Homélie de Mgr Antoine de Romanet - installation aux Invalides

Mgr a de romanet invalides 10092017Saint-Louis des Invalides – 10 septembre 2017 – 18 h.30

En ce jour ou il m’est donné de prendre possession de cette cathèdre, au cœur de Saint Louis des Invalides, Cathédrale de l’évêque aux Armées françaises, en présence des autorités religieuses, civiles et militaires de notre Pays, je vous remercie chacun personnellement de votre présence, qui honore cette belle réalité de l’Aumônerie du culte catholique au cœur d’une institution essentielle de notre République.

Ce lieu est à la fois Chapelle des pensionnaires, Eglise des soldats et Cathédrale de l’évêque aux Armées. Les pensionnaires sont la raison d’être première, fondatrice de ce lieu qui porte leur nom. Plus de trois siècles d’histoire de la France habitent ce lieu bâti par Louis XIV pour ses soldats blessés. Il est resté fidèle à sa vocation initiale. La présence d’une chapelle des pensionnaires dit de manière éloquente combien la santé du corps et de l’âme ne font qu’un, et combien l’accompagnement spirituel du soldat est essentiel dans tous les aspects de son engagement.

La première épître de Pierre que nous venons d’entendre le dit avec force, et je le partage avec tous les aumôniers qui m’entourent : au centre de cette célébration, au centre de cette Cathédrale, de notre Diocèse, de nos vies se trouve « Jésus-Christ notre Seigneur en qui Dieu notre Père nous a fait renaître pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaitra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. »

Notre première mission d’Aumônerie est de témoigner du Christ, et en cela d’écouter, d’accompagner, d’offrir du sens… 

Et un mot me vient ici sur lequel je souhaite m’arrêter : celui de proximité. 

Proximité avec le Christ : cela suppose d’être greffé sur lui, par la prière liturgique et par la méditation quotidienne des Ecritures. 

Proximité entre nous : au cœur de l’Eglise notre Mère la mission est toujours reçue, et c’est le gage de sa fécondité. 

Proximité avec tous, en toutes circonstances : il s’agit de vivre avec tous, depuis le café et le footing du matin jusqu’aux exercices de l’après-midi en passant par les repas partagés comme autant d’Emmaüs proposés = être avec, simplement, sobrement, sereinement... 

Mes amis, ce que je vous dis là je le prends d’abord pour mon compte personnel. C’est à chaque aumônier que j’exprime ici ma volonté de disponibilité, d’écoute et de proximité. Et c’est à chaque aumônier que je rends ici hommage pour son engagement et son sens du service si souvent exemplaire. 

Nous avons à être des prêtres, des diacres, des baptisés, habités par le feu brulant de l’amour de Dieu, et témoin de la vie offerte à chaque homme par Jésus-Christ, lui qui vient nous libérer de la tristesse, du vide intérieur et de l’asphyxie spirituelle… il s’agit de témoigner avec émerveillement combien tout homme est infiniment aimé de Dieu… il s’agit d’accueillir avec confiance la parole du Christ, lui qui ne retire rien et qui donne tout. 

Nous sommes militaires, avec toutes les exigences que cela comporte, et notamment un légitime devoir de réserve. Nous n’avons pas à commenter publiquement l’actualité ou l’opportunité d’une mission. Notre position est à la fois claire est exemplaire, et je recueille ici l’héritage de mon cher prédécesseur, Mgr Luc Ravel : loin de toute tentation communautariste nous sommes au service de tous, en offrant une présence de gratuité, un soutien hors hiérarchie et sans finalité opérationnelle. Nous traduisons par notre présence et notre rapport à chacun ce climat de gratuité sans lequel l’homme perd le sens de sa destinée. Sans ce témoignage de gratuité il y aurait à craindre l’apothéose d’un matérialisme déshumanisant, menant tout droit à la barbarie. L’homme porte en lui-même infiniment plus que ses instincts. Il est habité par plus grand que lui-même. Il nous faut révéler aux hommes les merveilles qu’ils portent en eux » pour reprendre ici les mots d’André Malraux. 

Au cœur de notre mission il y a l’homme, tout l’homme, tous les hommes, le tout de l’homme. L’Evangile nous donne de comprendre tout homme comme personne, non reproductible, non interchangeable, non instrumentalisable. Il s’agit d’offrir une authentique rencontre de personne à personne, une authentique écoute, discrète et bienveillante. Voilà une question essentielle pour tous les membres de notre assemblée ce soir : dans nos vies, qui nous écoute vraiment ? Et qui écoutons nous vraiment ? Quelle merveille lorsque dans mon régiment, ma base de soutien, mon unité opérationnelle, je sais que le Padre est là, présent, et qu’il peut tout entendre dans une confidentialité absolue… Un Padre qui peut aller jusqu’à être témoin et acteur de la miséricorde de Dieu…

L’aumônier offre une vision intégrale de l’homme : au-delà des aspects matériels ou techniques, au-delà de la philosophie ou de la psychologie, l’homme passe l’homme… Nous sentons tous le défi d’éclatement et de séquençage de notre époque, qu’il s'agisse de l’agriculture, de la finance, de la médecine, ou des armées : l’un conçoit, l’autre fabrique, l’un transporte, l’autre charge, l’un vise, l’autre nettoie… chacun est spécialiste d’un maillon, et plus personne ne comprend la chaine, le sens global, ni d’où l’on vient, ni ou l’on va… Nul ne mettra jamais la main sur le mystère de l’homme. Dieu en Jésus-Christ vient nous dire qui il est, lui notre Dieu,  et qui nous sommes, nous les hommes. Et nous faisons l’expérience de la puissance de la parole de Dieu pour fonder et éclairer nos vies et nos consciences, nos jugements et nos discernements personnels, à commencer par ces lieux d’incandescence par excellence que sont les engagements armés. Les traumatismes intérieurs plus ou moins profonds de nos combattants sont fortement liés à cet aspect éthique et à son degré de prise en considération. Seul l’esprit garde à l’homme sa part de liberté qui va lui permettre de sortir de la prison intérieure de ses blessures : car hors de la vie spirituelle où puiser l’énergie pour renaître et pardonner ? Grâce à l’éveil de la vie spirituelle l’homme demeure un homme au moment même ou grande serait la tentation de se comporter comme une bête.

Cette dimension spirituelle que l’homme découvre en lui, attire  le militaire vers une dimension encore plus haute, où son équilibre s’inscrit dans un élan vers le transcendant et l’infini. Le Padre tend ainsi à ouvrir le ciel à tous ceux qui peinent dans le réel effrayant et effroyable de la guerre. Selon la foi de la personne rencontrée s’ouvre alors la possibilité de proposer le niveau proprement chrétien et sacramentel. Le sens religieux immanent débouche, grâce à l’accueil de la confiance que Dieu me porte, sur la rencontre avec la personne même du Christ, vivant et présent au milieu des hommes. Là se vit le cultuel au sens précis du mot : la liturgie et le culte avec ses rites et ses prières, seulement alors spécifiquement chrétien.

Quel beau ministère. Levain dans la pâte. Sel de la terre et lumière des hommes. Avec confiance et humilité.

Une dernière considération : les Armées ont toujours été à la pointe de l’évolution des sociétés pour les  réflexions techniques, éthiques, sociétales, géostratégiques… Aujourd’hui qu’il s’agisse des implications des combats à distance, de la déshumanisation de la guerre, de la place du religieux et des cultures dans les conflits… l’Armée est aux avants postes de la réflexion. En tenant chacun sa juste place il est heureux que de façon institutionnelle les cultes puissent apporter leur réflexion et leur sagesse au bien commun de leur Patrie. 

C’est vous dire, Monsieur le Chef d’Etat-major des Armées, combien je suis heureux de vous rejoindre, et combien vous me trouvez disponible pour le service de notre Pays, avec tous les aumôniers qui m’entourent.

Ceci ne repose pas sur nos propres forces ou sur notre propre génie, mais sur le roc qu’est le Christ au cœur de son Eglise. Avec tous les aumôniers, avec confiance et espérance, habité par la charité du Christ et ouvrant nos cœurs au souffle de son Esprit, c’est ensemble que nous voulons déployer le meilleur de l’homme au cœur de nos Armées.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. 

Amen

Mots-clés: invalides, cathédrale, saint louis

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  • Saint André Kim Taegon - et ses compagnons, martyrs en Corée, 1839-1867 (19ème s.)
    Il fut le premier prêtre coréen, et le premier prêtre martyr durant les quatre grandes vagues de persécutions qui se succédèrent en Corée de 1839 à 1867. Son père, saint Ignace Kim, avait été décapité pour le Christ en 1839. Saint André le fut aussi, après d'horribles tortures, neuf années plus tard, il avait 25 ans. Plus de 10.000 chrétiens donnèrent ainsi le témoignage de leur foi au prix de leur vie. Le Pape canonisa ainsi 103 martyrs de Corée en 1984, parmi eux des jeunes filles de 15 ou 17 ans, des garçons de 13 ans. - Histoire des 103 saints martyrs coréens (en anglais sur le site de la Conférence des évêques de Corée - CBCK)- Le Pape François en Corée 14-18 août 2014 et les JMJ d'Asie - les martyrs et l'Evangile en Corée. L’Église vénère ainsi, dans une célébration commune, André Kim Tae-gon, Paul Chong Ha-sang et cent un martyrs de Corée qui ont témoigné sans peur de la foi chrétienne, introduite en Corée par quelques laïcs, nourrie et confirmée ensuite par la prédication des missionnaires et la célébration des sacrements. Tous ces athlètes du Christ, dont trois évêques, huit prêtres, et tous les autres laïcs, mariés ou non, vieillards, jeunes et enfants, soumis au supplice, ont consacré, par leur sang précieux, les débuts de l’Église en Corée, en 1839, 1846 et 1866. Saints Siméon Berneux, Antoine Daveluy et Laurent Imbert, évêques ; Just Ranfer de Bretenières, Louis Beaulieu, Pierre-Henri Dorie, Pierre Maubant, Jacques Chastan, Pierre Aumaître, Martin-Luc Huin, prêtres ; Jean Yi Yun-il, André Chong Hwa-gyong, Étienne Min Kuk-ka, Paul Ho Hyob, Augustin Pak Chong-won, Pierre Hong Pyong-ju, Paul Hong-Yong ju, Joseph Chang Chu-gi, Thomas Son Cha-son, Luc Hwang Sok-tu, Damien Nam Myong-hyog, Franois Ch’oe Kyong-hwan, Charles Hyon Song-mun, Laurent Han I-hyong, Pierre Nam Kyong-mun, Augustin Yu Chin-gil, Pierre Yi Ho-yong, Pierre Son Son-ji, Bénédicte Hyon Kyong-nyon, Pierre Ch’oe Ch’ang-hub, catéchistes ; Agathe Yi, Marie Yi In-dog, Barbe Yi, Marie Won Kwi-im, Thérèse Kim Im-i, Colombe Kim Hyo-im, Madeleine Cho, Élisabeth Chong Chong-hye, vierges ; Thérèse Kim, Barbe Kim, Susanne U Sur-im, Agathe Yi-kan-nan, Madeleine Pak Pong-son, Perpétue Hong Kum-ju, Catherine Yi, Cécile Yu So-sa, Barbe Cho Chung-i, Madeleine Han Yong-i, veuves ; Madeleine Son-So-byog, Agathe Yi Kyong-i, Agathe Kwon Chin-i, Jean Yi Mun-u, Barbe Ch’oe Yong-i, Pierre Yu Chong-nyul, Jean-Baptiste Nam Chong-sam, Jean-Baptiste Chon Chang-un, Pierre Ch’oe Hyong, Marc Chong Ui-bae, Alexis U Se-yong, Antoine Kim Song-u, Protais Chong Kuk-bo, Augustin Yi Kwang-hon, Agathe Kim A-gi, Madeleine Kim O-bi, Barbe Han A-gi, Anne Pak A-gi, Agathe Yi So-sa, Lucie Park Hui-sun, Pierre Kwon Tu-gin, Joseph Chang Song-jib, Madeleine Yi Yong-hui, Thérèse Yi Mae-im, Marthe Kim Song-im, Lucie Kim, Rose Kim, Anne Kim Chang-gum, Jean-Baptiste Yi Kwang-nyol, Jean Pak Hu-jae, Marie Pak Kun-a-gi Hui-sun, Barbe Kwon-hui, Barbe Yi Chong-hui, Marie Yi Yon-hui, Agnès Kim Hyo-ju, Catherine Chong Ch’or-yom, Joseph Im Ch’i-baeg, Sébastien Nam I-gwan, Ignace Kim Che-jun, Charles Cho Shin-ch’ol, Julitte Kim, Agathe Chon Kyong-hyob, Madeleine Ho Kye-im, Lucie Kim, Pierre Yu Taech’ol, Pierre Cho Hwa-so, Pierre Yi Myong-so, Barthélemy Chong Mun-ho, Joseph-Pierre Han Chae-Kwon, Pierre Chong Won-ji, Joseph Cho Yun-ho, Barbe Ko Sun-i, Madeleine Yi Yong-dog.