SAINT JEAN DE CAPISTRAN (1386-1456)

 

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BARTOLOMEO VIVARINI, 1459 - PARIS, MUSÉE DU LOUVRE

Peint en 1459, ce tableau figure Jean de Capistran seulement trois ans après sa mort, dans une image de dévotion grandeur nature où est déjà fixée l’iconographie du saint victorieux par la croix. En 1984, saint Jean-Paul II le proclamera patron des aumôniers militaires et le qualifiera de « grand apôtre et défenseur de l’Europe, très vénéré […] pour son activité pastorale profonde et réformatrice » et « qui se donna avec grande générosité pour le salut des âmes ».

Alors qu’il est en prison pour avoir tenté de négocier la paix entre Rimini et Pérouse dont il est le jeune et brillant gouverneur, Jean a une apparition de François d’Assise qui lui révèle sa vocation : il entre dans l’ordre des frères mineurs et devient disciple d’un autre franciscain, saint Bernardin de Sienne, qui lui enseigne l’humilité, la prière et la pénitence, et qui répand la dévotion au saint Nom de Jésus dans toute l’Italie. Prédicateur, réformateur de son ordre, conseiller et légat du pape en France, en Allemagne et dans toute l’Europe centrale, Jean y fait des prodiges. Après la prise de Constantinople en 1453, laissant les princes d’occident indifférents aux massacres perpétrés en orient malgré les appels de la papauté, les turcs assiègent Belgrade en 1456, dernière digue avant l’occident. Jean de Capistran prêche une croisade, fait fabriquer un étendard avec la croix et la figure de saint Bernardin, ne cesse d’invoquer le nom de Jésus et exhorte les croisés à le faire. Malgré un nombre d’hommes très supérieur, Mehmet II est blessé et les assaillants sont vaincus et s’enfuient. Le pape Calixte III apprend la victoire le 6 août : il décide d’instituer la fête de la Transfiguration et de la célébrer à cette date.

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Une image de dévotion

La représentation de Jean de Capistran que donne Bartolomeo Vivarini évoque les éléments essentiels de la vie du saint. Il est vêtu de l’habit franciscain dont la couleur cendre, la corde pour ceinture et les pieds nus dans de simples socques disent l’humilité et la pénitence. Il tient, de sa main gauche, l’évangile qu’il a prêché et suivi et, de sa main droite, l’étendard de la victoire, blanc avec une croix rouge et la figure de saint Bernardin tenant le monogramme du nom de Jésus : I H S (Jésus Sauveur des hommes). Une croix dorée surmonte la hampe de l’étendard et une autre peinte en rouge sur son épaule gauche rappelle qu’il prit la croix.

 

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Un portrait ?

Le visage émacié, vu de trois-quart, comme le corps maigre qui se devine sous la bure s’accordent avec le témoignage direct d’Aeneas Sylvius Piccolomini, futur pape Pie II : « Il était petit de taille, avancé en âge (65 ans), desséché, amaigri, épuisé, n’ayant que la peau et les os, et néanmoins toujours gai et infatigable au travail. Il prêchait tous les jours, traitait les questions les plus profondes, plaisait aux simples comme aux savants ; il avait journellement vingt et trente mille auditeurs ». Cependant, la précision des traits du visage, presque individualisés, avec ses yeux clairs enfoncés, le nez bombé et la bouche fine, pose la question d’un éventuel portrait : Bartolomeo Vivarini aurait-il été un des nombreux auditeurs de Jean, lors de ses prêches en Italie du Nord ? Première peinture datée connue de Bartolomeo, d’une famille d’artistes originaires de Murano, le tableau montre encore l’attachement de Venise au gothique tardif et la connaissance des recherches nouvelles de Padoue. La disposition, le dessin linéaire du visage, l’emploi d’un phylactère encadrant la figure tel un arc restent d’esprit médiéval tandis que le fond noir et rouge, l’estrade à pans coupés, les ombres portées, le cartel en trompe-l’œil portant la signature du peintre, le traitement plus en volume des plis de la bure et le raccourci des mains reflètent les nouveaux styles plus plastiques des ateliers padouans autour de Squarcione et du jeune Mantegna. Réputé saint de son vivant, Jean de Capistran porte une auréole rayonnante même s’il ne sera canonisé qu’en 1690 soit sept ans après la fin du siège de Vienne par les ottomans. Sur le phylactère qui part de l’étendard, se déploie un verset de saint Paul : « Grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1Co 15, 57).

Isabelle Schlienger

source egmil d'octobre 2015

Mots-clés: saint patron, saint jean de capistran

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