béatification. Rien n’aurait pu - venant d’elle - m’être plus agréable… Je ne sais si je m’arrêterai définitivement à cette idée, mais la première pensée qui m’est venue a été de célébrer en Thérèse l’apôtre et de parler de son zèle. Il m’a semblé que cela conviendrait à un « missionnaire », puisque le zèle est aussi sa vocation et qu’à ce pauvre missionnaire, entièrement pauvre en mérite, en vertu, en tout, cela vaudrait un accroissement de zèle véritable. Si vous saviez combien je le souhaite ! [15]

En attendant, je fais mes délices de « l’Histoire d’une âme ». Il y avait quatre ans bientôt que je ne l’avais pas relue en entier. J’y trouve autant d’intérêt et de joie surnaturelle et de profit que la première fois [16]. C’est une mine inépuisable… Je me rends compte aussi qu’il y a des choses, que je n’avais pas bien comprises autrefois. De dures années d’épreuve me servent maintenant à en avoir une plus parfaite intelligence… Et je vois qu’il me manque beaucoup de choses pour arriver à la véritable vie d’enfance spirituelle. Cependant je ne désespère pas d’y atteindre, et cette espérance,  même acquise au milieu de ma grande misère, malgré cette misère ou, pour mieux dire, à cause de cette misère, m’est comme une preuve que, si je n’y marche pas encore d’un pas soutenu, du moins j’y ai mis le pied et j’espère, par la grâce de Dieu, m’y maintenir.

Oui, Sr Thérèse de l’Enfant Jésus est une grande sainte... A toutes les pages, à toutes les lignes, on respire le plus pur parfum de sainteté. Cette âme, baignait en Dieu, sans en avoir toujours la jouissance. Aussi tout ce qui en jaillissait était-il  comme divin. En elle, ce n’était plus elle, c’était Jésus qui vivait, lui qui parlait, pensait, agissait, aimait. Elle était la pure expression de Jésus. Elle était toute passée en Jésus. Et si elle paraissait encore, n’ayant pas dépouillé son enveloppe de chair, c’était à la manière du transparent, que l’on voit, mais en qui on ne distingue plus que le sujet lumineux qu’il représente [17]. Ainsi Jésus transparaît dans ses moindres paroles. Il y a des pages de l’Evangile que je n’ai comprises que sous sa plume et traduites dans sa conduite : par exemple, ce qui a trait à l’amour du prochain [18]. Je ne parle pas de la voie d’enfance. Sa vie, son livre en sont le plus parfait des commentaires. Oh ! que l’Esprit de Dieu est donc admirable, et combien la science qu’il donne est différente de celle qui s’acquiert par l’étude et le travail de l’esprit humain !...

Quoi qu’il en soit, il y a assurément pour moi dans ce livre une grâce spéciale, particulière, que j’ose dire de choix… Priez pour qu’elle ne se tourne pas un jour à ma confusion ! Je vois tant de différence entre  ce que je fais et ce que, à sa lumière, je vois qu’il faudrait faire… Mais, comme Thérèse disait : « Il y a des âmes que le bon Dieu ne se lasse pas d’attendre… » [19]


 

        [1] 5 citations de Sr Thérèse, dont voici les références actuelles et les pages dans l’ancienne édition de HA : LT43B, HA p. 343   -  LT 55, HA p. 345   -  LT 253, HA p. 373   -  C 10v° HA98 p.98   -  DE 25.8.5, HA p. 255.

       [2] LT 85 à Céline , HA page 320

       [3] DE 27.5.2 et 4.7.3 , HA page 237

       [4] DE 14.7.9 , HA page 236

       [5] DE 23.7.3 et 23.8.3 , HA page 235

       [6] Ms C 7r°, HA98 page 154

      [7] A 83r°, HA98 page 142

[8] Pierre Ordonneau, né en 1982, prêtre en 1906 et Missionnaire diocésain en 1909 – Charles Forgeau, né en 1865, prêtre en 1889, devient Missionnaire diocésain en 1911. Décédé en 1936.

[9]  « Notre œuvre », c’est pour lui l’entreprise apostolique des Missionnaires diocésains de Vendée et de plus en plus les « missions de Plaine » 

         [10] L’Abbé Aristide Leclesve, né au Pellerin (L.A.)) le 30-11-1873, décédé le 20-09-1917 : cf Archives du diocèse de Nantes.

         [11] A l’Abbé Maurice Bellière, Thérèse demandait de dire pour elle cette prière « Père Miséricordieux… » (cf LT 220 , HA p. 367 3ème lettre à ses frères missionnaires.

           [12] Il refuse de demander à Sr Thérèse des bienfaits matériels, comme d’autres qui, à Marseille, lui demandaient d’être dispensés de partir à Salonique. cf. Lettre 17E

          [13] Béatification à Rome le 29 Avril 1923. Triduum à la Chapelle du Carmel de Lisieux du 28 au 30 Mai 1923 : cf. le livret publié par le Père Martin, intitulé «  Trois panégyriques ».  Mère Agnès demande au Père Martin, aussitôt ces fêtes, d’assurer la prédication des fêtes de la Canonisation, qui aura lieu en 1925.

          [14] François Xavier Fréneau (1888-1980), prêtre en 1912 et Missionnaire diocésain en 1913, curé de Grues en 1924. Membre de la Congrégation des Missionnaires de la Plaine en 1928, il en devient Supérieur en 1947.

[15] La « mission  de Thérèse » sera le 3ème thème du Triduum, prêché par le P. Martin, le 30 mai 1923 : « La Mission ou l’Amour qui se répand sur le monde » - les deux premiers thèmes étant : «  Thérèse chef-d’œuvre de l’amour miséricordieux » et « La petite voie : l’Amour remonte à sa source ».

[16] Après avoir lu « L’appel aux petites âmes », vers le 20 février 1908, il a lu l’Histoire d’une âme dans les premiers jours de mars, puisque, dans son Carnet spirituel, dès le 9 mars 1908, il parle des «  frères missionnaires » de Thérèse, que ne signalait pas « L’appel aux petites âmes ».

[17] On appelait « transparents », les grands tableaux lumineux qui marquaient les fêtes de la mission : ces vitraux de papier transparents et colorés étaient éclairés par des bougies, remplacées plus tard par l’électricité.

[18] Charité fraternelle Cf. Ms C 11 r° et suivantes , HA98  p. 158 et suivantes.

[19] « Le bon Dieu me fit comprendre qu’il est des âmes que sa Miséricorde ne se lasse pas d’attendre » Ms C 21r° , HA98 page170

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Tous les saints du jour
  • Saint Prosper d'Aquitaine - Théologien laïc (✝ v. 460)
    Tout ce qu'on sait de sa vie c'est qu'il naquit en Aquitaine, qu'en 428, il est à Marseille et à partir de 440, qu'il fut rédacteur à la chancellerie pontificale de saint Léon le Grand. Il écrivait très bien et pour faciliter la paix de son ménage heureux, il correspondait en vers avec sa femme: "Relève-moi si je tombe, reprends-toi quand je te signale quelque faute. Qu'il ne nous suffise point d'être un seul corps, soyons aussi une seule âme." Il écrivit une 'Histoire universelle' qui est un résumé de celles d'Eusèbe et de saint Jérôme. Il consacre toute son œuvre à défendre saint Augustin et, pour ce faire, il composa la doctrine augustinienne de la grâce en 1002 hexamètres. Il imposa silence aux évêques des Gaules qui déblatéraient contre l'évêque d'Hippone et c'est sans doute grâce à saint Prosper qu'Augustin fut reconnu très tôt comme le grand docteur de l'Église d'Occident.Commémoraison de saint Prosper d'Aquitaine. Après une éducation littéraire et philosophique soignée, il mena avec son épouse une vie simple et modeste. Devenu moine à Marseille, il défendit avec force contre les pélagiens la doctrine de saint Augustin sur la grâce de Dieu et le don de persévérance, et servit de secrétaire au pape saint Léon le Grand. Il mourut vers 463.

Les lectures du jour

Messe

(c) Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones - 2019
  • Première lecture : « Qu’il n’y ait pas de querelle entre toi et moi, car nous sommes frères ! » (Gn 13, 2.5-18)

    Lecture du livre de la Genèse

    Abram était extrêmement riche
    en troupeaux, en argent et en or.
    Loth, qui accompagnait Abram,
    avait également du petit et du gros bétail,
    et son propre campement.
    Le pays ne leur permettait pas d’habiter ensemble,
    car leurs biens étaient trop considérables
    pour qu’ils puissent habiter ensemble.
    Il y eut des disputes entre les bergers d’Abram
    et ceux de Loth.
    Les Cananéens et les Perizzites habitaient aussi le pays.
    Abram dit à Loth :
    « Surtout, qu’il n’y ait pas de querelle entre toi et moi,
    entre tes bergers et les miens,
    car nous sommes frères !
    N’as-tu pas tout le pays devant toi ?
    Sépare-toi donc de moi.
    Si tu vas à gauche, j’irai à droite,
    et si tu vas à droite, j’irai à gauche. »
    Loth leva les yeux
    et il vit que toute la région du Jourdain était bien irriguée.
    Avant que le Seigneur détruisît Sodome et Gomorrhe,
    elle était comme le jardin du Seigneur,
    comme le pays d’Égypte, quand on arrive au delta du Nil.
    Loth choisit pour lui toute la région du Jourdain
    et il partit vers l’est.
    C’est ainsi qu’ils se séparèrent.
    Abram habita dans le pays de Canaan,
    et Loth habita dans les villes de la région du Jourdain ;
    il poussa ses campements jusqu’à Sodome.
    Les gens de Sodome se conduisaient mal,
    et ils péchaient gravement contre le Seigneur.

    Après le départ de Loth, le Seigneur dit à Abram :
    « Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es,
    vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident.
    Tout le pays que tu vois, je te le donnerai,
    à toi et à ta descendance, pour toujours.
    Je rendrai nombreuse ta descendance,
    autant que la poussière de la terre :
    si l’on pouvait compter les grains de poussière,
    on pourrait compter tes descendants !
    Lève-toi ! Parcours le pays en long et en large :
    c’est à toi que je vais le donner. »
    Abram déplaça son campement
    et alla s’établir aux chênes de Mambré, près d’Hébron ;
    et là, il bâtit un autel au Seigneur.

    – Parole du Seigneur.

  • Psaume (14 (15), 2-3a, 3bc- 4ab, 4d-5)

    Refrain psalmique : (14, 1a)

    Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?

    Celui qui se conduit parfaitement,
    qui agit avec justice
    et dit la vérité selon son cœur.
    Il met un frein à sa langue.

    Il ne fait pas de tort à son frère
    et n’outrage pas son prochain.
    À ses yeux, le réprouvé est méprisable
    mais il honore les fidèles du Seigneur.

    Il ne reprend pas sa parole.
    Il prête son argent sans intérêt,
    n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
    Qui fait ainsi demeure inébranlable.

  • Évangile : Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux » (Mt 7, 6.12-14)

    Acclamation : (Jn 8, 12)

    Alléluia. Alléluia.
    Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur.
    Celui qui me suit aura la lumière de la vie.
    Alléluia.

    Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples :
    « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ;
    ne jetez pas vos perles aux pourceaux,
    de peur qu’ils ne les piétinent,
    puis se retournent pour vous déchirer.

    Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous,
    faites-le pour eux, vous aussi :
    voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.

    Entrez par la porte étroite.
    Elle est grande, la porte,
    il est large, le chemin
    qui conduit à la perdition ;
    et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent.
    Mais elle est étroite, la porte,
    il est resserré, le chemin
    qui conduit à la vie ;
    et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.