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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Prédications guerre 14

1/ Quelques dates de la vie du Père Gabriel  Martin  - Ses adresses de 1914 à 1919

2 / Notice sur les prêtres cités

3 / Les lettres, conservées au Carmel de Lisieux.

4 / Les carnets : nombre et genres

   

    Remarques préliminaires 

Il parle peu de la guerre, disent certains à première lecture

Il parle pourtant des autres missionnaires diocésains qui sont plus que lui au danger.

Il nous dit un peu son attitude spirituelle de prêtre-soldat.

Il regrette de ne pouvoir faire des sermons, qui lui semblent l’apostolat auquel il est appelé.

    Il parle des prédications aux militaires, de celles pour les prêtres, dont lui-même bénéficie et aussi de celles qu’il assure.

Il se plaint de la guerre dans laquelle il voit une punition des péchés de la France    cf une théologie de la souffrance rédemptrice, courante à l’époque chez les français bons chrétiens

Il nous apprend ainsi quelques faits de  la vie et quelques traits de mentalité d’un prêtre vendéen mobilisé à l’arrière en 1915 à l’âge de 41 ans.

 

Les morceaux choisis qui suivent illustrent, pour un historien, ces réflexions…

Ces pages sont extraites d’un livret polycopié intitulé : « Ecrits du temps de guerre 1914-1919 Père Gabriel MARTIN »

      En principe, les phrases, écrites en italique gras, sont des remarques que je fais en rassemblant ces copiés-collés.  Les pages indiquées renvoient au livret « Ecrits du temps de guerre Père Gabriel Martin ». Les pages indiquées autrement ont diverses significations et devraient disparaître !

                                             

Jean GRELIER le 28 FEVRIER 2014.

1. Quelques dates de la vie de Gabriel MARTIN

Gabriel MARTIN  est né le 21-4-1873 à Chavagnes-en-Paillers, au cœur du Bocage vendéen.

Pour devenir prêtre, il entre comme « pensionnaire » au Petit Séminaire, qui est à 50 mètres de la maison de ses parents.

Il part au Grand Séminaire de Luçon en 1892.

- Ordonné prêtre à Luçon le  19-12-1896   il est professeur au collège Richelieu de Luçon le 1er janvier 1896.

- Vicaire aux Sables octobre 1899 puis  à Fontenay-le-Comte octobre 1902

- En 1904, avec deux autres prêtres, il est nommé  « Missionnaire diocésain » pour continuer les « Missions paroissiales », assurées auparavant par des « Religieux », que les lois laïques viennent d’expulser de France. Ces Missions paroissiales durent 3 semaines, pendant lesquelles les Missionnaires donnent des prédications journalières pour toute la population, visitent de toutes les maisons et spécialement les malades, sans compter de longs temps d’accueil au confessionnal…  et la préparation des « fêtes de la Mission ».

- Il devient Directeur des Missionnaires Diocésains en  septembre 1906.

Ces Missionnaires diocésains, même quand ils deviennent plus nombreux,  logent séparément, pour ne pas apparaître comme des religieux

-Il est nommé « Supérieur des Missionnaires Diocésains » en 1910 et vient résider  à Martinet, petite commune entre La Roche et les Sables d’Olonne, quand la maison est construite pour  rassembler les Missionnaires diocésains. 

- Pendant la guerre, au début de 1915, il est mobilisé comme « infirmier » à l’hôpital militaire de Luçon, puis à Nantes. Après plusieurs mois d’attente à Marseille, il part, en 1917, infirmier à l’hôpital militaire de Salonique. Il n’est démobilisé qu’en fin décembre 1918.

Il revient à Martinet au début de 1919.

- Les futurs Missionnaires de la Plaine, vont habiter, avec le Père Martin, à  St Michel-en-l’Herm en 1922 et à Luçon en  1924.

Il fonde à Luçon la Congrégation des Missionnaires de la Plaine le 12-7-28 

Il fonde les Oblates de Ste Thérèse, à Rocques près de Lisieux, en 1933

A Bassac (Charente) en 1948, il fonde les Frères Missionnaires de Ste Thérèse

Il meurt à Bassac le 14-10-1949

Sa famille

Son père, Gustave Martin, qui était marchand de laine et teinturier, meurt en 1891.

Sa mère, Marie Guibert, portait la coiffe de Chavagnes, le « bonnet  rond » ; elle meurt en octobre 1909. A Chavagnes, on l’appelait « Madame Martin »

Gabriel  est le 6ème de la famille, dont les 3 aînés sont morts en bas âge. Il lui reste deux frères : Gustave (1863-1911) qui meurt sans enfant peu après son épouse.

L’autre,Valentin MARTIN, est né le 26-1-1868 à Chavagnes – Il est ordonné Prêtre à Luçon,   le 20-12-1890 ; Vicaire à Mareuil-sur-Lay 1891,  à La Roche 1894 ; Curé de La Barre-de-Monts 1898 ; Curé de St Hilaire-du-Bois 1899 – ;Retiré à Chavagnes 1927,où il meurt le 7-9-1928

Dates et adresses successives

du Père Martin en 1914-1919 

Août 1914 : Gabriel Martin commence, le 11 juillet, sa retraite de 30 jours, à Clamart. Il l’interrompt le 21ème jour, à cause de la guerre et il rentre à Martinet. (Cf. lettre 14A7, page 2) Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Décembre 1914 : Il est pris «  bon pour le service » lors du Conseil de révision, le lundi 7 décembre. Il fait une visite d’adieux à sa maison de Chavagnes (Cf. lettre14B1, page3, et Carnet 10, le 8 décembre,  page 7)

Mars 1915 : Il est appelé, à la mi-mars, à la 11ème section d’Infirmiers militaires,  à Nantes et, de là, est affecté à l’Hôpital Temporaire, ouvert dans la collège Richelieu à Luçon, où il arrive le mardi 24 mars 1915. (Cf. Lettres 15C page 8 et 15D, page 9, et Carnet 32, pages 12)

Novembre 1915 : En permission, chez son frère Valentin, il prépare l’Adoration, à St Hilaire du Bois, et, le 27 nov. il assiste, à Luçon, Mgr Catteau, agonisant. (Cf. Carnet 31, 23 et 28 novembre, page 17)

Fin juillet 1916 : Il est rappelé à Nantes à l’Hôpital Broussais, attendant le départ pour le front. (Cf Lettre 16A1 page 12 ; Carnet 11 page 22 )

Septembre 1916 : Le 19, il va à Martinet pour le pèlerinage. (Cf. Lettre 16B7 page 14)

Mars 1917 : Il est désigné pour partir à Salonique (Lettre 17B1 page 16) et, le 27 mars, il revient d’une permission de 7 jours en Vendée. (Cf. Lettre 17B3 page 17)

Début avril 1917 : Il arrive à Marseille, où il attend la traversée pour rejoindre Salonique. (Cf Lettre 17C1 page 17)

Août 1917 : Le 17 août, il débarque à Salonique. (Cf. Lettre 17F page 20)

Septembre-décembre 1917 : Le 5 Septembre, il quitte Salonique pour Koritza en Albanie (300kms de voyage). (Cf. Lettre 17H3 page 22)

Décembre 1917 : Le 10 Décembre, retour à Salonique (Cf. Lettre 17I page 24)

Juin 1918 : Le 3 Juin, il remercie «  d’avoir son mot à dire au moment de la béatification de Sr Thérèse ». (Cf. Lettre 18D7 page 35)

11 Novembre 1918: Armistice : «  Les dernières hostilités s’arrêtent. Demain, ce sera la paix ! » (Cf. Carnet 12 page 88). La Bulgarie avait capitulé en Grèce, dès le 30 Septembre 1918.

Janvier 1919 : Il pensait partir de Salonique à Noël (Cf. Lettre 18G2 page 41) ; le bateau passe près d’Itéa, à l’ouest de Corinthe, le 1er Janvier 1919 (Carnet 12 page 94) et le voyage de retour dure 3 semaines pour arriver à Nantes. (Cf. Lettre 19A1 du 1er février page 42)

Février 1919 : Le 1er Février, il écrit de St Hilaire du Bois, où il se repose chez son frère. Le 16 Février, il est à Martinet et annonce que les Missionnaires diocésains feront leur retraite commune à Martinet du 4 au 15 Mars.  (Cf. Lettres 19A page 42 et 19B page 43)

2. Notice sur les prêtres cités

(Le chiffre souligné indique la page des carnets ou la Lettre qui cite ce prêtre.  

La croix « + »  signifie décès)

 

Omer DENIS                                14A6         17C2

     Né en 1880  à Chantonnay – Prêtre 22-12-1906 à Angers, où il était étudiant

     Professeur au Petit Séminaire de Chavagnes en 1908 – Missionnaire dioc en 1912

    Curé-doyen de l’Hermenault en 1926 – Chanoine Titulaire à Luçon en 1937, chargé

    des Œuvres Missionnaires            -  + aux Herbiers en 1959.

Adrien BERTET  45 et 46        15B(post-sciptum)    17C1    17D2  17E5 17H3

    Né en 1873 à Cugand – Prêtre 27-6-1897

   Professeur au Petit Séminaire Sables d’Olonne 1896 – Vic St Etienne du Bois 1904

   Curé Chapelle Achard 1906 – de Sallertaine 1912 – St Malo du Bois 1928 + 1926 

          

Pierre BILLAUD             46      17C1    17D2   17E5   17G6   17H3                                                                         

    Né en 1873 aux Epesses  - Prêtre  19-12-1896

    Vicaire à Mareuil 1897  -  à la Garnache 1898  - à la Chataigneraie 1902 – à ND de

    Fontenay 1904  - Curé de l’Oie 1906  -  de la Meilleraie 1913 -

    Aumônier en Belgique 1922 - puis à Reims – Retiré à Beaupréau, où + 1951

      

Pierre CARRÉ                  89     17A4      18C9     18E2       18G6

     Né en 1884 à Fontenay-le-Comte – Prêtre 28-6-1908

     Vicaire à la Bruffière 1908 – à Beaufou 1909 – aux Clouzeaux 1910 – Missionnaire

     Diocésain 1913 – Curé de la Chapelle aux Lys 1923 – St Mars la Réorthe 1926 –

     Retiré à Pouzauges 1934 – Aumônier des Visitandines Vouvant 1941 –

     Retiré en 1958 à Fontenay puis aux Herbiers  + 1961.

Charles FORGEAU              14B6                                                                                                

     Né en 1861 à la Garnache – Prêtre 19-6-1886

     Professeur à Richelieu 1885 – au Séminaire des Sables en 1889 – Vicaire à Bouin   

     1896 - Aumônier de l’Hôpital de Fontenay 1893 – Missionnaire diocésain 1911

     Curé de Martinet 1919 – Supérieur des Missionnaires de Martinet en 1921  + en 24

François Xavier FRÉNEAU                  52          18E2

      Né en 1888 à Belleville sur Vie – Prêtre 14-7-1912

     Vicaire à la Chapelle Palluau 1912 – Missionnaire Diocésain  à Martinet 1913, à

     St Michel en l’Herm 1921 – Curé de Grues 1924 – Missionnaire de la Plaine 1928

     Supérieur des Missionnaires de la Plaine 1947 – Missionnaire diocésain 1958 –

     Supérieur Maison du Landreau 1961 – Retiré au Landreau 1967    + 20-5-980.

 

Jean-Baptiste GRELIER                    17F note

     Né en 1877 à Froidfond – Prêtre 29-6-1903

     Vicaire à Longeville 1903 – à St André Goule d’Oie 1905 – à Aizenay 1910 –

     Missionnaire Diocésain 1911 – Curé de la Chaize le Vicomte 1928 – Aumônier à

     Union Chrétienne 1947 – à la Plage des Demoiselles St Jean de Monts 1955 –

     A l’Hospice des Sables 1957 -  + à Pouzauges 13-2-1958.

Aristide LECLESVE                          46         17H3

      Né 1873 au Pellerin (Loire Atlantique) – Prêtre diocèse de Nantes.

     Professeur au Petit Séminaire de Nantes – Décédé de maladie infectieuse à

      l’Armée d’Orient Ambulance 10/10 de Salonique 20-9-1917.

  Jacques LETORT                   46

        Né en 1873 à Mésanger (Loire Atlantique) – Prêtre diocèse de Nantes 29-06-1898

       Professeur à l’Externat 1898 – Vicaire à St Paul 1908, à St Nicolas 1919

       Curé du Pèlerin 1923, de Châteaubriant 1930, Chanoine,  Retiré 1947   + 1952.

Gabriel MARTIN        Né 21-4-1873 Chavagnes - Prêtre 19-12-1896              

       Professeur Richelieu 1-1-1896 – Vicaire aux Sables oct 1899 – Fontenay 1902

        Missionnaire diocésain 1904 – Directeur des Missionnaires Diocésains 1906

        Supérieur des Missionnaires Diocésains 1910

        Supérieur des Missionnaires de la Plaine 12 juillet 1928 – Départ à Bassac 1947

        Supérieur des Missionnaires de Ste Thérèse 1948 – Où + 14-10-1949

Valentin MARTIN       16     19A           Né 26-1-1868 Chavagnes – Prêtre 20-12-1890

        Vicaire Mareuil-sur-Lay 1891 – La Roche 1894 – Curé La Barre-de-Monts 1998

        Curé St Hilaire-du-Bois 1899 – Retiré Chavagnes 1927 –           Où + 17-9-1928

Julien MÉNARD          25         Né 1859 à Nantes –    Prêtre 28-6-1883 à Nantes

        Missionnaire Diocésain de Nantes 1883-1907  - Dir Œuvres Diocésaines 1907

        Chanoine Honoraire 1907 – Aumônier Hôpital Militaire Ancien Grand Séminaire,

        rue St Donatien 1914-1919 – Père spirituel Visitation 1930 – Doyen du Chapitre,

        membre du Conseil épiscopal 1932               -  + 7-1-1941.

Léon MOINARD                          14A5           Né 1875 à Maillezais – Prêtre 23-12-1899

        Vicaire à Pouzauges en 1900 – à Montaigu 1903 – Missionnaire diocésain 1907

        + aux Lucs sur Boulogne au cours de la mission 25-12-1924. (noyade accidentelle)

Armand MONNIER        30              Né en 1874          -   Prêtre de Luçon

        Professeur à Richelieu 1900 à 1910 – au Collège de Juilly – Curé du Tremblay (dioc

        de Versailles) 1910 à 1916  -         + 1936.

      

Pierre ORDONNEAU     7   79    86   15A6   18B6  18C9   18F5   18G6   19A3        

        Né 1882 à Saint Sornin -  Prêtre 22-12-1906.

        Etudiant à Angers 1906 – Vicaire à ND des Sables 1908 –Missionnaire Diocésain 09

        Vicaire Econome de Chaillé les Marais 1929 – Curé-doyen de Chaillé 1931 –

        Missionnaire de Ste Thérèse à Bassac 1947      -      + 25-11-1952.

Raphaël ORDONNEAU        15A6   15 E3       

        Né en 1893 à Saint Sornin – Prêtre en 1922.

        D’abord à Alger, puis à Tunis chez les Pères Blancs jusqu’en 1930.

        Missionnaire en Ouganda 1930-1958 – Retour en France en S.et O 1959-1970

        Maison de retraite de Pau 1970  + 15-11-1973.

Gaspard SARRAZIN        89           14A5            18G5  Né en 1885 aux Sables d’Olonne

        Prêtre 9-7-1911.- Vicaire à Montaigu 1911 – Missionnaire Diocésain 1912 –

        Tué à la guerre le 29-8-1918.

Benjamin TENAUD                       15B post-scriptum          18 E2

        Né en 1878 à St Etienne de Corcoué (Loire Atlantique) – Prêtre 22-12-1900

        Précepteur 1901 – Vicaire à St Jean de Fontenay le comte 1902 – à St Louis de

        la Roche  sur Yon 1904 – Missionnaire Diocésain 1907 – Chapelain au S.C. à la                   

        Roche/Yon  -  Retiré  en 1942 à Beaupreau puis à la Verrie     -    +  12-2-1944.

                                                                     

3. Les lettres


Les archives du Carmel de Lisieux conservent 249 lettres de Gabriel Martin. Les 27 lettres de 1914 à 1919 sont  adressées à Thérèse Grosseron. Elle était institutrice à St Hilaire de Loulay en 1908, quand  Gabriel Martin l’a aidée à discerner sa vocation de  carmélite. Elle est devenue sous-Prieure du Carmel de Lisieux (Mère Agnès étant Prieure)

 

14 A                                           Martinet 14 octobre 1914

§ 3 C’est sans doute un avertissement que le bon Dieu a voulu me donner de me tenir prêt ou une invitation à mieux vivre et à me mettre enfin décidément pour de bon à son service. Je m’aperçois hélas ! de plus en plus  que je n’ai pas encore sérieusement commencé. Je vois surtout très clairement combien je suis inhabile à remplir la tâche qui m’a été confiée, de fonder une œuvre comme la nôtre et de l’animer d’un ardent esprit d’apostolat. Aussi je prie la divine Bonté ou de me changer ou de  me mettre de côté. Elle me donne pour le moment un tel sentiment de mon impuissance et de mon inutilité que, à ce point de vue, je n’aurai aucune peine à aller, s’il le faut, affronter moi aussi les dangers de la guerre.  – J‘ai été exempté et je n’ai jamais fait de service militaire. Mais vous savez sans doute qu’on va rappeler et soumettre tous les réformés à un nouveau conseil de révision. Je n’en ai nulle inquiétude, car je me suis tout abandonné aux bras de mon Père et de ma Mère du ciel. Je suis sûr qu’ils décideront pour moi ce qu’il y a de meilleur. Dès lors, que pourrait-il y avoir de bon pour moi sur la terre en dehors de ce qu’ils auraient décidé dans les conseils de leur toute amoureuse Sagesse ? En tout cas, si je pars, ce ne sera sans doute pas avant décembre, et ce sera dans les infirmiers. Le bien n’y manquera pas à faire.

§ 4 Votre frère Abel est, je crois, toujours, à la Roche, Fabien, sur le théâtre des opérations[1]. Il me semble du moins l’avoir ainsi compris. Melle Cécile est naturellement inquiète pour ce petit frère et m’a fait dire de prier pour lui. Ce que je fais bien volontiers.

§ 5 Nous avons un de nos missionnaires, blessé. C’est le P. Sarrazin des Sables, un de nos jeunes. Il sert comme lieutenant de réserve. La blessure n’est pas grave et bientôt sans doute il va retourner au feu. Nous en avons deux autres, les P.P. Moinard et Denis, qui servent le premier dans un train sanitaire, le second dans une ambulance d’armée.

Je pense qu’au Carmel, vous ne ménagez ni les prières ni les expiations pour attirer la Miséricorde de Dieu. Je crois fermement qu’Il veut nous sauver ; autrement il nous aurait déjà laissé périr ! Mais au prix de quels sacrifices se fera  le rachat de la nation coupable ? Ah ! si les maîtres de la France, ceux qui détiennent le pouvoir, voulaient s’humilier devant Dieu, ce serait vite fait. Mais il leur faudrait désavouer leur passé, et ils sont trop orgueilleux. Ah ! tâchons du moins, par notre amour et notre fidélité dans les petites choses, par notre confiance et notre abandon, de toucher le Cœur de Celui qui est l’Infinie Justice et l’infinie Miséricorde. Et Thérèse ne disait-elle pas qu’il n’y a pas moins à attendre pour nous de la Justice de Dieu que de sa Miséricorde ?

§ 6 J’étais à Clamart et rendu au 21ème jour de ma grande retraite, quand la mobilisation m’a obligé à quitter ma solitude et à revenir ici par le plus court chemin. Désormais il faudra attendre la fin de la guerre avant de songer à entreprendre aucun voyage. – Un petit mot de votre part me serait agréable pour me donner des nouvelles de votre cher Carmel. De votre âme, je n’en demande pas, car je pense qu’elle vogue toujours vers son port de salut qui est le divin Cœur. Que dis-je ? Elle ne doit plus avoir besoin d’y voguer, mais d’y demeurer en paix, malgré les orages, les bourrasques, le froid, la pluie, la grêle etc… Puisse-t-elle si bien s’y enfermer, s’y enfoncer et s’y blottir, qu’elle y demeure sans en sortir et qu’elle reste là dans le grand oubli des créatures, détachée de tout, totalement occupée de Dieu, n’ayant plus d’autre occupation que d’aimer, mais aimer de telle sorte que, dans cette « sainte dilection », il n’y ait plus trace de l’amour de soi ni d’aucune autre chose créée, comme dit Ste Thérèse.

14 B                       Martinet  10 décembre 1914

§ 1 Je vous écris malgré que ce soit l’Avent, pour me recommander à vos prières. J’ai été pris Lundi dernier par le Conseil de révision, et, bien que je ne pense pas partir pour la caserne avant le premier de l’an, je vous écris néanmoins pour parer à toute surprise. Avant de le subir, j’avais beaucoup prié pour obtenir la solution la plus conforme au bon plaisir divin. Je suis sûr d’avoir été exaucé et c’est pourquoi je suis en paix. J’espère revenir sain et sauf de la guerre. Cependant il faut tout prévoir, et si les balles et la mitraille sont moins à craindre pour les infirmiers que  pour les combattants, nous avons davantage à redouter les épidémies qui commencent à se multiplier.  Aussi je fais mes préparatifs en conséquence. J’arrange toute chose comme si je ne devais pas revenir. Demandez, là encore, que le bon Dieu arrange tout en vue des seuls intérêts de sa gloire. Ses intérêts sont les miens. Il ne peut pas y avoir opposition entre ce qui procure sa gloire et ce qui me procure à moi le bonheur. C’est ainsi que le bonheur parfait se trouve dans le parfait accomplissement de la volonté divine. Que c’est donc heureux !  Et comme cela simplifie la vie de l’âme. Elle n’a qu’à se regarder à la lumière de la gloire de Dieu. Aussitôt elle trouve sa route. Et cette lumière est infaillible.

§ 6 Les récents conseils de révision, qui d’ailleurs se passent ici d’une manière ridicule, en dépit du bon sens, ont achevé de désorganiser notre pauvre maison… Nous sommes présentement 11 missionnaires mobilisés ou à la veille de l’être. Il en reste quatre à passer le Conseil, dont le P. Ordonneau, qui le subira le 24. Sans doute personne ne restera, sauf notre ancien, le P Forgeau[2], qui a dépassé l’âge d’être soldat. Dans tout le diocèse, c’est une véritable hécatombe de prêtres. Dans certains cantons, comme celui du Poiré, il ne va rester que 3 prêtres en tout. Quel fléau que cette guerre ! quel châtiment ! Mais aussi quelle miséricorde c’est et ce sera pour beaucoup, et espérons-le pour la France.

                      

15 B                       Martinet 17 mars 1915

            (les départs des missionnaires – les difficultés spirituelles des prêtres soldats)

     § 2 Car, quant à nous, missionnaires, c’est la semaine du grand et dernier départ. Je suis revenu Dimanche de Luçon, où je prêchais le Carême à la Cathédrale, faire ici mes derniers préparatifs et attendre ma feuille de route qui me viendra certainement aujourd’hui ou demain, puisque je dois entrer à la caserne pour samedi au plus tard. Je ne ferai partir cette lettre que lorsque je serai exactement fixé sur mon affectation.

§ 3 Je pars sans peine, puisque c’est la douce volonté de  Dieu que je parte. Je compte aller aux infirmiers (sic) mais, si, ce qui n’est pas tout à fait impossible, je devais être versé dans le rang et faire l’exercice pendant trois mois avant d’aller dans les tranchées, j’en bénirais encore le bon Dieu, parce qu’il est toujours aimable en tout ce qu’il fait. D’ailleurs je n’ai qu’un désir, c’est d’aller là où j’aurai le plus d’occasions de pratiquer la confiance en Dieu et la charité envers le prochain. Car je voudrais durant toute la durée de la guerre, ne vivre que de confiance, d’abandon et d’amour. J’en ai du moins le désir et j’espère que Notre Seigneur le bénira et me donnera de le réaliser. Mais je n’ignore pas que la caserne, même à l’heure actuelle, même dans les hôpitaux et ambulances, est, même pour les prêtres, un milieu très déprimant au point de vue spirituel, et qu’il faudrait, pour résister au terrible dissolvant que sont, pour une âme sacerdotale, le désoeuvrement, l’absence de la vie régulière, la privation des exercices de  piété, la contagion des exemples déprimants, l’agacement d’une discipline mal appliquée, la fatigue etc. etc. qu’il faudrait, dis-je, pour résister à tout cela, une vertu solide que je suis très loin d’avoir. Aussi  vous voudrez bien, tant que mon épreuve durera, prier pour moi, je ne dis pas plus longuement que d’ordinaire, mais avec un plus ardent désir de m’obtenir les grâces dont j’aurai si grand besoin. Dieu merci, ce n’est pas la souffrance qui m’effraie et il me semble que je n’ai pas peur non plus de mourir. Ma seule crainte est que ma vie intérieure n’en subisse du dommage et que je redevienne le prêtre routinier, terre à terre, que pourtant j’aurais horreur d’être. Vous vous souviendrez qu’il fut un temps – et ce temps a duré de longs mois – durant lequel, voulant vous donner tout à Dieu, j’ai porté votre âme  dans mon cœur de prêtre, avec une tendresse de père. Vous n’avez jamais su à quel point les moindres choses vous concernant, me tenaient alors à cœur : comment à chacun de vos pas en avant vers le cloître, à chacun des élans de votre âme vers le Dieu qui vous avait traitée avec tant d’amour, je tressaillais de joie et d’espérance ; comment au contraire, quand quelque sujet de crainte venait à se produire, j’en étais affecté, quoique sans découragement, car j’avais la certitude intime que d’en-haut l’on vous tenait et que l’on ne vous abandonnerait plus… Tant que vous n’avez été que postulante ou novice, j’étais heureux mais quelque chose manquait encore à mon bonheur. Celui-ci n’a été complet que le jour où je vous ai vue carmélite pour toujours, quand je me suis dit que rien, ni la volonté des créatures, ni la maladie ne pourrait vous détacher de l’idéal que j’avais entrevu et désiré pour vous… Si vous étiez prêtre, vous sauriez à quelles profondeurs (sic) a atteint dans mon âme la joie dont je parle. Car je crois qu’il faut être prêtre pour la goûter dans sa plénitude : la joie de donner à Dieu une  âme qui désormais est toute à Lui. Je n’ai guère éprouvé qu’une autre fois le même bonheur à ce degré. C’est il y a peu de temps, en donnant au Carmel de Luçon une petite postulante, sur laquelle je fonde aussi les plus grandes espérances. Mais elle n’est que postulante et, à ma joie, quoique très profonde, il manque l’assurance de l’avenir. Et le démon a fait rage. Mais la Sainte Vierge a été plus forte. Cependant ayez l’intention quelquefois de prier pour elle. C’est une petite sœur à vous, puisque c’est une de mes enfants. (Ce n’est pas celle que j’avais proposée à Lisieux pour le voile blanc mais une autre.) Mais surtout, priez pour moi et aidez-moi comme jadis j’ai essayé de vous aider. J’y compte, et vous verrez la joie qu’il y a à aider une âme de prêtre à se donner toute à Dieu. Recommandez-moi surtout à notre Mère du ciel et à notre chère petite sainte. J’ai fait un vœu à la Sainte Vierge, si elle ramène sains et saufs après la guerre, les 15 missionnaires mobilisés [3]. Je suis sûr qu’elle nous exaucera. Nous en avons déjà un malade de la scarlatine ou quelque autre mauvaise fièvre. Mais c’est une raison de plus d’avoir confiance que notre chère Mère nous sauvera tous.

      15 D                           Institution Richelieu Hôpital temporaire  avril 1915

      § 1 Avez-vous bien reçu la carte, par laquelle je vous annonçais mercredi mon affectation à Richelieu ? En tout cas, cette lettre-ci vous fixera définitivement.  (….)

        § 2 Je suis bien habitué à mes nouvelles fonctions. Je suis pour le moment infirmier de salle et je m’occupe de pansements et de massages. Comme infirmier de salle, j’ai des blessés dont je m’occupe actuellement. Je fais le ménage, les lits, je lave la vaisselle, je chauffe le poêle et je rends tous les petits services intimes que vous devinez. Cela me plaît, parce que je pense aux abaissements de N.S. et aux occupations de la Ste Vierge à Nazareth [4]. – Mais je préfère par goût panser les plaies. Jadis j’y aurais éprouvé une grande répugnance. Mais la grâce  d’état a opéré merveilleusement, et je n’éprouve aucune impression désagréable, mais seulement beaucoup de compassion et de la joie. de pouvoir soulager les membres souffrants de N.S. Je suis dans le service du Dr Moreau, le chirurgien de la Roche, et avec de braves gens. J’ai même si peu à pâtir que, si j’avais fait des démarches pour venir ici, j’aurais peur d’avoir été contre le dessein de la Providence. Mais je n’ai rien demandé ni rien désiré. Je n’ai eu qu’à accepter ce qui m’a été offert.

         § 3 La plus grande peine est d’avoir beaucoup de peine à vivre dans l’union d’esprit avec Jésus. Pour la volonté, çà y est bien… Mais pour le reste, c’est si fugitif que c’est à peine si je puis le saisir au passage, comme un éclair éteint aussitôt que paru. Cependant je ne désire sur ce point que ce qu’Il voudra me donner. Priez cependant pour qu’il n’y ait pas de ma faute, si je ne fais pas mieux.

 

15 E     Hôpital temporaire Richelieu à Luçon

     Il prêche aux soldats à la cathédrale ; puis çà lui est interdit.

     § 2 Nous avons ici à notre hôpital une trentaine de soldats, appartenant au 119ème Rg d’Infanterie de Lisieux, arrivés depuis quelques jours, d’autres qui, sans être de ce régiment, sont cependant de votre région. L’un d’eux, de Caen, qui a l’air très pieux, m’a dit la confiance qu’il avait en Sœur Thérèse, laquelle a guéri l’an dernier son père. Et maintenant il voudrait la même grâce pour sa mère qui est malade à son tour.

      § 3 Il y a quelques semaines, j’ai eu la joie de faire faire la Première Communion à un homme de Honfleur, que j’ai ensuite marié religieusement (il l’était au civil depuis 12 ans). Ensuite Monseigneur l’a confirmé. Çà m’a été une vraie consolation. Malheureusement je ne puis plus faire de ministère comme dans les premiers temps de mon séjour ici. A peu près chaque soir, soit à la cathédrale pour les soldats de la garnison, soit à la chapelle de Richelieu pour nos blessés, j’avais le bonheur de pouvoir prendre la parole, encourager, consoler, faire du bien. Mais la franc-maçonnerie veillait. Un certain personnage, de conduite scandaleuse, m’a dénoncé à l’autorité militaire, laquelle a prescrit une enquête, à la suite de laquelle, grâce au zèle exagéré du Commandant de la Place de Luçon, interdiction m’a été faite de prêcher, non seulement à la Cathédrale mais encore dans les chapelles de la ville. Depuis ce temps, je me repose. Et, comme tout est providentiel, je bénis le bon Dieu de ce qu’il a permis en cette occasion. C’est peut-être pour mon bien. Car je commençais à être bien fatigué et sans doute je n’aurais pas pu continuer toujours ce que j’avais entrepris. Ma peine la plus grande est de voir que nos sectaires ne désarment pas et qu’ils continuent à offenser Dieu et à retarder ainsi le salut de la France.[5]

      § 4 Pour me dédommager de mon silence forcé, je vais de temps en temps prêcher à la grille du Carmel. Comme il n’y a personne dans la chapelle, on  ne peut rien me dire, puisque, à en juger du dehors, c’est comme si je prêchais dans le désert [6].

  

16 B      Nantes Hôpital Broussais 26 septembre 1916

 

§ 2 Et nous sommes toujours en guerre, sans voir plus clair qu’il y a un an quand cela finira. Le « lointain brumeux », comme dit le ministre anglais, où nous voyons poindre la victoire est si brumeux et si lointain que c’est impossible de mesurer la distance qui nous en sépare. Quels sont en cela les desseins de Dieu ? Bien fin serait et bien éclairé, qui pourrait le dire. Mais qu’importe de chercher à le savoir. Une chose devrait suffire à chacun de nous : savoir ce que le bon Dieu attend de lui pendant cette épreuve. Personnellement je ne puis en douter. Il me semble que le bon Dieu veut me donner le temps et le moyen de me sanctifier, pour que, la guerre finie, je commence à être enfin entre ses mains un instrument de grâce et de salut pour les pauvres pécheurs. Bénissez-le avec moi des désirs persévérants, ardents et confiants qu’il me donne à cet égard et que je dois à sa Miséricorde d’abord, ensuite à vos bonnes prières et à celles de plusieurs autres âmes très dévouées, qui ont la grande charité, je le sais, de me recommander souvent à son infinie bonté. Continuez  à le prier pour que je réponde fidèlement toujours à un si grand amour et en particulier à l’attrait si extraordinaire qu’il me donne pour ne faire qu’un avec Lui, mon prêtre et mon hostie[7]. Etre prêtre avec Jésus et hostie aussi… Prêtre en Lui et Lui en moi, et hostie de même…  Etre à tout instant son hostie, en lui procurant sans cesse la matière sans cesse renouvelée de son sacrifice, lui permettre d’être toujours dans l’exercice de son sacerdoce… Etre toujours son prêtre aussi… continuer son immolation à Lui, la renouveler chaque matin au saint autel, et à toute heure du jour en désir, partout où il veut être offert à son Père, sur la croix et sur l’autel.  Et passer  toute une vie ainsi dans cette intimité, dans cette unité d’une victime aux mains de son prêtre et d’un prêtre en face de sa victime… aider ainsi au salut du monde et puis finir par l’extase sans fin de la communion éternelle… Je ne donnerai pas en vérité le moindre des biens, que je trouve dans de si doux rapports avec Jésus, pour tout l’empire du monde. Mais voyez si j’ai besoin d’être fidèle. Je compte sur le secours de vos bonnes prières. Oui, demandez instamment pour moi la fidélité. L’amour de Jésus est sans mesure pour moi. Il me suffirait de le suivre et de répondre toujours à ses divines avances, pour arriver à la perfection de l’Amour. Priez donc pour qu’un jour nous nous trouvions réunis sur son divin sommet du pur et divin amour.

§ 3  Je suis toujours à Nantes, à l’hôpital Broussais, et présentement il n’est plus question de notre départ pour le front. Il paraît certain désormais que ceux de mon âge n’iront pas à Salonique. Pour ce qui est d’aller au front français, c’est vraisemblable. Mais ce sera, j’imagine, pour aller dans les ambulances et non sur les champs de bataille. Aussi rassurez-vous sur mon sort. Ma santé s’est également raffermie. Je vais bien à condition de ne pas faire attention aux petites misères, inhérentes à mon tempérament et que je traînerai jusqu’à la mort sans doute : croix légère et bénigne mais persistante, que je regarde comme l’un des présents les plus aimables que Jésus m’ait faits sur cette terre. Mon salut d’ailleurs s’y trouve peut-être bien attaché et, je le crois aussi, le salut de plusieurs autres âmes.

§ 4 Notre vie est humainement fort terre à terre. Après avoir soigné quelques personnages fort peu intéressants et de pauvres soldats russes galeux, nous nous trouvons actuellement sans malade ni blessés. Nous passons notre temps à faire des nettoyages de salles, à transporter et installer des lits, des meubles etc… Il arrive même que nous n’avons rien à faire. Ainsi ce soir, le sergent est sorti en emportant toutes les clés.  Impossible de travailler. J’en profite pour vous écrire. Mais jamais je n’avais si bien compris pourquoi Notre Seigneur a voulu passer 30 ans sur 33 dans l’obscurité de la vie cachée et les plus humbles emplois. Ce matin, j’ai eu ,en tout et pour tout, une trentaine de petites pointes à enfoncer dans des murs. Il faut vous dire que c’était une délicatesse de notre sergent de me donner à faire ce travail qui n’en était pas un. J’ai été touché de sa délicatesse mais pas autant certes que de l’amour de notre bon Jésus, qui a bien voulu, pour nous mériter la grâce de pouvoir sanctifier cette minime occupation, tenir avant moi le marteau et frapper sur ces clous, comme je devais le faire un jour sur ces pointes. Et j’étais par moments bien ému en enfonçant mes petites pointes dans la muraille.

§ 5 Vous voyez maintenant à quoi je passe ma vie. La semaine dernière, j’ai pu aller à Martinet pour notre pèlerinage du 19. J’y ai passé quelques très heureux jours dans le calme et la solitude. La Sainte Vierge a été bien bonne de nous donner, malgré de sérieuses annonces de pluies, un temps ravissant pour toutes nos cérémonies [8]. Nous avons eu bien du monde, très recueilli, très fervent. On a beaucoup et bien prié. Et quelle joie de penser que la gloire de notre divine Mère s’en est trouvée accrue d’un éclat qui lui restera éternellement ! ...

 

 

 

 

17 A                              Nantes 17 février 1917

 

                 § 3 Affecté au cabanon – § 4 Nouvelles des missionnaires

§ 3 Vous me demandez de mes nouvelles. Je suis toujours à Nantes, hôpital Broussais. Seulement depuis 15 jours, j’ai changé d’emploi. Je suis maintenant affecté au cabanon qui est l’endroit où l’on enferme les punis de prison et les fous en observation. J’y suis très heureux, (autant qu’on peut l’être toutefois dans les circonstances présentes) je veux dire que, quoique assez pris à certains points de vue, j’y ai cependant beaucoup de temps libre pour lire, travailler et prier. C’est encore une gâterie  de ma Mère du ciel, qui, depuis deux ans que je l’ai établie ma seconde Providence, n’a pas cessé de multiplier en ma faveur les preuves les plus touchantes de sa délicatesse maternelle. Je puis aussi faire quelque bien à nos pensionnaires, ce dont j’étais privé depuis fort longtemps.

§ 4 Tous mes chers confrères, hélas ! ne sont pas aussi bien partagé que moi, à commencer par le Père Carré, dont une lettre reçue ce matin m’apprend qu’il vient d’être versé dans l’infanterie. Le pauvre, que je le plains ! Mais il est résigné, calme et bien abandonné à la Providence. Dès lors tout est bien. – Le P. Ordonneau est toujours dans le secteur très dangereux de Verdun : jusqu’à ce jour, visiblement protégé par la Ste Vierge et la petite Thérèse, à qui il se recommande souvent. La plupart des autres missionnaires sont en divers points du front français, un à Salonique. Nous ne restons plus que deux dans les hôpitaux. Quand partirai-je pour le front ? Je ne me pose plus la question. Je l’ai depuis longtemps abandonnée à qui seul peut la régler à mon avantage, ou plutôt au sien, car il est bien entendu que Lui doit passer avant et se servir le premier, car j’estime qu’il ne peut rien m’arriver de meilleur que ce qui rendra le plus de gloire à Dieu et sera le plus de nature à réjouir le Cœur de Jésus.

§ 5 Priez et faites prier pour moi. Le besoin que j’en ai est très grand. Car je porte la responsabilité de grandes grâces pour moi et pour d’autres. Oh ! demandez bien que je réalise parfa1itement tout ce que Dieu attend de moi et qu’il a eu en vue en me créant, rien de plus, rien de moins. Tout mon désir est là

 

17 B            Nantes Dépôt des Orphelins    27 mars 1917

Annonce du départ à Salonique 

§ 1 La bonne Providence a permis que je sois désigné pour partir prochainement à Salonique. Vous voudrez bien la bénir avec moi. Je suis jusqu’à présent très heureux d’avoir à accomplir cette divine volonté qui va me donner et me donne dès maintenant de plus nombreuses et meilleures occasions de vivre de confiance, d’abandon et d’amour. Cependant, comme ces bonnes dispositions ne viennent pas de moi mais de la bonté de mon divin Maître, vous voudrez bien le prier pour moi d’une manière un peu particulière, pour qu’il me continue, tant qu’il en sera besoin, l’abondance de sa grâce et qu’il me rende fidèle et généreux à y correspondre.

17 F **                        + Salonique                                                  le 20 août 1917

CARTE POSTALE

Bien chère fille en Jésus,

Vos bonnes prières ont été exaucées. Après une excellente traversée, je suis arrivé en bonne santé ici, le surlendemain de l’Assomption [9].  Maintenant j’attends mon affectation dans un hôpital ou dans une ambulance. La bonne Providence qui m’a toujours bien servi ne manquera pas encore de le faire. Ma santé est bonne. Et je dors bien sur la terre nue d’Orient, mieux que sur les couchettes du bateau, où la chaleur était plus grande. – Priez surtout pour que je profite comme il faut de l’épreuve présente. Je voudrais tant que moi-même et les âmes qui me sont chères et celles des pauvres pécheurs puissions en retirer de grandes grâces de sanctification et de salut. Recommandez-nous chaque jour à votre chère petite sainte, qui m’a donné q.q. chose de son abandon, mais à qui il faut demander de me donner ses autres vertus. Mon respectueux souvenir à toutes. Que Jésus vous bénisse.

17 G                                     + Hôpitaux en construction S. Postal 510    A.O.

(écrit d’une autre main : 30-8-17)                               

     § 1 La carte par laquelle je vous annonçais mon heureuse arrivée à Salonique était à peine partie que je recevais la vôtre, expédiée au début du mois, avec reliques et neuvaine à la Ste Trinité… – Les prières qui composent celle-ci me plaisent beaucoup et je viens d’en commencer la récitation pour obtenir la vertu de patience. Car je crois que le bon Dieu m’a amené ici et m’y gardera pour me donner des occasions de grandir dans cette vertu, ce dont je lui suis très reconnaissant. Les occasions ne manquent pas en effet, d’autant plus que la fatigue met dans un état d’irascibilité nerveuse qui, vous le savez bien, rend pénibles parfois les plus petites choses. Et si cela continue, nous en aurons de grandes à supporter. Car le plus probable paraît être que l’on va nous envoyer dans les ambulances du front. Pendant ce temps, de tout jeunes gens resteront à Salonique. Mais c’est notre rôle de partager ici-bas la croix du bon Maître. Son royaume n’est pas de ce monde : le nôtre non plus. Mais plus tard, bientôt, dans le ciel, comme nous nous dédommagerons 

        § 2 Ce n’est pas l’un des moindres avantages de cette vie de privation que d’habituer à vivre dans la privation des choses même nécessaires. N’avoir pas un brin de paille pour se coucher, pas de table pour manger, pas d’abri pour se garder contre un soleil de plomb, et sous ce soleil, défoncer à la pioche une terre très dure, voilà qui manque de confortable, mais non point pourtant de charme, puisque cela détache et que c’est la volonté de Jésus.

§ 3 Je trouve que les Juifs étaient bien malheureux qui, ayant suspendu leurs lyres aux saules de Sion, déclaraient ne pas pouvoir chanter les cantiques du Seigneur sur la terre étrangère. Ah ! je pense qu’au moins ils le louaient dans le fond de leur cœur.  Car je ne trouve pas de plus douce joie, et souvent c’est bien la seule, que de redire sur cette terre, peuplée de Juifs, de Turcs et de schismatiques, la gloire du Père, du Fils et du St Esprit et les louanges de la Mère de Dieu. Si j’osais, je dirais que rien que cela vaut le voyage… et la peine.

§ 4 J’ai visité les ruines, laissées par l’incendie. C’est la mort et la désolation. La veille, nous avions traversé ces quartiers si bruyants, si peuplés. Quel changement. Parfaite image de l’instabilité des choses humaines  [10].

        Aussi, comme vous avez raison de mettre votre bonheur dans le détachement de tout le créé !... Oui, je sens de loin que votre âme est très libre. Que Jésus en soit béni et petite Thérèse qui vous y ont aidée.

         Merci de m’avoir dit la nouvelle exhumation des restes de la petite sainte. Tenez-moi toujours au courant de ce qui intéresse sa cause [11]. – MM Bertet et Billaud vous remercient 1000 fois de vos bonnes prières.

 

 

17 H                        + Ambulance 13/21 b     S.P. 502                           le 7 Nov 1917                                           

§ 1 C’est à Koritza en Albanie [12]… à 300 kilomètres de Salonique, que votre bonne lettre du 15 Octobre est venue me trouver. J’en ai eu une très douce joie, car vous ne m’y parlez que de ce qui me tient le plus à cœur en ce monde ; et aussi un regret, celui de m’être laissé devancer et d’avoir tant tardé, malgré ma promesse, à vous donner de mes nouvelles. Il est vrai que j’ai une excuse dans le travail que j’ai dû fournir depuis mon arrivée ici dans le bureau, où j’ai été placé et où pour l’ordinaire je suis pris à écrire jusqu’à neuf heures du soir, presque sans répit.

17 I          + R.M.S.  S. Postal 510    A.O.                14-12-17

§ 1 Ma campagne d’Albanie est finie. Me voici depuis hier de retour à Salonique et, parce que la chère petite Sainte n’a pas moins protégé mon retour que mon aller, je veux sans retard vous écrire pour rendre témoignage à la bonté et à la puissance d’intercession de celle que, je le vois de plus en plus, on n’invoque pas en vain. Je ne puis entrer dans les détails, mais à cinq ou six reprises, il a été manifeste pour moi qu’une main céleste et délicate m’apportait juste au moment utile le secours dont j’avais besoin. Sachant mon départ prochain,  j’avais fait une neuvaine à la chère Sainte. Elle m’a largement exaucé. Mais une fois de plus aussi, je vois qu’il y a des faveurs d’ordre humain, qu’on reçoit dans la mesure où on était prêt à y renoncer pour l’amour de Dieu. Cette fois, je n’ai pas pu, comme à l’aller, cueillir une petite couronne de fleurs, si modeste fût-elle. Elles étaient toutes gelées dans ces monts d’Albanie et puis, d’en haut, on a conduit mon voyage si rondement que je n’aurais pas eu le temps de cueillir les moindres fleurs le long de ma route.

§ 2 A ce propos, je pense que vous avez bien reçu ma lettre, datée de Koritza, et la modeste couronne de fleurs champêtres qu’elle contenait. Vous voudrez bien cependant me le dire, car je n’ai pas encore votre réponse.

§ 3 Maintenant mon adresse est : « Réserve du Matériel Sanitaire  Secteur Postal 510  Armée d’Orient. » Vous voyez que je reprends les mêmes occupations qu’à Marseille, et combien j’ai besoin d’y mettre d’amour divin pour relever un  si modeste emploi. Je ne vous cache pas pourtant que ce n’est pas sans joie que je vais m’y livrer, puisqu’il me rendra plus semblable à Jésus ouvrier. Mais continuez à m’aider de vos bonnes prières : j’en ai toujours un grand besoin, étant toujours la faiblesse même.

18 A                              RMS  SP   516 AG                                  30-1-18

§ 5 Voilà bientôt deux mois que je suis de retour à Salonique. Je fais le porte-faix et cet emploi, l’un des derniers de la maison, est tout ce qu’il me faut et me convient très bien. Au moins je ne pourrai pas songer à en tirer vanité, mais j’y rencontre souvent de petites humiliations très salutaires, ne serait-ce que celle de paraître mou ou paresseux, quand je ne puis pas porter, avec autant d’aisance que d’autres, les poids un peu lourds. Entre ces poids, je préfère ceux qui se portent sur l’épaule ou sur le dos, comme la croix. Il est si doux alors et si bon de penser à Jésus !...

§ 6 Avec cela, ma santé reste bonne… Je continue à avoir toutes facilités pour dire la messe, le bréviaire et visiter le saint Sacrement. Je ne sais en vérité comment je pourrai remercier dignement notre doux Sauveur d’avoir voulu que, partout où j’irais durant cette guerre, son Hostie sainte s’y trouvât ; et que j’eusse du temps  pour aller l’adorer et lui dire mon amour et mes désirs. Son cœur blessé m’attire de plus en plus. Ah ! que je voudrais bien le faire régner en moi, autour de moi ! et comme il me tarde par moment de pouvoir reprendre ma liberté et recouvrer le droit de parler de Lui pour le faire aimer. Mais je n’en suis pas digne comme non plus je ne suis pas prêt. Aidez-moi donc à obtenir cette dernière et suprême conversion, dont Dieu me donne un si ardent désir. Vous ne pouvez ni me faire un plus grand plaisir ni me rendre de plus utile service [13].

18 C                   RMS   SP  510                                       le 4 mai 1918

 

Pourquoi la guerre ? réponse fréquente à cette époque… :  punition

§ 6 Et la guerre dure toujours. Comme disait un médecin, elle est devenue chez les nations, une maladie chronique très difficile à guérir. Et il est certain qu’humainement parlant, on ne voit pas d’issue possible avant de longues années. Car les gdes batailles paraissent finies pour ce printemps. Les adversaires vont s’établir chacun sur leurs nouvelles positions et recommencer à se regarder, comme avant cette terrible bataille. A l’automne ou au printemps, on recommencera à se battre et puis l’on continuera à se regarder, et ainsi de suite. Mais le bon Dieu n’a pas dit son dernier mot. En Vendée et dans toute la région, un élan spontané et sincère soulève les fidèles et les emporte vers le Sacré Cœur. Les faits de Loublande [14] prennent de plus en plus d’importance. Sans se prononcer officiellement, l’Evêque de Poitiers parle et agit de telle manière qu’on ne peut s’y méprendre. Il est absolument favorable à la cause de Claire Ferchaud, et le mouvement populaire toujours grandissant, qui entraîne les fidèles à Loublande, se produit avec son consentement et son approbation. L’évêque de Luçon est également tout favorable et les milieux ecclésiastiques officiels aussi. Ce sont, je crois, les seuls éléments sérieux d’appréciation, que nous possédions, nous qui ignorons tout ou presque tout des faits en eux-mêmes et des preuves de leur authenticité, fournies par la jeune voyante. Tout cela me cause personnellement beaucoup de consolation, car les projets de zèle, que le bon Dieu m’inspire pour l’avenir et cela depuis plusieurs années, bien avant qu’il fût question de Claire F., cadrent exactement avec ceux qu’elle semble tenir du ciel. Le règne du Sacré cœur par la prière et la pénitence, mais aussi par le moyen de la vraie dévotion à  la Ste Vierge, me ravit et m’inspire un vif désir d’y travailler pour ma part autant qu’il est en mon pouvoir.

§ 7 Ma santé continue d’être bonne. Nous voici pourtant à l’époque des premières chaleurs, toujours débilitantes. J’espère les supporter d’autant mieux que je n’ai, depuis la fin de Janvier, aucun travail  de force. Je travaille dans un bureau, où l’on reçoit et d’où l’on expédie en France toutes les successions des pauvres militaires qui décèdent en Orient, dans les régiments ou les hôpitaux. J’y suis en bonne compagnie : j’y vis dans le calme et je n’y suis pas surchargé.

§ 8 Il va sans doute y avoir un petit changement dans l’emploi de mon temps. L’aumônier de la flotte, à bord du navire amiral, partant en permission après-demain pour deux mois, je vais très probablement le remplacer, le dimanche. Sur semaine, je continuerai mon travail comme auparavant. Le dimanche, je serai aumônier. Je dois cet avantage à l’amiral lui-même, qui est un Vendéen de St Sornin, aussi remarquable comme chrétien que comme marin. Le P. Ordonneau le connaît beaucoup, intimement même, son père ayant été régisseur dans la famille de l’amiral [15].

§ 9 De ce cher P. Ordonneau, j’ai eu assez récemment de bonnes nouvelles. Il n’avait pas encore été engagé dans la grande bataille. Continuez à prier pour lui. Depuis longtemps, je n’ai rien reçu du P. Carré. C’est le plus malheureux de tous, car il est dans le rang comme simple combattant. Je suis heureux de savoir vos frères en bonne santé.

Je termine ma lettre la veille de l’Ascension. Je prierai particulièrement pour vous demain. Ah ! ce ciel, cette maison du Père de Famille, où, étant chez Lui, nous serons chez nous, où Jésus nous servira Lui-même à l’ineffable festin de son amour !

  18 D                                RMS                                 2 juin 1918

 

§ 6 Ah ! il faudrait qu’un grand feu s’allumât dans le monde, véritable incendie, pour le purifier et le régénérer… C’est par les prêtres qu’il doit se répandre. Mais c’est par vous qu’il doit, pour une part, s’allumer, s’entretenir et devenir sans cesse plus ardent. N’êtes-vous pas, vous, épouses de Jésus, les Mères des âmes, comme disait l’angélique Thérèse [16]. Et comment le serez-vous sinon  par l’amour ? Ah ! quand vous pensez à ce divin Amour, quand vous le désirez, le demandez, et que Jésus vous le donne, ne le désirez pas pour vous seule, ne le recevez pas pour vous seule ; mais désirez ardemment et demandez avec instances qu’il se répande, se communique et embrase le monde. Appelez-en surtout l’effusion sur les prêtres. C’est une chose qu’une Carmélite, à ce qu’il me semble du moins, ne devrait jamais perdre de vue. Puisque le zèle de la maison du Seigneur est sa devise, il doit être sa règle de vie, sa vie même, et, parce que dans les desseins de la Providence, ce sont les prêtres qui doivent principalement être les zélateurs de la gloire de Dieu et de son amour, en ce sens du moins que ce sont eux qui doivent exercer le zèle parmi les hommes, votre rôle c’est d’obtenir  que les prêtres deviennent de vrais foyers d’amour qui embraseront le monde [17].

§ 7 Plus que jamais, c’est l’heure d’y penser. La guerre sans doute est entrée dans sa dernière phase : elle ne saurait tarder à finir, mais malheur à la France et malheur à l’Eglise, si l’une et l’autre ne trouvent pas pour les restaurer et les servir des prêtres de feu, dévorés par le zèle, consumés par l’amour.

§ 8 Ne pensez pas d’ailleurs que je trace ces lignes dans un moment de ferveur sensible et d’exaltation. Non, je les écris avec un sentiment plus vrai et plus profond que jamais de mon inexprimable misère et de mon impuissance à tout bien : avec la claire vue de mon inutilité et du grand abus que je fais depuis longtemps des grâces du bon Dieu. Je vois que je n’ai encore rien fait pour lui. Je n’ai pas même commencé à le servir véritablement comme il mérite de l’être. J’avais compté sur la guerre pour me préparer ; la guerre s’achève et me laissera aussi imparfait qu’elle m’a trouvé. Et c’est précisément parce que j’expérimente toute la pauvreté de ma vertu et la faiblesse de mon amour pour le bon Maître, que je vous crie : «  Ah ! puisque dans sa bonté, il a de nouveau dilaté votre âme, courez dans la voie de l’amour… courez et nous courrons après vous. .. » [18]

§ 9 Malgré ce que je viens d’écrire, ne pensez pas que j’aie rien perdu de ma confiance en Dieu, ni rien retranché à mes espérances non plus qu’à mes désirs de faire régner le Sacré-Cœur, en dehors duquel il n’y a pas d’espoir de salut. Aussi ardemment que jamais, je le désire. Mais Jésus lui-même s’arrange pour que je sache bien que ces désirs viennent de Lui, non de moi, pour que, si un jour il lui plaît de les réaliser, je sache par expérience à qui je devrai en attribuer le succès

§ 10 Parmi les joies que m’a apportées votre lettre, ce n’en est pas une petite non plus que celle que j’ai éprouvée, en lisant que, pour la béatification (il avait écrit « canonisation » qu’il a rayée) de la chère petite sainte, j’aurai mon mot à dire pour la louer, la chanter. Je n’aurais vraiment pas osé l’espérer.Aussi ma reconnaissance n’en est-elle que plus grande pour votre bonne petite Mère, à qui vous voudrez bien l’exprimer, en même temps que vous lui direz avec quelle joie j’accepte l’honneur qu’elle veut bien me faire [19]. Je suis heureux de savoir sa santé meilleure et je vais prier plus encore pour que Jésus la conserve sur la terre jusqu’au triomphe de sa Thérèse et encore après, s’il plaît à sa divine Bonté.

§ 11 On parle depuis quelque temps comme d’une chose possible du prochain rapatriement en France des vieilles classes, dont je suis. Ne sachant ce qui vaut le mieux pour moi, je m’en remets à la Providence. Mes deux confrères, MM Bertet et Billaud désirent ardemment le retour au pays natal. M. Bertet a d’autant plus de raisons de le désirer que le climat de Salonique ne lui est pas très sain. Il est encore fatigué de ce temps-ci, mais il va mieux. J’ai eu également une journée de forte fièvre, la semaine dernière. Ce n’est pas du paludisme. Cet accès ne compromet donc pas l’avenir. J’ai offert à M. Bertet, depuis longtemps déjà, votre bon souvenir auquel il a été sensible. Il se recommande à vos bonnes prières.

§ 12 Je suis inquiet du P. Ordonneau. Il m’écrivait le 15 mai d’un point du front, où récemment les Allemands ont passé en rafale et ont dû tout tuer ou tout emporter. Qu’il me tarde d’avoir de ses nouvelles ! Et quelle douleur j’aurais, si Dieu permettait qu’il lui arrivât malheur. Mais je compte toujours, pour mes confrères et pour moi, sur la protection de notre chère Mère du Ciel, à qui tant de fois nous nous sommes recommandés. Votre petite sainte aussi nous protègera. J’y compte.

18 E                                RMS      SF  510     AO                    1er juillet 1918

Inquiet de ses Missionnaires mobilisés – Il étudie Thérèse de Lisieux.

§ 1 (…) Et voici qu’à l’heure où la divine Providence me console, en finissant votre épreuve, une autre arrive d’une autre sorte, mais combien douloureuse aussi. Vous savez sans doute que le P. Ordonneau, avec deux autres prêtres de Vendée a disparu au Chemin des Dames, à la fin de Mai. Prisonnier ? On le dit. Prisonnier et blessé ? On le dit aussi. J’attends avec anxiété une lettre de France qui me fixe sur son sort. A vrai dire, je ne crois pas, je ne veux pas croire qu’il soit mort. Je garde l’espoir que la Ste Vierge et Sr Thérèse, ses deux grandes célestes protectrices l’auront gardé et le garderont encore de la mort. Mais vous savez assez, d’une part l’affection qui me lie à lui, de l’autre la confiance qu’il a dans vos prières et celles de votre cher Carmel. Alors vous prierez bien, n’est-ce pas, beaucoup et vous ferez prier pour lui.

Le Père Carré a eu le bonheur d’être en permission au moment qui eût été pour lui le plus dangereux. Un autre s’est trouvé dans le même cas. Un autre encore,  mon petit Père Fréneau[20] a pu juste s’échapper de son ambulance. Le P. Tenaud, dans la sienne, est tous les jours bombardé. D’autres encore sont en danger. C’est moi le plus favorisé, puisque je suis le moins exposé. Il me semble que j’ai en revanche la charge de prier pour eux  tous. Je vous demande de m’aider.

J’ai bien reçu, voici une quinzaine de jours, votre envoi. Merci. Mais je dois un merci spécial aussi à votre vénérée petite Mère, pour la délicatesse qu’elle a eue de joindre quelques souvenirs plus intimes.  Elle m’a fait un très grand plaisir. Ayez, je vous prie, la bonté de lui remettre la lettre à son adresse, qui accompagne celle-ci. Je veux aussi la remercier d’avoir pensé à moi pour les fêtes de la Béatification. Rien n’aurait pu - venant d’elle - m’être plus agréable… Je ne sais si je m’arrêterai définitivement à cette idée, mais la première pensée qui m’est venue a été de célébrer en Thérèse l’apôtre et de parler de son zèle. Il m’a semblé que cela conviendrait à un « missionnaire », puisque le zèle est aussi sa vocation et qu’à ce pauvre missionnaire, entièrement pauvre en mérite, en vertu, en tout, cela vaudrait un accroissement de zèle véritable. Si vous saviez combien je le souhaite ! [21]

En attendant, je fais mes délices de « l’Histoire d’une âme ». Il y avait quatre ans bientôt que je ne l’avais pas relue en entier. J’y trouve autant d’intérêt et de joie surnaturelle et de profit que la première fois [22]. C’est une mine inépuisable… Je me rends compte aussi qu’il y a des choses, que je n’avais pas bien comprises autrefois. De dures années d’épreuve me servent maintenant à en avoir une plus parfaite intelligence… Et je vois qu’il me manque beaucoup de choses pour arriver à la véritable vie d’enfance spirituelle. Cependant je ne désespère pas d’y atteindre, et cette espérance,  même acquise au milieu de ma grande misère, malgré cette misère ou, pour mieux dire, à cause de cette misère, m’est comme une preuve que, si je n’y marche pas encore d’un pas soutenu, du moins j’y ai mis le pied et j’espère, par la grâce de Dieu, m’y maintenir.

Oui, Sr Thérèse de l’Enfant Jésus est une grande sainte... A toutes les pages, à toutes les lignes, on respire le plus pur parfum de sainteté. Cette âme, baignait en Dieu, sans en avoir toujours la jouissance. Aussi tout ce qui en jaillissait était-il  comme divin. En elle, ce n’était plus elle, c’était Jésus qui vivait, lui qui parlait, pensait, agissait, aimait. Elle était la pure expression de Jésus. Elle était toute passée en Jésus. Et si elle paraissait encore, n’ayant pas dépouillé son enveloppe de chair, c’était à la manière du transparent, que l’on voit, mais en qui on ne distingue plus que le sujet lumineux qu’il représente [23]. Ainsi Jésus transparaît dans ses moindres paroles. Il y a des pages de l’Evangile que je n’ai comprises que sous sa plume et traduites dans sa conduite : par exemple, ce qui a trait à l’amour du prochain [24]. Je ne parle pas de la voie d’enfance. Sa vie, son livre en sont le plus parfait des commentaires. Oh ! que l’Esprit de Dieu est donc admirable, et combien la science qu’il donne est différente de celle qui s’acquiert par l’étude et le travail de l’esprit humain !...

 

 18 E                 RMS    SP 510    23 août 1918

§ 2 Maintenant nous vieillissons. Pour vous, c’est le début de l’été ; pour moi, c’en est la fin. Et l’été ne peut pas ressembler au printemps. On y voit une terre plus aride, un soleil plus brûlant, des plantes moins brillantes, tout se fane sauf le fruit qui mûrit. Et c’est bien ainsi pour les âmes. Or, quand je dis que, pour vous, c’est le début et, pour moi, la fin de l’été, je compare nos âges, suivant la nature, et non pas nos progrès suivant la grâce. Car je vois que votre âme, plus fidèle et plus généreuse, se mûrit plus vite que la mienne. Mais je n’en suis point jaloux et je me réjouis de vous avoir donnée à Jésus, pour que vous l’aimiez pour moi, qui ai le désir de l’aimer, mais qui l’aime si peu encore ! Pourtant je ne désespère pas d’arriver à l’aimer autant que je le souhaite. Je vous prie cependant de m’y aider le plus possible de vos ferventes prières, car il est bien vrai qu’aucune chose ne m’attire sur la terre, si ce n’est le désir de devenir un saint, pour donner à Dieu beaucoup d’amour et pour le faire aimer d’un très grand nombre d’âmes.

§ 3 Que vous avez raison  de dire que « ce n’est par dans la nature ni dans les livres ni dans les épanchements intenses que vous pourrez trouver ce souverain et unique Bien, que vous cherchez. » C’est vrai. Toutes ces choses ne nous livrent que ses traces, un peu de ses vestiges, mais non Lui-même. Il y a longtemps qu’il me l’a fait entendre. Et moi aussi, j’aspire à le trouver là où est son royaume en ce monde, c’est-à-dire au-dedans de nous, non pas à la surface, dans la sensibilité, ni même dans les actes de nos facultés spirituelles, mais au plus intime et dans la substance même de l’âme.  C’est là  – oh ! qu’il est doux et utile de se le rappeler ! – que la Sainte Trinité habite, vit, opère, plus intimement présente à notre âme que l’âme ne n’est à elle-même. C’est là que se fait la communication très réelle de la nature divine à notre nature humaine, la transformation de notre misérable moi humain dans un moi divin... Oh ! si toutes les âmes chrétiennes savaient le grand trésor qu’elles portent au-dedans d’elles-mêmes, la grande source d’énergie surnaturelle, de joie céleste, de vie divine, elles ne voudraient plus vivre avec les créatures au dehors, mais uniquement occupées avec le Créateur au-dedans. Mais elles ne savent pas pour la plupart, car le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ.

§ 5 Mon cher Père Ordonneau est bien, comme le savez, prisonnier. De l’apprendre m’a délivré d’une grande angoisse. Oui, de le savoir au ciel m’aurait consolé et déjà j’avais fait le sacrifice pour le cas où le bon Dieu l’aurait voulu. Mais vous ne sauriez comprendre la joie que j’éprouve à la pensée que nous pourrons encore à l’avenir combattre ensemble le bon combat. Sans doute, personne ici-bas n’est nécessaire, et pourtant que sa disparition eût creusé un grand vide dans mon âme aussi bien que dans mon apostolat futur ! Ce pauvre Père souffre beaucoup là-bas de la faim surtout… et il n’est pas d’une forte santé. Il a demandé qu’on lui envoie en hâte du pain et des livres.

§ 8 Ma santé est bonne. Pensez donc ! en douze mois d’Orient, je n’ai eu qu’un jour de fièvre. J’ai été seulement fatigué parce que les plus grandes chaleurs, qui furent en Juillet, ont concordé avec des douleurs de dents, qui, pendant près de deux mois, m’ont presque complètement empêché de manger. Mais le dentiste  a arraché, plombé, réparé et, au bout de 20 à 21 visites, m’a laissé une mâchoire à peu près en état. J’ai si peu d’occasions de souffrir que j’ai été heureux d’avoir celle-ci, très petite, à offrir. C’est vous dire que n’était l’éloignement de mes œuvres et de mon ministère, je serais le plus heureux des hommes.

§ 9 Maintenant les jours décroissent et la chaleur aussi, bien que celle-ci soit encore très forte au milieu du jour. Dans cinq mois, je poserai ma demande de rapatriement et ces mois seront vite passés, étant les plus agréables du séjour en ce pays. Vous voyez que je ne suis pas à plaindre, et, si ce n’était la Providence qui en a  ainsi décidé, je rougirais presque d’avoir si peu à souffrir, quand d’autres, comme vos frères et mes confrères en ont tant et de si continuelles occasions.

18 G                                                                    Salonique 16 décembre 18                            

§ 2 Aujourd’hui encore, je n’ai qu’un petit moment à passer avec vous. Et c’est la dernière fois que je vous écris de Salonique. Car ordre est venu de nous renvoyer en France. Peut-être embarquerons-nous à la fin de cette semaine ? Dans ce cas, nous fêterions Noël en mer.

§ 3 Je ne puis vous dire toute ma joie à la pensée de reprise prochaine de ma vie de missionnaire. Je sais que je ne vais pas au devant du repos, mais du travail et de la peine. Et c’est ce qui réjouit le plus doucement mon cœur. Car quelle joie plus grande y a-t-il pour nous que de travailler, de nous user et de souffrir pour l’amour et la gloire de Jésus.

§ 4 De France, je vous écrirai plus longuement. Dès aujourd’hui je tiens à vous remercier de toutes vos prières. Elles m’ont valu beaucoup de grâces. Quelle reconnaissance aussi je dois à votre chère petite sainte. Voici longtemps que j’ai commencé à lui recommander mon retour et celui de tous mes confrères.

§ 5 Avez-vous appris la mort de mon pauvre Père Sarrazin, tué en Octobre ? C’est une grande perte pour nous. Ma douleur en a été grande. Mon espoir est que, du haut du ciel, il priera pour nous et nous restera très uni. C’est le commencement de notre fondation céleste.

§ 6 Le P. Carré a, vers le même temps, été fait prisonnier. J’espère que, avec le P. Ordonneau, il est rentré à présent en France. Quel bonheur de les revoir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4.  Les carnets spirituels

Carnet Novembre 1916-Mars 1917 (carnet de 14,5 cm x 9,5 cm)

Lot 8 Carnet 4 Numérisé 1 Num 239. 1

      Retraite 1916   11 au 19 Novembre



page 23                         Il suit une retraite ecclésiastique

Une petite retraite devant être prêchée la semaine prochaine pour les prêtres soldats de la garnison de Nantes, j’ai résolu, avec la grâce de Dieu, d’en profiter pour faire, en ce qui me concerne, une retraite sérieuse et fructueuse. Notre Seigneur, je l’espère, suppléera à ce qui me fera défaut au point de vue du temps et de la liberté.

Depuis longtemps Dieu m’attire à Lui. Ma vie, surtout depuis 9 ans, n’a été qu’une série de grâces ininterrompues. Le divin Maître n’a cessé de m’appeler, je l’ai suivi mais trop mollement. Tout autre, avec les faveurs qui m’ont été faites, y aurait trouvé le moyen de devenir un grand saint. Je suis resté rempli d’imperfections, sans vertu véritable. Et de la sainteté je n’ai toujours que le désir.

C’est la vérité, que je n’ai pas encore commencé à servir le bon Dieu dignement.

Cependant le temps passe, ma vie s’écoule, elle peut finir bientôt. Qu’ai-je fait jusqu’à présent pour Dieu ? Rien ou à peu près rien. Rien du moins qui soit digne de Lui…  J’aurais les mains vides, s’il me fallait à cette heure paraître devant Dieu.

Il faut donc une fois pour toutes, me mettre résolument au service de Dieu. Je le désire d’ailleurs d’un désir que je crois très sincère. Qu’il plaise à ma céleste Mère de le bénir. Qu’elle daigne, dans sa miséricordieuse bonté, opérer en moi ce dont je suis incapable, la lumière pour connaître, la volonté pour agir.  La lumière : « Domine quid me vis facere ? »[25]

Oui, ô Dieu de mon cœur, qu’attendez-vous, que voulez-vous de moi ? « Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. »[26] Je veux l’accomplir, quoi que ce soit. Je vous supplie seulement de me le faire connaître jusque dans le détail. Ce n’est pas d’après ma volonté, mais suivant la vôtre que je veux me sanctifier. Encore une fois, Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?...

Inutile de m’ingénier à trouver du nouveau. Ma voie de perfection m’est depuis longtemps tracée par mon vœu.  Le parfait accomplissement de mon vœu fera l’objet de ma retraite.

O Marie, Vierge Immaculée, faites que je n’aie plus de vie que pour le bon plaisir du Cœur de Jésus, votre Fils.

Les prédications de ces 6 jours de retraite sont commentées en 7 pages. Je ne transcris ici que le 6ème jour, ce passage qui manifeste que Gabriel Martin s’aperçoit qu’il n’a pas trouvé la manière d’être missionnaire dans sa vie militaire. Peut-être que pour lui il n’y a que le sermon qui permet d’être missionnaire… ?- Succès de sa prédication à la cathédrale..



Page 30           
Du zèle :

Le Sacré-Cœur veut régner non seulement en moi, mais par moi en d’autres âmes. « Oportet illum regnare… » « Adveniat regnum tuum !... » Cette devise et cette prière doivent m’être chères.

Quelle joie plus grande puis-je donner au divin Cœur que de lui amener, de lui soumettre d’autres cœurs, pour qu’il y règne en souverain Maître et en Roi. Et quant aux âmes que je ne pourrai pas conquérir pleinement à son amour, les préparer, les rapprocher, aplanir les sentiers par où il viendra plus tard en elles.

Cette pensée m’a beaucoup frappé ce matin, à la suite d’une brève conversation que j’ai eue avec M. Monnier[27] sur le sermon d’hier soir (l’apostolat) qui m’avait laissé très froid, et que lui au contraire avait beaucoup goûté. 

Nous parlions de zèle et, envisageant la situation très défavorable où nous sommes à cet égard, je disais : « Supposez un St Ignace ou un St François Xavier dans la même situation. Ne trouveraient-ils pas le moyen de faire du bien ? » J’affirmais très nettement et, ce faisant, je prononçais ma condamnation, car la vérité est que je manque de zèle.

Je disais encore : Il en est de notre zèle, à nous prêtres, comme de la religion de beaucoup de chrétiens de nos bonnes paroisses. Déracinez-les pour les transplanter dans un milieu sans religion. 9 fois sur 10, ils perdent toutes leurs habitudes chrétiennes. Pourquoi ? Parce que leur dévotion provenait non de la conviction intime, mais du milieu, de l’ambiance. De même le prêtre, zélé dans sa paroisse, dans ses missions, et qui se trouve sans zèle dans sa vie de prêtre soldat. D’où cela vient-il, sinon de ce que son zèle précédent était plus apparent que réel, plus extérieur que profond ?  Il naissait des circonstances de lieu et de personnes, alors qu’il aurait dû être la flamme de l’amour, et donc subsister en même temps que l’amour, et cela indépendamment des changements extérieurs.

J’en ai profité pour m’humilier puisque, ayant si peu de zèle, je dois conclure que j’ai bien peu d’amour. Mais m’humilier ne suffit pas. Il faut me corriger. Et dès lors que je vois de ce côté, le plus agréable pour le divin Cœur, j’ai le devoir de suivre cette lumière et de vivre désormais pour les âmes.


Rue de Rennes : Dimanche 26 Novembre
(page 30.)

Mon doux Maître, qui, depuis la fin de ma retraite, semblait m’avoir retiré la suavité de sa présence et de sa grâce, vient de me faire une grande faveur. Comme j’étais repris de mes névralgies de dents et d’autres misères, il m’a inspiré de me vaincre pour son amour et de lui montrer jusqu’à quel point, en durée et en intensité, je saurais souffrir sans me plaindre, sans le montrer au dehors, profitant de mes souffrances pour penser uniquement aux siennes, et tenant mon âme assez dégagée de ce qu’elle souffre pour vaquer avec Lui à la prière, au travail, à la conversation, librement, comme si je ne souffrais pas.

Il veut, c’est manifeste, m’amener à la patience. Il me fait comprendre que, pour l’instant, rien ne saurait lui être plus agréable. C’est sa volonté et je la veux bien moi aussi, de tout mon cœur, avec sa grâce, sans laquelle je ne pourrais rien faire.

Donc, dorénavant, dans mes souffrances quelles qu’elles soient, je lui témoignerai mon amour par cette victoire sur moi-même. Je vaincrai la douleur pour son amour.

Il me vient en pensée que cette grâce, que je juge très grande, est comme l’annonce de plus grandes épreuves pour l’avenir. Mais je ne m’en inquiète point. C’est son affaire, non la mienne.

Ai prêché ce matin à la cathédrale de Nantes pour la messe de la Société de secours aux blessés militaires. Toute une partie de la nuit j’avais beaucoup souffert des dents et mal dormi. J’étais brisé ce matin. Mais au moment voulu, je n’ai plus rien senti. Depuis,  je suis encore plus rompu. Mais c’est très bon pour moi cela. Quant à l’honneur, s’il m’en est échu, il sait bien que je n’en ai rien voulu garder. Tout a été pour Lui. J’ai beaucoup désiré faire du bien en cette circonstance. Qu’il en soit encore béni, puisque c’est encore son œuvre.


Broussais : 28 Novembre
(page 31)  Il a prêché à la cathédrale de Nantes

Résultat inattendu de ma prédication de Dimanche. M. Fournié, Directeur du Service de Santé de la 11ème Région, m’a fait appeler hier pour me féliciter. Il m’a retenu très longtemps et a été d’une amabilité parfaite. Comme éloge, je n’avais jamais reçu rien de tel. J’en ai été heureux pour l’honneur du clergé catholique, d’autant plus que le général m’a confié que quelques semaines auparavant, il était allé au temple protestant pour une cérémonie analogue, et que le pasteur avait bafouillé du commencement à la fin : « Nous n’avons rien compris à ce qu’il disait et sans doute que lui-même ne le savait point. »

Que je suis heureux aussi d’avoir, à l’avance, offert à Notre Seigneur tout l’honneur qui devait me revenir de ce discours. Je suis heureux de lui offrir en particulier ce témoignage, d’autant plus appréciable qu’il a été plus surprenant.

A la fin de l’entretien, Mr Fournié a bien voulu me dire qu’il s’emploierait à me rendre service, si je désirais. Et la pensée m’est venue que si je pouvais, par lui, me faire agréer comme aumônier militaire, ce me serait un grand avantage au point de vue spirituel, pour le bien à faire. J’ai écrit à Mgr pour le consulter. J’attendrai sa réponse pour agir. Et puis, quand les démarches seront faites, si elles doivent se faire, je m’en remettrai à la Providence de Dieu et à celle de ma Mère.

Carnet 239. 12         (1917-1918)

A.M .D.G.  A M.C.J.G. RETRAITE ECCLESIASTIQUE (page 95) prêchée par le R.P. Lobry, du 4 au 10 mars 1918 aux prêtres-soldats de Salonique dans la chapelle de Calamari :

Nouvelle grâce que m’offre la divine Providence, et dont je tiens à profiter, car, malgré que me sois mis en retraite deux fois depuis trois mois, je serais coupable en méprisant une si grande faveur, que le divin Maître m’offre à moi comme aux autres.

Ne devrais-je en retirer qu’un petit profit que je ne devrais pas la négliger. Mais j’espère que ce profit sera grand.    (2 pages de notes)


8 Juin
 : (page 122) Hier, en la fête bénie du divin Cœur, comme je venais de lui rendre mes devoirs dans son Sacrement d’amour, où il était exposé, j’ai trouvé parmi les lettres, qui m’attendaient, une lettre de Poitiers, contenant le récit de la visite qu’a faite à la Visitation, le jour de la Pentecôte, le Père Mattheo, qui revenait de Loublande, où il avait prêché, au Colombier, une retraite de 5 jours.

Ce récit m’a vivement intéressé et édifié, parce que le narrateur ne s’est pas placé au point de vue des manifestations extraordinaires, qui s’y produisent, mais de la sainteté de Claire Ferchaud. Je transcris ici q.q. passages qui m’ont plus particulièrement touché :

« Je viens à vous de la part d’une grande âme, oui d’une grande âme, très grande âme mais grande parce qu’elle est petite, oui, petite, petite, bébé, mais une âme de grâce. Je viens, bien que j’aie peu de temps, mais quand cela m’aurait plus coûté, je serais venu quand même, quand ce ne serait que pour vous faire sourire, comme Jésus la fait sourire, elle. Il faut imiter Jésus et traiter les âmes comme il les traite….

« Quand je suis arrivé là-bas, que j’ai vu ce petit trou, je me suis dit : il n’est pas étonnant qu’il se passe ici des merveilles. Jésus ne change pas son goût. Loublande, c’est Nazareth, c’est Jésus, c’est son Cœur ; tout y est pauvre et misérable ; tout y est simple et petit comme elle. Aussitôt que je l’ai vue, elle, son visage céleste qui ne peut tromper, ç’a été vu, fait, compris.

« … Cette enfant, c’est une merveille de grâce, de sainteté, de vie divine et… si  simple.

Salonique + R.M.S.   11 Novembre 1918 11heures : (page 142)

Quelle heure vient de sonner, et quelle place, elle tiendra dans l’histoire du monde !

C’est celle où les dernières hostilités s’arrêtent. C’est l’armistice. Et demain ce sera la paix.

Gloire à Dieu !… gloire à Dieu, qui nous a donné la victoire… Gloire à Dieu qui nous sauve !... Il y a quatre mois, tout paraissait perdu pour nous. Aujourd’hui, c’est le triomphe, et le triomphe si grand que jamais nous n’aurions osé en espérer un semblable.

Oui, gloire à vous, ô mon Dieu, qui blessez pour guérir, qui donnez la mort pour rendre la vie.

Vous avez voulu le salut de la France et vous l’avez procuré par des moyens et dans un temps qui montrent toute la force de votre bras et la bonté de votre Cœur. Soyez-en à jamais béni, loué, remercié, glorifié dans les siècles des siècles…

Autour de moi, de tous côtés, les grecs manifestent leur joie par des coups de fusils, les  machines sifflent, tout le monde est à la jubilation. Hélas ! Combien songent à vous remercier ? Combien pensent à vous louer ?

O mon Dieu, moi, qui sais votre amour et votre bonté, de tout mon cœur, je vous loue et je vous aime… - Et, car c’est votre désir, je le sais, cette France que vous avez faite victorieuse, je veux de toutes mes forces, travailler à la refaire chrétienne. - Depuis longtemps, vous m’en avez donné le désir. Donnez-m’en aujourd’hui la vraie, forte et persévérante volonté ; rendez-la efficace et faites que jusqu’à mon dernier soupir, je sois un bon et fidèle ouvrier dans la portion de votre champ, que vous voulez me donner à cultiver.

Quelle joie à la pensée que bientôt nous reprendrons notre apostolat, depuis 4 ans abandonné !...

Quelle joie à la pensée du retour et du revoir prochain.

Pourquoi faut-il que cette perspective soit assombrie par le deuil de notre pauvre cher Père Sarrazin, tué le mois dernier… et par la crainte que nous inspire la disparition de Pierre Carré [28] !...

Ah ! vous avez voulu des victimes, ô mon Dieu, une au moins… pour que notre œuvre, mieux marquée de la croix, devînt vraiment vôtre… Vous avez voulu nous donner un protecteur au ciel près de vous… Aussi dans notre douleur nous vous bénissons… Nous vous adorons…  nous vous aimons.

Regina Coeli laetare !...

19 Décembre :(page 150)   Ma classe est mise en congé illimité. Mais, dans les services de la D.S.S., on ne met aucune bonne volonté à hâter le départ, au contraire… Les chefs perdent une bonne occasion de laisser partir leurs hommes sur une bonne impression, qui effacerait dans leur souvenir beaucoup de choses fâcheuses. Ils n’en ont cure, et, à en juger humainement, on se sentirait facilement aigri et porté aux murmures. J’ai à y prendre garde et à me surveiller.

D’abord il faut que j’accepte cette dernière épreuve de la main de Dieu même. C’est Lui qui en a ainsi décidé pour mon bien. Que sa volonté soit faite et bénie et aimée !

Je dois ensuite tiré de cette peine toute la joie et toute la gloire possibles pour le Cœur de mon divin Maître…J’accepterai donc ce retard, en réparation de la lenteur, que j’ai souvent mise à répondre aux appels de mon divin Maître et au retard que les pécheurs mettent à se rendre aux sollicitations de sa grâce.

J’aurai également l’intention d’honorer, par la dépendance où je reste encore vis-à-vis de mes chefs, la sujétion que le Verbe divin s’est imposée à l’égard de sa divine Mère et celle où il se met vis-à-vis de moi, son prêtre, au saint autel.

Et puis, silence en public. Parler le moins possible de cette contrariété, n’en parler qu’avec réserve et discrétion, et prier pour ceux qui, me faisant souffrir, me donnent occasion de pratiquer la vertu.


20 Décembre :
(page 151)   C’est l’une des plus grandes misères et des pires faiblesses de l’homme déchu de ramener tout à soi et de juger de tout, des hommes et des choses, sous le point de vue étroit de l’égoïsme et de l’intérêt personnel. Même chez le prêtre, cet homme mauvais subsiste, car la grâce du sacrement ne détruit pas cette mauvaise nature. Elle donne seulement, au prêtre qui le veut, le moyen de se réformer pour vivre, penser et juger suivant l’Homme Nouveau, Jésus-Christ. Mais, pour atteindre ce résultat, qu’il faut de volonté, de vigilance et de prière !

      (….)

       Au moment de repartir pour la France et de reprendre mon ministère d’apôtre, je regrette de n’avoir pas mieux profité de ces 4 années d’épreuve pour devenir cet homme surnaturel, le vrai prêtre que je viens de dépeindre. Que Dieu me pardonne ma négligence. A sa miséricorde, j’abandonne toute ma misère

1er Janvier d’Itéa : (page 158)   Je me rappellerai, ô mon Dieu, mon entrée dans cette nouvelle année, et vous voudrez bien avoir pour agréables les prémices que vous m’avez inspiré de vous offrir.

Quand je sortis avant l’aube pour trouver un endroit où je pourrais vous immoler, et que ni mes confrères ni moi, ne pûmes le trouver…

Quand je rencontrai l’un de vos prêtres, qui me demanda d’entendre sa confession et que je le priais de m’entendre à son tour et que votre pardon descendit sur mon âme dans la nuit finissante…

Quand ensuite  je demeurai en prière en ce lieu, d’où je dominais la plaine et la mer… alors, Seigneur, vous savez ce que je vous ai offert et ce que je vous ai demandé, quels désirs, quelles saintes ambitions remplissaient mon âme à en déborder.

Et puis, un peu plus tard, quand j’eus la consolation de vous recevoir dans la sainte communion, car je ne pouvais songer à célébrer.

Seigneur, dans ces heures bénies, j’étais bien à vous, tout à vous. Oh ! faites que je le reste toujours et que cette année, qui commence, pour moi sur la terre lointaine, où s’achève mon exil, soit toute remplie et animée de votre amour.

Bénissez-moi et, avec moi, tous vos missionnaires et toutes les chères âmes, prêtes à se dépenser pour notre bien, aspirant à se dévouer pour votre amour.

Carnet 239.63

C’est le « Vade-mecum pour temps de guerre », rédigé peu à peu par Gabriel pour assembler des textes divers pour en vivre dans ce contexte difficile. Cf Livret Ecrits du temps de guerre Pages 96 à 108)

   Dans livret « Ecrits du temps de guerre » pages 124-125, voici les titres de prédications du Père Martin : en 9 Carnets on trouve les textes de ces prédications de guerre.

 

9 carnets de prédication (1914-1918)

Lot 7 Carnets 1  à 9 numérisés 239.37 à 239.45

Seuls sont transcrits ici dates et titres de ces 91 prédications entièrement rédigées.

Les pages de ces carnets (ici indiquées à gauche) montrent ces développements.

2 Carnets 239. 37 et 38

(Il est infirmier militaire à « l’hôpital 46 », collège Richelieu, Luçon.  Ces 29 Conférences, s’adressent aux prêtres-soldats entre le 5 Juillet 1915 et le 2 Août 1916.


Carnet 239.37 :           

Page 3     5 Juillet 1915          La prière : sa nécessité pour les prêtres soldats – diverses formes.

11                                           Conférence préliminaire sur la connaissance de N.S.

                                                               Nécessité – comment l’acquérir ?

15                                            Jésus-Christ Souverain Prêtre.

19                                            Jésus-Christ, victime : Lui et nous, prêtres et victimes.

23                                            Les anéantissements du Verbe Incarné : modèle du prêtre.

27                                            La vie du Verbe incarné au sein de Marie : notre vie intérieure

                                                                                                           vie féconde.

32                                            Mystère de la Visitation : la source de l’exercice du zèle.

                                                                                 Exercice et effets du zèle.

39        24 Novembre 1915   Conduite de J.C. dans sa naissance – Moyens qu’il choisis  pour faire la guerre au péché.

43       1er Décembre               Temps de l’Avent et préparation à Noël. 

44        8 Décembre                Fête de l’Immaculée Conception 

45       15 Décembre               Amour de Dieu et de J.C. dans le mystère de l’Incarnation.

52       22 Décembre               Les grandeurs de J.C.

61        29 Décembre              Pax vobis.

62        5 Janvier                     Epiphanie.

66                                           Sainte Enfance de Jésus : se faire petit – petitesse – se faire petit enfant
                                                 avec Dieu. – conditions : simple, petit, pauvre.

                                               Vie cachée de J.C.

80                                           Jésus, perdu et retrouvé au Temple.

85                                           Devoir d’un prêtre-soldat en temps de guerre.

89                                           Baptême de N.S.

90                                           NS au désert.

96       15 Mars 1ère semaine de Carême. Tentations de N.S. et les nôtres.

101         Confessions hebdomadaires du Mercredi, suspendues en fin mars ont repris en Mai.

                                               Dévotion  à la Ste Vierge – Amour de Marie – Perfections de Marie.

102      24 Mai 1916                La Ste Vierge et le prêtre.

108      7 Juin 1916                 Préparation à recevoir le Saint Esprit.

113      15 Juin 1916 semaine Pentecôte   Esprit d’apostolat.

118      28 Juin                        Le Sacré-Cœur                                     


Carnet 239. 38 :
page 1       6 Juillet 1916        Nécessité de l’oraison.

        6       12 Juillet                Le Saint Bréviaire.

        14     20 Juillet                Sacrifice de la Messe.

       25     26 Juillet                  Sainteté nécessaire au prêtre qui célèbre.

       32     2 août                     Qualité du prêtre à l’autel.  


2 Carnets 239. 39 et 239. 40

 

Ces 2 carnets contiennent 15 Conférences apologétiques sur JC et sur l’Eglise. Notons seulement la dernière : L’Eglise et la liberté de conscience…

Une seule date notée pour le début : 6 au 10 Janvier 1916. Elles semblent adressées aux militaires de Luçon, à partir de ce début d’année 1916.


2 Carnets 239. 41 et 239. 42


 « Consécration de la France au Sacré-Cœur. » Sermon à Cathédrale Luçon 26 Mars 1916.

Suivent alors :  - 11 Conférences sur JC : vg. l’enfant, l’ouvrier de Nazareth, le Thaumaturge, l’Ami de l’homme, la Source de vie, les Saintes femmes de l’Evangile etc..

- Prédication Semaine de la Passion.

- Petite Retraite pascale (5 hommes) du 17 au 25 Avril : Sens de la vie  - Au seuil de l’éternité, le jugement – Sanction du péché, l’enfer  -  Devoir pascal.

Carnet 239.43


Prédications diverses Mai-Juillet 1916 :

Œuvre Propagation de la Foi      

Triduum Adoration Cathédrale 11-14 Mai : Présence réelle – Action de l’Hostie - Communion fréquente – Eucharistie dans la vie du chrétien.

Ascension à la cathédrale 1er Juin

Bse Jeanne d’Arc (Nalliers, Luçon) 4 Juin.

Pèlerinage à Martinet 12 Juin (Lundi Pentecôte) : Dons de l’Esprit – Marie, notre Espérance.

Sts Pierre et Paul (Institution Richelieu) 2 Juillet.

Sacré-Cœur (Cathédrale Luçon) 9 Juillet : Consécration du genre humain au S.C.

Instruction pour fête du Sacré-Cœur (Institution Richelieu) 9 Juillet

Adoration à la chapelle de l’Ecole chrétienne de Luçon 10 Juillet : Les merveilles de l’Hostie.

Panégyrique de St Vincent de Paul (chapelle de l’Hospice de Luçon) 19 Juillet 1916.

Carnet 239.44

 

Entretiens aux prêtres-soldats à Nantes (suite du carnet 239.37)

Page 1   23 Novembre 1916 : Grâces et joies de notre sacerdoce.

8                                             Messe

15                                       Immaculée Conception

19        14 Décembre           Foi et messe

24                                        Action de grâce

30         4 Janvier 1917        Avenir.

36         1er Février  1917      Visite au Saint Sacrement.

43        21 Février               Le prêtre-soldat prépare l’après guerre.

52         8 Mars                    La mort.

                  

Carnet 239.45

1      Foi et vie de foi.

12    Fête de St Joseph.

23    Compassion de la Sainte Vierge.

33    Petite Retraite pour des militaires (chapelle des Sœurs de Calamari 25-31 Mars 1918)

           But de la vie – Où allons-nous ?  -  Où êtes-vous ? – La souffrance  - L’Eucharistie

 


[1] Fabien et Abel, les deux frères de Thérèse Grosseron sont mobilisés et nous les retrouverons dans cette correspondance. Ils sont pharmaciens et, après leur mariage tardif,  mourront l’un et l’autre sans enfant. (renseignements reçus de Julien Bulteau, instituteur à l’Hermenault, qui les a connus à l’Ile d’Olonne, son pays natal). Melle Cécile est leur sœur.

[2] Pierre Ordonneau, né en 1982, prêtre en 1906 et Missionnaire diocésain en 1909 – Charles Forgeau, né en 1865, prêtre en 1889, devient Missionnaire diocésain en 1911. Décédé en 1936.

          [3] Le Père Martin avait fait le vœu d’instaurer un Congrès Marial en Vendée, si tous les Missionnaires Diocésains revenaient de la guerre : cf. Carnet 239.10 - 10 février 1915, page 10.

[4] Vivre les abaissements de Jésus à Nazareth, le Père Martin y repensera en chargeant les bateaux, avant le départ  à Salonique…

          [5]  Il semble qu’il a pu rapidement retrouver le droit à la parole publique : 9 Carnets, numérotés 239.37 à 45, donnent les textes de 91 conférences et sermons de guerre. J’en ai reproduit plus loin les titres et dates.

[6] Le Père Martin souffre d’être privé de son ministère de prédicateur. Il s’en plaindra dans ses carnets de Salonique.

[7] « Ne faire qu’un avec Lui, mon prêtre et mon hostie » Méditation chère au Père Martin : vg. son Carnet « Vade-mecum du prêtre-soldat » 239.63, transcrit ci-après page 70. On en retrouverait écho dans le Directoire des MdP. Il faudrait comparer avec l’Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, avec Vatican II vg Constitution  sur la Liturgie n° 48 et avec  « Le don du Christ » Vanhoye 3ème partie « De l’Alliance à la communion ».

        [8] Avant même l’installation, à Martinet, du groupe des Missionnaires diocésains, en 1911, le pèlerinage marial était déjà  très suivi. En lien avec les apparitions de la Salette, ce pèlerinage avait été inauguré en 1867 par Mgr Colet, évêque de Luçon, à la demande des Demoiselles Imène de Fontevaux, propriétaires du Logis.

        [9] Le bateau était en rade de Salonique dès le jour du 15 août, comme en témoigne par ailleurs une carte envoyée à Jean-Baptiste Grelier,  lui aussi mobilisé. Né en 1877, ordonné en 1903, Missionnaire diocésain en 1911, il sera curé de la Chaize le Vicomte en 1928 et mourra en 1958.  

        [10] Cet incendie de Salonique, le 18 août 1917, impressionne le P. Martin, qui le décrit davantage dans le Carnet  239.12 au 21 août 1917. Lors des fêtes de la Canonisation, au Carmel de Lisieux, son sermon de juillet 1925, « Le zèle chez Ste Th de l’EJ », évoquera cet incendie.  Cf. « Les Gloires de Ste Th Sermons et panégyriques » page 109.

[11] Cette seconde exhumation  a eu lieu les 9 et 10 août 1917, au cimetière de Lisieux (cf. Sainte Thérèse de Lisieux. Guy Gaucher page 600). La 1ère exhumation avait eu lieu le 12 décembre 1911.

        [12] Koritza est à l’est de l’Albanie, près de la frontière avec la Grèce, au sud des lacs de Presba et Ohrida – Sur les cartes modernes, Koritza est orthographié : Korça ou Korcé.

        [13] Le P. Martin exprime souvent son désir d’apostolat par la parole. Devenu militaire, il veut vivre ses tâches matérielles, uni à Jésus, l’ouvrier de Nazareth. Ce qui est nouveau ici, c’est qu’il comprend que ce temps doit le préparer à mieux parler de Jésus.

[14] Dans ses carnets, le Père Martin parle davantage de ces faits de Loublande, dans les Deux-Sèvres, qui ont attiré le peuple chrétien à cette époque troublée.

[15] L’Amiral Jean MERVEILLEUX du VIGNAUX (1865-1930), était Commandant de l’Ecole Navale en 1914. A sa retraite, il sera le fondateur de l’Abri du marin des Sables d’Olonne. En 1946, son nom sera donné au collège catholique, ouvert aux Sables et déplacé depuis au Château-d’Olonne.

[16] « O Jésus, être, par mon union avec toi, la mère des âmes » Ms B2°v -HA98(NEC) p195.- Cf  PN 24. 22 , HA p. 391 – Cf. aussi Ms A 46 v° , Ha98 p. 88 : « Les lèvres de mon premier enfant allèrent se coller sur les plaies divines. »

          [17] « Au Carmel, l’unique fin de nos prières et de nos sacrifices est d’être l’apôtre des apôtres.» MsA56r°,  HA98 p. 103.

[18] cf Ms C 34 r° 6 HA98 p. 187

          [19] Béatification à Rome le 29 Avril 1923. Triduum à la Chapelle du Carmel de Lisieux du 28 au 30 Mai 1923 : cf. le livret publié par le Père Martin, intitulé «  Trois panégyriques ».  Mère Agnès demande au Père Martin, aussitôt ces fêtes, d’assurer la prédication des fêtes de la Canonisation, qui aura lieu en 1925.

          [20] François Xavier Fréneau (1888-1980), prêtre en 1912 et Missionnaire diocésain en 1913, curé de Grues en 1924. Membre de la Congrégation des Missionnaires de la Plaine en 1928, il en devient Supérieur en 1947.

[21] La « mission  de Thérèse » sera le 3ème thème du Triduum, prêché par le P. Martin, le 30 mai 1923 : « La Mission ou l’Amour qui se répand sur le monde » - les deux premiers thèmes étant : «  Thérèse chef-d’œuvre de l’amour miséricordieux » et « La petite voie : l’Amour remonte à sa source ».

[22] Après avoir lu « L’appel aux petites âmes », vers le 20 février 1908, il a lu l’Histoire d’une âme dans les premiers jours de mars, puisque, dans son Carnet spirituel, dès le 9 mars 1908, il parle des «  frères missionnaires » de Thérèse, que ne signalait pas « L’appel aux petites âmes ».

[23] On appelait « transparents », les grands tableaux lumineux qui marquaient les fêtes de la mission : ces vitraux de papier transparents et colorés étaient éclairés par des bougies, remplacées plus tard par l’électricité.

[24] Charité fraternelle Cf. Ms C 11 r° et suivantes , HA98  p. 158 et suivantes.

[25] Act 9. 6 « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (Dans la traduction latine de la Vulgate)

[26] Ps 107. 2 « Mon cœur est prêt, mon Dieu. »

[27] Armand Monnier (1874-1936) prêtre en 1902, professeur à Richelieu de 1900 à 1910 puis au collège de Juilly et curé de Tremblay ( diocèse de Versailles) de 1910 à 1936.

[28] Gaspard Sarrazin né en 1885, prêtre en 1911 et Missionnaire diocésain de Luçon, en 1912 – Pierre Carré né en 1884, prêtre en 1908 et Missionnaire diocésain en 1913.

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Saint du Jour

Nominis

15 septembre 2019

Tous les saints du jour
  • Notre-Dame des sept Douleurs - mémoire liturgique
    Debout au pied de la Croix de son fils agonisant, la Mère de Dieu et toujours Vierge, Marie connut le glaive de douleurs que lui avait annoncé le vieillard Syméon dans le Temple au jour de la Présentation de Jésus.- vidéo: Notre Dame des sept douleurs, webTV de la CEF.- Notre Dame des douleurs (Portail de la liturgie)Illustration: Notre-Dame des sept douleurs, statue dans l'église de Costa-20226 en Corse, offerte en remerciement d'une action de grâce. Mémoire de Notre-Dame des Douleurs, la Vierge Marie, qui, debout au pied de la Croix de Jésus, a été associée très intimement et dans la foi à la passion salutaire de son fils.

Les lectures du jour

Messe

(c) Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones - 2019
  • Première lecture : « Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire » (Ex 32, 7-11.13-14)

    Lecture du livre de l’Exode

    En ces jours-là,
        le Seigneur parla à Moïse :
    « Va, descends,
    car ton peuple s’est corrompu,
    lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.
        Ils n’auront pas mis longtemps
    à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre !
    Ils se sont fait un veau en métal fondu
    et se sont prosternés devant lui.
    Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant :
    ‘Israël, voici tes dieux,
    qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »

        Le Seigneur dit encore à Moïse :
    « Je vois que ce peuple
    est un peuple à la nuque raide.
        Maintenant, laisse-moi faire ;
    ma colère va s’enflammer contre eux
    et je vais les exterminer !
    Mais, de toi, je ferai une grande nation. »
        Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu
    en disant :
    « Pourquoi, Seigneur,
    ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple,
    que tu as fait sortir du pays d’Égypte
    par ta grande force et ta main puissante ?
        Souviens-toi de tes serviteurs,
    Abraham, Isaac et Israël,
    à qui tu as juré par toi-même :
    ‘Je multiplierai votre descendance
    comme les étoiles du ciel ;
    je donnerai, comme je l’ai dit,
    tout ce pays à vos descendants,
    et il sera pour toujours leur héritage.’ »
        Le Seigneur renonça
    au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

        – Parole du Seigneur.

  • Psaume (Ps 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19)

    Refrain psalmique : (Lc 15, 18)

    Oui, je me lèverai,
    et j’irai vers mon Père.

    Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
    selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
    Lave-moi tout entier de ma faute,
    purifie-moi de mon offense.

    Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
    renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
    Ne me chasse pas loin de ta face,
    ne me reprends pas ton esprit saint.

    Seigneur, ouvre mes lèvres,
    et ma bouche annoncera ta louange.
    Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
    tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

  • Deuxième lecture : « Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » (1 Tm 1, 12-17)

    Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

    Bien-aimé,
        je suis plein de gratitude
    envers celui qui me donne la force,
    le Christ Jésus notre Seigneur,
    car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère,
        moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent.
    Mais il m’a été fait miséricorde,
    car j’avais agi par ignorance,
    n’ayant pas encore la foi ; 
       la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante,
    avec la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.

        Voici une parole digne de foi,
    et qui mérite d’être accueillie sans réserve :
    le Christ Jésus est venu dans le monde
    pour sauver les pécheurs ;
    et moi, je suis le premier des pécheurs.
        Mais s’il m’a été fait miséricorde,
    c’est afin qu’en moi le premier,
    le Christ Jésus montre toute sa patience,
    pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui,
    en vue de la vie éternelle.

        Au roi des siècles,
    au Dieu immortel, invisible et unique,
    honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

        – Parole du Seigneur.